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Bulletin du WRM
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| Numéro 85 - Août 2004 |
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LA DESTRUCTION DES FORÊTS FOR EXPORT – Les plantations de bananes en Amérique latine En termes de valeur brute de production, les bananes sont la quatrième culture vivrière, après le riz, le blé et le maïs. L’Amérique latine domine la production mondiale de bananes, qui sont cultivées surtout dans de vastes monocultures. Le secteur bananier a été un pilier économique de l’Amérique latine depuis les années 1950, lorsque la hausse des prix et la demande croissante dans les pays du Nord (l’Amérique du Nord et l’Union européenne captent plus de 60 pour cent des importations du monde), ont conduit à une rapide expansion de la production. Les bananes sont un produit et, comme pour la plupart des produits du Sud consommés dans le Nord, plus de 90% du prix payé par le consommateur reste dans le Nord et n’arrive jamais au producteur. Le commerce mondial des bananes est contrôlé presque uniquement par trois sociétés transnationales. En Amérique latine, les principaux producteurs de bananes pour l’exportation sont l’Équateur, le Costa Rica, la Colombie, le Guatemala, le Honduras et le Panama. Néanmoins, d’autres pays, tels que le Brésil, les États caraïbes des îles Windward (Sainte-Lucie, Dominique, Grenade, Saint-Christophe-et-Nevis et Saint-Vincent), la Jamaïque, la République dominicaine et le Surinam sont eux aussi d’importants producteurs. Les bananes en provenance des plantations de l’Amérique latine sont les moins chères de toutes, surtout parce que les coûts sont « externalisés », c’est-à-dire payés par d’autres, en l’occurrence par les travailleurs des plantations et par l’environnement. Si ces coûts étaient « internalisés », en payant des salaires décents aux travailleurs et en éliminant les dégâts à l’environnement, la différence de prix disparaîtrait. L’augmentation de la production a été obtenue en améliorant les rendements (par l’utilisation accrue de fertilisants et de pesticides) et en élargissant les surfaces cultivées. Ceci a eu des conséquences fortement négatives pour les hommes et pour l’environnement. Les plantations de bananes ont été établies dans des régions de forêts humides dégradées. Ces sols tropicaux ont la caractéristique qu’ils dépendent de la biomasse de la forêt qui les couvre. Une fois le couvert forestier éliminé, la productivité et la fertilité du sol commencent à diminuer, et cette diminution s’accélère après les deux premières années. C’est pourquoi les producteurs de bananes ont besoin de grandes étendues de terre et d’une expansion continuelle, pour compenser la chute de la production à l’hectare. En outre, les entreprises bananières préfèrent ces sols de faible densité pour deux raisons : a) ils ont un taux élevé de matière organique ; b) ils ne demandent presque pas de modification ni d’attention. Sur les plus de 300 variétés de bananes qui existent, la plus connue et la plus profitable est la Dwarf Cavendish. Cette variété dépourvue de graines doit être multipliée en coupant et en replantant une section de la plante adulte, de sorte que toutes les générations sont identiques du point de vue génétique. Des milliers de plantations de la région cultivent ces plantes qui, génétiquement homogènes, sont particulièrement vulnérables aux maladies et aux ravageurs. Pour contrôler les poussées de ravageurs dans les plantations de grandes dimensions, de fortes doses de pesticides sont utilisées, en particulier lorsque la production est destinée à l’exportation, car le marché exige des fruits sans défauts. Ces pesticides sont appliqués en permanence durant les dix mois de la période de croissance. Pendant cette période, les plantations reçoivent entre 40 et 60 pulvérisations aériennes de pesticides. En outre, les travailleurs utilisent des pulvérisateurs dorsaux pour appliquer deux à quatre fois par an des nématicides, et des herbicides tels que le paraquat et le glyphosate de huit à douze fois par an. Les fertilisants sont appliqués pendant toute la période de croissance. De même, les travailleurs couvrent les régimes de bananes en maturation avec des sacs en plastique, qu’ils enlèvent plus tard ; ces sacs sont imprégnés de chlorpyrifos, un insecticide aux phosphates organiques. Dans les hangars d’emballage, les bananes sont coupées et lavées avec de l’eau mêlée de pesticide, et les travailleurs leur en appliquent encore d’autres pour éviter la « pourriture de couronne » pendant le transport. Finalement, ils placent les bananes dans des