|
|
Bulletin du WRM
|
|
|
LUTTES LOCALES ET NOUVELLES Afrique du Sud : les travailleuses forestières sous le régime de sous-traitance Une étude récente analyse les conséquences de la sous-traitance sur les travailleuses forestières du secteur de la plantation d’arbres en Afrique du Sud. Le rapport signale que, dans l’industrie forestière, la sous-traitance suit de près les tendances commerciales mondiales et permet de rendre plus flexibles les termes de l’emploi, au profit de l’industrie. La sous-traitance permet aussi de diminuer les coûts en biens d’équipement et les frais fixes que représentent les employés à plein temps, tout en évitant lois du travail proposées par le gouvernement. En Afrique du Sud, le secteur forestier emploie des milliers de travailleurs à forfait, dont la majorité sont des paysannes noires pauvres, qui ont peu de possibilités de trouver d’autres sources de revenus. Pour évaluer á quel point le travail à forfait contribue à la réduction de la pauvreté dans le secteur forestier, on a interviewé un groupe de femmes qui travaillent pour des entrepreneurs forestiers à KwaMbonambi dans les plantations appartenant à une société. L’interview a eu lieu dans le village « forestier » de la société de plantation, où ces femmes logeaient. Le village était constitué de maisons de briques solidement construites et d’installations communes pour faire la cuisine et laver le linge, situées à un endroit attrayant et bien entretenu. Pourtant, à l’intérieur des maisons on a l’impression qu’il s’agit d’un lieu pour dormir plutôt que d’un espace pour vivre, car on n’y trouve pour tout équipement que des matelas ou des morceaux de carton étendus par terre avec une couverture ou un morceau d’étoffe dessus. Tout semble indiquer que le foyer de ces femmes est là où sont leurs enfants, dans le village rural où vit leur nombreuse famille. Les enfants peuvent venir en visite mais ne peuvent pas résider dans le village de la plantation. Ces femmes sont le seul soutien de leurs enfants et des autres membres de leur famille restés dans les zones rurales. Le travail de toutes ces femmes consiste à retirer l’écorce des arbres abattus. Il s’agit d’une tâche qui demande beaucoup de résistance physique et qui présente des risques élevés d’accident. Elles commencent leur journée de travail à six heures du matin et rentrent à environ trois heures ou quatre heures de l’après-midi. Leur salaire journalier est à l’heure actuelle de 42,50 rands, dont on déduit 6,50 pour le logement, ce qui donne un salaire de 36 rands par jour. Pour y avoir droit elles doivent compléter leur tâche journalière qui consiste à écorcer 35 arbres. Si elles n’y arrivent pas, la différence est reportée au lendemain. La plupart des femmes ont dit qu’elles ne complétaient pas leur tâche et qu’elles utilisaient pour ce faire les quatre samedis du mois. À la fin du mois, leur bulletin de paye reflète le travail effectué en une journée, plutôt que le nombre véritable de jours travaillés. Les femmes interviewées ont dit qu’elles gagnent de 500 à 700 rands par mois. Après avoir acheté les provisions pour la famille, il leur en reste très peu pour leur nourriture et leur habillement. La plupart dépendent pour manger du crédit de l’épicerie générale locale. Elles ne prennent qu’un repas par jour, le soir. Leurs dépenses mensuelles comprennent la liste des aliments essentiels, le transport pour rentrer chez elles à la fin du mois, le transport de leurs enfants pour aller à l’école ; à cela s’ajoutent les frais annuels de scolarité et les uniformes scolaires. Elles dépensent en alimentation environ 60 % de ce qu’elles gagnent, soit quelque 400 rands par mois. Ces femmes ne sont pas syndiquées ; il n’existe pas non plus de structure pour la représentation des travailleurs. Elles ne bénéficient pas de crédit, d’assurance médicale ni de fonds de retraite. Si elles tombent malades, elles doivent présenter un certificat médical pour avoir droit à un congé maladie. La visite du médecin coûte 100 rands, ce qui est hors de portée pour la plupart d’entre elles. Si elles ont un accident de travail, l’entrepreneur leur paie un nombre limité de jours de congé, après quoi elles doivent faire appel aux allocations de chômage. Si un travailleur ou une travailleuse ont un rendement insuffisant qui les met constamment en retard dans leurs tâches, ou s’ils s’absentent pendant une semaine, ils sont renvoyés. Les travailleurs renvoyés ont dix jours pour quitter leur logement. Lorsqu’on sait que, d’après les estimations, 45 % des travailleurs forestiers sont séropositifs, le tableau est désolant : une foule de personnes sans le sou, malades et mal nourries qui retournent mourir à la campagne, sans tirer aucun bénéfice de leurs