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Bulletin du WRM
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88 - Novembre 2004 |
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– La résistance est fertile : manifestations contre les arbres GM Les scientifiques forestiers qui s’occupent des arbres GM ont l’habitude de dire que le nombre d’essais sur le terrain qu’il y a partout dans le monde prouve que cette technologie est de plus en plus acceptée. En fait, c’est le contraire qui est vrai. A mesure que le nombre d’expériences augmente, l’opposition aux arbres transgéniques devient de plus en plus forte. L’attention des médias s’est concentrée surtout sur une poignée d’actions menées par de petits groupes d’activistes, qui portent des noms tels que « Récupérons les Semences » ou « Les Lutins de la Génétique ». Au cours des six dernières années, ils ont détruit douze champs d’essai d’arbres GM en Grande-Bretagne, au Canada et aux États-Unis. Dans ce dernier pays, le Front de Libération de la Terre a brûlé des bureaux et des laboratoires de recherche. Les réponses de l’industrie et des chercheurs à la destruction de la propriété et des essais d’arbres GM se centrent sur les dégâts causés et montrent les contestataires comme des vandales ignorants et irresponsables. Bien entendu, ces réponses visent à passer sous silence les risques que les recherches en question pourraient causer aux gens et à leur environnement. En 1999, des contestataires ont coupé en Angleterre 152 peupliers de la station de recherche de Jealot’s Hill appartenant à l’entreprise de produits agrochimiques Zeneca. Le porte-parole de Zeneca, Nigel Poole, semblait au bord des larmes. « Ils ont arraché l’écorce des arbres. Les pauvres sont en train de mourir lentement », a-t-il dit au journal The Times. Apparemment, Poole avait oublié que Zeneca plantait des arbres pour qu’on puisse les déchiqueter, les bouillir, les réduire en pâte et les transformer en papier. Lorsque certains de ses essais d’arbres GM ont été détruits en mars 2001, Steven Strauss, de l’Université de l’État d’Oregon, a essayé de rassurer le public en disant que « tout cela est considéré comme extrêmement sûr. Ces gens qui disent que c’est dangereux ne sont pas des experts et manquent d’information ». « Les violents ne comprennent pas la science », a dit Strauss à Associated Press. Pourtant, beaucoup de personnes et d’organisations s’adonnent à des activités d’un autre genre à l’encontre des arbres GM. La contestation a pris des formes diverses, dont la pose de bannières, les conférences de presse, les meetings, les lettres aux journaux, les pétitions, les articles, les campagnes pour persuader les entreprises de ne pas acheter des produits dérivés d’arbres GM, des recherches à l’intérieur des entreprises et des institutions impliquées, des mobilisations en faveur de zones sans OGM. Il est probable que la première alliance d’ONG constituée pour s’opposer aux arbres GM a été la GE Free Forests Coalition (GEFF), formée en Grande-Bretagne en avril 1999. Trois mois plus tard, la GEFF organisait une manifestation à Oxford, lors de la conférence de l’IUFRO sur la Biotechnologie forestière. Steven Strauss avait commenté alors : « Les scientifiques présents se grattaient la tête, se demandant comment la science et la ‘société’ pouvaient être tellement en retard en Europe ». Pendant ce temps-là, le commun des mortels se demandait combien de temps les chercheurs avaient dû passer enfermés dans leurs laboratoires, pour s’étonner maintenant que la manipulation génétique soit un thème polémique. La résistance aux arbres GM continue de grandir. Aux États-Unis, environ quatre-vingts ONG ont signé une déclaration intitulée : « Vision commune pour la transformation de l’industrie papetière ». Cette vision commune est issue d’une réunion, tenue en novembre 2002, de plus de cinquante ONG qui s’occupaient des questions du papier, de la pollution et des forêts. Elle inclut une demande à l’adresse de l’industrie papetière : « arrêter l’introduction de fibre de papier provenant d’organismes génétiquement modifiés, en particulier d’arbres et de plantes transgéniques ayant des gènes tirés d’autres espèces de plantes et d’animaux ». Plusieurs pays ont directement interdit ou imposé des moratoires sur les OGM, dont l’Algérie, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, El Salvador et l’Australie (sauf le Queensland et le Territoire du Nord). En outre, plusieurs régions de l’Europe et trois comtés des États-Unis ont voté des interdictions sur les OGM. La Thaïlande a interdit 49 plantes GM. Partout dans le monde, des organisations pour l’environnement et la justice sociale font campagne pour une législation qui interdise les OGM dans leurs pays, provinces, états, villes ou comtés. Des zones sans OGM sont apparues partout, même aux États-Unis. En novembre 2004, le comté de Marin, au nord de San