Bulletin du WRM

 

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Numéro 86 - Septembre 2004


AMERIQUE DU SUD

 

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

– Argentine : les communautés Mbyá Guaraní menacées par une entreprise forestière

La forêt de Yabotí, qui se trouve 300 km à l’est de Posadas, dans la province de Misiones, a été classée en 1995 comme Réserve de Biosphère par l’UNESCO. En plus de son importance en matière de biodiversité, elle est le seul refuge et la seule source de subsistance de deux communautés de l’ethnie Mbyá Guaraní (Tekoa Yma et Tekoa Kapi’i Yvate), deux peuples qui ne sont que récemment entrés en contact avec le monde extérieur et qui se voient maintenant menacés par les intérêts de l’entreprise Moconá Forestal S.A.

Les Mbyá Guaraní habitent la forêt de Misiones depuis plus de 1 500 ans. Les deux communautés menacées par l’entreprise forestière résident et obtiennent leur nourriture, leurs médicaments et divers matériaux dans un territoire de 6 500 hectares, qui coïncide avec les parcelles 7 et 8 de la réserve allouées au secteur privé. L’entreprise a essayé de contenter les communautés en leur offrant 30 hectares. Mais les communautés guaranis ont refusé la possibilité que ces terres aient un propriétaire, et qu’on leur offre 30 hectares des territoires communaux où leurs ancêtres ont vécu et qu’ils habitent aujourd’hui en les empruntant à leurs enfants. L’offre s’est ensuite élargie à 200 hectares. L’entreprise refuse toujours de comprendre l’essence de la culture guarani.

La Fondation pour la Défense de l’Environnement (FUNAM), qui travaille avec les communautés en question, dénonce que l’entreprise Moconá Forestal S.A. est en train de détruire une partie de la Réserve Yabotí, et qu’elle a récemment coupé plus d’une centaine d’arbres de grande taille.

Le président de FUNAM, le biologiste Raúl Montenegro, dénonce que l’entreprise « possède les autorisations que le ministère de l’Écologie de Misiones délivre sur la base de normes obsolètes », et ajoute que ces normes « en plus d’être obsolètes, méconnaissent le fonctionnement de la forêt. Elles bénéficient les entreprises forestières et portent atteinte à la santé des communautés autochtones. Il est inacceptable que la Réserve de Biosphère de Yabotí soit si mal gérée, et que le gouvernement de Misiones ignore les besoins ancestraux de la culture guarani ».

« Si la Résolution 020/94 – le plan d’aménagement forestier appliqué par le ministère de l’Écologie de Misiones – n’est pas dérogée et que le ministère continue d’autoriser l’abattage d’arbres qui sont indispensables à la vie des Mbyá et à celle de la forêt, la catégorie accordée par l’UNESCO à la Réserve de Biosphère de Yabotí sera compromise. On ne peut pas permettre que ce génocide silencieux continue impunément », a dit Montenegro dans une plainte formelle présentée à l’UNESCO, à Paris.

À l’heure actuelle, les deux communautés et l’ENDEPA (Équipe nationale de Pastorale aborigène) mènent une action auprès du tribunal de Misiones pour que l’entreprise Moconá Forestal S.A. restitue aux Mbyá les terres de la parcelle 8. Pourtant, à ce jour la justice a toujours statué en faveur des puissants, et les avocats des communautés ont présenté un appel.

« En attendant la suite du procès, les arbres continuent de tomber, et la santé des Mbyá se détériore par manque de médicaments naturels et parce que les proies ne tombent plus dans leurs pièges. Le bruit des tronçonneuses et la chute brutale des arbres a mis en fuite la faune indigène », a signalé Montenegro.

Artemio Benítez, cacique de la communauté Tekoa Yma, a ajouté : « Ils n’ont pas besoin de nous menacer pour nous sortir de cet endroit. Ils savent que s’ils nous enlèvent la forêt nous partirons, et c’est ce qu’ils sont en train de faire ».

Natalino Benítez, membre de la même communauté, ajoute : « Les blancs sont déjà entrés dans notre forêt et ont emporté tous nos médicaments, ceux qui devaient nous guérir. S’ils emportent tout, nous n’aurons plus de médicaments, nous ne savons pas comment nous allons vivre. Où allons-nous trouver les médicaments que nous devrions donner à nos fils et à nos filles, et qui maintenant nous manquent ? » a-t-il demandé.