années de travail. Autrefois, la plupart des travailleurs forestiers appartenaient à des syndicats reconnus qui s’occupaient de leurs doléances, faisaient en sorte qu’ils perçoivent des indemnités en cas d’accident de travail et se chargeaient des négociations salariales annuelles. Mais l’adoption du régime de sous-traitance a fait disparaître les syndicats forestiers. Lorsque le nombre des travailleurs a été réduit, les syndicats ont perdu des adhérents, ont collecté moins de cotisations et se sont retrouvés à court d’argent. Les travailleurs à forfait sont beaucoup plus difficiles à organiser que les employés à plein temps, car ils sont dispersés chez de nombreux employeurs ; beaucoup d’entre eux n’ont pas de lieu de travail fixe. La main d’oeuvre forestière est aujourd’hui vulnérable et démoralisée. Les travailleurs ne disposent d’aucune voie pour faire connaître leurs problèmes ou demander réparation. Ils n’ont aucun moyen de négocier collectivement le niveau de leur salaire ni les termes de leur contrat. Ils n’ont d’autre pouvoir que leur travail. Ils peuvent travailler et être payés pour ce qu’ils font, ou partir et rejoindre la masse des chômeurs. L’étude conclut que l’industrie forestière n’est pas en mesure de sortir de la pauvreté chronique la grande majorité des travailleurs forestiers, qui sont surtout des femmes, ni d’éviter qu’ils s’appauvrissent encore davantage. Les revenus sont incertains et insuffisants, les filets de sauvetage financier, tels que l’assurance maladie et la retraite, n’existent pas, et les travailleurs sont exposés à des risques d’incapacité permanente qui compromettent leurs possibilités futures de trouver du travail. Extrait et adapté
de : “What role for forestry in reducing poverty in South Africa?
Case studies of contractors in the forestry sector”, Jeannette
Clarke et Moenieba Isaacs, mai 2004, http://www.wrm.org.uy/countries/SouthAfrica/Final_Report.pdf,
envoyé par Wally Menne, TimberWatch Coalition, adresse électronique
: plantnet@iafrica.com. Cameroun : le nouveau soutien au secteur forestier sera-t-il plus avantageux pour les populations locales ? La destruction rapide des forêts du Cameroun qui se produit depuis les années 1980 n’a pas manqué d’attirer l’attention : de nombreux témoignages, analyses et recommandations ont été rédigés, et beaucoup d’interventions ont été lancées simultanément pour enrayer le déboisement. On estime que près de 2 millions d’hectares de forêt ont été abattus au Cameroun entre 1980 et 1995. L’exploitation forestière industrielle, souvent effectuée par des entreprises étrangères qui embarquaient au port de Douala les grumes brutes à destination des marchés européens, a été sans doute la principale responsable de cette déforestation, en synergie avec l’avancée concomitante des établissements humains et du défrichement aux fins de l’agriculture. Les nombreux programmes et réformes appliqués dans les années 1990 par la Banque mondiale et le gouvernement camerounais pour réussir une gestion transparente et durable des forêts incroyablement riches du pays (la Loi forestière de 1991, la Loi forestière de 1994, la Nouvelle politique forestière de 1995 et la Loi de 1996) ont généralement échoué à atteindre leurs objectifs et, à certains égards, ont même favorisé une déforestation encore plus grande. Maintenant que la Banque mondiale et d’autres organismes s’apprêtent à renouveler leur soutien du secteur forestier camerounais, il devient indispensable de passer en revue ce qui est arrivé aux forêts du Cameroun et aux populations qui en dépendent, et d’en tirer des enseignements. Le besoin de mettre en lumière le rôle des peuples tributaires des forêts dans la prise de décisions concernant le secteur forestier du pays revêt une importance particulière. Comme un rapport de la Banque mondiale signale avec raison, « ... la distribution inégale du pouvoir de décision au sein de la société est un facteur déterminant de la pauvreté ». Il faut donc se poser les questions suivantes : la loi de 1994 sur la foresterie communautaire a-t-elle abouti à augmenter la participation locale à la gouvernance des forêts ? Le nouveau Programme sectoriel forêts et environnement (PSFE) va-t-il promouvoir l’égalité et accroître la participation des gens du pays à la gouvernance des forêts ? En 1991, la Banque mondiale a modifié ses modalités de soutien du secteur forestier, en ajoutant à ses prêts dans ce domaine des conditions qui les liaient aux prêts d’ajustement structurel (au lieu d’accorder des prêts directs au secteur forestier, comme c’était le cas auparavant). Ces conditions impliquaient certains changements spécifiques de la politique forestière sur lesquels la Banque insistait. Or, si beaucoup d’entre eux