Francisco, a rejoint les comtés californiens de Mendocino et de Trinity dans l’interdiction des OGM. En décembre 2003, la province autrichienne de Kärnten a adopté une loi stipulant que les OGM ne peuvent pas être plantés à moins de trois kilomètres des aires naturelles et culturelles qui méritent d’être protégées. Environ 20% des champs de Kärnten sont cultivés par des méthodes organiques. L’agriculture organique figurant parmi celles qui méritent d’être protégées, cela veut dire que, dans la pratique, les autorités ne délivreront aucun permis pour la plantation d’OGM. En Grande-Bretagne, quatorze millions de personnes vivent dans des régions qui ont adopté une politique anti-GM. Douze comtés ont approuvé des résolutions dans ce sens, qui viennent s’ajouter à celles des autorités de plus de trente villes, cités, districts et parcs nationaux. En France, plus de 1 250 maires ont déclaré leurs communes interdites aux OGM. Les Amis de la Terre Europe font campagne pour une Europe sans OGM, dans le but de soutenir les régions qui souhaitent devenir des zones sans transgéniques (pour plus d’information, visitez le site http://www.foeeurope.org/GMOs/gmofree/). Les gens qui s’opposent aux arbres GM se mettent en contact avec des organisations du monde entier : des réseaux qui ont lutté contre la prolifération des cultures d’OGM dans leurs pays, des organisations qui s’occupent du changement climatique, des militants contre la mondialisation, des défenseurs des droits de l’homme et des peuples indigènes, des communautés et des organisations locales qui s’opposent aux plantations industrielles d’arbres et à d’autres types de foresterie industrielle. La résistance aux arbres GM grandit de plus en plus ! Chris Lang, adresse électronique
: chrislang@t-online.de – Les entreprises forestières et la recherche sur les arbres GM Les arbres transgéniques ne sont pas le résultat de l’évolution. Ils sont le résultat des décisions prises aux niveaux institutionnel et industriel pour qu’ils soient développés et rapidement utilisés. Les entreprises, les institutions de recherche et les universités y travaillent en étroite collaboration ; les premières finançant les départements de recherche des universités, elles influent sur le type de recherche à effectuer. Bien que les acteurs dans le domaine des arbres GM soient nombreux, certains sont bien plus importants que d’autres. La plupart du travail de recherche est effectué dans un nombre relativement petit de pays, en particulier aux États-Unis, au Canada, au Japon, en Nouvelle-Zélande, en Australie, au Chili, au Royaume-Uni et en Chine. Quelques-unes des sociétés les plus importantes y sont directement impliquées. Par exemple, trois géants forestiers (International Paper, Westvaco et Fletcher Challenge) ont formé avec Monsanto, en 1999, une joint-venture dénommée ArborGen, qui est devenue la première productrice d’arbres GM. Monsanto s’est retiré d’ArborGen six mois plus tard. En janvier 2000, la plus grande société néo-zélandaise de biotechnologie, Genesis Research and Development, a rejoint le groupe. Genesis et Fletcher Challenge ont travaillé ensemble, pendant cinq ans, à développer des eucalyptus, des peupliers et des pins résistants aux herbicides. En 2001, Rubicon (une autre société néo-zélandaise) a acheté les opérations biotechnologiques de Fletcher Challenge et pris à son compte les engagements de cette dernière dans ArborGen. Depuis, Westvaco s’est fusionnée avec Mead Paper Company pour former Meadwestvaco. En avril 2003, Genesis a annoncé qu’une nouvelle subsidiaire chargée de la science botanique, AgriGenesis Biosciences, allait la remplacer au sein d’ArborGen. En ce moment, ArborGen a en cours aux États-Unis 51 essais sur le terrain de peupliers, eucalyptus, pins et liquidambars transgéniques. Ses scientifiques ont manipulé génétiquement les arbres pour qu’ils aient moins de lignine, qu’ils poussent plus vite et plus droit, qu’ils soient stériles ou qu’ils résistent aux maladies et aux herbicides. Une autre société concernée par les arbres GM est Horizon2, basée en Nouvelle-Zélande, qui est surgie en mars 2003 de la fusion de Carter Holt Harvey Forest Genetics et Rubicon’s Trees and Technology. Carter Holt Harvey est une entreprise d’exploitation forestière néo-zélandaise qui appartient pour 50% à International Paper. La société GenFor, basée au Chili, est une joint-venture entre le groupe chilien de spécialistes Fundación Chile et l’entreprise canadienne Cellfor. La société, qui a été partiellement financée par l’Agence chilienne de Développement, a passé des accords de recherche avec les géants forestiers chiliens Arauco et Mininco. Ces entreprises fournissent à GenFor des spécimens supérieurs, GenFor apporte la technologie nécessaire pour les « améliorer » et obtient en échange le droit de commercialiser les résultats de la recherche. La cible principale de la recherche de GenFor est le