cartons, souvent sans mettre des gants de protection. Cette utilisation intensive de pesticides est extrêmement dangereuse pour eux. Des études menées par l’Université nationale d’Heredia, au Costa Rica, révèlent que les taux d’empoisonnement par pesticides sont trois fois plus élevés dans les régions bananières que dans le reste du pays. On a découvert également chez les travailleurs des bananeraies une incidence croissante du cancer et de la stérilité. D’autres maladies courantes probablement dues à l’exposition aux pesticides sont les allergies et les affections pulmonaires. Dans un cas bien documenté, des milliers de travailleurs bananiers de l’Amérique latine ont été stérilisés du fait de leur exposition au nématicide Nemagon (Dibromochloropropane – DBCP). Les fumigations aériennes et les écoulements de pesticides contaminent l’eau utilisée par les travailleurs, par leurs familles et par les communautés voisines. L’usage de pesticides a provoqué la mort généralisée de poissons, détruisant ainsi une source d’aliments importante et dévastant les écosystèmes environnants. Dans certaines régions, le sol a été tellement imprégné de pesticides qu’il n’est plus apte à l’agriculture. Au fur et à mesure que les entreprises bananières ont augmenté leur production, de vastes forêts, des habitats et des pâturages ont été rasés. Au Costa Rica, le gouvernement a contribué au processus en modifiant le classement des terres pour qu’elles puissent être affectées à la culture des bananes. De 1979 à 1992, l’expansion de ces plantations a été responsable de la déforestation de plus de 50 000 hectares de forêt primaire et secondaire dans la province Limon du Costa Rica. La situation est la même dans la plupart des pays producteurs de bananes. Dans leur processus d’expansion, les entreprises bananières font pression sur les agriculteurs des environs pour qu’ils leur vendent leur terre. Ceux qui résistent se voient refuser les crédits, les services d’extension agricole et les marchés pour leurs produits. En outre, on leur interdit d’introduire les bananes créoles traditionnelles pour éviter la propagation de l’affection fongique Micosphaerella fijensis (Sigatoka noire). Dans ces circonstances, il n’est pas étonnant que beaucoup de ces paysans indépendants deviennent des employés des plantations de bananes. La même chose arrive aux peuples autochtones qui sont déplacés de leurs terres et qui finissent généralement par travailler dans les plantations. La pénurie d’emplois et l’inexistence ou la faiblesse des syndicats favorisent un climat d’insécurité ; les travailleurs des plantations sont vulnérables à l’exploitation et craignent de s’organiser. L’insécurité du travail est encore exacerbée par les pratiques des industriels, qui embauchent des travailleurs à la journée, prolongent la journée de travail, éliminent les conventions collectives, renvoient les travailleurs sans justification (par exemple, lorsqu’ils sont soupçonnés d’être sympathisants des syndicats), payent à la tâche pour éviter les salaires minimum, et renvoient les employés avant la fin des trois mois d’essai, car plus tard ils auraient droit à des bénéfices. Les travailleurs sont forcés de vivre sur une base transitoire qui rend très difficile la stabilité familiale. L’insécurité de l’emploi et la pauvreté s’accompagnent souvent de malnutrition et de mauvaise santé, aggravées encore par la fréquence des troubles de la croissance et du système nerveux dont souffrent les enfants, en raison de leur exposition aux pesticides présents dans l’air, la nourriture et l’eau. Ces enfants ont peu d’accès aux écoles ou un rendement scolaire insuffisant par rapport à celui des enfants des villes. Ainsi, les générations futures sont condamnées au même sort que leurs parents, et le cycle recommence. L’expansion bananière a été une source de problèmes pour l’Amérique latine. Les invasions, les coups d’État et les dictatures qui ont eu lieu en Amérique centrale, avec l’appui des États-Unis, ont presque toujours été liés aux intérêts des sociétés bananières nord-américaines dans la région. Les « républiques bananières » ont été le résultat de ces interventions, qui ont impliqué des violations généralisées des droits humains. Les forêts riches en biodiversité ont été détruites et supplantées par des rangées sans fin de bananiers génétiquement identiques poussant dans un environnement contaminé qui empoisonne les gens et la nature. Article fondé sur des
informations tirées de : “Support Banana Workers: Bring
Justice to the Table”, Global Pesticide Campaigner (volume 14,
numéro 1), avril 2004, par Kate Mendenhall et Margaret Reeves.