semblaient raisonnables sur le papier, le passage à l’étape de mise en oeuvre était semé de difficultés. D’après son propre département de l’évaluation des opérations, la Banque mondiale n’a pas réussi les réformes souhaitées parce qu’elle n’a pas élaboré une stratégie applicable aux particularités de la réalité sociale, politique et économique du Cameroun, parmi d’autres raisons. Il a été signalé en outre que ces politiques avaient été élaborées par la Banque sans adopter une démarche participative authentique, en négligeant de demander l’avis des communautés locales, de sorte que les lois résultantes n’étaient pas équitables. En 1994, le Cameroun a adopté, sur l’ordre de la Banque mondiale, la Loi sur la foresterie communautaire, qui suivait la tendance mondiale dans la gestion forestière des dernières années, orientée à la dévolution. Les raisons qui portaient la Banque mondiale à croire que la foresterie communautaire allait aboutir à une gestion plus durable des forêts n’étaient pas différentes de celles donnés dans d’autres cas en appui de la dévolution : 1) La population locale s’intéresse aux ressources naturelles à plus long terme que les gens de l’extérieur ; ainsi, la gestion locale sera plus durable que celle dirigée par les organes régionaux ou nationaux (laquelle, dans le cas du Cameroun, aboutit souvent au contrôle des ressources par les entreprises forestières étrangères). 2) Les institutions locales sont plus responsables à l’égard de la population locale que les institutions régionales ou nationales ; il y aura donc moins de possibilités que les décisions sur la gestion forestière soient infléchies par la corruption. 3) Étant donné l’insuffisance chronique de financement dont souffrent les organismes de gestion des ressources partout au monde (en particulier dans les pays en développement), la gestion locale semble plus réalisable, du point de vue administratif comme du point de vue financier, et risque donc de contribuer plus efficacement à la réalisation des objectifs de l’agence. Pourtant, ces « avantages » de la gestion locale ne se sont pas concrétisés depuis l’adoption de la Loi sur la foresterie communautaire de 1994. Beaucoup de comités de gestion locale ont été récupérés par les élites des villages (des agents socialement puissants dont la famille est originaire du village mais qui résident souvent à l’extérieur). Ces élites ont vu dans les forêts communautaires une possibilité de profits financiers personnels ; ainsi, l’exploitation de ces forêts a apporté très peu de bénéfices économiques à la population locale. Rien n’indique à cette date que ce type de foresterie communautaire poussé par la Banque ait abouti à une gestion plus respectueuse de l’environnement que la gestion centralisée, imposée et directive du ministère de l’environnement et des forêts (MINEF). Il paraît que la Banque mondiale reprend maintenant le système des prêts directs au secteur forestier. Le 16 juin 2005, un expert en foresterie de la Banque mondiale a annoncé au Cameroun que la Banque allait aider ce pays à mettre en oeuvre son programme de gestion forestière en finançant 30 millions USD du budget total du projet, que le gouvernement camerounais a estimé à 115 millions. Les gouvernements du Canada, de l’Allemagne et du Royaume-Uni sont censés contribuer eux aussi au financement du programme. Le nouveau programme sectoriel pour les forêts et l’environnement visera cinq domaines : 1) Gestion environnementale
des activités forestières Du moment que, d’après les documents de la Banque mondiale, l’élément « gestion communautaire des ressources » du programme comportera « une révision du cadre juridique et institutionnel », ainsi que des analyses socio-économiques et une aide à la mise en place des forêts communautaires, il convient d’énumérer quelques-unes des recommandations effectuées par des analystes camerounais. Ces recommandations pour la réforme des lois et des méthodes d’application peuvent être mieux décrites comme des appels à une décentralisation démocratique et véritable des forêts communautaires du Cameroun. 1) Éliminer les barrières administratives auxquelles se heurtent les communautés qui souhaitent établir des forêts communautaires, en décentralisant les démarches pour qu’elles puissent être effectuées dans les bureaux provinciaux du MINEF. Entre avril 1998 et novembre 2001, le MINEF a reçu 136 demandes de forêts communautaires. En 2004, seuls 30 Plans de gestion simplifiés avaient été approuvés. Le fait qu’il soit nécessaire, pour compléter une demande de forêt communautaire, de se rendre à la capitale du pays, de payer des droits élevés et d’embaucher un consultant pour l’élaboration du Plan de gestion simplifiée, est perçu par certains comme une cause de gestion non durable. Dans certains cas, les communautés finissent par emprunter de l’argent aux entreprises forestières pour financer ces coûts de départ, et sont obligées par la suite à permettre à ces entreprises de couper leurs forêts. 