Bulletin du WRM

 

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Numéro 86 - Septembre 2004


AFRIQUE

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

– Cameroun : le barrage sur le fleuve Lom inondera la Réserve de Faune de Pangar-Djerem

Le projet de construire un barrage hydroélectrique sur le fleuve Lom, quelques kilomètres en aval de sa confluence avec le Pangar, qui avait été présenté il y a treize ans et suspendu en 1999, a été repris en octobre de l’année dernière. Le gouvernement du Cameroun a décidé de poursuivre le projet hydroélectrique de Lom-Pangar, qui inclut un barrage de 50 mètres de haut, une retenue de 610 km2 et une usine hydroélectrique produisant environ 50 MW. Le premier pas dans ce processus consiste à mener une nouvelle évaluation d’impact environnemental.

Ce qu’on appelle un « groupe d’experts indépendants », chargé de vérifier et d’évaluer les études environnementales effectuées et de donner son avis sur les mesures à prendre, a fait sa première visite de la région concernée par le barrage.

Le barrage aurait des impacts sur les affluents du Sanaga, dont le bassin fournit plus de 90% de l’énergie hydroélectrique du pays. En outre, il inonderait inéluctablement une partie de la Réserve de Faune de Pangar-Djerem. Cette région attend encore de recevoir une protection formelle du parlement camerounais pour devenir la plus grande réserve du pays, située dans la région qui sépare la forêt tropicale du Sud et la savane du Nord.

La Réserve de Pangar-Djerem a déjà subi les conséquences de la construction de l’oléoduc Tchad-Cameroun, qui la traverse sur une longueur de 54 kilomètres. En outre, elle a été fortement atteinte par l’installation en 1970 du chemin de fer reliant Belabo et Ngaoundal, qui a permis à des intrus de l’envahir.

En plus des dommages que subiront le paysage, la flore et la faune (des chimpanzés, des éléphants, des gorilles, des rhinocéros noirs, etc.) d’une des régions les moins perturbées du monde, le barrage affectera les populations de la région, telles que les peuples autochtones Baka et Bakola (couramment appelés Pygmées) dont le mode de vie sera bouleversé.

Le 14 mars 2004, la 7e Journée mondiale d’Action contre les Barrages et pour les Rivières, l’Eau et la Vie a été l’occasion de dénoncer partout dans le monde que « des millions de personnes sont confrontées à de graves menaces pour leurs moyens de subsistance et leurs cultures en raison de la construction de grands barrages. Ces projets, qui visent à accélérer le développement, ont provoqué par contre un appauvrissement accru, la dégradation de l’environnement et des violations des droits humains. Un nombre estimé de 40 à 80 millions de personnes ont été expulsées de force de leurs terres pour faire de la place aux barrages. Il est prouvé que l’expérience a été dévastatrice pour beaucoup d’entre elles, du point de vue économique, culturel et psychologique ».

Article fondé sur des informations tirées de : “Cameroon orders environmental study of dam project », Afrol News, http://www.afrol.com/articles/12138 ; “About Rivers and Dams”, International Rivers Network, http://www.irn.org/basics/ard


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– Gabon : les parcs nationaux peuvent-ils sauver les forêts ?

Les parcs nationaux ne jouent pas un rôle important dans le développement économique des pays de l’Afrique centrale. Pourtant, ils sont perçus comme la pierre angulaire des efforts de conservation du monde. C’est la raison pour laquelle le président du Gabon, El Hadj Omar Bongo Odimba, avait annoncé, lors du Sommet de la Terre qui s’est tenu en 2002 à Johannesburg, Afrique du Sud, la création de treize parcs nationaux.

Encouragé par des ONG internationales de renom, Bongo Odimba approuva en 2003 la création de ces parcs; certains d’entre eux furent choisis comme sites prioritaires dans le cadre du Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo, une initiative internationale dont le but est d’enrayer la perte de biodiversité et des fonctions des écosystèmes du Bassin du Congo, pour le bien des habitants de l’Afrique centrale et de la communauté mondiale.

Ces éléments, joints à l’importance accordée à l’écotourisme et aux splendeurs culturelles et naturelles de la région, porteraient à croire que l’Afrique centrale s’efforce de conserver sa biodiversité et d’augmenter les profits économiques générés par ses parcs.