L’article complet est disponible sur : http://www.panna.org/resources/gpc/gpc_200404.14.1.06.dv.html
, http://www.newint.org/issue317/facts.htm
; http://www.theecologist.net/files/docshtm/articulo.asp?cod=100211
; Banana Link, http://www.bananalink.org.uk/
; "The World Banana Economy 1985-2002", http://www.fao.org/es/esc/common/ecg/47147_en_WBE_1985_2002.pdf
; – Argentine : le soja pénètre dans les forêts du Chaco D’après un rapport officiel récent, l’Argentine a perdu 70% de ses forêts indigènes : des 105 millions d’hectares d’autrefois, il ne reste plus aujourd’hui que 33 millions. Les forêts les plus touchées ont été celles de la région Nord et Centre, dans les provinces de Santiago del Estero, Salta, Chaco, Formosa, Misiones, Entre Ríos et Santa Fe. Dans un secteur de la province de Salta il a été découvert que le taux annuel de déforestation est trois fois supérieur à la moyenne mondiale. Ce processus de destruction de la forêt est attribué pour une bonne part à l’expansion de la production de soja qui, il y a 30 ans, a commencé a se développer au centre de la pampa humide (le Nord de la province de Buenos Aires, le Sud de celle de Santa Fe et le Sud-Ouest de celle de Cordoba). Dès les années 90, plus de la moitié des terres de cette région étaient plantées de soja, et la chute du prix international de ce produit a accéléré son expansion vers d’autres zones des provinces concernées et vers de nouvelles provinces nord-orientales (Santiago del Estero, Chaco, Formosa et Entre Ríos), couvrant ainsi des régions boisées qui ont subi de ce fait un taux de déforestation très élevé. Le mode de défrichage le plus rapide est l’incendie des forêts ; ensuite, les bulldozers enlèvent les arbres abattus. Les conséquences de cette transformation n’ont pas tardé à se faire sentir de manière tragique. D’après un rapport de la Commission technique de l’Université du Littoral, le déboisement et le peu de perméabilité des sols soumis à la production intensive de soja ont contribué en grande mesure au débordement du fleuve Salado, qui prend sa naissance au Chaco. Les inondations qui se sont produites fin 2003 ont fait 24 morts dans la ville de Santa Fe. Des milliers d’hectares de la forêt millénaire du Chaco (« L’Impénétrable ») sont abattus depuis des décennies par les entreprises forestières et, depuis quelques années, par les entreprises de production de soja. Il y a dans ces forêts des terres domaniales, souvent propriété ancestrale des peuples originaires. Depuis décembre dernier, une nouvelle loi, adoptée par le gouvernement du Chaco, facilite encore l’abattage de la forêt indigène. Des organisations sociales et environnementales préviennent que, si l’on continue sur cette voie, il n’y aura plus de forêt dans dix ans. C’est pourquoi elles ont présenté à la Justice locale une pétition contre la loi 5285 que le gouvernement de la province a approuvée en décembre dernier, et qui modifie la Loi des Forêts 2386. Ces organisations sont d’accord que la loi en question n’était pas bonne, mais elles affirment que la nouvelle est encore plus mauvaise. Les organisations Endepa, Funam et Incupo, entre autres, dénoncent que la norme est inconstitutionnelle parce que les peuples originaires n’ont jamais été appelés à y participer, comme prévu par la Constitution nationale et par la Convention 169 de l’OIT. Elles affirment en outre qu’elle encouragera encore la destruction de la forêt indigène. La vente incessante de terres domaniales « enlève la forêt du Chaco aux Indiens Wichí, Quom et Mocoví. Ce que le gouvernement considère comme un progrès est en fait un génocide dissimulé. Les législateurs et le gouvernement de la province doivent savoir qu’à cause de cette loi et de la vente permanente de terres domaniales à des producteurs agricoles, les communautés autochtones perdent leurs territoires à jamais, et que la disparition des forêts où elles trouvaient leur nourriture et leurs médicaments naturels fait augmenter le nombre de leurs malades et de leurs morts », a déclaré le docteur Raúl A. Montenegro, de l’organisation Funam. De leur côté, en mai de cette année la Pastorale sociale de l’Église catholique de Santiago, la Mesa de Tierras, le Mouvement paysan de Santiago del Estero (Mocas), l’organisation non gouvernementale Prodemur (Promotion de la Femme rurale), le Groupe de Réflexion rural, l’Université nationale de Santiago del Estero et Greenpeace