Bulletin du WRM

 

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Numéro 89 - Decembre 2004


AMERIQUE DU SUD

LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

– Pays andins : non au TLC qui rase les forêts et s’approprie les ressources naturelles

L’Organisation mondiale du Commerce (OMC) a été l’un des principaux instruments de l’avancée des groupes économiques et de pouvoir qui soutiennent la privatisation, la mondialisation et la libéralisation de l’économie dans le but de commercialiser jusqu’aux recoins les plus cachés de la vie. Mais depuis 1995, l’OMC a essuyé un fort revers à Cancún et, lorsque le projet d’Accord de libre commerce des Amériques (ALCA) a échoué à Miami, les États-Unis ont contacté plus de vingt pays pour formaliser des traités de libre commerce bilatéraux (TLC), en une tentative d’accélérer le processus au moyen de négociations bilatérales ou subrégionales, faisant pression sur les pays les plus faibles ou dociles. Les TLC sont des instruments géopolitiques pour stimuler un colonialisme de large spectre dans les pays d’Amérique latine, dans la mesure où ils embrassent non seulement des aspects strictement économiques mais d’autres concernant la législation du travail, la gestion étatique, la propriété intellectuelle, l’environnement et les ressources naturelles, les connaissances, la culture et, pour incroyable que cela paraisse, les rapports mêmes des êtres humains avec le transcendant.

Les TLC sont destinés à éliminer les droits des peuples indigènes à leurs territoires, par des dispositions qui établissent que l’État doit renoncer à sa capacité de contrôler la concentration économique et les monopoles ; la possibilité que les pays soient obligés de payer des sommes faramineuses aux entreprises nord-américaines si celles-ci ne font pas les profits escomptés ; la garantie que les entreprises nord-américaines ne pourront pas être expropriées et que, si cela arrive, il faudra indemniser les investisseurs et les compenser du manque à gagner. Cette disposition entraverait, entre autres, des processus tels que la réforme agraire, la récupération environnementale, celle des fleuves et des bassins. Les dispositions mentionnées incluent en outre l’obligation de garantir aux entreprises étrangères la protection policière en cas de grèves et de manifestations ; des normes permettant à ces entreprises de s’emparer de ressources, d’éléments de notre entourage et d’activités qui n’avaient jamais été considérés comme des marchandises. Les termes de ces traités ouvrent la voie à : a) la privatisation des mers, fleuves et lacs, de l’éducation et de la santé, des parcs nationaux, des communications, du transport, et de tout ce que les avocats des entreprises nord-américaines imagineront d’y inclure ; b) permettre que les entreprises nord-américaines prennent le contrôle de la presse, la radio et la télévision ; c) la privatisation en faveur des transnationales de diverses fonctions gouvernementales, telles que la législation environnementale et le contrôle de son application, les prisons et au moins certaines fonctions de l’armée (comme cela arrive déjà en Colombie et en Équateur dans le cadre du Plan Patriote) ; d) la possibilité de privatiser tout ce qu’on décidera d’appeler « service », puisque la définition de ce mot n’est pas donnée ou elle est très large. Le terme « services environnementaux », par exemple, rend possible la privatisation de l’atmosphère, du climat, des fonctions écologiques qui assurent l’équilibre environnemental, et de la biosphère dans son ensemble.

Du 25 au 27 octobre, l’Équateur a été le théâtre du cinquième tour de négociations du TLC entre les États-Unis et les pays andins. Les porte-parole d’organisations sociales équatoriennes, colombiennes et péruviennes ont bien précisé que le TLC proposé par le gouvernement des États-Unis n’est pas un simple traité de libre commerce mais embrasse tous les domaines de la vie économique, sociale et politique. Le mouvement « Ecuador Decide » (l’Équateur décide) a déclaré que « l’unique intérêt recherché par le gouvernement des États-Unis et par les transnationales est de s’approprier la seule réserve biologique du monde, qui possède un cinquième de l’eau douce de la planète, qui abrite dans ses forêts la plupart de la faune et de la flore sauvages, dont 72 % sont la base de l’élaboration des médicaments, et qui régularise le climat et la production d’oxygène, sans parler de sa richesse pétrolière ».

La résistance aux Traités de libre commerce et à la recolonisation nord-américaine croît dans toute l’Amérique latine. La plupart des organisations sociales qui, lors du Forum social des Amériques réuni fin juillet à Quito, se sont engagées à faire du 12 octobre une journée de lutte continentale, ont tenu leur engagement. Ce jour-là, de grandes mobilisations ont eu lieu en Amérique centrale, surtout au Costa Rica et à El Salvador, pour exiger aux parlements de ne pas ratifier les traités commerciaux que leurs gouvernements avaient déjà signés avec les États-Unis.