Or, la réalité montre que cette perspective était trop optimiste et que la fluidité des engagements politiques a été sous-estimée. À l’heure actuelle, la réalité a fini par rattraper les défenseurs enthousiastes de l’établissement de nouveaux parcs nationaux en Afrique centrale.

Des informations venues du Gabon signalent que la Société Équatoriale d’Exploitation Forestière (SEEF) est en train d’abattre de vastes secteurs du Parc national Ivindo, tandis qu’une société sud-africaine (Southernera) et une autre chinoise ont été autorisées à chercher du pétrole dans le Parc national Loango et dans le Parc national du Mont de Cristal (Ona, Environnement-Gabon, septembre 2004).

Bien entendu, les ONG ont estimé que la situation demandait une campagne d’alerte contre la destruction des parcs nationaux (Ona, Environnement-Gabon). Pourtant, si cette réponse des ONG peut être une réaction raisonnable dans l’immédiat, elle n’est pas suffisante. En effet, elle sous-estime les stimulations qui existent dans le pays pour attirer des acteurs (gouvernements étrangers, institutions financières, entreprises et ONG) qui ont la capacité de mobiliser des ressources financières pour répondre aux intérêts du gouvernement et à ceux du secteur économique privé.

Il en découle que les parcs nationaux, concurrencés par les intérêts économiques, auraient besoin de revendications plus fortes que “des parcs pour les gens de l’Afrique centrale et pour la communauté mondiale”. D’autre part, en Afrique centrale, comme dans toute l’Afrique, la création d’un parc requiert une perspective bien plus large que celle de la “biologie de conservation”. Autrement, ces parcs seront insidieusement mais effectivement destinés à l’extraction de ressources.

Ce qui précède soulève des problèmes anciens mais toujours aussi graves au sujet de la conservation de la biodiversité en Afrique centrale, d’autant plus que, pour la création des parcs nationaux, Bongo Odimba a reçu l’assistance des organisations conservationnistes internationales les plus grandes du monde. Il faut donc se demander si ces organisations ont effectué une évaluation en profondeur des zones et des contraintes, avant d’encourager Bongo Odimba à établir les parcs nationaux.

Dans des régions où l’on extrait du bois et l’on cherche du pétrole – ce qui pourrait aboutir à l’exploitation de pétrole – en quoi devrait consister exactement la conservation ? Du point de vue des besoins de la société (par exemple, le travail et la croissance économique), que devraient apporter les parcs nationaux aux habitants du Gabon ? À qui ces parcs doivent-il profiter ?

Assitou Ndinga, adresse électronique : ndinga_assitou@yahoo.fr


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– Madagascar : le caractère sacré des forêts contribue à leur conservation

Les forêts de Sakoantovo, dans le Sud de Madagascar, sont sacrées pour les gens qui les ont toujours habitées. En général, une forêt sacrée est un endroit vénéré et réservé à l’expression de la culture d’une communauté, et son aménagement est régi par les pouvoirs traditionnels. Les forêts sacrées couvrent une superficie de 60 000 hectares dans l’écorégion de forêt épineuse de Madagascar, l’une des régions sèches les plus riches du point de vue biologique.

Pour les communautés Mahafaly et Tandroy du Sud de Madagascar, la forêt s’est toujours située au centre de la vie culturelle et sociale, et de nombreux tabous et normes contribuent à son respect. Les forêts sacrées, où gisent les restes des ancêtres royaux, contiennent beaucoup de plantes médicinales et ont été jalousement protégées pendant des siècles. Néanmoins, le bouleversement des anciennes méthodes de production et de consommation qui avaient permis de les conserver les met maintenant en danger. Il est donc nécessaire de mettre le contrôle et l’aménagement de ces ressources naturelles entre les mains de leurs intendants traditionnels pour assurer leur conservation de manière efficace et durable.

La forêt de Sakoantovo est extraordinaire. De minces tuyaux verts couverts d’épines poussent à côté de grands arbres couronnés de feuilles qui ressemblent à des aiguilles. Des baobabs trapus au tronc enflé se dressent auprès de massifs touffus de broussailles épineuses. Au-dessus de cet ensemble de plantes aux allures extraterrestres, un ciel bleu et pur ; au-dessous, du sable rouge.

