Bulletin du WRM

 

Pour télécharger le bulletin sous format Word cliquer ici
Pour s'abonner gratuitement
Numéros précédents

bulletin disponible en espagnol, en portugais et en anglais

 

Numéro 85 - Août 2004


VUE D’ENSEMBLE DU PROBLÈME

 

– Le rôle de l’agriculture et de l’élevage dans la déforestation

Les forêts tropicales ont été habitées, pendant des milliers d’années, par des communautés qui en ont tiré leur subsistance de diverses manières, y compris par l’agriculture. La méthode de production agricole utilisée prenait en compte les interactions des cultures et n’impliquait pas la destruction des forêts mais leur coexistence. Ces populations concentraient dans certaines zones les espèces destinées à la consommation humaine, dans un cadre de diversité et sans porter atteinte aux fondements biologiques de la forêt. Certaines études indiquent qu’environ 12% de la forêt amazonienne sont « le résultat d’un aménagement prolongé pratiqué par des populations préhistoriques ».

Pourtant, à partir des interventions colonialistes, les pays colonisés – le Tiers Monde – furent incorporés au marché mondial par l’introduction d’un modèle agricole qui détruisit les systèmes indigènes de propriété de la terre et de gestion des ressources. Que ce fût en Amérique latine, en Afrique ou en Asie, l’intention de tous les colonisateurs fut de transformer des économies préalablement autosuffisantes en zones de production agricole pour l’exportation, en mettant l’accent sur la « productivité », c’est-à-dire sur le rendement maximal d’une culture principale calculé sans tenir compte du reste de l’écosystème. Ainsi furent implantés les cultures rotatives pour la production de fourrage, l’élevage extensif de bétail avec très peu de diversité génétique et, plus tard, une série d’innovations technologiques qui, appliquées à l’agriculture, portèrent à la fabrication d’engrais chimiques, de machines et de moteurs contribuant à renforcer le modèle de production (voir l’articule sur la Révolution verte dans ce même numéro).

Ces pays ont progressivement conquis leur indépendance politique, mais le modèle n’a pas changé ; d’une manière générale, ils sont restés prisonniers de la dépendance économique et commerciale des marchés du Nord, avec la complicité des élites nationales qui détiennent le pouvoir – économique et politique – et avec l’appui décidé des organismes de financement internationaux tels que la Banque mondiale et la FAO. Cette dépendance s’est de plus en plus approfondie, apportant aux systèmes agricoles du Tiers Monde l’instabilité, la pauvreté et la dégradation environnementale.

L’expansion de l’agriculture et de l’élevage a été identifiée comme l’une des causes principales de la déforestation et de la dégradation des forêts dans plusieurs pays du monde. Dans le cas de l’agriculture, elle est un facteur de déforestation direct et indirect.

L’agriculture ou plantation commerciale est souvent pratiquée par des entreprises. Au moyen d’un accord de concession, de l’achat ou de l’occupation informelle, les entreprises s’emparent de la terre dans le but de l’affecter à d’autres usages. Dans les régions tropicales, cette possession s’étend aux forêts, qui sont destinées à la plantation de cultures commerciales telles que la canne à sucre, le palmier à huile, le caoutchouc, le café, le cacao et les fruits tropicaux (bananes, agrumes, etc.). Dans ce cas, la déforestation est effectuée directement par les entreprises, pour transformer les forêts en zones agricoles. En Indonésie par exemple, la superficie des plantations de palmier à huile a augmenté d’une façon extraordinaire ces dernières années, aux dépens des forêts et de la végétation de jachère qui poussent dans les intervalles du brûlis. L’expérience de l’Indonésie avec le palmier à huile s’est répétée dans de nombreux pays tropicaux ces dernières années.

Mais l’agriculture commerciale provoque aussi une déforestation indirecte, du fait que les établissements commerciaux occupent les terres les plus fertiles et les mieux situées dans les vallées, et déplacent ainsi une population rurale de plus en plus nombreuse qui dépend de l’agriculture pour sa subsistance. Privés de l’accès aux terres à vocation agricole qui sont à proximité, et souvent réduits au chômage, les petits agriculteurs sont expulsés et doivent émigrer vers des terres moins fertiles ou moins productives, ou vers la forêt. Dans les années soixante-dix, les coopératives de plantation de palmier à huile qui se sont installées dans les vallées de la côte Nord du Honduras ont provoqué le déplacement de milliers de petits agriculteurs et d’éleveurs vers les flancs boisés et les terres alluviales, qu’ils ont défrichés pour y établir leurs cultures et pâturages. Ce qui est tragique, c’est que ces terres ne sont pas souvent aptes à l’agriculture ou à l’élevage pendant longtemps car, une fois le couvert forestier éliminé, elles sont exposées à l’érosion et à la perte de minéraux et de nutriments, de sorte que le sol s’appauvrit. C’est la raison pour laquelle l’agriculture de subsistance pratiquée dans la forêt tropicale choisit la méthode itinérante du brûlis, car la végétation brûlée apporte au sol des nutriments pendant un certain temps, après quoi on se déplace vers une autre zone pour laisser la forêt se reconstituer pleinement.