En Colombie, plus d’un million de personnes ont adhéré à une grève nationale contre le TLC, et les leaders indigènes sont en train de convoquer une consultation de leurs communautés pour éviter que la ruée vers la richesse de la selva et de la forêt pluviale, en quête de ressources et de matières premières, ne finisse par appauvrir encore davantage leurs territoires. En Bolivie, des dizaines de milliers d’indigènes se sont réunis pendant plusieurs journées et ont manifesté leur opposition aux tentatives du président Mesa de faire participer leur pays aux négociations actuelles des pays andins avec les États-Unis. Au Pérou, une campagne de signatures a été lancée pour que l’acceptation ou le rejet du TLC soient décidés par un référendum populaire. En Équateur aussi, on travaille pour convoquer une consultation populaire qui permette aux citoyens de décider à ce sujet.

Les termes du TLC, qui suivent un même modèle à appliquer de manière à peu près identique dans tous les cas, permettent d’acquérir des droits de propriété sur les plantes et les animaux, comme s’il s’agissait d’inventions. Le bruit a couru que l’article 8 du chapitre sur la propriété intellectuelle dit : « Chaque partie (chaque pays signataire du TLC) devra permettre le brevetage des inventions suivantes : a) plantes et animaux ; b) procédés diagnostiques, thérapeutiques et chirurgicaux pour le traitement des êtres humains et des animaux ». Les autorités des pays andins reconnaissent que les États-Unis posent des conditions qui vont au-delà des accords établis à l’OMC sur la propriété intellectuelle et sur les brevets.

Nombre des brevets sur le matériel biologique que les États-Unis et les transnationales prétendent défendre sont le résultat de recherches qui ont impliqué l’usurpation de connaissances des peuples originaires, ce qu’on appelle « biopiraterie ».

Pour les forêts de la région et pour leurs peuples originaires, le TLC impliquera non seulement que la frontière commerciale avancera dans la nature, puisqu’il va favoriser l’augmentation des activités d’exploitation des richesses naturelles, mais que les tentatives de s’approprier l’accès à ces richesses et aux connaissances associées en seront renforcées.

Pendant les négociations sur le TLC à Guayaquil, en Équateur, la réflexion des secteurs sociaux s’est accompagnée de mouvements de protestation comme celui d’Acción Ecológica dont les militants, perçant le système de sécurité, ont déployé une pancarte sur laquelle on lisait « TLC = Traité de Libre Corruption » tandis qu’ils criaient : « On n’a pas envie d’être une colonie nord-américaine ».

Article fondé sur des informations tirées de : “Biodiversidad en riesgo”, La Revista Agraria, CEPES, http://www.cepes.org.pe/revista/agraria.htm , distribué par Correo Indígena, nº 59, adresse électronique : coppip@amauta.rcp.net.pe ; “TLCs : Asalto a la Tierra y el Cielo”, René Báez, Alaiamlatina, http://www.bilaterals.org/article.php3?id_article=931 ; “El TLC es un tratado de libre corrupción”, Jairo Rolong, Ecuarunari, Minga Informativa, http://ecuarunari.nativeweb.org/tlc/26oct04jairo.html ; “Declaración de Guayaquil”, Equipo Nizkor, http://www.derechos.org/nizkor/ecuador/doc/decide.html


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– Brésil : le Mouvement de Résistance Ashaninka va à la rencontre de l’avenir

Dans les profondeurs de l’Amazonie brésilienne, un bûcheron traverse la frontière du Pérou et pénètre dans le territoire tribal des Ashaninka, où il coupe un autre vieil acajou et le traîne vers le fleuve pour qu’il flotte en aval vers un camion qui l’emportera vers les marchés internationaux.

« Cette semaine est l’une des plus importantes de l’histoire des Ashaninka », remarque Celso Carelli Mendes, fort de ses 15 années d’expérience en Amazonie, où il a vécu et travaillé avec plusieurs tribus. « Cette semaine peut déterminer la manière dont les peuples indigènes vont travailler à l’avenir avec l’État-nation brésilien, elle peut être décisive pour l’avenir même des forêts. »

Nous étions en train de manger quelque chose dans un café du centre de Brasilia, la capitale du pays, après avoir conduit à son hôtel le leader tribal Benki Piyanko, à la suite d’une soirée pleine de paparazzi au Ciné Brasilia. Cette soirée était l’ouverture officielle de la Semana Ashaninka-Apiwtxa, une semaine de rencontres, événements culturels, tables rondes et films autour de la tribu Ashaninka. La semaine a rassemblé quelques-uns des plus hauts décideurs du gouvernement brésilien, dont le ministre de l’Environnement, Marina Silva, et les présidents de FUNAI et d’IBAMA, les deux principaux organismes gouvernementaux pour les affaires indigènes.