pin radiata transgénique, dont sont constitués 80% des plantations du Chili. L’objectif des scientifiques de GenFor est de créer un pin GM résistant au perce-pousse européen (Rhyacionia buoliana), un ravageur qui met en péril les 1,5 millions d’hectares de plantations de pins radiata du pays. Cellfor, partenaire de GenFor, est entrée en contact avec plusieurs universités, dont Oxford, Purdue, British Columbia, Alberta et Victoria. L’entreprise a travaillé également avec l’Institut d’Agrobiologie moléculaire de Singapour, et avec SweTree Genomics de Suède. GenFor travaille également à accroître le taux de cellulose et à réduire la quantité de lignine de Pinus radiata et de Pinus taeda. Aux États-Unis, plusieurs entreprises papetières, dont Weyerhaeuser, International Paper, MacMillan Blodel, Aracruz Cellulose et Potlatch Corporation, ont financé le programme de l’université de l’État d’Oregon sur la génomique, la biotechnologie et la culture des arbres, qui cherche à obtenir des arbres GM tolérant les herbicides, stériles, résistants aux moisissures et aux insectes, et pauvres en lignine. De leur côté, certaines sociétés forestières mènent leurs propres recherches, comme c’est le cas d’Aracruz Cellulose au Brésil, et des entreprises japonaises Oji Paper et Nippon Paper Industries. Aracruz, le premier producteur de pâte d’eucalyptus blanchie à partir de ses énormes plantations au Brésil, mène en ce moment des recherches en laboratoire sur les arbres transgéniques mais, d’après les autorités de l’entreprise, ne fait pas encore d’essais sur le terrain ni de plantations commerciales GM. Nippon Paper, l’entreprise papetière la plus grande du Japon, a développé un eucalyptus qui tolère le sel. Elle travaille aussi sur des peupliers GM, qui seraient résistants aux milieux pollués. En 1995, Nippon avait signé un accord avec Zeneca pour travailler à la modification de la lignine des arbres à pâte ; pour 2001, elle avait développé un eucalyptus GM qui produisait 20% moins de lignine, 10% plus de cellulose et 5% plus de pâte que les eucalyptus non modifiés. Oji Paper est l’un des plus grands fabricants de pâte et de papier du monde. L’entreprise possède un programme de recherche sur les arbres GM. Ses scientifiques travaillent à développer des arbres ayant moins de lignine, des arbres tolérant des sols salés et des eucalyptus pouvant pousser sur des sols acides. Ce qui précède
illustre à quel point les entreprises sont impliquées
dans le développement des arbres GM. Elles veulent planter des
arbres dans n’importe quel type d’environnement et être
sûres qu’ils pousseront vite ; elles veulent que le bois
des plantations s’adapte aux processus industriels (par ex. en
ayant moins de lignine lorsque le but est de produire de la pâte)
; elles veulent que leurs monocultures résistent aux insectes
et tolèrent les herbicides ; elles veulent que leurs arbres soient
stériles. Bref, elles veulent manipuler la nature pour l’adapter
à leurs objectifs économiques, quels que soient les risques
et les incertitudes que cela implique. – La législation internationale et les arbres transgéniques Malgré les risques que comporte la modification génétique des arbres, il n’existe pas de législation internationale spécifique à ce sujet. Les normes qui ont été établies s’adressent surtout aux cultures vivrières et aux semences, et ne couvrent pas forcément les problèmes que pose la modification génétique appliquée aux arbres, du fait de la grande longévité de ces végétaux. La législation internationale sur les OGM est pour l’instant centrée sur les thèmes commerciaux. Deux institutions fixent les normes régissant le commerce international des OGM : la Convention sur la Diversité biologique (CDB) et l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). Les pays membres de la CDB ont adopté en janvier 2000 le Protocole de Cartagena sur la Biosécurité, qui réglemente les mouvements transfrontières des OGM sur la base du principe de précaution. Bien que trois grands exportateurs d’OGM (les États-Unis, le Canada et l’Argentine) n’aient pas ratifié le Protocole de Cartagena, celui-ci reconnaît aux pays importateurs le droit d’interdire l’accès d’OGM lorsque l’information disponible ne permet pas d’effectuer une évaluation correcte des risques qu’ils comportent. Ainsi, il incombe au pays exportateur de fournir la preuve de la sécurité de ses OGM. Pourtant, les normes de l’OMC prévoient que les gouvernements peuvent être pénalisés lorsqu’ils mettent en place des normes, l’interdiction des OGM par exemple, que cet organisme considère comme une barrière au commerce international. L’OMC a aussi un accord sur l’application de mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) qui concerne les réglementations relatives à l’innocuité des aliments et à la santé animale et végétale. Suivant cet accord, les gouvernements doivent établir leurs normes sur la base de l’évaluation