D’après les renseignements fournis par ENDEPA, cette ethnie utilise plus de 150 espèces de plantes médicinales, y compris beaucoup de ces arbres que l’entreprise abat impitoyablement devant les yeux des enfants et des adultes, qui voient avec épouvante leur monde s’écrouler.

FUNAM a donc exigé qu’on rende aux autochtones les parcelles 7 et 8 de la réserve. « En attendant cette restitution, le ministère de l’Écologie de Misiones doit interdire à l’entreprise Moconá Forestal S.A. de poursuivre la coupe des arbres de la parcelle 8 », affirme Montenegro.

Montenegro a signalé que cette destitution équivaut à un « génocide silencieux ». Il a ajouté que le génocide traditionnel « sent la poudre et le massacre, mais à Misiones on le pratique sans verser de sang. Le fusil a été remplacé par la tronçonneuse. En tombant les arbres, les entreprises forestières laissent les Mbyá sans toit et sans médicaments, et les exposent ainsi à davantage de maladies et à la mort ».

Article fondé sur des informations tirées de : “Reserva de la Biosfera de Yabotí en Misiones”, FUNAM, adresse électronique : funam@funam.org.ar , http://www.funam.org.ar ; “Argentina: Misiones: peligra la subsistencia de una etnia aborigen desconocida”, FUNAM, http://www.biodiversidadla.org/article/articleview/5278/1/15/ ; “La empresa Moconá Forestal S.A. arrincona a varias comunidades indígenas para explotar sus bosques, http://www.setemextremadura.pangea.org/campana4.htm


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– Brésil : l’exploit et l’échec du cuivre de Carajá

Début 2003, la tonne de cuivre valait 1 800 dollars. Un an plus tard, ce prix est monté à environ 3 600 $US, c’est-à-dire qu’il a doublé en douze mois. Le déficit de l’offre de ce métal dépassait les 500 000 tonnes. Le scénario, absolument différent de celui des années précédentes, était idéal pour le démarrage des opérations de la mine de cuivre la plus grande qui ait jamais existé au Brésil. Même avant son inauguration officielle, prévue pour la fin du mois en cours avec la présence du président Lula, la mine de Sossego, située à Canaã dos Carajás, dans l’État de Pará, a commencé à vendre.

La Companhia Vale do Rio Doce (CVRD), propriétaire de ce gisement (l’un des cinq qu’elle possède dans la Serra dos Carajás), a embarqué au début du mois sa première exportation de concentré de cuivre dans le port d’Itaqui, État de Maranhão. 16 500 tonnes de concentré de cuivre ont été embarquées à destination de l’entreprise allemande Norddeutsche. Le Brésil a donc commencé à exporter du cuivre, sans cesser pour autant d’en importer. Il s’agit vraiment d’une date historique, malgré la discrétion qui l’a entourée. Dans trois ans, lorsque les autres projets prévus pour Carajás seront en fonctionnement, le Brésil figurera parmi les principaux producteurs et exportateurs du monde.

L’exploit de la CVRD, qui a réussi à produire et à commercialiser du cuivre même avant l’inauguration de la mine, a perdu de son éclat lorsqu’on a su que l’entreprise avait commis son premier délit environnemental dans la région. Des agents de l’IBAMA (Institut brésilien de l’Environnement et des Ressources naturelles renouvelables) ont constaté le déversement d’une grande quantité de déchets, produits durant la concentration du minerai, dans la région de la Forêt nationale de Carajás. Ces déchets, qui n’avaient pas été traités pour diminuer leur agressivité, ont contaminé le sol, qui n’avait pas été imperméabilisé.

Une fois l’agression écologique constatée, l’entreprise a été condamnée à une amende de deux millions de reales (700 000 USD) ; la sanction a été aggravée par le fait que la CVRD n’avait pas respecté les conditions imposées par l’IBAMA au moment de l’autoriser à défricher la zone destinée à la mine. Au départ, les représentants de la CVRD ont même essayé de contester la sanction, mais l’entreprise a fini par reconnaître son erreur et décidé de ne pas appeler la décision de l’IBAMA.