Argentine ont présenté au gouvernement une demande de moratoire sur les défrichages dans la province de Santiago del Estero. Un travail effectué par des techniciens de la Faculté de Sciences forestières de l’UNSE (Université nationale de Santiago del Estero) a été présenté à cette occasion ; l’étude met en lumière le fort taux de déforestation que l’avancée de la frontière du soja provoque dans la forêt de la province, qui est une partie importante de ce qui reste debout de la forêt de quebrachos du Chaco semi-aride. Cette forêt appartient à l’écosystème du Chaco semi-aride qui, avec le Chaco humide, constitue l’écosystème du Grand Chaco américain, deuxième en superficie après l’Amazonie. La pétition conjointe inclut la demande de régularisation de la propriété de la terre, source permanente de conflits entre les paysans qui ont habité la forêt pendant plusieurs générations et certains prétendus propriétaires qui, à plusieurs reprises, ont payé des services de sécurité pour traiter les paysans comme des intrus et expulser des familles entières. La pétition réclame également la dérogation de la loi, récemment amendée par la chambre de députés, qui autorise les défrichages. Plusieurs centaines de personnes ont participé à une mobilisation conjointe ; devant une surface défrichée qui dépassait les 800 hectares, une énorme pancarte a été déployée, qui disait : « Pas un hectare de plus ». « Cet endroit n’est qu’un cas parmi beaucoup d’autres. En ce moment, des centaines de bulldozers rasent le dernier tiers de ce qui nous reste de la forêt indigène argentine, à cause surtout de l’avancée de la frontière du soja », a dénoncé Emiliano Ezcurra, de Greenpeace Argentine, qui a été à la tête de la manifestation. De son côté, Margarita Salto, dirigeante paysanne de la Mesa de Tierras, a affirmé : « la forêt est notre source de travail, elle nous donne à manger, elle assure notre avenir. Les entreprises qui viennent ici abattent tout et ne laissent plus rien. Ils veulent nous prendre notre terre pour la détruire, la brûler et y semer le soja, source de tant d’argent pour eux et de tant de misère pour nous ». Article fondé sur des
informations tirées de : “Santiago del Estero. Se acaba
el monte: es tiempo de actuar”, communiqué conjoint, http://reflexionrural.galeon.com/desmonte.htm
; “Agricultura Argentina: El desierto verde”, Marcela Valente,
Terramérica, http://www.geocities.com/lospobresdelatierra/ecologia/desiertoverde.html
; “Chaco: Destrucción de bosques y genocidio indígena”,
Funam ; “Campesinos y Greenpeace ‘delimitan’ la expansión
de la frontera sojera”, http://www.greenpeace.org.ar/noticia.php?contenido=3918&item=&seccion=4 – Brésil : « l’effet hamburger » menace les forêts, aujourd’hui comme hier Entre 1950 et 1975, la surface couverte de pâturages créés par l’homme a doublé en Amérique centrale, presque entièrement aux dépens des forêts humides primaires. Le nombre de têtes de bétail a lui aussi doublé, bien que la consommation moyenne de viande bovine des citoyens de la région ait en fait diminué. La production de viande était exportée vers les États-Unis et vers d’autres pays du Nord. Au Brésil, 80 000 km2 de forêts ont été détruits entre 1966 et 1978 dans l’Amazonie brésilienne, pour être remplacés par 336 établissements d’élevage avec 6 millions de têtes de bétail, sous le patronage de la Surintendance pour le Développement de l’Amazonie (SUDAM). Des initiatives semblables, quoique moins étendues, ont été prises dans les territoires amazoniens de la Colombie et du Pérou, encouragées dans certains cas par la Banque interaméricaine de Développement (BID), la Banque mondiale et le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD). Dans tous les cas, de nombreux établissements sont devenus improductifs en moins de dix ans, parce que la productivité des prairies artificielles diminue avec le temps, de sorte que, très souvent, les éleveurs obtenaient une autre parcelle de forêt à défricher. Dans les années 1980, deux autres facteurs sont venus favoriser l’augmentation des exportations de viande bovine de la région tropicale de l’Amérique latine, provoquant l’accélération de la déforestation de l’Amazonie : d’une part, la consommation croissante de viande bovine dans les pays du Nord (surtout dans les chaînes de restaurants rapides des États-Unis) ; d’autre part, la baisse du prix de la terre et de la main d’oeuvre