des risques, et non sur celle du principe de précaution. Mariam Mayet, directrice du Centre africain pour la Biosécurité, signale que le Protocole de Cartagena évite le problème de dire que ses normes passent avant celles de l’OMC, lorsqu’il déclare que les deux organismes doivent « s’appuyer mutuellement ». Or, il est devenu évident en mai 2003 que les deux séries de normes ne s’appuyaient pas mutuellement, lorsque les États-Unis, le Canada et l’Argentine ont déposé une plainte auprès de l’OMC à propos de la législation de l’Union européenne sur les aliments GM. Tewolde Egziabher, Directeur général de l’Agence pour la Protection de l’Environnement de l’Éthiopie, a été l’un des architectes du Protocole de Cartagena. En réponse à la plainte des États-Unis à l’OMC, il a écrit : « Dans les pays africains, nous nous sommes longtemps battus pour l’adoption et la ratification du Protocole de Biosécurité, et nous avons l’impression que l’intention des États-Unis est de nous adresser un message clair et agressif : si nous choisissons de mettre en oeuvre le Protocole et d’abandonner l’importation d’aliments GM, nous risquons d’être attaqués par l’OMC. Nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que l’attitude des États-Unis est un avertissement qui va à l’encontre du Protocole de Biosécurité et des intérêts des pays en développement ». Les scientifiques forestiers sont certains que la pollution génétique en provenance des plantations d’arbres GM est inévitable. « Tôt ou tard, les gènes en sortiront », comme l’a dit Steven Strauss, de l’Université de l’État d’Oregon. En plus des risques écologiques qui sont en jeu, la perspective du croisement des arbres GM avec leurs parents sauvages, qui aboutira à l’existence, à l’extérieur des plantations, d’arbres GM sauvages mais contenant des gènes brevetés, pose un certain nombre de problèmes juridiques. L’entreprise propriétaire des brevets aura-t-elle des droits de propriété (ou autres) sur tous les arbres qui contiennent ces gènes ? Les propriétaires des forêts risquent-ils de trouver que les arbres qui poussent sur leurs terres appartiennent en fait à International Paper ou à Meadwestvaco, parce qu’ils ont des gènes brevetés par ces sociétés ? Si la pollution génétique porte atteinte aux arbres des forêts naturelles, qui en sera responsable ? Le directeur de la plantation, l’entreprise qui a vendu les plantins d’arbres GM, celle qui a développé l’arbre GM en utilisant un gène breveté, ou le propriétaire du brevet de ce gène ? Comment déterminer les « atteintes » aux arbres des forêts naturelles ? Qui décidera ce qui constitue une atteinte ? Les arbres et les forêts sont sacrés dans certaines cultures ; même si aucun dommage n’est superficiellement constaté, l’altération de leur structure génétique pourrait être considérée comme du vandalisme. Le pollen des arbres peut traverser d’énormes distances. Quant aux semences, il est facile de les passer en contrebande à travers les frontières, et cette contrebande existe. Aucune législation du monde ne l’évitera. Si les arbres GM proliféraient comme des mauvaises herbes et envahissaient les écosystèmes forestiers, qui en serait responsable ? En mai 2004, le Tribunal suprême
canadien a décidé que Monsanto avait le droit de poursuivre
en justice les agriculteurs qui avaient des cultures contenant des gènes
brevetés par cette entreprise. Pat Mooney, directeur du Groupe
d’Action sur l’Érosion, la Technologie et la Concentration,
explique les implications de cette décision : « Maintenant,
ils peuvent dire que leurs droits s’étendent sur tout ce
qui contient leurs gènes, qu’il s’agisse d’une
plante, d’un animal ou d’un être humain. Cette disposition
semble reconnaître la dissémination de la pollution GM
comme une stratégie viable des entreprises pour assurer leurs
droits de propriété ». – Les arbres génétiquement modifiés et le réchauffement de la planète Le 22 octobre 2004, la Russie a ratifié le Protocole de Kyoto, l’accord international créé pour commencer à s’attaquer au problème du réchauffement de la planète. Avec la ratification de la Russie, le Protocole de Kyoto a maintenant un niveau de participation suffisant, de la part des pays les plus fortement responsables des émissions de carbone du monde, pour entrer en vigueur, même sans compter les États-Unis, dont les émissions annuelles représentent 25% du total. Quelques jours après l’annonce de la Russie, le commerce du carbone a triplé en Europe. Il est prévu que ce marché deviendra le plus grand qui ait jamais existé au monde, et qu’il atteindra 60 milliards de dollars d’ici à 2008. Le marché du carbone est inclus dans le Protocole de Kyoto. Il a été créé pour que les entreprises puissent acheter le droit de continuer à émettre du dioxyde de carbone tout en prétendant lutter contre le réchauffement de la planète. Il s’agit donc d’un produit vraiment profitable. Les crédits de carbone