En plus des impacts négatifs sur l’environnement qui sont communs à toutes les formes de déforestation, l’agriculture commerciale comporte une série de problèmes associés à l’utilisation de produits chimiques, engrais, pesticides et herbicides, qui contribuent à détériorer la santé des travailleurs et à contaminer les cultures, les sols et l’eau souterraine. Dans les plantations de bananes, par exemple, les pesticides sont appliqués au sol et sur les plantes pour tuer les ravageurs de cette culture. Mais ces pesticides tuent également d’autres animaux et portent atteinte à l’écosystème. Les plantations de bananes utilisent également des digues et des tuyaux souterrains d’irrigation, qui altèrent l’équilibre hydrologique de la région. Une fois abandonné le champ cultivé de cette manière, il faut des années, voire des siècles, pour que la forêt puisse repousser, si tant est qu’elle y parvienne.

En application d’un modèle semblable à celui de l’agriculture commerciale, l’élevage s’est développé lui aussi comme une production de type industriel, centrée sur une diversité génétique réduite et destinée à l’exportation vers les marchés des pays industrialisés, pour l’élaboration d’hamburgers dans les fast foods et de viandes congelées. L’expansion de l’élevage a été, elle aussi, encouragée par la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de Développement, ainsi que par des stimulations fiscales, et a été intimement liée à la concentration de la terre. Les éleveurs occupent et défrichent de vastes étendues de forêts, ou bien achètent les « améliorations » effectuées par les petits agriculteurs. Ils préféraient autrefois les régions de forêt sèche, qui étaient très simples à utiliser pour l’élevage et le pâturage mais, par la suite, ils ont commencé à abattre massivement la forêt tropicale humide, en Amérique du Sud comme en Amérique centrale.

La destruction écologique causée par les projets d’élevage est de longue portée et souvent irréversible. Les nutriments de la terre sont vite épuisés, et celle-ci est en outre envahie par de mauvaises herbes toxiques. En quelques années, la terre est si dégradée qu’elle doit être abandonnée.

Article fondé sur des informations tirées de : «A Brief History of Agriculture», http://www.planetaorganico.com.br/enhistor.htm ; «Asuntos forestales. Deforestación: Bosques Tropicales en Disminución», http://www.rcfa-cfan.org/spanish/s.issues.12-5.html ; «Throwing a Monkey Wrench into the Industrial Farm Machine», Eco-Logical, http://www.grinningplanet.com/2004/04-06/industrial-agriculture-1-article.htm ; «Saving What Remains», http://www.mongabay.com/1002.htm ; «Rainforest Destruction. Causes, Effects & False Solutions», World Rainforest Movement, 1999.


  top

– La Révolution verte : des cultures d’alimentation aux cultures de domination

En 1944, la Fondation Rockefeller finança l’introduction d’une série de technologies dans la production agricole du Mexique ; c’était le début du modèle de production agricole appelé « Révolution verte », centré sur l’utilisation de « variétés de haut rendement » cultivées sous la forme de monocultures, accompagnées d’un paquet technologique qui incluait la mécanisation, l’irrigation, les engrais chimiques et l’utilisation de pesticides.

Au cours des années 60 et 70, la FAO diffusa ces technologies dans le monde entier en annonçant que la science de la Révolution verte était une recette miraculeuse, destinée à assurer la prospérité, à éliminer la faim et à garantir la paix.

Depuis cette date et aujourd’hui encore, l’application de ce modèle a eu une énorme incidence sur l’augmentation des taux de déforestation, car il remplaçait les régions boisées par des monocultures industrielles à grande échelle. En outre, non seulement la Révolution verte n’a pas résolu le problème de la faim dans le monde mais elle l’a aggravé, car elle a contribué à la perte des moyens de subsistance des communautés rurales et à leur expulsion vers les zones urbaines. L’immense majorité des actuels quartiers marginaux des villes du Sud sont le résultat direct de l’application de ce modèle.

Les exemples abondent. La région du Punjab, en Inde, a été vantée à l’époque comme un modèle de la Révolution verte. Pourtant, vingt années plus tard les résultats étaient tout à fait différents. Au lieu d’être un territoire prospère, le Punjab n’avait plus que des sols attaqués par l’érosion, des cultures infestées de ravageurs et des agriculteurs endettés et mécontents. Au lieu d’avoir trouvé la paix, le Punjab a hérité les conflits et la violence.