L’entreprise a reconnu qu’elle avait sous-estimé le volume des déchets produits par le traitement du minerai, qui a dépassé les limites prévues. Mais elle a allégué que la zone de forêt contaminée faisait partie de celle que l’IBAMA l’avait autorisée à défricher en 2002 et qu’elle n’avait pas entièrement coupée ; ce travail avait été remis à l’année en cours parce que la première autorisation avait expiré.

Un tel argument ne diminue pas l’importance de l’agression : les impacts ont été moindres parce que la superficie qu’il fallait effectivement déboiser pour les activités du projet était supérieure à celle prévue au départ, mais la CVRD a provoqué des dégâts bien plus importants lorsqu’elle a mal calculé le volume des déchets. En outre, elle n’a pas tenu les engagements pris lors de la première autorisation de déboisement (ce qui
devra faire l’objet d’une deuxième autorisation, dans des circonstances maintenant différentes).

Cette double erreur, qui a eu des conséquences positives (involontaires) et négatives (dont on était conscient) révèle un degré d’imprécision et d’incompétence inquiétant dans le fonctionnement de l’entreprise, découlant peut-être de sa hâte à démarrer pour profiter des excellentes conditions du marché et accélérer ainsi la récupération de son investissement à Sossego, qui s’élève à 423 millions de dollars.

Il faut en outre savoir si l’accident a été la conséquence de la fatalité ou de l’imprévision, ou si la CVRD a décidé d’en prendre le risque en raison de ses engagements commerciaux qui compenseront peut-être largement le montant de l’amende. D’ailleurs, cette amende peut être transformée au moyen d’un document établissant une modification de la conduite de l’entreprise, ou d’une convention par laquelle l’argent serait investi dans des travaux et des services d’intérêt pour l’IBAMA ou pour l’action du gouvernement dans le secteur. En plus d’appliquer une sanction à l’entreprise, l’IBAMA doit faire une reconstitution rigoureuse de l’épisode pour qu’il ne se répète pas. L’inaction, la connivence ou une enquête limitée peuvent être interprétées comme une preuve de complicité avec l’activité minière la plus agressive que l’on ait jamais entreprise en Amazonie, à savoir l’exploitation du cuivre, qui est aussi dangereuse ou plus dangereuse encore que l’extraction d’or.

La gravité de la situation n’apparaît pas dans la « mise au point » publiée par CVRD quatre jours après que l’amende a été annoncée. La note cachait plus qu’elle ne révélait et se bornait à dire que les déchets avaient été déversés dans une région non encore déboisée qui « fait partie de la surface utile du barrage » et que « par conséquent, il n’y a pas eu de dommage environnemental dans cette région ». Elle ajoutait que l’entreprise avait entrepris « la nouvelle étude topographique nécessaire au renouvellement du permis de déboisement ».

La détermination de l’existence ou la non-existence de dégâts environnementaux est l’étape suivante à la constatation d’un fait accompli, qui constitue un délit environnemental. Il se peut que les inspections aboutissent à la même conclusion de la CVRD : que la zone contaminée par les déchets devra être défrichée parce que l’industrie minière en a besoin. Mais, en attendant, il est indéniable que l’entreprise a mal calculé le volume des déchets et qu’elle les a déversés à un endroit qui n’était pas légalement destiné à cette fin.

Il se peut également qu’on arrive à l’avenir à une autre conclusion : que la Forêt nationale de Carajás et l’utilisation économique qu’on lui a attribuée sont inconciliables. La création de la forêt a été une mesure urgente (et convenable) pour établir une ceinture de protection contre les envahisseurs de Carajás, qui ont déboisé presque toutes les zones entourant cette province riche en minéraux, la plus grande de la planète. À présent, la créature risque de se retourner contre son créateur : la forêt nationale, en tant qu’unité de conservation, sera-t-elle toujours menacée par les mines de cuivre, par un manque d’adéquation intrinsèque ? Voilà la question. Il faudrait y répondre, et de toute urgence.