2) Éliminer les obstacles techniques auxquels se heurtent actuellement les communautés, en simplifiant encore davantage les composants requis du « Plan simplifié de gestion ». Les problèmes techniques que posent aux communautés les exigences actuelles du Plan de gestion simplifié aggravent encore les conditions précédemment décrites, et rendent les communautés dépendantes d’agents extérieurs, non seulement pour le paiement des coûts fixes mais à toutes les étapes de l’élaboration. Dans ce cadre, les agents extérieurs finissent souvent par être les véritables auteurs du projet de forêt communautaire, de sorte que la prise de décisions démocratique et la notion même de « gestion locale » s’en ressentent. 3) Rendre les comités locaux de gestion forestière plus responsables à l’égard de tous les niveaux de la population, en exigeant que les autorités traditionnelles et spirituelles, telles que les chefs et les prêtres, soient incluses dans ces comités. Jusqu’à ce jour, les comités de gestion formés par le MINEF ont ignoré les autorités traditionnelles présentes dans les villages. En revanche, le MINEF aurait facilité l’inclusion d’élites extérieures au village qui, souvent, ne sont pas respectées par la population locale ni responsables à l’égard de celle-ci. Dans certains cas, ces comités ont été récupérés par des individus corrompus, qui ont utilisé les forêts communautaires pour leur bénéfice personnel ; spécifiquement, ils ont mis en oeuvre des projets de défrichage rapide et détourné ensuite les profits obtenus. 4) Faciliter l’établissement de forêts communautaires par les peuples « pygmées » (Baka, Kola et Aka), en considérant leur réalité sociale et culturelle et en adaptant en conséquence les exigences de la demande à présenter. À l’heure actuelle, les forêts communautaires ne peuvent être établies que dans le Domaine forestier non permanent du Cameroun. Or, la plupart des groupes pygmées résident dans le Domaine forestier permanent. D’autre part, les définitions légales d’une « communauté », d’un « village » et d’une « chefferie » ne sont pas claires, et ne s’adaptent peut-être pas au mode de vie des Pygmées, qu’il s’agisse de leur vie nomade traditionnelle ou de leur établissement actuel à proximité des villages bantous. Les Pygmées du Cameroun sont à peu près 30 000 ; pourtant, ils ont très peu de pouvoir de décision. La Banque mondiale signale avec raison, dans le sommaire de son Évaluation des impacts sur l’environnement et la société : « à moins qu’on prenne des mesures spécifiques à leur égard, les Baka, les Kola et les Aka n’auront pas la possibilité de profiter du PSFE, dont la portée est nationale et qui, par principe et volontairement, est ouvert à tout le monde ». Kathleen Lawlor, Amis
de la Terre, adresse électronique : klawlor@duke.edu
Liberia : évaluation du processus de réforme du secteur forestier Comme signalé dans des numéros précédents du bulletin du WRM, les forêts du Liberia ont longtemps été exploitées pour attiser les conflits dans ce petit pays de l’Afrique occidentale. Le Liberia possède les deux derniers blocs de la forêt de la haute Guinée, qui héberge plus de 2 000 plantes à fleurs, dont 240 espèces d’arbres ; sur ces dernières, 60 ont été exploitées commercialement. Depuis les années 1990, les forêts du Liberia ont été pillées par les rebelles et par des entreprises forestières suspectes, et même utilisées par l’ancien président pour financer la guerre, non seulement au Liberia mais aussi en Côte d’Ivoire et en Sierra Leone. Reconnaissant le rôle joué par le bois dans la guerre civile libérienne, le Conseil de sécurité des Nations unies a imposé des sanctions à ce produit en décembre 2003 et en décembre 2004. Après avoir évalué les progrès accomplis par le Gouvernement national de transition du Liberia (GNTL) dans le sens d’une réforme du secteur forestier, le Conseil de sécurité a reconduit les sanctions pour une année supplémentaire et cette décision a été maintenue lors de l’évaluation de mi-parcours effectuée en juin 2005. Dans un rapport récent, le Groupe d’experts travaillant pour le Conseil de sécurité signale que la corruption est généralisée au sein du GNTL. Des informations recueillies à la base brossent un tableau où les suspects habituels se hâtent de saisir toutes les richesses possibles avant les prochaines élections gouvernementales, qui auront lieu en octobre 2005. Le Groupe d’experts signale que le GNTL n’a pas fait grand-chose pour respecter les critères