dans les pays tropicaux de l’Amérique latine, qui diminue à son tour le coût final du produit. À titre d’exemple, en 1978 le prix du kilo de viande de boeuf importée d’Amérique latine était en moyenne de 1,47 $US, alors que celui d la viande produite aux États-Unis était de 3,3 $US. Ce rapport direct entre l’avance de l’élevage et celle de la déforestation a été dénommé « la connexion hamburger ». À l’époque, le Brésil ne faisait pas partie de cette « connexion » car, sa production étant destinée surtout à la consommation intérieure, son taux d’exportation de viande bovine était faible. Mais entre 1990 et 2002, le nombre de têtes de bétail est passé de 26 millions à 57 millions. La production se concentrait dans les États de Mato Grosso, Para et Rondonia ; dans la même période, la déforestation dans ces régions a été la plus élevée du pays. La nouvelle expansion de l’élevage ne se fait pas dans des propriétés petites ou moyennes, mais dans des étendues de grandes dimensions. Pendant des décennies, la production du secteur s’adressait à la consommation intérieure, mais plusieurs facteurs ont contribué à ouvrir au Brésil l’accès à de nouveaux marchés en Europe, en Russie et au Moyen-Orient : la dévaluation de la monnaie brésilienne, les efforts réussis pour débarrasser le bétail de la fièvre aphteuse, la maladie de la vache folle qui a affecté la production bovine dans les pays du Nord et la fièvre aviaire en Asie. Entre 1997 et 2003, le volume des exportations de viande du Brésil s’est multiplié par plus de cinq. Cette expansion de la production bovine a été identifiée comme l’un des facteurs responsables de la récente accélération de la destruction de la forêt amazonienne brésilienne, d’après une étude récemment publiée par l’organisation CIFOR (Centre pour la Recherche forestière internationale), basée en Indonésie. D’après l’étude en question, la déforestation accumulée dans l’Amazonie brésilienne est passée de 41,5 millions d’hectares en 1990 à 58,7 millions d’hectares en 2000, et la plupart de cette étendue a été transformée en pâturages. Les auteurs du rapport affirment que, bien que l’expansion de la culture du soja ait été une cause de déforestation dans la région, elle n’explique qu’une partie du processus qui, pour une bonne mesure, est dû à la croissance de la production de bétail. Le rapport de CIFOR a été publié en même temps que les nouveaux chiffres de la déforestation dans l’Amazonie brésilienne, qui signalent un nouveau sommet historique dans la perte de la forêt tropicale. Les derniers renseignements présentés par le ministre de l’Environnement brésilien montrent que la perte de forêts a atteint 23 750 km2 dans la période août 2002 – août 2003. Le record historique correspond à l’année 1995, avec un peu plus de 29 000 km2. Le nouveau chiffre représente une augmentation de 2% par rapport à l’année précédente. Depuis 1988, date où l’on a commencé à surveiller le déboisement, plus de 270 000 km2 de forêts tropicales ont disparu, soit l’équivalent de la superficie de l’Équateur. Il faut souligner que, dans ce processus, la consommation est l’un des piliers du modèle agricole commercial actuel, et qu’elle constitue donc un autre élément responsable de la déforestation. Il ne s’agit pas de produire de grands volumes d’aliments pour résoudre le problème de la faim dans les nombreux secteurs appauvris et démunis. Il s’agit de productions commerciales, qui vont du café à la viande bovine, destinées surtout aux consommateurs du Nord que, très souvent, on a persuadés de modifier leurs habitudes alimentaires. Les pays du Sud, riches en biodiversité, ont toujours joué le rôle de producteurs pour l’exportation. Très souvent, leurs habitants ne consomment pas ce qu’ils exportent. Après avoir été colonisés à feu et à sang, ils le sont à coups de dollars, de dettes et d’exclusion... en plus du feu et du sang. Article fondé sur des
informations tirées de : «Conexión entre ganadería
y deforestación amazónica», CLAES, http://www.agropecuaria.org/sustentabilidad/ConexionHamburgerAz.htm
; «Hamburger Connection Fuels Amazon Destruction», Center
for International Forestry Research (CIFOR), http://www.cifor.cgiar.org/publications/pdf_files/media/Amazon.pdf
; «Role of Cattle Raising in Conversion of Tropical Moist Forests»,
CIESIN, http://www.ciesin.org/docs/002-106/002-106c.html |
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