sont achetés aux pays ou aux entreprises qui ont réussi à réduire leurs émissions, par exemple, en transformant une usine pour qu’elle brûle du gaz naturel au lieu de charbon, ou en plantant des arbres pour qu’ils absorbent les émissions de carbone. En décembre dernier, la Convention cadre des Nations unies sur le Changement climatique, qui supervise le Protocole de Kyoto, s’est réunie à Milan, Italie, et a accepté que les arbres génétiquement modifiés soient utilisés dans les plantations industrielles destinées à séquestrer du carbone. Très probablement, ces plantations seront établies surtout dans le Sud, avec des subsides de la Banque mondiale, pour compenser les émissions du Nord industriel. Cet accord de l’ONU, joint aux subsides de la Banque mondiale, est un encouragement majeur pour avancer dans la technologie des arbres GM. Cependant, le Protocole de Kyoto ne contient pas de dispositions pour la protection efficace des forêts indigènes existantes qui, elles aussi, absorbent du carbone. Les scientifiques allèguent que les arbres peuvent être génétiquement manipulés pour qu’ils séquestrent encore davantage de carbone, de manière à augmenter la capacité d’absorption de carbone industriel des plantations. Malheureusement, ce plan a plusieurs inconvénients. Le premier problème concerne la place où ces plantations seront situées. Des études menées à la Duke University des États-Unis ont conclu que lorsque les arbres sont soumis à une augmentation du dioxyde de carbone de l’air, ils n’augmentent leur stockage de carbone que si le sol est riche en azote. Les arbres qui poussent dans des sols pauvres ne séquestrent pas davantage de carbone. Cela veut dire que les plantations développées spécifiquement pour absorption de carbone auront besoin de sols fertiles. Les scientifiques ont suggéré, lors d’une conférence de la Duke University, que ces plantations pourraient être situées dans des terres agricoles abandonnées. Mais la question est de savoir où se trouvent toutes ces terres agricoles fertiles. Il s’agit peut-être d’un secret jalousement gardé ? Eh bien, non. En fait, ces plantations vont se concentrer dans le Sud, où elles vont probablement déplacer des communautés, soit directement, en consacrant leurs terres agricoles à des plantations, soit en abattant les forêts indigènes pour les remplacer par des plantations, avec tous les impacts qui en découlent, de la perte de l’eau douce et de la biodiversité à la contamination par des produits chimiques toxiques. Un autre problème autour des plantations destinées à stocker du carbone concerne leur protection contre toute activité susceptible de libérer le carbone absorbé, par exemple, la coupe des arbres ou les incendies. Certains ont suggéré que ces plantations devraient pratiquement devenir des « zones d’exclusion » où toute activité humaine serait interdite, ce qui conduirait presque infailliblement à déplacer des communautés. Les problèmes mentionnés sont inhérents à toute plantation forestière destinée à compenser les émissions de carbone, qu’elle soit ou non composée d’arbres génétiquement modifiés. Mais si on inclut des arbres GM, une nouvelle série de problèmes vient s’y ajouter. En effet, en plus de modifier les arbres pour qu’ils absorbent davantage de carbone, les chercheurs les manipulent pour qu’ils soient résistants aux insectes et aux herbicides, qu’ils poussent plus vite et qu’ils soient stériles. Les monocultures d’arbres à forte intensité de nutriments épuisent rapidement les nappes d’eau et épuisent le sol. Si les arbres sont génétiquement modifiés pour qu’ils poussent plus vite, ce problème s’aggrave. Les images par satellite prises depuis les années 1980 ont révélé que de vastes étendues où il y avait autrefois des forêts indigènes ont été transformées en plantations d’arbres. Or, l’agence nord-américaine de Protection de l’Environnement et l’Institut des Ressources du Monde ont découvert que ces arbres séquestraient seulement un quart du carbone que captaient ces prédécesseurs forestiers. Les plantations d’arbres GM de croissance encore plus rapide, qui épuisent l’eau et le sol, provoqueront une déforestation accrue à mesure que les forêts indigènes seront défrichées pour remplacer la terre que ces plantations auront dénudée. Ce processus de transformation des forêts indigènes en plantations contribue grandement au réchauffement de la planète, puisqu’il implique de libérer le carbone stocké dans les forêts initiales, d’éliminer la capacité naturelle de ces forêts à régler le climat de la Terre, et de les remplacer par des plantations qui séquestrent du carbone à un rythme décidément plus faible. L’industrie affirme que les arbres génétiquement modifiés pour qu’ils possèdent les caractéristiques ci-dessus mentionnées seront stériles pour éviter la pollution génétique. Pourtant, les chercheurs dans ce domaine ont admis qu’il est peu probable qu’on réussisse à