définis en février 2004, au cours de la conférence internationale de l’ONU sur la reconstruction du pays. Parmi ces critères figurent ceux qu’il faut appliquer pour la levée des sanctions sur le bois. La Coalition d’organisations non gouvernementales du Liberia vient d’affirmer, dans une lettre adressée au Conseil de sécurité, que le GNTL « n’a pratiquement rien fait pour rétablir son autorité sur les principaux domaines de production de ressources naturelles ». Environ 4 000 personnes habitent en ce moment à l’intérieur du parc national Sapo, l’une des deux aires protégées du pays. De nombreuses personnes déplacées à l’intérieur de leur pays ont cherché refuge dans la forêt, tandis que beaucoup d’anciens rebelles ont installé des campements miniers illégaux dans le parc. Avec ces campements viennent s’établir de petites communautés qui ouvrent des « commerces » pour gagner un peu d’argent pour vivre. Le plus souvent, ces villages temporaires font augmenter la demande de viande de brousse, détériorant ainsi davantage un écosystème déjà fragile. Les personnes déplacées se plaignent de l’injustice dont elles ont été victimes, voyant que les anciens rebelles, qui ont assassiné et violé leurs voisins, reçoivent 300 $ pour poser les armes et bénéficient d’un enseignement gratuit, tandis que leurs victimes ne reçoivent rien. La coalition d’ONG affirme aussi que certains membres de la MINUL (Mission des Nations unies pour le Liberia) qui est censée « aider le gouvernement national de transition du Liberia à rétablir son autorité sur l’ensemble du pays... et à rétablir la véritable administration des ressources naturelles », non seulement n’ont pas été à la hauteur de leur mission mais semblent même avoir agi en coopération avec des trafiquants de bois extrait illégalement. À titre d’exemple, le sciage de long est interdit par la FDA depuis 2000, mais il continue d’exister en vertu d’autorisations d’origine douteuse ; le Directeur exécutif de la FDA affirme que sa signature au pied des permis délivrés en 2003 et 2004 est un faux. Le Groupe d’experts, en collaboration avec les ONG locales, a rapporté que des camions chargés de bois scié passaient les points de contrôle, tard dans la nuit, avec la connivence de certains personnels du MINUL. Il a été affirmé de même que des membres du MINUL avaient été impliqués dans le commerce d’or et de diamants provenant de mines illégales. La bonne nouvelle est qu’une évaluation récente du système de concessions forestières du Liberia a conclu qu’il fallait faire table rase et révoquer tous les contrats de concession existants. D’après la coalition d’ONG, le comité d’évaluation a dû surmonter des obstacles formidables pour mener son enquête en appliquant les critères les plus rigoureux et pour remettre ses conclusions dans les délais prévus. Ces conclusions doivent maintenant être considérées et adressées au président Bryant pour approbation. Beaucoup de concessions avaient été octroyées par l’ancien président Taylor sans tenir aucun compte de la législation forestière nationale. Il s’agit certainement d’une bonne nouvelle pour ceux qui travaillent à la réforme forestière du Liberia, mais il reste beaucoup à faire avant de commencer à ébaucher un nouveau système de concessions. Une étude écologique effectuée en 1978 recommandait de protéger les parcs nationaux Lofa-Mano, Sapo et Cestos-Senkwehn, et les réserves naturelles de Nimba, du mont Wonegizi, de Cape Mount, de la Forêt littorale et de Cavally. Un seul d’entre eux a bénéficié de protection à l’époque, et un autre s’y est ajouté après le cessez-le-feu, grâce aux pressions exercées sur le gouvernement de transition. Il est indispensable d’évaluer les forêts du Liberia, pour mieux connaître l’état des écosystèmes et la situation des personnes qui en sont tributaires, avant de mettre en place n’importe quel plan d’aménagement forestier. La Banque mondiale et le FMI ont participé activement au processus de reconstruction du Liberia. Cependant, le Liberia a un arriéré de plus de 3 milliards de dollars, ce qui l’empêche de recevoir de nouveaux prêts de la Banque. En mai 2005, le FMI a publié un rapport où il souligne que le Liberia a un besoin urgent d’aide extérieure et d’investissements privés, mais que toute nouvelle assistance sera conditionnée aux mesures que le pays prendra pour renforcer les institutions, réduire la corruption et améliorer la gouvernance. Le FMI note que l’économie du Liberia a connu une croissance de 122 % pendant les deux années suivant le traité de paix et que, dans la même période, l’exploitation forestière a étonnamment augmenté de 1 300 %. Le Document de réengagement approuvé par la Banque mondiale pour le pays signale que depuis 1977, le secteur