Lúcio Flávio Pinto, juin 2004, adresse électronique : journal@amazon.com.br


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– Brésil : journée de lutte contre la monoculture de l’eucalyptus

Rede Alerta Contra o Deserto Verde (Réseau Alerte Désert Vert), qui réunit une centaine d’organisations non gouvernementales, de mouvements sociaux, d’associations, de syndicats et de fondations de quatre États brésiliens (Espirito Santo, Bahia, Rio de Janeiro et Minas Gerais) a convoqué les habitants de l’État d’Espirito Santo, la presse et les autorités politiques à participer aux manifestations prévues pour les 20 et 21 septembre.

L’objectif est de dénoncer les impacts sociaux et environnementaux que provoque la monoculture de l’eucalyptus aux fins de l’exportation dans le territoire d’Espirito Santo. Rede Alerta Contra o Deserto Verde exige que les autorités prennent des mesures à l’encontre des violations des droits humains et des impacts environnementaux dont l’entreprise Aracruz Celulose est responsable.

Rede Alerta Contra o Deserto Verde a systématiquement dénoncé les violations des droits humains commises par l’entreprise mentionnée dans la communauté de Vila do Riacho et dans toutes les autres communautés afro-brésiliennes de la municipalité de Conceiçao da Barra, Espirito Santo.

Les organisations veulent aussi que les autorités prennent des mesures au sujet de la pollution de l’eau du district de Vila do Riacho, situé à proximité du complexe industriel d’Aracruz Celulose.

Pour alerter la population de l’État d’Espirito Santo, Rede Alerta Contra o Deserto Verde organisera le 21 septembre, journée nationale de lutte contre la monoculture de l’eucalyptus, deux manifestations dans le Nord de l’État.

Après une cérémonie œcuménique à laquelle participeront les leaders religieux de l’Église catholique et des Églises évangéliques, il y aura une manifestation près du complexe industriel d’Aracruz Celulose, ainsi que d’autres activités.

Le « désert vert » croît de plus en plus. Avec l’appui du gouvernement et des grandes banques et entreprises européennes, la monoculture à grande échelle de l’eucalyptus avance sur les terres censément destinées à la Réforme agraire et sur les petites propriétés agricoles familiales des paysans, s’emparant des meilleurs sols, provoquant des impacts sociaux graves, polluant l’air et l’eau, suscitant la répression. La société civile de l’État d’Espirito Santo se plaint : « Il est nécessaire d’exporter, mais n’est-il pas nécessaire de vivre aussi ? »

Article fondé sur des informations tirées de : Communiqué de Rede Alerta Contra o Deserto Verde, adresse électronique : fasees@terra.com.br ; Boletim Informativo do Movimento Alerta Contra o deserto Verde do ES, MG e Sul da Bahia, nº 6, septembre 2004.


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– Colombie : les U’wa exigent le départ immédiat d’Ecopetrol de leur territoire sacré

La longue résistance du peuple U’wa en défense de ses droits ancestraux à la vie et à leurs terres et contre les projets d’exploitation pétrolière dans leur territoire traditionnel semble n’avoir pas de trêve (voir bulletins nos 10, 22, 29 et 38 du WRM). Le Plan Colombie, Ecopetrol et ses entreprises pétrolières associées et l’indifférence du gouvernement menacent le territoire des U’wa, qui est pour eux « le coeur du monde. Les veines qui nourrissent l’univers le traversent. Si on le détruit, le monde se videra de son sang ».

Face à la poursuite des explorations séismiques d’Ecopetrol, le peuple U’wa a publié le communiqué suivant :

« Communiqué à l’opinion publique nationale et internationale
Resguardo Unido U’wa, Cubará, 25 août 2004

Si Ecopetrol continue à mettre en oeuvre le projet Sirirí dans le territoire U’wa, notre culture disparaîtra.

Par cette affirmation, nous souhaitons rappeler et informer qu’Ecopetrol et ses entreprises associées, telles qu’Oxy (Occidental Petroleum Corporation) ont déjà détruit des cultures autochtones et l’environnement. Nous en avons des exemples clairs : les Guahibos à Arauca, les Motilones Barí dans le Nord de Santander, nos frères indigènes de Putumayo, et maintenant nous-mêmes. Ces endroits ont été envahis par la violence, la faim, le déplacement, l’abandon de l’État et la pauvreté absolue.