L’introduction des semences « miraculeuses » a été fondée sur une mesure du rendement qui ne tient pas compte de la réalité des systèmes de culture. Ce qui était une relation symbiotique entre le sol, l’eau, les animaux d’élevage et les plantes, propre à l’agriculture indigène et traditionnelle, devient avec la Révolution verte une interaction de produits : les semences hybrides (et, à l’heure actuelle, de plus en plus souvent transgéniques), l’irrigation et les produits agrochimiques (engrais, pesticides, herbicides). L’évaluation des rendements ne tient pas compte des interactions entre ce « paquet » et les systèmes du sol et de l’eau, c’est-à-dire, des effets nocifs de la méthode sur l’environnement.

En fait, le trait caractéristique des semences de la Révolution verte est qu’elles répondent très bien à certains produits extérieurs tels que les engrais et l’arrosage mais, dès que ceux-ci viennent à manquer, leur rendement est plus mauvais que celui des semences traditionnelles. D’autre part, l’augmentation de la production d’une seule espèce se fait au prix de diminuer l’existence des autres et d’augmenter les apports de l’extérieur ; le « haut rendement » risque donc de ne plus l’être si l’on considère l’ensemble du système. Dans ce sens, la mesure du rendement est limitée à l’aspect commercial des cultures, en sacrifiant les autres utilisations possibles des plantes en question. Ainsi, l’augmentation de la production commerciale des cultures s’est faite au prix de la diminution de la biomasse pour les animaux et pour le sol, et de la baisse de la productivité de l’écosystème en raison de la surexploitation des ressources.

La Révolution verte a créé le cadre pour l’accès du secteur commercial à l’agriculture, en provoquant la dépendance des semences hybrides – la base d’un marché de semences privé – de faible diversité génétique. Des siècles d’innovation paysanne ont été abandonnés. Avec la Révolution verte, le capitalisme occidental a pénétré au plus profond de la production agricole, et la diversité traditionnelle a été remplacée par la production à grande échelle de cultures commerciales, orientée à l’exportation et soutenue par le financement des grandes banques, les entreprises productrices de semences et de produits agrochimiques, les intermédiaires et les organismes multilatéraux qui ont favorisé le modèle.

Non seulement la biodiversité locale se perd – on estime qu’au cours des 100 dernières années il y a eu une perte de 75% de la diversité génétique agricole – mais se perdent également les pratiques agricoles autosuffisantes. Les petits et moyens agriculteurs se voient obligés de s’endetter pour pouvoir acheter les produits nécessaires, et se retrouvent prisonniers de marchés sur lesquels ils n’ont aucun contrôle.

Dans le monde « mondialisé », l’agriculture a perdu son rôle essentiel, celui de produire des aliments ; elle est devenue une fabrique de marchandises à commercialiser, suivant les règles d’un jeu maîtrisé par les grands capitaux qui dominent le monde. Mais au niveau des êtres humains, l’agriculture reste une chose différente. D’après les autochtones zapotecos d’Oaxaca, au Mexique : « Quand on sème du maïs, on met quatre graines par coup, parce qu’il y en a une pour les animaux sauvages, une autre pour les voleurs, une autre pour les jours de fête et une autre pour la consommation familiale ; les critères occidentaux de rendement, d’efficacité et de productivité sont étrangers à la culture zapoteca. Le maïs n’est pas une affaire, c’est la nourriture qui permet de survivre, qui nous nourrit et nous réjouit ; voilà pourquoi nous le bénissons avant de le planter, pour demander que la récolte soit bonne pour tous ».

Article fondé sur des informations tirées de : «The violence of the Green Revolution», Vandana Shiva, 1991 ; «Intellectual Property Rights: Ultimate control of agricultural R&D in Asia», GRAIN, http://www.grain.org/briefings/?id=35 ; «El día en que muera el sol», Silvia Ribeiro, Biodiversidad, sustento y culturas, nº 3, juillet 2004.


  top

– La colonisation et le rôle de l’agriculture en bref

À partir du XVe siècle, les progrès de la technologie permirent à l’Europe de dessiner la carte du monde par l’invasion du continent américain, l’anéantissement de la quasi-totalité de la population autochtone et la prise du pouvoir économique et politique sans restriction aucune.

L’économie de l’Amérique fut restructurée et orientée en fonction des exigences de l’Europe. L’agriculture diversifiée fut remplacée par de vastes plantations qui produisaient du sucre, du coton et du tabac pour le marché européen, suivant un système de monoculture qui était souvent nuisible pour le sol après des usages répétés, et qui rendait les pays vulnérables à l’invasion de maladies qui ravageaient des récoltes entières. La biodiversité locale disparut ou fut dégradée, et les forêts abattues.

Les plantations américaines étaient fondées sur l’exploitation des Africains asservis ; l’Afrique devint ainsi une annexe de l’Amérique, et sa fonction consistait à fournir à ce continent de la main d’oeuvre esclave. Une centaine de millions d’Africains furent sauvagement chassés dans ce but.

Au XIXe siècle, la méthode agricole de la monoculture à grande échelle qui avait été introduite en Amérique fut imposée aussi en Afrique par les Européens, également dans le but de fournir aux marchés européens des denrées bon marché.