obtenir une stérilité à 100%, parce que les arbres peuvent vivre des centaines d’années et que leurs génomes sont plus longs même que le génome humain. D’autre part, il est prouvé que le pollen des arbres peut parcourir 600 km ou plus. Le pollen des arbres GM risque de polluer de vastes étendues de forêts indigènes avec une grande variété de traits nocifs, détruisant le fragile équilibre écologique des forêts indigènes, augmentant le taux de mortalité de leurs arbres et donc l’émission du gaz à effet de serre CO2. Les plantations d’arbres GM n’ont pas de place dans les pratiques durables d’aménagement des forêts, qui contribuent à maintenir les écosystèmes forestiers en bonne santé. Elles n’ont certainement pas de place non plus dans la lutte contre le réchauffement de la planète. La proposition des Nations unies et de la Banque mondiale de projets de ce genre permet aux transnationales de continuer à polluer le monde et d’aggraver son réchauffement, et fait payer un prix disproportionné aux peuples et aux écosystèmes du Sud. Anne Petermann, Global Justice Ecology Project Le GJEP a organisé une
campagne mondiale pour arrêter la modification génétique
des arbres. Pour y participer, vous pouvez envoyer un courrier électronique
à l’adresse info@globaljusticeecology.org, http://www.globaljusticeecology.org,
ou écrire à : GJEP, PO Box 412, Hinesburg, VT 05461 USA. – La Banque mondiale a-t-elle une position arrêtée sur les arbres GM ? Je suis peut-être naïf, mais je croyais vraiment que la Banque mondiale aurait une position au sujet des arbres GM. Le premier essai sur le terrain d’arbres GM eut lieu en 1988. Je pense que seize années auraient dû suffire pour que les experts en politique de la Banque présentent quelque chose. D’après la Banque, lorsque sa politique forestière flambant neuve est apparue il y a deux ans, elle découlait d’un « processus de consultation des parties prenantes », « avec le soutien de nombreuses études analytiques, techniques et économiques, certaines d’entre elles commanditées par la Banque mondiale et d’autres effectuées par des institutions indépendantes et des ONG, sur une large gamme de sujets ». Cette nouvelle politique avait sans doute quelque chose à dire sur les arbres GM, n’est-ce pas ? Eh bien, non. La Politique forestière de la Banque mondiale ne mentionne pas les arbres GM, et sa Stratégie forestière non plus. Cette dernière est pourtant un rapport de 99 pages (plus les annexes) qui, d’après la Banque, « fournit des orientations nuancées sur les diverses actions qu’il faudrait prendre en considération dans des circonstances diverses ». La Politique forestière de la Banque établit que cette institution ne financera que des plantations qui soient « environnementalement appropriées, socialement bénéfiques et économiquement viables ». Dans un monde où les choses seraient ce qu’elles doivent être, cela devrait exclure les plantations d’arbres GM, puisqu’elles ne sont ni « environnementalement appropriées » ni « socialement bénéfiques ». Mais certains experts de la Banque mondiale ont une idée bizarre de ce qui est « approprié » et « bénéfique » pour des communautés rurales qui vivent à des milliers de kilomètres de distance de Washington DC. Par l’intermédiaire de son Unité des Finances du Carbone, la Banque mondiale est avide de financer des projets de puits de carbone, y compris les plantations d’arbres. Depuis décembre 2003, le Protocole de Kyoto permet d’inclure dans son mécanisme de développement propre les plantations d’arbres GM comme puits de carbone. Aucune plantation de ce genre n’a encore été établie, mais les chercheurs du Laboratoire national d’Oak Ridge, par exemple, travaillent à produire des arbres GM destinés à stocker du carbone. Curieux de savoir si cela voulait dire que la Banque mondiale pourrait financer à l’avenir des puits de carbone d’arbres GM, le 21 juillet 2004 j’ai écrit à Jason Steele, de l’Unité des Finances du Carbone de la Banque, pour lui poser deux ou trois questions à ce sujet. Une semaine plus tard il m’a dit qu’il « essayait encore » de trouver les réponses. Un ou deux mois plus tard, n’ayant toujours pas de nouvelles, j’ai pensé qu’il conviendrait de lui rafraîchir la mémoire et je lui ai écrit à nouveau, lui disant que travaillais à un article, que la date limite était la mi-novembre et que j’aimerais recevoir une réponse officielle. Cette fois il m’a répondu tout de suite, mais seulement pour me mettre en contact avec la Responsable en Chef des Communications de l’Unité, Anita Gordon. J’ai donc posé à Anita Gordon les mêmes questions que j’avais posées à Jason Steele deux mois plus tôt. Elle aussi m’a répondu immédiatement, mais seulement pour me passer le Spécialiste des Relations avec les Parties prenantes de l’Unité, Charles Cormier. J’ai rencontré Charles Cormier en juin 2004 à Cologne, lors de la Carbon Expo organisée par la Banque mondiale. Je lui ai