forestier a attiré beaucoup d’investissements étrangers directs et que l’exploitation forestière a été la principale source de devises étrangères. La stratégie de réengagement proposée identifie en outre les facteurs principaux de la récupération du pays : la gestion de l’économie, la réhabilitation de l’infrastructure de gestion des forêts et le développement communautaire. La Banque affirme également qu’elle a une expérience considérable dans ces domaines, recueillie dans d’autres contextes d’après-guerre. Cette affirmation montre que la Banque mondiale s’intéresse beaucoup aux forêts libériennes et donne l’alerte à ceux qui travaillent à la réforme du secteur forestier : il est indispensable que la Banque n’applique pas au Liberia les mêmes politiques qu’elle a utilisées dans d’autres pays africains car, visant à soutenir les intérêts des entreprises, elles ont aggravé la situation des communautés tributaires des forêts. Comme le signalent la Coalition d’ONG et le Groupe d’experts, le GNTL a très peu avancé vers le rétablissement de l’administration des ressources naturelles, et les affaires continuent comme avant. Le Groupe d’experts a suggéré qu’il conviendrait, avant la levée des sanctions, d’engager une organisation privée d’experts en gestion pour la mise en place des réformes du secteur forestier ébauchées par le GNTL et le Conseil de sécurité. On ne sait pas si cette recommandation sera appliquée ni quels seront les prochains pas. Bien entendu, la société civile en est profondément inquiète, et des débats ont été entamés pour déterminer quelle est la meilleure attitude à prendre. La situation est pour le moins difficile. Si cette recommandation est adoptée, il sera indispensable que la sélection de l’organisation privée en question soit absolument transparente et que la société civile et les communautés locales participent à toutes les étapes de ce processus. Le Liberia n’est pas le seul pays à avoir utilisé ses ressources naturelles pour attiser la guerre, mais il est dans une position de choix pour assurer une protection appropriée de ce point chaud de la biodiversité et pour créer un plan de gestion des forêts vraiment durable, en faisant participer les communautés à toutes les étapes de la reconstruction de ce pays dévasté. Espérons que le Conseil de sécurité de l’ONU et la communauté internationale fourniront le cadre nécessaire à cette occasion unique. Michelle Medeiros, Friends of the
Earth USA, adresse électronique : MMedeiros@foe.org
Mozambique : l’exploitation forestière en Zambézie, une « fuite vers la Chine » Il est de plus en plus fréquent de trouver des informations sur l’exploitation forestière illégale effectuée dans les forêts tropicales du Sud-Est de l’Asie et de l’Afrique centrale pour alimenter l’économie chinoise en expansion. Pourtant, le rapport produit par une étude menée pendant quatre mois au Mozambique, dans la province de Zambézie, est l’un des premiers à documenter l’exploitation des forêts semi-arides du Sud de l’Afrique, destinée elle aussi à l’exportation vers la Chine. L’étude menée entre novembre 2003 et octobre 2004, a conclu que les commerçants chinois, les entrepreneurs locaux et les membres du gouvernement et des services forestiers s’associent pour dénuer ces forêts de croissance lente de leurs bois tropicaux précieux, à un rythme tel que cette ressource sera épuisée d’ici à 5 ou 10 ans. Les rondins de bois étant exportés à l’état brut, l’industrie locale en pâtit et tous les bénéfices potentiels que cette production pourrait avoir pour l’un des pays les plus pauvres du monde sont transférés à celui qui est en train de devenir l’un des plus riches. Du fait que les volumes concernés sont petits par rapport à ceux des pays tropicaux humides, le problème a été relativement ignoré au plan international. Néanmoins, si les volumes sont faibles, les conséquences de cette activité sur l’économie du pays sont fortes, pour ce qui est de la perte d’emplois et de revenus, de la violation des droits des communautés, de la destruction d’une ressource de valeur et de la dégradation des systèmes de gouvernance. Le rapport ne propose pas d’interdire l’exploitation, mais d’interdire l’exportation, comme une manière de diminuer l’extraction et d’encourager la gestion durable et le développement industriel et, surtout, pour que le gouvernement tienne les promesses qu’il a faites à la population. Le gouvernement du Mozambique, ses bailleurs de fonds et les institutions financières internationales ont adopté de nombreuses politiques et programmes destinés à atteindre l’objectif principal du pays, qui est d’atténuer la pauvreté. Le Plan d’action pour la réduction de la pauvreté absolue (PARPA), le Programme agricole national (PROAGRI, étapes I et II) et, récemment, la politique, la loi et les réglementations forestières invoquent tous l’aménagement forestier durable et le développement des industries forestières comme moyens de combattre la pauvreté en milieu rural. En 2003, le gouvernement a adhéré au processus d’application de la législation et de la gouvernance dans le domaine forestier en Afrique (en anglais AFLEG), par lequel les pays s’engagent, au plan international, à combattre l’exploitation illicite des forêts, le commerce et la corruption associés, et à favoriser une gouvernance forestière solide. Or, le rapport démontre que le gouvernement et, par association, les IFI et leurs bailleurs de fonds, n’ont pas respecté ces engagements. Non pas par manque de capacité technique ou de ressources, ni par manque de volonté politique, mais en raison du conflit entre les responsabilités publiques et les intérêts privés des fonctionnaires gouvernementaux, surtout ceux des Services nationaux et provinciaux de la foresterie et de la faune (DN/SPFFB), mais aussi d’autres, y compris des membres hauts placés du Front de libération du Mozambique (FRELIMO). Ces fonctionnaires, joints aux entrepreneurs locaux et aux commerçants asiatiques, constituent une « maffia du bois ». Au lieu de combattre l’exploitation forestière illicite, ils manipulent les réglementations forestières et l’information, acceptent des pots-de-vin, sont eux-mêmes impliqués dans l’extraction, facilitent la « fuite vers la Chine » et en tirent des profits personnels. Le rapport appelle le gouvernement et les donateurs à rendre des comptes – au nom des pauvres du Mozambique et des contribuables des pays donateurs – et à appliquer aux forêts une gouvernance appropriée. Les pierres angulaires d’une gestion judicieuse des forêts consisteraient à limiter les coupes annuelles pour qu’elles puissent se poursuivre à long terme, à exiger que les concessions forestières aient des plans de gestion, et à développer la capacité industrielle pour qu’elle corresponde à la productivité des forêts. À la suite d’un grand scandale qui a éclaté en 2000, les services forestiers ont été obligés d’organiser la production sur la base de quotas annuels. Le dernier inventaire publié fixe à 18 000 mètres cubes le volume d’extraction tolérable des espèces commercialisables en Zambézie. Pourtant, pendant les cinq dernières années, le SPFFB a autorisé un volume de plus de 28 000 m3 par an, et le quota pour 2004 a été de presque 50 000 m3. Pour justifier ce nouveau quota on invoque les résultats d’un nouvel inventaire, mais celui-ci n’a jamais été publié. La plupart des quotas sont alloués, non pas aux industries existantes, qui donnent du travail et contribuent à la croissance, mais à de petits opérateurs associés à des exportateurs asiatiques installés au port de Quelimane qui fournissent les crédits nécessaires pour payer les licences d’exploitation. Ces petits opérateurs sont tous mozambicains, mais ils sont si nombreux (plus de 150 en 2003), leurs activités sont si incontrôlées et leurs réinvestissements dans le secteur si faibles, qu’ils sont devenus un problème supplémentaire de la foresterie, plutôt qu’une solution. Ils sont persuadés que l’exploitation des forêts est leur droit, et non un privilège accordé à ceux qui les gèrent judicieusement. Autant les politiques que la législation exigent l’établissement d’un système de concessions forestières, mais cela se fait très lentement. Plus de 40 candidats, qui comprennent des acheteurs asiatiques, des investisseurs étrangers, des industriels locaux et des hommes de paille couvrant des membres des services forestiers ou du gouvernement, ont présenté des demandes concernant plus de 50 % des forêts (1,5 million d’hectares). Très peu d’entre eux ont préparé des plans de gestion ou établi des industries, comme la loi l’exige, mais tous ont reçu l’autorisation de récolter du bois en attendant. D’ailleurs, les quelques plans de gestion qui ont été approuvés proposent de vider la forêt de bois commercialisable en une période de 5 à 10 ans ! Les communautés rurales ont longtemps bataillé pour leurs droits fonciers, mais n’ont aucun droit sur leur bois, sauf à des fins de subsistance. N’ayant pratiquement pas d’autres sources d’emploi, ils en sont réduits à travailler pour des opérateurs autorisés pour un salaire inférieur au minimum, ou à vendre à d’autres commerçants des grumes qu’ils coupent illégalement. Les communautés sont censées recevoir 20 % des droits d’exploitation, mais elles ne les ont jamais reçus et, de toute façon, il s’agirait de petites sommes. Il faut des réformes plus radicales pour que les forêts leur soient profitables. Les quotas et les permis n’indiquent pas quel est le volume de