Plus loin, la forêt épineuse se transforme progressivement en forêt riveraine, celle-ci étant la transition entre le milieu terrestre et le milieu aquatique. Ici, la forêt semble plus familière. Les tamariniers dominent, mais il y a aussi des figuiers et d’autres espèces de plantes. Le sentiment de calme est incroyable, le silence n’étant rompu que par le chant occasionnel des oiseaux et par les petits grognements des lémurs.

Les gens de Mahafaly ont toujours su que leur forêt était spéciale et, pour eux, elle est sacrée. « Cette forêt est le lieu de sépulture de nos ancêtres », dit Evoriraza, qui habite dans un village voisin avec sa femme et ses deux enfants. « Au milieu de la forêt il y a un arbre sacré que personne ne peut toucher, et des animaux sacrés tels que les tortues, les lémurs et les oiseaux. Il est tabou, ou fady, de les chasser. Certains animaux sont des sortes de fantômes qui peuvent faire du mal aux gens qui transgressent ces interdictions. »

Il reste très peu de forêts riveraines à Madagascar. Cette île, la quatrième du monde par son étendue, a déjà perdu au moins 80% de son couvert forestier originel. Plus de la moitié de cette perte s’est produite au cours des 100 dernières années. Les forêts sacrées n’y ont pas échappé.

Les pratiques traditionnelles qui, dans le passé, ont contribué à protéger la nature, sont en train de disparaître. Madagascar est un des endroits du monde les plus désavantagés du point de vue économique, et son climat n’est pas favorable à l’agriculture. Lorsque les gens ont faim, les tabous sur la chasse de certaines espèces n’ont plus cours. La forêt est déjà la pharmacie et la quincaillerie des gens des lieux, mais en temps de famine elle devient aussi leur magasin d’alimentation.

« Beaucoup de personnes font des choses illégales, mais elles les font poussées par le besoin », dit Avimary, un prince Mahafaly. « Ils sont obligés de couper des arbres pour faire du charbon, et gagner ainsi l’argent qu’il leur faut pour nourrir leurs enfants. Ils ne coupent pas les arbres de gaieté de coeur. »

L’arrivée à Madagascar du monde moderne est en train d’affecter les pratiques traditionnelles. « Les jeunes générations ignorent parfois la loi et la parole de leurs aînés », dit Avimary.

Mais la forêt de Sakoantovo est l’exemple que ce tableau déprimant peut être modifié : en juin de cette année, le gouvernement malgache a transféré à la communauté Mahafaly les droits de gestion de la forêt, l’idée étant que ceux qui savent le mieux comment s’occuper d’un territoire sont ceux qui l’habitent.

Les Mahafaly ont maintenant le pouvoir de gérer la forêt. Le gouvernement a eu peu de succès dans ce domaine par le passé, et la coupe illégale et la cueillette de plantes médicinales n’ont fait qu’augmenter. Mais à présent, les Mahafaly se sont engagés à gérer de manière durable leur forêt sacrée, en coopération avec les autorités locales et par l’intermédiaire de comités de gestion.

On s’est donc considérablement éloigné de la croyance que pour protéger les forêts il fallait établir des parcs nationaux et en exclure la population locale. Mais en fait, cette approche de la conservation n’est pas vraiment nouvelle pour les Malagasy. Ils ont une expression, « tontolo iainana » (« le monde autour de nous ») pour signifier que l’être humain et la nature vivent ensemble en harmonie.

Article fondé sur des informations tirées de : “Sacred forests conserve Madagascar’s biodiversity”, afrol News, http://www.afrol.com/articles/11095 ; “Sacred sites and spiny forests”, Richard Hamilton, http://www.panda.org/news_facts/newsroom/features/news.cfm?uNewsID=8503


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– Nigeria : qu’elle soit légale ou illégale, l’extraction commerciale de bois dans la forêt de Cross River State doit être interdite

Bien que les forêts du Nigeria ne soient plus qu’un dixième de ce qu’elles étaient il y a vingt ans, elles n’en restent pas moins un habitat incroyablement riche et varié, qui va des montagnes tropicales aux forêts pluvieuses des plaines, des prairies des plateaux à la savane, des marais à la mangrove.