La canne à sucre, le tabac, le coton, le thé, le riz et le café étaient parmi les principaux produits plantés dans les colonies ; paradoxalement, ces pays avaient dû commencer à importer des aliments, car les cultures commerciales occupaient en général la plupart, parfois même 80%, des terres agricoles disponibles.

La plantation de canne à sucre exigeait une main d’oeuvre considérable (fournie à l’origine par les esclaves). Ces plantations, sous forme de monocultures, épuisaient rapidement le sol. En 1700, le Brésil était le principal producteur de sucre du monde, et la plupart des Indes occidentales étaient devenues surtout des plantations de canne.

Le tabac était planté au départ dans de petites fermes. Plus tard, cela fut fait dans de grandes plantations avec des esclaves. Le coton était lui aussi une matière première essentielle de la révolution industrielle, centrée au départ sur l’industrie textile et en particulier sur les produits en coton. Comme dans les cas du sucre et du tabac, les grandes plantations de coton épuisèrent rapidement le sol.

Le thé devint la culture commerciale dominante dans les économies du Sud-Est asiatique. En Inde, les plantations de thé furent établies sur les collines de la province d’Assam, après en avoir abattu les forêts.

Le riz était cultivé par les paysans du Sud-Est asiatique, pour leur propre consommation ou pour les marchés locaux, des siècles avant la domination européenne. La Grande-Bretagne annexa la Birmanie en 1852 et y établit de vastes rizières destinées à l’exportation de riz vers ce pays (entre 1855 et 1920, la superficie plantée de riz se multiplia par vingt). D’autre part, l’ouverture du canal de Suez en 1869 permit de transporter plus facilement les produits asiatiques. La France occupa l’Indochine en 1861 et implanta des transformations du même genre. En Birmanie comme en Indochine, les grandes plantations chassèrent les petits propriétaires et provoquèrent l’endettement permanent des métayers.

Le café est originaire de l’Afrique, mais il fut planté pour la première fois comme culture commerciale à Ceylan, à la fin du XVIIe siècle, et plus tard à Java. Après l’épidémie de mildiou des années 1870, la production de café du Sud-Est asiatique s’écroula. Le Brésil entra alors en scène et devint le principal producteur du monde. Les grandes plantations de café épuisant rapidement le sol, de nouveaux champs étaient défrichés à mesure que le chemin de fer pénétrait de plus en plus profondément dans les forêts.

L’indépendance des pays américains, puis africains, ne changea pas les structures économiques et sociales. Les modèles agricoles, commerciaux et fonciers établis durant la période coloniale persistèrent dans les colonies récemment devenues indépendantes. La diversification s’avérant difficile, ces pays essayèrent tout simplement de faire produire davantage les mêmes récoltes d’avant. Ceci aboutit à une dépendance encore plus grande des mêmes marchandises et à la recherche généralisée d’encore plus de produits à exporter. Les nouvelles élites locales contribuèrent elles aussi à perpétuer cette dépendance, qui fut renforcée par des traités économiques et financiers avec les anciennes puissances coloniales et / ou avec leurs successeurs.

Aux premières étapes de l’impérialisme occidental, l’Asie ne voulait rien de ce que l’Europe avait à offrir. Les puissances européennes ne pouvaient être que des courtiers des produits commerciaux courants de l’Asie. Pourtant, le colonialisme européen réussit à transformer le paysage du Sud-Est asiatique, la vie et les moyens de subsistance de ses peuples, en régularisant, en clôturant et en fragmentant la région par des moyens tout à fait inconnus jusqu’alors, diminuant ainsi son identité d’ensemble. Entre 1870 et les premières années du vingtième siècle, le colonialisme européen créa dans le Sud-Est asiatique un système étatique entièrement nouveau.

La production et le commerce de café de la Compagnie hollandaise des Indes orientales couvrirent de caféiers importés les collines occidentales de Java, dont la production fut vendue en Europe. De même, les Espagnols cherchèrent à établir aux Philippines, pendant une période de presque cent ans commençant vers la fin du dix-huitième siècle, le monopole de la production et du commerce du tabac dans certaines régions de Luzon. À partir des années 1830, les Hollandais forcèrent des millions d’agriculteurs javanais à planter d’énormes quantités de café, de sucre, d’indigo et d’autres produits tropicaux pour leur exportation et leur vente en Europe.

Le modèle productif des monocultures orientées à l’exportation fut imposé par le système colonial, dans le passé comme aujourd’hui, au détriment des gens et des écosystèmes, des forêts en particulier. Ces civilisations, qui avaient vécu en contact étroit avec la nature, avaient développé avec leur environnement des rapports équilibrés, qui étaient des références sur lesquelles on pouvait se fonder. Or, l’ancienne et la nouvelle colonisation y creusèrent un fossé qui força le monde à s’engager dans l’impasse actuelle.