Le Plan Colombie a facilité l’invasion de nos terres par les entreprises pétrolières transnationales comme Oxy, car la forte militarisation de nos terres permet les opérations pétrolières telles que l’exploration, l’exploitation et le transport de l’or noir du département d’Arauca vers Coveñas, et que le projet Gibraltar 1. En réponse au besoin de sécurité pétrolière en Colombie, deux zones de réhabilitation ont été créées, dont une dans le département d’Arauca, qui affecte directement notre territoire.

Roberto Afanador Cobaría – Benito Kubaruwa – président actuel du Cabildo Mayor (Assemblée générale), s’est présenté hier, 11 février, au maire de la municipalité de Cubará. Ce leader U’wa a reçu de nos autorités suprêmes l’ordre officiel de poursuivre la campagne nationale et internationale contre le projet d’exploration pétrolière par lequel Ecopetrol pénètre dans le territoire ancestral U’wa.

‘Nous, les U’wa ne négocierons pas l’exploration pétrolière dans notre territoire sacré’, dit la décision officielle du Sixième Congrès de l’Association U’wa qui s’est tenu du 19 au 26 janvier 2003.

Du fait qu’Ecopetrol continue d’effectuer des explorations séismiques dans le territoire U’wa, nous estimons nécessaire de réactiver la demande contre le gouvernement colombien présentée en mai 1997 auprès de la Commission interaméricaine des Droits humains de l’OEA. En outre, nous dénonçons et rejetons les propositions de projets qu’Ecopetrol est en train de faire à certaines communautés pour affaiblir la résistance des U’wa par des mécanismes et des stratégies divisionnistes.

Aujourd’hui comme hier, nous U’wa demandons aux Colombiens et au monde de se prononcer et d’exiger à Monsieur le Président de la République de Colombie, Alvaro Uribe Vélez, et à ses ministres, qu’ils respectent le droit à la vie, à la culture et à l’environnement dans notre territoire, car Ecopetrol est en train de causer des dommages aux êtres humains et à l’environnement qui sont irréparables pour le peuple U’wa, pour la Colombie et pour le monde. »

Par l’intermédiaire de son Assemblée générale, le peuple U’wa dénonce également :

« que depuis le mois de février dernier Ecopetrol pratique dans la forêt Sirirí le brûlage de gaz et l’extraction de pétrole à petite échelle, sans avoir signé aucun accord avec l’assemblée générale U’wa ;

que la pollution causée par le brûlage de gaz provoque des troubles graves de santé à la communauté autochtone U’wa, de graves problèmes environnementaux qui contribuent au changement climatique, et des glissements de terre ».

Les U’wa appellent la communauté nationale et internationale, les mouvements environnementalistes et les organisations des droits humains à « exiger au gouvernement colombien qu’il respecte les droits humains et environnementaux du peuple autochtone U’wa, et qu’il ordonne à l’entreprise Ecopetrol d’arrêter sans délai le brûlage de gaz et l’extraction de pétrole ».

En outre, ils nient catégoriquement les rumeurs suivant lesquelles l’Assemblée générale aurait passé des accords d’exploitation pétrolière dans le territoire U’wa.

Article rédigé à partir d’informations tirées des communiqués de presse publiés par le Cabildo Mayor des U’wa le 25 août et le 6 septembre 2004 ; adresse électronique : mozambique84@hotmail.com


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– Équateur : le Parc national Yasuní en danger à cause des activités pétrolières de Petrobras

L’intégrité du Parc national Yasuní (PNY), situé au coeur de l’Amazonie équatorienne, est en péril en raison du démarrage imminent des activités pétrolières de l’entreprise étatique brésilienne Petrobras (Petrobras Energia Ecuador).

Le PNY est le plus grand parc de l’Équateur continental, et il se trouve dans une des régions les plus importantes de la planète du point de vue de la biodiversité. L’évaluation d’impact environnemental effectuée pour Petrobras par la société Walsh a découvert qu’une parcelle de forêt de 0,25 ha contenait 95 espèces différentes de plantes. S’agissant d’une région de forêts amazoniennes inondables, les caractéristiques du sol font que l’écologie du PNY soit extrêmement fragile.