La séance d’ouverture a été un spectacle plein d’éclat, avec des interprétations de musiciens ashaninka et brésiliens, des discours officiels, la couverture de la télévision, une exposition de photos et la première d’un film documentaire. Néanmoins, l’impression générale a été qu’il s’agissait de quelque chose de superficiel, d’un show. Pendant le retour dans la voiture, Benki et Celso ont parlé de la différence entre les jolis mots et l’action véritable, l’éternelle division entre la théorie et la pratique.

« Ce soir, les gens s’approchaient de moi et me disaient que j’étais en train de montrer l’avenir du Brésil, un avenir où les peuples indigènes travailleront en association avec le gouvernement à préserver l’Amazonie », a dit Benki. « Mais je pense que l’avenir est déjà là, que la voie est libre ; ce qu’il faut, ce sont des gens qui agissent, qui fassent ce qu’il faut faire pour les forêts, qui se mettent au travail. Voilà ce qui manque. »

Lorsque je suis arrivée ce soir-là au Ciné Brasilia, les douze membres de la tribu ashaninka qui avaient voyagé des milliers de kilomètres depuis les confins de l’Amazonie pour se rendre à la Semana Ashaninka-Apiwtxa étaient réunis devant les flashes, les microphones et les caméras de la télévision, portant leurs vêtements traditionnels tissés à la main et des couronnes ornées de plumes, chargés d’innombrables colliers de graines multicolores, leurs visages peints de dessins très élaborés en rouge et noir.

Les Ashaninka brésiliens habitent une réserve de 85 700 ha dans l’état d’Acre, près de la frontière du Pérou. Apiwtxa est une communauté spécifique que l’on peut considérer comme la capitale de la nation ashaninka brésilienne, où habitent les leaders de la tribu. La tribu habite une région très éloignée, ce qui a joué un rôle important dans ses contacts sporadiques avec les forces dévastatrices de la colonisation ; encore aujourd’hui, le territoire n’est accessible que par avion ou en voyageant plusieurs jours en canoë depuis la route la plus proche.

Comparée à leur territoire ancestral, cette réserve n’est qu’un petit bout de terre, que les Ashaninka ont réussi à conserver après des siècles de lutte et de résistance. Elle a été reconnue comme territoire de la nation en 1992, soit 250 ans après que le premier grand soulèvement des Ashaninka a expulsé les soldats espagnols et les missionnaires franciscains qui étaient arrivés avec la vague de la colonisation. Après avoir évité l’invasion pendant plus d’un siècle, beaucoup d’entre eux ont été réduits en esclavage pendant le régime brutal des plantations de café et de caoutchouc. On estime que 80% de la tribu ont été décimés par les maladies et par l’exploitation extrême durant le boom du caoutchouc, entre 1839 et 1913. Confrontés à cette perte stupéfiante, les Ashaninka se sont battus pour maintenir leur identité culturelle, protéger leur forêt natale et préserver leur langage et leurs moyens de subsistance.

D’après le programme de la manifestation, la Semana Ashaninka avait deux objectifs : analyser les « progrès et les victoires de la tribu dans le domaine des ressources naturelles et de la production renouvelable » et « chercher des solutions aux problèmes et difficultés de la région frontalière Brésil – Pérou ». Après l’ouverture, les Ashaninka ont pris part à une série de réunions avec les autorités gouvernementales et à des tables rondes publiques. Parmi les problèmes débattus, le plus important était l’entrée illégale à travers la frontière lointaine des bûcherons qui coupent chaque fois plus d’acajous et d’autres arbres de grande valeur du territoire ashaninka.

Les Ashaninka avaient déjà attiré l’attention des médias dans la décennie passée, en partie grâce au charisme, la force et l’initiative de Benki, leur jeune pajé. Benki a trente ans et il est le fils du cacique. Pendant son intense entraînement chamanique il a passé une année à des pratiques spirituelles, isolé dans la jungle, quand il était adolescent. Il a fait partie des leaders d’un projet pour apporter l’Internet aux Ashaninka, en installant de petits kiosques dans les villages pour faciliter la communication entre des régions éloignées et créer un site Web pour diffuser des informations sur la tribu.