demandé une interview au sujet de Plantar, un projet de plantation industrielle d’arbres au Brésil, financé par le Fonds prototype du Carbone (FPC) de la Banque mondiale. Du point de vue du volume des émissions de carbone que le projet est censé éviter, Plantar est de loin le plus grand projet du FPC. Mais Cormier a rejeté ma demande d’interview : « Je ne sais rien au sujet de Plantar », m’a-t-il dit. Le contrat du FPC avec Plantar exige que ses plantations soient certifiées par le FSC en tant que bien gérées. Si le FSC retire sa certification pour quelque raison que ce soit, le FPC cessera ses paiements. Les normes FSC stipulent que « l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés est interdite ». Donc, du moins dans le cas de Plantar, la Banque mondiale ne financera pas les plantations d’arbres GM. « Charles Cormier vous contactera au sujet de votre demande », m’a promis Anita Gordon, en septembre dernier. Je n’ai pas encore eu de ses nouvelles, mais cela ne devrait pas m’étonner outre mesure. J’ai regardé la page « Who’s Who » du site web de la Banque mondiale « Forests and Forestry », et j’ai écrit aux dix-huit membres du staff qui y figuraient pour leur demander des informations sur la politique de la Banque sur les arbres GM. J’ai même cliqué sur un petit bouton et envoyé un courrier électronique au « Service de Consultation ». D’après le site de la Banque, ces gens-là sont des « experts et des spécialistes ». Ils devraient, en théorie du moins, savoir quelle est la position de la Banque au sujet de thèmes forestiers aussi importants que les arbres GM. Or, à part quatre réponses automatiques « absent du bureau », je n’ai pas eu de nouvelles. Pour mémoire, voici les quatre questions auxquelles j’aimerais que quelqu’un de la Banque mondiale réponde : 1- La Banque mondiale a-t-elle des directives sur le financement de projets qui incluent des arbres GM ? 2- Dans une feuille de questions et réponses sur sa nouvelle politique forestière, la Banque mondiale déclare que « la stratégie n’engage pas la Banque à participer à des activités de ce genre [c’est-à-dire la foresterie du carbone et le marché du carbone] à moins qu’elles soient explicitement autorisées dans le cadre du Mécanisme de Développement propre ou les mécanismes de mise en oeuvre conjointe du Protocole de Kyoto... ». Puisque les arbres GM sont inclus dans le Protocole de Kyoto, cela veut-il dire que la Banque peut financer des plantations d’arbres GM en tant que puits de carbone ? 3- Le Fonds Prototype du Carbone (ou les autres mécanismes de financement du carbone de la Banque mondiale) a-t-il des directives sur le financement de projets qui incluent des arbres GM ? Si oui, quelles sont-elles ? 4- S’il existe des documents de la Banque mondiale précisant quelle est la position de la Banque mondiale à l’égard des arbres GM, pourriez-vous s’il vous plaît m’en adresser copie ? Je suis sûr de n’être pas le seul à vouloir connaître les réponses à ces questions. Donc, si quelqu’un de la Banque mondiale est en train de lire ceci, je serais ravi qu’il me contacte. Chris Lang, adresse électronique
: chrislang@t-online.de – Faudra-t-il ajouter aux méfaits du pollen massivement dégagé par les plantations de pins les conséquences de son origine transgénique ? La pollinisation des végétaux se fait de plusieurs manières. Dans certains cas, le pollen est transporté par les abeilles, les papillons, les oiseaux-mouches et les chauves-souris. Dans d’autres cas, c’est le vent qui s’en charge, lorsque les plantes ont leurs cellules reproductrices dans des fleurs sans couverture, à nu. C’est ce qui arrive chez les conifères, par exemple le pin. Pour que la fécondation soit efficace, ces arbres produisent une énorme quantité de pollen que le vent emporte et distribue, en le passant d’une plante à l’autre sur de longues distances. Le pollen peut provoquer diverses réactions chez les personnes allergiques : la conjonctivite, la rhinite, l’asthme et des malaises d’ordre général. Des symptômes tels que l’irritation et les sécrétions aqueuses des yeux et du nez annoncent l’arrivée du printemps, parce qu’ils se présentent en général lorsque les muqueuses entrent en contact avec le pollen transporté par le vent. La rhinite allergique saisonnière (que l’on appelle aussi le rhume des foins) atteint un habitant sur six du monde industrialisé. Bien que le pollen du pin soit considéré comme très peu allergène, à l’époque de la pollinisation il s’en répand des volumes très élevés. De surcroît, lors d’une étude menée sur le pollen du Pinus radiata, lequel est très abondant dans l’atmosphère en Nouvelle-Zélande, on a trouvé qu’il contenait des protéines allergéniques et on a constaté l’existence de réactions croisées avec le pollen d’une graminée (Lolium perenne). D’autres auteurs ont découvert ces derniers temps une forte augmentation du potentiel allergène de ce pollen en raison de la pollution