Mais l’importance du parc ne réside pas seulement dans sa biodiversité. En effet, le PNY est aussi le foyer du peuple autochtone Huaorani. Ce peuple est en danger à cause des activités des sept entreprises pétrolières qui opèrent dans son territoire et qui ont déjà provoqué des altérations profondes dans leur environnement et leur culture.

L’eau des fleuves et des puits où ils boivent, se baignent ou lavent leurs vêtements a été polluée par des déversements de pétrole brut. Les routes et les oléoducs ont dévasté la forêt et mis la faune en fuite, et constituent un danger pour les communautés qui habitent à proximité. La pollution a provoqué une dégradation de la qualité de vie des Huaorani (qui doivent maintenant marcher jusqu’à douze heures par jour pour chasser ou pêcher), et les a mis en situation de dépendance (car l’entreprise leur remet des repas tout prêts, en application des accords qu’elle a passés avec la communauté pour compenser les impacts de ses activités). La présence des entreprises pétrolières a apporté aux Huaorani des maladies jusque-là pratiquement inconnues (hépatite, syphilis, etc.), et a fait augmenter l’incidence d’affections de la peau, de l’appareil digestif et du système respiratoire en raison de la pollution environnementale.

Une mission de vérification internationale qui s’est rendue au Parc national PNY a conclu que la relation établie par les entreprises Repsol et Encana avec les communautés Huaorani est une relation de contrôle, de domination et de dépendance qui implique une violation du droit de ce peuple à l’autodétermination et qui porte atteinte à la culture, aux valeurs et aux connaissances sur lesquelles est fondé leur mode de vie. Cela suppose en outre que l’État manque à son devoir de protection des droits en question. Sur la base de ses observations, la mission considère que l’entrée de Petrobras dans la région représente une menace pour sa préservation et pour l’intégrité de ses habitants (le rapport de mission figure en portugais à l’adresse : http://www.wrm.org.uy/paises/Ecuador/Yasuni.html )

De son côté, Petrobras a effectué une évaluation d’impact environnemental pour ses opérations pétrolières dans la parcelle 31. L’organisation équatorienne Acción Ecológica, commentant cette évaluation, parvient aux conclusions suivantes :

« Malgré leurs défauts, ces études révèlent que les impacts de cette activité seront considérables, que l’entreprise ne possède pas de plan d’aménagement environnemental ni d’évaluation appropriée des risques, et qu’elle n’a pas non plus de plan de prévention pour assurer la conservation de cette région d’une si grande valeur écologique et culturelle.

Les pratiques de fonctionnement proposées dans l’étude indiquent que la technologie à utiliser sera médiocre, qu’il y aura des déversements de déchets toxiques dans l’environnement, et que l’infrastructure à utiliser sera bon marché.

Mais ce qui est encore plus grave est que le projet violera les droits collectifs des peuples autochtones et les droits environnementaux de tous les Équatoriens, car il s’agit d’une région qui appartient au patrimoine national du pays. »

Acción Ecológica a identifié plusieurs points qui révèlent que les études environnementales du projet pétrolier de Petrobras Energia Ecuador n’offrent aucune garantie pour la conservation du PNY ni pour que le peuple Huaorani exerce librement les droits collectifs que la Constitution leur reconnaît. Parmi ces points figurent les suivants :

« Si le plan de gestion est strictement respecté, 139,7 hectares seront déboisés, mais les impacts indirects de l’opération peuvent mettre en danger des centaines d’hectares supplémentaires, dont la plupart seront dans le Parc national Yasuní.