« Quelques-uns demandent pourquoi les indiens se mêlent de l’Internet », a signalé Benki. « Mais je pense qu’il est très important d’avoir ce réseau de communication, pour que le monde sache ce qui se passe chez nous ».

Les Ashaninka ont présenté leurs initiatives pour le développement durable au moyen de documentaires qui montrent une partie de leur travail. Un de leurs programmes consiste à reboiser des terres dévastées depuis l’invasion des brancos, les hommes blancs. Benki a raconté que la tribu avait replanté 25 % des terres déboisées, et que leurs petites plantations d’arbres fruitiers avaient produit des fruits que la tribu avait vendus au profit des écoles. Ils ont également mis en oeuvre des élevages de poissons et de tortues, avec d’excellents résultats. Les enfants ont fait une bonne partie du travail, pour apprendre par la pratique et s’entraîner pour l’avenir.

« Je me suis demandé ce que mes grands-parents et mes arrière-grands-parents avaient fait pour protéger la forêt », a dit Benki. « Nos gens veulent travailler avec le Brésil pour créer une option de développement différente, pour montrer au monde un exemple de durabilité... Huit ans après le début du projet, nous étions en mesure de nourrir les gens, et nous espérons continuer de le faire. »

« Le cas des Ashaninka est différent en ce qu’ils nous montrent le chemin à suivre », a commenté Romulo Mello, Directeur des Ressources de Chasse et de Pêche de l’organisation des affaires indigènes IBAMA. « Ils ne se contentent pas de parler, ils ‘font’ des choses et nous invitent à y participer, à partager les leçons de la culture indigène. »

Juliana Birnbaum, adresse électronique : juliebirnbaum@earthlink.net


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– Chili : la mort dans les marais par la pollution d’une usine de pâte

Lorsque le Chili a adhéré à la Convention de Ramsar en 1981, le Sanctuaire Carlos Anwandter sur le fleuve Cruces a été inclus dans la liste des Zones humides d’importance internationale, surtout en raison de son caractère d’habitat d’oiseaux aquatiques. Il héberge une grande diversité d’espèces de flore et de faune, en particulier le cygne à cou noir (Cygnus melancoryphus), un oiseau migrateur menacé d’extinction. Le Sanctuaire et ses cygnes font partie de l’identité et de l’image des habitants de la ville voisine de Valdivia, étroitement liés au paysage fluvial.

Fin octobre, l’alarme s’est répandue lorsque des dizaines de cygnes à cou noir sont apparus morts ou dénutris, aveugles ou affectés d’altérations neurologiques évidentes qui les empêchaient de voler. On a identifié comme cause de cette situation la contamination des algues ‘luchecillo’ (Egeria densa), dont les cygnes se nourrissent. Ce désastre touche aussi les ‘taguas’ (des oiseaux de la région), les ‘coipos’ (des rongeurs végétariens) et plusieurs types de poissons, qu’on a trouvés morts également.

Bien qu’il n’y ait pas encore de réponse définitive sur la cause du désastre, le seul fait d’importance survenu au fleuve Cruces pendant l’année dernière, qui puisse expliquer un changement si subite de l’écosystème, est la mise en fonctionnement de l’usine de pâte Valdivia de l’entreprise Celulosa Arauco (CELCO). Cette usine a commencé à fonctionner en février 2004, à 15 km en amont de la zone humide protégée.

Située dans la commune San José de la Mariquina, province de Valdivia, l’usine a demandé un investissement initial d’un milliard de dollars et sa production annuelle est de 850 000 tonnes de pâte Kraft. Elle a été présentée au pays comme une entreprise modèle, la première à être soumise au Système d’évaluation d’impact environnemental (SEIA) prévu par la Loi 19300 sur la base de considérations environnementales générales et, d’après ses cadres, l’une des rares au monde à posséder un système de traitement tertiaire pour l’évacuation de ses effluents. Selon la résolution environnementale par laquelle elle a été approuvée, les émissions de composés organiques sulfurés réduits (TRS) – responsables de l’odeur d’oeuf pourri caractéristique des usines de pâte – ne seraient pas perceptibles à l’odorat humain au-delà de 500 mètres.