Article fondé sur des informations tirées de : «The Third World», http://www.yorku.ca/bwall/nats1840/lecturesx4/4x11thirdworld.pdf ; «Reinventing a Region : Southeast Asia and the Colonial Experience», Robert Elson, http://www.palgrave.com/pdfs/1403934762.pdf


  top

– Le modèle de “développement” à l’origine de la déforestation

L’agriculture et l’élevage sont des causes directes de déforestation, mais il faut regarder en profondeur pour savoir comment ces activités surgissent, ce qui les favorise et qui en profite. On pourrait dire qu’il s’agit d’un processus en entonnoir. À la périphérie se trouve la partie la plus visible : la disparition des forêts qu’elles provoquent. En descendant, on retrouve une série de politiques et de programmes qui favorisent ces activités, les acteurs qui les appliquent et en profitent et ceux qui, tout en contribuant à la déforestation, ne sont pas les bénéficiaires de ces politiques mais ses victimes. Finalement, au fond de l’entonnoir se trouve l’origine du processus : un modèle de développement de type industriel, fondé sur des structures inégales où la concentration de richesse d’un côté provoque la pauvreté de l’autre, et dont la philosophie consiste à considérer le monde – et la nature – d’un point de vue strictement commercial.

Nous avons déjà parlé des manifestations les plus visibles de la déforestation provoquée par l’expansion de l’agriculture et de l’élevage (voir l’article « Le rôle de l’agriculture et de l’élevage dans la déforestation »). Quant aux politiques qui encouragent ces activités, elles consistent, au plan national, en une série de mesures gouvernementales telles que les crédits subventionnés (à un taux d’intérêt plus bas que le taux commercial), les abattements d’impôts sur le revenu et d’impôts commerciaux, l’exonération des impôts sur l’importation de machinerie agro-industrielle ou les activités de recherche et d’extension rurale menées par l’État, qui ont fortement contribué à la légitimation et à la consolidation du modèle industriel de production agricole.

La propriété de la terre est elle aussi un problème qui figure parmi les causes sous-jacentes de la déforestation. Les processus ont varié d’une région du monde à l’autre, mais ils ont tous en commun le fait que les terres dont disposaient traditionnellement les communautés – autochtones ou paysannes – sont livrées à des agents commerciaux nationaux ou étrangers.

Parmi les différents problèmes liés à la propriété de la terre et ayant trait à l’agriculture et à la déforestation, les principaux sont les suivants :

- Les droits de la communauté sur leurs territoires sont méconnus, et ces territoires se trouvent dans la forêt elle-même. Dans ce cas, la population est en général expulsée pour permettre l’accès à la forêt d’agents extérieurs, qui entreprennent de la défricher pour l’intégrer au circuit de production intensive destinée à l’exportation.
Ce processus a été caractéristique en Asie et, en partie du moins, en Afrique.

- Les droits de la population sur leurs territoires sont méconnus, et ces territoires sont extérieurs à la forêt. Dans ce cas, la population se déplace – spontanément ou encouragée par le gouvernement – vers la forêt, et le processus de déforestation commence.

Dans le cas de l’Amérique latine, par exemple, les gouvernements ont utilisé les forêts comme une sorte de soupape de sûreté destinée à diminuer la pression pour l’accès à la terre et les problèmes économiques et sociaux qui en découlent. Ainsi, certains plans de peuplement rural ont facilité le libre accès à des terres boisées, et se sont souvent accompagnés de projets de construction de routes financés par la banque multilatérale (ce qui augmente la dette extérieure), de manière à ouvrir et à « développer » les forêts. Dans d’autres cas, dans le cadre de projets de « développement », les programmes de peuplement appliqués ont impliqué que les colons doivent « nettoyer » la terre pour y avoir droit, ce qui veut dire abattre la forêt. Cette déforestation est considérée comme une « amélioration » du sol et comme une manifestation de la volonté des occupants d’améliorer leur propriété. La même chose se passe, à quelques différences près, dans le cas de l’élevage.

L’Amérique centrale est l’une des régions les mieux connues où l’expansion de l’élevage de bétail a provoqué une grave déforestation. L’élevage fait partie de la civilisation des zones rurales de l’Amérique centrale depuis l’époque de la colonisation espagnole. Aux mains des grands propriétaire terriens, l’élevage s’est concentré sur les sols fertiles des vallées dans les haute terres des isthmes et le long de la côte du Pacifique. Du fait de l’ouverture des marchés nord-américains à la viande bovine bon marché, et de l’amélioration de l’infrastructure locale dans la deuxième moitié du XXe siècle, les éleveurs ont élargi leurs opérations et ont pénétré dans les forêts tropicales humides de la côte Nord. Beaucoup d’entre eux ont pris possession de vastes étendues de forêts et ont embauché des travailleurs pour les abattre à la scie et les brûler. Cependant, la méthode la plus courante pour obtenir de nouveaux pâturages consistait à acheter les « améliorations » que les agriculteurs itinérants avaient effectuées sur des terres sans titre. Ces « terres améliorées » n’étaient rien d’autre que quelques parcelles de forêt que les agriculteurs avaient défrichées pour les cultiver. L’éleveur complétait ensuite le nettoyage du sol, semait de l’herbe et clôturait la propriété. Une fois la terre transférée à l’éleveur, l’agriculteur déménageait plus loin dans la forêt tropicale pour recommencer le même cycle de déforestation.