Les forêts de Cross River State, dans le Sud-Est du Nigeria, sont les dernières forêts humides du pays et abritent 2 400 communautés forestières autochtones (soit un million et demi de personnes), la plus grande variété de primates de la planète (dont les gorilles les plus menacés d’extinction), et environ 20% des plus belles espèces de papillons.

Pour les entreprises forestières mondiales, les forêts nigérianes sont une proie facile. Les normes environnementales du pays sont rarement appliquées, et beaucoup de fonctionnaires de la dictature d’Abacha, récemment évincé, étaient notoirement corrompus, s’intéressant beaucoup plus à leurs profits personnels qu’à la protection des ressources naturelles du Nigeria.

La Western Metal Products Company (WEMPCO), basée à Hong-Kong, est une des entreprises les plus destructrices de celles qui opèrent dans la région (voir aussi : http://www.wrm.org.uy/countries/Nigeria/Odey.html ). Tout en possédant des droits d’exploitation sur certaines zones du Cross River State, WEMPCO enfreint les normes et extrait également du bois de la zone tampon qui entoure le Parc national de Cross River, menaçant ainsi de décimer les conifères magnifiques de cette forêt et mettant en danger les moyens de vie des communautés forestières de l’État.

L’abattage des arbres a considérablement rétréci l’habitat et diminué les populations des animaux qui sont la source traditionnelle de protéines dans l’État de Cross River. La viande de brousse, autrefois abondante, est devenue rare. L’élimination des arbres a laissé de grandes étendues sans protection contre le vent et contre les pluies dévastatrices. De ce fait, le moindre orage fait s’envoler les toits des maisons.

Depuis 1996, des groupes de défense de l’environnement et des droits humains combattent les activités forestières destructrices de WEMPCO qui, installée dans l’État de Cross River depuis 1992, récolte et exporte illégalement les ressources des forêts domaniales, provoque et inflige des violences et menace ceux qui parlent contre ses activités. Avant d’arriver à l’État de Cross River, WEMPCO avait été chassée de l’État nigérian d’Ogun pour les mêmes infractions flagrantes des politiques et des lois forestières.

Les dangers pour la forêt sont toujours présents. Le gouvernement nigérian a approuvé en 2003 une usine de traitement de bois de WEMPCO et une nouvelle concession forestière de 540 miles carrés située en bordure du fleuve, en amont du parc national et de beaucoup de communautés forestières. Les concessions détruiront ce qui reste de forêt dans les zones tampon à l’entour du parc national. L’appétit vorace de l’usine la rend capable de traiter le double du volume de bois légalement autorisé par la concession, de sorte qu’elle ira chercher davantage de bois dur dans le Cameroun voisin. Les sous-produits de l’usine de WEMPCO risquent de polluer les sources d’eau de deux millions de personnes tribales et de menacer l’habitat d’un gorille en péril d’extinction et de beaucoup d’autres espèces rares de primates.

Aujourd’hui, la Coalition des ONG environnementalistes et leurs membres, dont le Prix Goldman 2003 M. Odigha Odigha, M. Odey Oyama du Centre de Développement des Ressources des Forêts tropicales et M. Oronto Douglas d’Environmental Rights Action, ont tous quelque chose à fêter. En effet, le gouverneur de l’État de Cross River, M. Donald Duke, vient d’approuver la fermeture de l’usine de traitement de bois de WEMPCO et l’arrêt immédiat des activités forestières de l’entreprise, en raison de ses activités que l’on décrit comme malsaines et contraires à l’accord précédemment souscrit.

Néanmoins, sous l’influence du commerce mondial non durable du bois, toutes les activités forestières commerciales, légales ou illégales, restent une menace. C’est pourquoi le West Africa Rainforest Network continue de pousser pour qu’elles soient interdites pendant les douze prochains mois.

Article fondé sur des informations tirées de : “West Africa Rainforest Network”, http://www.earthisland.org/warn/ ; “Odigha Odigha”, http://www.goldmanprize.org/recipients/recipientProfile.cfm?recipientID=124

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