Néanmoins, dès 1996 plusieurs organisations écologistes et sociales s’étaient opposées à l’installation de CELCO. Elles avaient annoncé les impacts que ce projet pourrait avoir, et surtout les conséquences des déversements des résidus industriels liquides, mais les autorités politiques ne les ont pas écoutées, alléchées par la possibilité d’inaugurer une grande entreprise.

Aujourd’hui, moins d’un an après sa mise en fonctionnement, les effets négatifs de l’usine sur l’environnement ont assombri les éventuels bénéfices qu’elle aurait pu apporter à l’économie régionale. Ce qui avait commencé au début de l’année par des plaintes et des protestations de la communauté de Valdivia, affectée par les odeurs nauséabondes charriées par le vent (voir bulletin nº 83 du WRM), a continué en août par une urgence environnementale dans la Région nº 8, lorsqu’un déversement de sulfate de térébenthine a affecté, entre autres, les résidents de la ville de Lota, située à 30 km de l’usine, où les cours ont été arrêtés parce que les élèves étaient pris de maux de tête, vertiges et vomissements. Lorsque l’usine a commencé à opérer, les gens des villages proches, tels que Lanco, Máfil et San José de la Mariquina, ont commencé à consulter le médecin se plaignant de migraines, de nausées et d’irritations des yeux.

Les fortes émanations de l’usine atteignent des distances de plus de 50 kilomètres et arrivent même à la ville de Valdivia. CELCO a déjà été sanctionnée par le Service de Santé de Valdivia, par la Mairie de San José de la Mariquina et par la CONAMA (Commission nationale de l’Environnement) de la Région nº 10.

Les autorités environnementales ont trouvé de graves irrégularités dans la construction et l’opération de l’usine, ainsi que dans ses émissions de résidus liquides et gazeux, qui dépassent les volumes prévus dans l’Évaluation d’impact environnemental approuvée par les autorités chiliennes. Parmi ces irrégularités figurent un tuyau clandestin, des déversements directs dans le fleuve Cruces des effluents non traités d’un étang de résidus liquides, et l’écoulement de 50 litres par seconde d’eau de refroidissement à des températures élevées, à travers le collecteur d’eaux pluviales.

La mort des cygnes à cou noir vient maintenant s’ajouter à tout ceci. Bouleversés par le désastre écologique dans les marais du fleuve Cruces, et déçus par la lenteur des réactions des autorités, les habitants de la région ont organisé le 14 novembre une marche et une caravane fluviale originale à laquelle ont participé plus de 1 500 personnes et, le 16 novembre, une Assemblée citoyenne qui a rassemblé 500 personnes de plus. Leur réclamation a été unanime : en application du principe de précaution consacré par la législation environnementale, il faut arrêter le fonctionnement de l’usine de pâte pour éliminer les déversements polluants soupçonnés de provoquer la perte du patrimoine écologique du fleuve Cruces, tant qu’on n’aura pas déterminé qu’ils ne sont responsables de la mort dans le Sanctuaire.

La mort massive des cygnes et les atteintes à l’écosystème du Sanctuaire auraient pu être évitées.

Article fondé sur des informations tirées de : “Desastre Ecológico en el Río Cruces: Crónica de una Muerte Anunciada”, distribué par RedManglar Internacional, adresse électronique : redmanglar@redmanglar.org , http://www.redmanglar.org/redmanglar.php?cat=GestionAmbiental13#cisnes ; “Celulosa Arauco no quiere someter ducto a evaluación de impacto ambiental”, Carlos González Isla ; “¡Vida a los cisnes!”, Angara Kuns P., matériel envoyé par Lucio Cuenca, adresse électronique : l.cuenca@olca.cl , Observatorio Latinoamericano de Conflictos Ambientales, http://www.olca.cl


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– Venezuela : Chávez interviendra-t-il dans la dispute entre les communautés et les plantations de Smurfit ?

Il y a exactement six ans, nous avons eu l’occasion de visiter l’état de Portuguesa, au Venezuela, dans le but d’obtenir des informations de première main sur la situation des populations de Morador et Tierra Buena par rapport aux grandes plantations d’eucalyptus, de pins et de melinas (Gmelina arborea) de l’entreprise Smurfit Cartón de Venezuela, propriété de la transnationale Smurfit Corporation basée en Irlande.

Cette visite nous a permis de constater les impacts sociaux et environnementaux de l’activité de cette entreprise et de ses plantations, que nous avons résumés dans un article publié dans le numéro de janvier/février 1999 de Revista del Sur (voir l’article complet sur : http://www.redtercermundo.org.uy/revista_del_sur/texto_completo.php?id=859 ).