Les politiques internationales ont elles aussi été décisives pour l’expansion du modèle agricole industriel. C’est le cas des programmes d’ajustement structurel mis au point par les organismes multilatéraux (la Banque mondiale et le Fonds monétaire international), que les pays appauvris du Sud doivent appliquer pour obtenir de nouveaux prêts et des délais pour le remboursement de leurs dettes. Les programmes d’ajustement structurel ont encouragé l’expansion des cultures d’exportation, accélérant de ce fait, de manière directe, l’abattage des forêts pour l’affectation de la terre à l’agriculture ou à l’élevage, susceptibles d’apporter des devises. Et, comme nous l’avons déjà vu, ceci a très souvent impliqué le déplacement des petits agriculteurs ou des agriculteurs de subsistance, qui ont été poussés vers les forêts où ils pratiquent l’agriculture sur brûlis.

Tout cet engrenage a contribué à introduire l’idée qui est au coeur du modèle de développement : les activités valables sont celles qui rapportent des bénéfices économiques à court terme. Celles qui ne génèrent pas directement des valeurs monétaires sont peu appréciées dans un tel contexte, orienté au marché. Pour que ce type de système fonctionne il faut trois choses qui, à leur tour, sont étroitement liées : la production à grande échelle, la monoculture (qu’elle soit végétale ou animale) et la concentration de la terre et du capital.

Ainsi, les rapports avec la terre, l’eau, les plantes, les animaux et les semences ont été « désacralisés » – pour utiliser un terme qui reflète le sentiment propre des civilisations intimement liées à la nature et aux cycles naturels – et ceux-ci sont devenus de simples « ressources » destinées à l’obtention de profits économiques. De leur côté, les modes de relation sociale du système perpétuent l’inégalité par des modèles de propriété foncière injustes, par la méconnaissance des droits des peuples autochtones et traditionnels, par un commerce international qui ne tient pas compte de la valeur véritable des produits et tire avantage des pratiques monopolistiques et par les modèles de consommation inviables qui sont à la base du commerce international. Pour l’idéologie dominante, tout est devenu une marchandise qu’il faudra offrir au nouveau dieu du marché mondial bien protégé par ses nouveaux prêtres : les entreprises multinationales, les organismes multilatéraux et les élites locales au pouvoir.

Article fondé sur des informations tirées de : «Marketing the Earth. The World Bank and Sustainable Development», FoE, Halifax Initiative, http://www.foe.org/res/pubs/pdf/marketingtheearth.pdf ; “Asuntos forestales. Deforestación: Bosques Tropicales en Disminución”, http://www.rcfa-cfan.org/spanish/s.issues.12-5.html ; “Deforestation of Tropical Rain Forests, Rain Forest Report Card, BSRSI, http://www.bsrsi.msu.edu/rfc/deforestation.html


  top

– Palmier à huile et soja : deux exemples de cultures commerciales qui provoquent la déforestation

Le déboisement des forêts tropicales s’est produit au rythme de 10 à 16 millions d’hectares par an durant les deux dernières décennies, et rien n’indique qu’il aille ralentir. Seize pour cent de l’ensemble de la forêt amazonienne sont déjà disparus et, chaque jour, 7 000 hectares supplémentaires se perdent, soit une surface de 10 km sur 7 km. Les causes de cette situation sont complexes et souvent liées entre elles ; l’agriculture commerciale à grande échelle en est une.

Parmi les cultures ayant subi ces dernières années l’expansion la plus rapide dans les tropiques figurent le palmier à huile et le soja, plantés surtout sous forme de monocultures à grande échelle destinées à l’exportation. À l’échelon mondial, la surface plantée de palmier à huile a augmenté de 43% (10,7 millions d’hectares), et celle plantée de soja de 26% (77,1 millions d’hectares) entre 1990 et 2002. Les politiques gouvernementales ont facilité cette expansion, qui s’est produite surtout en Indonésie et en Malaisie (pour le palmier à huile), et en Argentine, aux États-Unis et au Brésil (pour le soja). Au Brésil, il y avait en 1940 seulement 704 hectares de champs de soja ; en 2003, il y en avait 18 millions.