* L’emplacement choisi pour l’oléoduc, les lignes d’écoulement et la route se trouve dans une forêt mûre et traverse des collines, des plaines alluviales, huit fleuves et cent dix marais, dans une région qui est la plus riche en biodiversité de toutes celles qui ont été proposées.
* La technologie proposée pour l’oléoduc ne satisfait pas les normes internationales et, à plusieurs endroits, cet oléoduc sera à ciel ouvert.
* L’impact des travailleurs sur l’écosystème du PNY n’est pas analysé. Dans la plupart des cas on analyse l’impact de l’environnement sur les travailleurs, ce qui n’appartient pas à une EIE mais à un Plan de Sécurité industrielle.
* Les déchets de forage seront laissés sur place, bien qu’il s’agisse de polluants importants, et cela aura des effets graves sur les écosystèmes aquatiques et, par infiltration, sur la nappe phréatique.
* La possibilité du brûlage de gaz n’est pas mentionnée, ni son volume ni ses impacts.
* Il y a des contradictions permanentes au sujet des risques d’érosion et de sédimentation, et aucune mesure n’est proposée pour faire face à ces problèmes.
* On ne propose pas de système approprié de stockage des produits chimiques toxiques, ni de dispositif d’intervention approprié en cas d’accident.
* Les droits collectifs des peuples autochtones sont ignorés. On ne reconnaît même pas le droit du peuple Huaorani à son territoire.
* L’étude fait des affirmations anthropologiques incorrectes au sujet des communautés Huaorani qui se sont établies le long de la route Maxus ; elle affirme qu’elles vivent mieux que la plupart des Équatoriens, sans tenir compte du fait qu’elles ne peuvent pas pratiquer leurs modes de vie traditionnels et qu’elles vivent en situation de dépendance de l’entreprise pétrolière. Cela porte à se méfier des rapports que Petrobras Energia Ecuador établira avec les communautés.
* L’étude sociale est incomplète et méconnaît les institutions traditionnelles du peuple Huaorani.
* Les impacts des opérations de Petrobras sur la faune et la flore du site ne sont pas suffisamment analysés ; au contraire, les risques potentiels sont minimisés. Cet aspect est lui aussi très important, du fait que Petrobras fonctionnera dans une région de grande vulnérabilité écologique.
* L’étude n’analyse pas suffisamment les impacts qu’auront sur les eaux les interférences que représentent les déversements ou l’extraction d’eau pour les opérations industrielles. On y affirme qu’une altération de jusqu’à 10% du débit est tolérable.
* L’entreprise utilisera d’autres ressources de la région qui ne sont pas évaluées, telles que l’eau, le bois des arbres, le gravier et le sable.
* Ni les mesures de précaution ni l’évaluation des risques ne prévoient des scénarios divers ; leurs recommandations sont extrêmement générales et ne constituent pas une garantie pour la conservation.
* Les risques typiques de l’activité pétrolière dans les tropiques sont passés sous silence : incendies, déversements, inondations, séismes et d’autres encore.
* Les propositions de supervision sont trop générales et, dans certains cas, inapplicables. »

Au vu de ces considérations, Acción Ecológica conclut :

« Les points exposés révèlent que ni l’Évaluation d’Impact environnemental ni les pratiques opérationnelles proposées par Petrobras Energia Ecuador ne représentent une garantie pour la conservation du Parc national Yasuní. Pis encore, elles ne garantissent pas du tout que les communautés autochtones concernées par ce projet puissent exercer les droits collectifs que la Constitution politique de l’Équateur et la Convention 169 de l’OIT leur reconnaissent.

Le projet est en outre une violation du droit constitutionnel de tous les Équatoriens à vivre dans un environnement sain et non pollué.

Sur la base de ces antécédents, nous recommandons au ministère de l’Environnement de ne pas accorder de licence environnementale à l’entreprise pétrolière Petrobras Energía Ecuador. »

Article fondé sur des informations tirées de : “Petrobrás en el Yasuni. Comentarios al estudio de impacto ambiental del bloque 31”, Acción Ecológica – Oilwatch, mai 2004, envoyé par Elizabeth Bravo, adresse électronique : ebravo@hoy.net ; “Petrobrás promoverá injustita ambiental ao ameaçar a integridade do Parque Nacional Yasuni e da populaçao indígena Huaorani”, distribué par Julianna Maleaba, adresse électronique : brsust@fase.org.br , et Jeffer Castelo Branco, adresse électronique : jeffer@acpo.org.br


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– Pérou : les habitants de Cajamarca s’opposent à l’industrie minière

Dans la ville de Cajamarca, au Nord du Pérou, des milliers de paysans, d’étudiants et d’organisations sociales luttent contre les projets de l’entreprise minière Yanacocha de faire des explorations dans le mont Quilish, dont les versants alimentent les fleuves Grande et Porcón. Le principal actionnaire de Yanacocha est la société minière nord-américaine Newmont, suivie de l’entreprise péruvienne Buenaventura et de la Société financière internationale de la Banque mondiale.