Avec l’élection de l’actuel président, Hugo Chávez, nous avons pensé que la situation des communautés locales pourrait s’améliorer. Dans cet espoir, nous lui avons adressé le 26 mars 1999 une lettre où nous disions que « pour aboutir à une solution il semble fondamental de prendre en compte l’aspiration des paysans d’obtenir des terres dans la Finca la Productora, ce qui nous paraît pertinent étant donné le niveau avancé du droit agraire vénézuélien ; il semble essentiel également d’arrêter les agressions à l’environnement qui découlent de l’activité de cette entreprise ».

La même année, le Venezuela a adopté une nouvelle constitution qui a éveillé de nouvelles expectatives sur la possibilité de résoudre le conflit à Portuguesa. En effet, la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela, dans son article 306, prévoit que « l’État favorisera les conditions nécessaires au développement rural intégral, dans le but de générer des emplois et de garantir à la population paysanne un niveau de bien-être approprié, ainsi que son intégration au développement national. De même, il favorisera l’activité agricole et l’utilisation optimale de la terre en fournissant des infrastructures, des moyens, des crédits, de la formation et de l’aide technique. »

D’autre part, la nouvelle Loi sur les Terres et le Développement agricole établit dans son article 8 que, pour garantir l’intégration du secteur paysan au processus de production, on encouragera l’établissement de propriétés terriennes par l’acquisition de terres. L’article 12 reconnaît à toute personne apte au travail agricole le droit de se voir adjuger des terres. En outre, le gouvernement a manifesté que la sécurité alimentaire du pays étant une priorité, les terres agricoles le sont également.

Il apparaît clairement de ce qui précède que les dispositions légales soutiendraient les revendications des communautés dans leur conflit avec Smurfit. D’ailleurs, l’entreprise elle-même semble avoir compris finalement qu’elle doit arriver à un quelconque accord avec les gens des lieux. Comme nous l’avons signalé dans Revista del Sur en 1999, « malgré sa politique de harcèlement et de répression, l’entreprise semble ne pas réussir à détourner les gens de leur détermination à contester ses activités... ».

En effet, un rapport récent de l’organisation vénézuélienne AIGRANSA sur la situation dans la région affectée par les plantations de Smurfit signale que, des 27 000 hectares qu’elle possède dans l’état, l’entreprise est disposée à vendre les 2 000 hectares de la « Finca la Productora » pour résoudre le conflit en cours (voir le rapport complet sur : http://www.wrm.org.uy/paises/Venezuela/disputa.html ).

Les paysans de Morador et de Tierra Buena considèrent qu’ils ne peuvent pas faire tout seuls ces négociations délicates avec Smurfit, et que pour arriver à un accord avec l’entreprise ils ont besoin d’un négociateur gouvernemental de haut niveau. Ils ne sont pas d’accord que la propriété soit achetée sans avoir au préalable défini clairement : 1) combien d’hectares de la « Finca la Productora » sont de propriété privée et combien appartenaient à l’Institut agraire national et sont donc propriété de l’État vénézuelien ; 2) quels sont les coûts environnementaux et sociaux que l’activité de Smurfit a générés dans la région (les paysans affirment que ces coûts doivent être déduits du prix que Smurfit demandera pour la propriété).

Pour appuyer les revendications des communautés locales, le WRM a adressé le 18 novembre 2004 une lettre au président Chávez, qui se termine ainsi : « Monsieur le Président, les paysans de la région ont besoin de l’appui du gouvernement pour conduire la négociation avec cette puissante entreprise ; c’est pour vous demander cet appui que nous nous adressons à vous. » (Cette lettre est disponible sur : http://www.wrm.org.uy/paises/Venezuela/carta181104.html ).

De son côté, le Réseau d’Amérique latine contre les monocultures d’arbres (RECOMA) s’est joint à cette réclamation en adressant le 29 novembre une lettre au président : « Face à cette situation difficile et injuste, nous nous adressons à vous pour vous prier de prendre les mesures nécessaires à la résolution de ce problème qui affecte la société et l’environnement de l’état de Portuguesa. » (Voir le texte complet sur : http://www.wrm.org.uy/paises/Venezuela/Recoma.html ).

Nous espérons que les demandes des communautés locales seront écoutées et que justice sera finalement faite puisque, comme nous l’avons écrit en 1999 : « Si les plantations forestières sont non durables en général, dans ce cas en particulier elles semblent être moins durables que jamais ».

Informations supplémentaires : http://www.wrm.org.uy/paises/Venezuela/Smurfit.html

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