La conséquence la plus directe de ce processus a été, en Indonésie, le défrichage d’environ 2 millions d’hectares de forêt tropicale, et dans la région Centre-Ouest du Brésil la perte de vastes régions boisées, pour faire de la place aux plantations de palmier à huile ou de soja. Les pesticides et les herbicides inhérents à ces monocultures tuent les derniers vestiges de la biodiversité susceptible de coexister avec les plantations, et diminuent considérablement les chances de restauration de l’habitat. En Indonésie comme au Brésil, les entreprises plantant du palmier à huile et du soja ont été associées à des incendies dévastateurs qui, rien qu’en 1997-1998, ont détruit plus de 11,7 millions d’hectares de forêt et d’autres types de végétation en Indonésie, et 3,3 millions d’hectares dans l’État amazonien de Roraima, dans le Nord du Brésil.

Le soja est très approprié à la culture à grande échelle et à forte intensité de capital. Les produits dérivés principaux sont le tourteau de soja (le plus répandu au monde pour l’alimentation du bétail) et l’huile de soja (l’huile végétale la plus consommée de toutes). Une petite partie seulement de la récolte est destinée, sous forme de graines, à la consommation humaine, en Asie surtout. La demande croissante de fourrage en Europe a accéléré la production de soja, comme l’a fait, plus récemment, la demande croissante d’huile en Chine.

Le Brésil est le deuxième producteur du monde (avec 50 millions de tonnes ou 26% de la production mondiale en 2003). Les parts du marché de l’Argentine, du Paraguay et de la Bolivie sont respectivement de 18%, 2% et 1%. D’autres grands producteurs sont la Chine (8%) et l’Inde (2%).

Cultivé traditionnellement dans les régions tempérées et subtropicales, le soja se répand maintenant dans les régions tropicales. La région amazonienne est affectée par cette expansion depuis que de nouvelles variétés de soja de haut rendement ont été spécifiquement développées pour ces latitudes. D’après les chiffres de l’Institut national de la Recherche spatiale du Brésil, la déforestation de l’Amazonie a augmenté de 40% en 2002, en raison surtout des pressions pour remplacer la forêt par des plantations de soja et des ranchs d’élevage.

L’Argentine s’est tournée vers la production de soja génétiquement modifié ; on estime que, jusqu’en 2003, l’expansion du soja s’est faite aux dépens d’autres récoltes, tandis qu’à présent 75% de l’augmentation de la surface plantée ont lieu dans les zones humides du Chaco, et les 25% restants dans la forêt atlantique de la province de Misiones.

En Bolivie, l’expansion du soja s’est faite dans les forêts sèches de Chiquitano ; au Paraguay, dans la forêt atlantique. Bien que le soja génétiquement modifié soit illégal ou soumis à des restrictions sévères, on le plante de plus en plus au Paraguay et dans le Sud du Brésil.

La trituration et le commerce du soja dans les quatre pays sud-américains producteurs sont entre les mains d’un nombre limité de grandes sociétés commerciales internationales : Archer Daniels Midland (ADM), Bunge et Cargill (les trois basées aux États-Unis et contrôlant 80% de l’industrie européenne de trituration de soja), et la société française Louis Dreyfus. Bien que ces sociétés n’investissent généralement pas dans la plantation de soja, elles ont beaucoup d’influence sur l’expansion du secteur. Les cultivateurs de soja sont souvent très dépendants de ces sociétés d’export-import pour ce qui est des semences, des crédits, etc.

Les partenaires financiers des quatre sociétés mentionnées sont ABN AMRO Bank (Pays-Bas), Bank of America (États-Unis), BNP Paribas (France), Citigroup (États-Unis), Commerzbank (Allemagne), Crédit Agricole (France), Crédit Lyonnais (France), Crédit Suisse (Suisse), Deutsche Bank (Allemagne), HSBC Bank (Royaume-Uni), ING Bank (Pays-Bas), IntesaBci (Italie), J.P. Morgan Chase & Co (États-Unis), Rabobank (Pays-Bas) et Société Générale (France).

Le palmier à huile est originaire de l’Afrique centrale, où il est une culture de base essentielle à la subsistance des petits agriculteurs. Mais, partout ailleurs, il est devenu une grosse affaire et il est cultivé surtout dans des plantations à grande échelle. On en tire l’huile de palmiste, la deuxième huile comestible consommée au monde (après le soja), qui a aussi bien d’autres usages, du shampoing aux frites en passant par les aliments congelés et les cosmétiques.

Les plantations commerciales de palmier à huile se sont répandues dans les tropiques et elles ont des dimensions considérables dans le Sud-Est asiatique, en particulier en Malaisie, en Indonésie et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où elles sont la cause principale de la destruction des forêts tropicales. Les chiffres de l’industrie montrent que presque la moitié (48%) des plantations de palmier à huile dans cette région sont établies dans des forêts primaires ou secondaires. L’utilisation du feu pour le défrichage a été la cause principale des incendies qui ont ravagé en 1997 les forêts indonésiennes et couvert toute la région d’un smog dévastateur.

La plantation de palmier à huile a provoqué aussi beaucoup de souffrance chez les habitants et la destruction des terres boisées dont ils dépendaient. En Indonésie, ces plantations ont été associées au déplacement des communautés. Entre ces communautés, qui ne possèdent aucun droit formel sur leur territoire traditionnel, et les sociétés autorisées par le gouvernement à transformer la forêt en plantations, le déséquilibre de pouvoir est grand (voir «The Bitter Fruit of Oil Palm» : http://www.wrm.org.uy/plantations/material/oilpalm.html ).