Les résidents de Cajamarca exigent au gouvernement du Pérou qu’il annule la décision autorisant l’entreprise Yanacocha à commencer ses activités (voir les arguments de la communauté, en espagnol, sur : http://www.wrm.org.uy/paises/Peru/Quilish.html ).

Ils nous demandent de les appuyer d’urgence et d’envoyer aux autorités péruviennes des lettres de rejet de cette décision. Vous trouverez ci-joint un modèle de lettre à envoyer.

Merci en avance de votre appui !

MODÈLE DE LETTRE :

Monsieur le Ministre,

Nous souhaitons vous manifester notre inquiétude au sujet des événements de Cajamarca, ville du Nord du Pérou, que la presse a largement diffusés dans le monde entier et qui concernent le conflit entre les habitants de la ville et l’entreprise minière Yanacocha.

D’après les médias péruviens et internationaux, l’avis des organisations locales et plusieurs rapports techniques, le conflit est issu de l’insistance de la société minière Yanacocha (dont les actionnaires principaux sont les entreprises Newmont et Buenaventura et la Banque mondiale) et du ministère de l’Énergie et des Mines à mener des travaux d’exploration minière à Cerro Quilish, malgré l’opposition des paysans de la région. Les paysans et les résidents de la ville, connaissant les dégâts causés par cette entreprise ailleurs dans leur région (le déversement de mercure à Choropampa et d’autres plaintes déposées contre l’entreprise depuis 1993) craignent que l’activité minière ne nuise gravement aux ressources hydriques, qui sont indispensables à la vie de la population et à l’exploitation agricole dont dépend sa subsistance.

Nous vous demandons de prendre toutes les mesures nécessaires pour annuler la Résolution directoriale 361-2004-MEM/AAM qui autorise la reprise des travaux d’exploration de Yanacocha à Cerro Quilish, car par cette mesure administrative le ministère de l’Énergie et des Mines a méconnu une décision locale, l’ordonnance nº 012-2000 de la Municipalité provinciale de Cajamarca, qui déclare le mont Quilish Aire Protégée Municipale. En outre, cette résolution est en contravention à une décision du Conseil provincial de Cajamarca du 3 septembre de l’année en cours, qui rend le ministère et l’entreprise responsables de l’autorisation et exige l’arrêt des activités et le retrait des machines de Cerro Quilish.

Nous demandons également que l’on évite les mesures de répression et de violence contre les paysans et les résidents, qui ont déjà subi de graves atteintes à leur intégrité physique. Nous espérons que le respect de la vie, de la liberté et de la sécurité des personnes, qui sont des droits reconnus autant par la Déclaration universelle des Droits humains que par la législation nationale, prévaudra sur les intérêts économiques de l’entreprise Yanacocha.

Autant cette entreprise que le ministère de l’Énergie et des Mines, que vous présidez, doivent respecter les droits des paysans à défendre leurs terres, à profiter des aires protégées de leur province, à l’eau et à un environnement sain. Nous soulignons enfin l’importance du droit à l’autodétermination du peuple de Cajamarca et à décider quel type de développement il veut, ce droit que le peuple de Tambogrande, connu dans le monde entier, a défendu à Piura il y a quelques années.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations distinguées.

Les lettres sont à adresser à :

Monsieur Alejandro Toledo
Président de la République du Pérou
webmaster@presidencia.gob.pe
Fax : (511) 311 4700

Newmont Mining Corporation
Denver – Colorado
Fax : (303) 837 5837
corprelations@corp.newmont.com
États-Unis

Monsieur Carlos Santa Cruz
Président de Yanacocha
Fax: (511) 215 2610
Pérou

Monsieur Jaime Quijandría
Ministre de l’Énergie et des Mines
hzagazeta@minem.gob.pe
webmaster@minem.gob.pe
Fax : (511) 224 4490

Merci d’adresser copie de vos lettres à :
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