de l’air. En outre, l’augmentation des niveaux de dioxyde de carbone associée au réchauffement de l’atmosphère terrestre pourrait augmenter à son tour l’incidence des allergies. Les chercheurs affirment que, dans une atmosphère où le taux de dioxyde de carbone sera le double de l’actuel, la production de pollen augmentera de 61%. A ce scénario viennent s’ajouter deux facteurs qui aggravent encore le problème : les plantations de pins à grande échelle et le projet de les transformer, de surcroît, en plantations de pins transgéniques. Dans le cas des monocultures industrielles de pins, on peut dire que le phénomène de la pollinisation augmente de manière exponentielle. Au Chili, par exemple, la superficie couverte de pins dépasse le million et demi d’hectares. Il n’est pas difficile d’imaginer les nuages de pollen que dégage une telle quantité d’arbres de la même espèce, généralement plantés les uns à côté des autres sur des étendues gigantesques. Les voisins de la communauté Lumaco, dans la commune de Traiguén, IXe Région, en témoignent : « en octobre, le pollen des pins jaunit toute la campagne. Des problèmes de santé apparaissent. Le potager en est couvert et il faut arroser les feuilles des plantes pour qu’elles puissent survivre ». « [...] personne ne savait vraiment ce qui se passait avec le pollen du pin. Il nous fait peut-être du mal. Nous entendons parler de la pollution, on nous dit comment doit être l’eau pour qu’on puisse la boire, mais au bout du compte on boit ce qu’on a, c’est tout. » Même la presse a rapporté l’année dernière le phénomène de la « pluie jaune », une couche de poussière d’un jaune verdâtre qui a recouvert les rues, les trottoirs et les voitures, et qui s’est avéré être du pollen de pin. Il en est arrivé de même au Japon, où l’on instaura en 1950 une politique de plantation de presque une seule espèce de conifère de croissance rapide (Cryptomeria japonica). Il y a deux ans, ces plantations comprenaient 10 millions d’hectares. A présent, un nuage de pollen s’abat chaque printemps sur le Japon, qui provoque des allergies à un habitant sur six. En dix années, la population affectée à Tokio est passée de 7% à 20% (voir bulletin nº 60 du WRM). D’autre part, en ce qui concerne la manipulation génétique de variétés végétales, il y a eu des indices vérifiés que le pollen du maïs transgénique pourrait avoir provoqué des cas d’allergie. En juillet 2003, à Mindanao, dans la région sud des Philippines, plusieurs personnes de la population rurale habitant à proximité d’une plantation de maïs transgénique Bt (manipulé pour qu’il produise la toxine contre le Bacillus turingensis) ont eu des épisodes de fièvre, maux de tête, nausées, troubles respiratoires et intestinaux, affaiblissement général et affections de la peau. Cette situation ayant coïncidé avec la période de floraison du maïs transgénique et s’étant prolongée pendant plusieurs semaines, le Centre d’Action sociale a demandé l’aide de diverses organisations et ONG locales, telles que Searice et Masipag, pour essayer d’identifier la cause des symptômes et chercher une solution. Le Directeur de l’Institut norvégien d’Écologie génétique, Dr. Terje Traavik, a fait alors des analyses de sang et assuré le suivi de l’affaire. Traavik a manifesté que les anticorps présents dans le sang démontraient que les personnes affectées avaient été exposées à la toxine Bt au cours des mois précédents. Les analyses de sang indiquaient donc que les symptômes étaient la conséquence de l’inhalation du pollen du maïs modifié. Une simple extrapolation dictée par le bon sens et la prudence porte à se demander ce qui se passerait si, aux troubles déjà problématiques du pollen « en masse » des plantations commerciales de conifères, il fallait ajouter ceux du pollen transgénique de pins manipulés à des fins exclusivement commerciales. L’incertitude et les risques associés à ces effets possibles ne sont-ils pas une raison de plus de dire catégoriquement NON aux arbres transgéniques ? Article rédigé
à partir d’informations tirées de : témoignages
recueillis par Ricardo Carrere en juin 2004 au cours d’un voyage
dans la IXe Région du Chili, commune de Traiguén, communauté
de Lumaco ; “Preliminary Results of Study Show Immunological Reaction
to Bt Toxin”, Gentech-news 91, http://www.blauen-institut.ch/Tx/tM/tm_nov/tm0913.html
; “La invasión de las plantaciones forestales en Chile”,
José Araya Cornejo, Observatorio Latinoamericano de Conflictos
Ambientales, http://www.wrm.org.uy/paises/Chile/invasion.pdf; “’Lluvia
amarilla’ es polen de pino”, http://www.australtemuco.cl/site/edic/20030819023407/pags/20030819025615.html
; “Pinos”, http://www.uma.es/Estudios/Departamentos/BiolVeg/02Aer/00HAer/PolPin.html
; “La producción de polen crecerá significativamente
en 50 años”, http://www.diariomedico.com/edicion/noticia/0,2458,129561,00.html. |
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