D’après la FAO, le couvert forestier a diminué de 12% en Indonésie et en Malaisie dans les années 1990. Une bonne partie de cette perte était attribuée dans le passé aux cultures sur brûlis pratiquées par les communautés locales, et aux activités des entreprises forestières qui exploitaient la forêt pour le bois, la pâte et le papier. En outre, le rôle des plantations de palmier à huile est passé presque inaperçu parce que les industriels allèguent que, les plantations étant souvent situées dans des régions dont on a préalablement extrait le bois, leurs opérations impliquent très peu de destruction « directe » de la forêt.

En effet, une bonne partie des terres déboisées pour la culture du palmier à huile avaient déjà été exploitées et, vues de l’extérieur, pouvaient être considérées comme « dégradées » et donc sans valeur. Pourtant, on oublie que ces forêts « dégradées » restent souvent l’habitat d’une grande variété d’espèces, et que cet habitat est détruit quand la forêt est remplacée par des palmiers. Les études menées ont montré qu’une plantation de palmier à huile ne peut nourrir que 0 à 20% des espèces de mammifères, oiseaux et reptiles que l’on trouve dans une forêt tropicale primaire. Ces espèces qui survivent ne trouvent pas assez de nourriture dans le nouvel environnement et entrent souvent en conflit avec les êtres humains dans la plantation et autour d’elle. Pendant quelque temps après le défrichage, les travailleurs et les paysans rencontrent des éléphants, des orangs-outans, des tigres, des porcs-épics et des sangliers ; les résultats de ces rencontres sont souvent graves et parfois fatals.

Sans sous-estimer l’importance de la destruction des forêts pour ce qui est de la biodiversité et du changement climatique, il faut savoir que ce sont les communautés locales qui en subissent les conséquences immédiates. Ces communautés dépendent des forêts, qu’elles gèrent souvent en application de leur loi traditionnelle, pour leur subsistance et leurs revenus, ainsi que pour leurs pratiques religieuses et culturelles. La déforestation bouleverse complètement leur mode de vie.

Les économies d’échelle exigent qu’une plantation de palmier à huile ait une étendue minimale de 4 000 hectares permettant de faire fonctionner une usine pour le traitement des fruits frais. Dans le Sud-Est asiatique, une société individuelle gère en moyenne une plantation de 10 000 à 25 000 hectares. En général, ces sociétés font partie de grands holdings agro-industriels qui possèdent des propriétés de 100 000 à 600 000 hectares dans plusieurs provinces et pays.

Les projets de plantation de palmier à huile sont développés non seulement en Malaisie, Indonésie et Papouasie-Nouvelle-Guinée, mais aussi dans beaucoup d’autres pays : Philippines, Vietnam, Cambodge, Thaïlande, Birmanie, Inde, îles Salomon, Kenya, Tanzanie, Congo, Cameroun, Nigeria, Libéria, Guinée, Ghana, Côte d’Ivoire, Guyana, Brésil, Colombie, Équateur, Nicaragua, Costa Rica et Mexique.

Les impacts des plantations de soja et de palmier à huile sur la société et sur l’environnement suscitent aujourd’hui de plus en plus d’inquiétude, car il est prévu que ces deux cultures s’étendent encore davantage dans les pays mentionnés et ailleurs.

Article fondé sur des informations tirées de : “Oil Palm and Soy: The Expanding Threat to Forests”, “Soy Expansion - Losing Forests to Fields”, WWF Forest Conversion Initiative, juillet 2003, http://www.wwf.ch/images/progneut/upload/WWF_OIL_PALM_AND_SOI.pdf ; “Accommodating Growth : Two scenarios for soybean production growth”, Jan Maarten Dros, AIDEnvironment, novembre 2003, http://www.wwf.ch/images/progneut/upload/1122_Soy_quick_scan_v6.pdf ; “Corporate actors in the South American soy production chain”, Jan Willem van Gelder, Jan Maarten Dros, novembre 2002, http://www.wwf.ch/images/progneut/upload/South%20American%20soybean
%20actors%20WWF%20021126.pdf
; “Greasy palms - palm oil, the environment and big business”, mars 2004, http://www.foe.co.uk/resource/reports/greasy_palms_summary.pdf ; “Greasy Palms - The social and ecological impacts of large-scale oil palm plantation development”, mars 2004, http://www.foe.co.uk/resource/reports/greasy_palms_impacts.pdf

page précédente

page d'accueil

page suivante



Go to Home Page - Recommend this page

World Rainforest Movement

Maldonado 1858 - 11200 Montevideo - Uruguay
tel:  598 2 413 2989 / fax: 598 2 410 0985
wrm@wrm.org.uy