bois récolté et d’où il vient. Il y a un seul point de contrôle véritable, les déclarations sont systématiquement faussées à la baisse, les inspections sont négligentes, les pots-de-vin sont courants, et le système informatique pour le contrôle des permis et du transport, introduit par le SPFFB après le scandale, est purement symbolique. En 2002, le quota avait été fixé à 42 000 m3, et le SPFFB n’avait autorisé que l’extraction de 33 200 m3 et l’exportation de 28 400 m3. Or cette année-là, après que 17 transporteurs de vrac et 27 bateaux de conteneurs ont chargé du bois, le port a enregistré l’exportation de 51 000 m3 ! Aucun des services gouvernementaux compétents n’annonce les mêmes chiffres. Cette situation doit être examinée dans ses moindres détails. Le problème principal, moteur du système entier, est l’exportation permanente de grumes. Selon la loi, les espèces commercialisables les plus importantes doivent être transformées avant l’exportation. D’autre part, contrairement à ce qu’affirment les exploitants forestiers, la capacité industrielle de la Zambézie est suffisante pour traiter la totalité du quota annuel. Mais au moment où la loi allait entrer en vigueur, le ministère a approuvé, sous la pression des acheteurs asiatiques, un décret interne qui reclassait les bois commercialisables pour qu’ils puissent être exportés en rondins bruts. Le décret en question peut bien être illégal mais, tant qu’il ne sera pas déclaré tel, la « fuite vers la Chine » va continuer. Bref, trop d’opérateurs, petits et grands, sont autorisés à extraire trop de grumes à trop d’endroits, d’une manière qui rendra cette ressource ingérable à long terme. Le système viole les droits des communautés locales, les privant de la possibilité d’obtenir des emplois et des compétences vitalement nécessaires qu’ils trouveraient dans une gestion durable des forêts, dans les industries de transformation et dans les entreprises de base communautaire. L’exportation illégale de bois fait mourir d’inanition l’industrie locale et met l’emploi en danger. Les services forestiers du gouvernement président à cette situation et y contribuent, en se moquant de la notion de « gouvernance » et des objectifs de leurs donateurs. L’étude vise non seulement à documenter ces problèmes et à en faire prendre conscience, mais à proposer des solutions. Le corps du rapport apporte des détails techniques sur les pratiques dans le secteur forestier, qui expliquent et justifient les cinq réformes proposées et qui réfutent les arguments dont la « maffia du bois » se sert pour justifier la continuation de la « fuite vers la Chine ». Parmi ces réformes figurent la suspension immédiate des exportations de grumes, le réexamen du décret ministériel qui permet ces exportations, l’arrêt de l’extraction effectuée par les petits opérateurs, la suspension de toute nouvelle approbation de concessions, et une évaluation indépendante des plans d’aménagement forestier existants. Les droits des communautés locales à leurs ressources forestières doivent être garantis par la loi. Ces communautés doivent recevoir de l’aide pour gérer leurs propres forêts, et les opérateurs souhaitant exploiter ces forêts doivent être obligés de constituer des partenariats formels avec les communautés concernées. Le rapport propose d’autres mesures encore à l’intention de chaque partie prenante. Entre-temps, les opérations d’extraction associées à l’industrie doivent continuer, soumises à une supervision indépendante, pour préserver les postes de travail et subvenir aux besoins de matière première du pays. Il est vitalement important d’arrêter les opérations forestières qui ne fournissent pas d’emplois de qualité permanents, de manière à disposer du temps et à mettre en place les stimulations nécessaires pour remettre ce secteur sous contrôle. Les moratoires pourront être levés à mesure que les problèmes seront résolus, jusqu’à ce que toutes les activités soient à nouveau autorisées. Les projets d’infrastructure financés par les donateurs sont proposés comme des mesures compensatoires, pour minimiser les impacts sur l’économie de la province pendant la transition vers une gouvernance solide. Il est important de signaler que le rapport appelle à une action internationale destinée à faire pression sur le gouvernement de la Chine, pour qu’il prenne la responsabilité de faire en sorte que son boum économique ne prive pas les pays pauvres et vulnérables des ressources dont ils ont besoin pour leur propre croissance. Catherine Mackenzie,
adresse électronique: camackenzie2002@yahoo.co.uk |
Go
to Home Page - Recommend
this page
World Rainforest Movement
Maldonado 1858 - 11200 Montevideo - Uruguay
tel: 598 2 413 2989 / fax: 598 2 410 0985
wrm@wrm.org.uy