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Afrique: Ses forêts menacées

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TANZANIE
La préservation des forêts à l'encontre des droits de l'homme

L'approche préservationiste de la protection des forêts a tendance à considérer les gens comme une menace à la protection de la nature et finit souvent par violer les droits de l'homme des communautés rurales et des peuples indigènes qui habitent les forêts. Ce point de vue préconise une idée irréelle de nature dépeuplée et ignore complètement les bénéfices apportés par la gestion traditionnelle des ressources naturelles à la conservation de la nature. Au cours des dernières années, des conflits sont apparus dans plusieurs régions à ce sujet, et le cas présenté ci-dessous montre, encore une fois, les conséquences négatives des mesures conservationistes.

En octobre 1998, la police anti-émeutes et des agents de la direction forestière sont entrés dans le village de Nzasa, dans la réserve forestière de Kazizumbwi, située à 45 kilomètres de Dar es Salaam. Ses habitants ont été frappés, leurs cultures et leurs maisons brûlées. Des centaines de structures, principalement des maisons d'habitation à toit de chaume, et des greniers, ont été démolies et brûlées pendant l'opération. Au moins 700 personnes -dont des femmes et des enfants- se sont retrouvées sans abri, expulsées de leurs terres et sans aucun autre endroit où aller.

La Direction forestière, sévèrement critiquée par des groupes défenseurs des droits de l'homme, a justifié cette violente intervention en expliquant que les villageois avaient empiété sur les terres de la réserve forestière et qu'il ne leur correspondait aucune compensation. Après l'opération, le ministre du Tourisme et des Ressources naturelles a exprimé que le gouvernement ne prévoyait aucune aide aux victimes, étant donné que les terres qu'ils occupaient n'étaient pas reconnues en tant que village, et que les villageois étaient responsables de la destruction de 54% de la réserve forestière. Said Abdallah, une des victimes, a dit à la presse que ses ascendants avaient vécu dans cette zone depuis le début du siècle. « Mais les fonctionnaires gouvernementaux disent que nous avons envahi la réserve » a-t-il ajouté. Les villageois assurent que les autorités ont déplacé les limites de la réserve forestière vers l'intérieur des terres d'au moins « trois heures de marche ». Des recherches menées par des journalistes ont révélé qu'effectivement, tous les jalons de la zone étaient neufs.

Récemment, les victimes de cet abus ont réagi en poursuivant en justice les autorités responsables de cette violente action. Elles soutiennent que l'opération dénommée « Okoa Kazimzumbwi » était délictueuse car les agents gouvernementaux entrèrent illégalement dans leurs maisons, armés, les agressèrent, endommagèrent leurs maisons et brûlèrent leurs récoltes. Ils assurent également que les autorités ont modifié les frontières de la réserve après l'opération afin de les accuser de l'avoir envahie. Le dossier se trouve en ce moment à la Haute Cour de Justice. Juin 1999.

La Tanzanie, où l'exploitation forestière illégale est presque légale

Les 33,5 millions d'hectares de forêts de la Tanzanie sont de plus en plus menacés, principalement à cause de la coupe illégale qui est en train de détruire environ 500 000 hectares de forêt vierge par an.

Les fonctionnaires gouvernementaux reconnaissent l'existence de cette exploitation illégale sur presque tout le pays, aussi bien dans les réserves forestières que dans les aires boisées non protégées. Le commerce illégal des produits du bois acquis illégalement est particulièrement intense aux frontières. C'est le cas de Brachylaena Hutchinsii (Muhuhu), du côté de la frontière Tanzanie-Kenya, où la plupart du bois commercialisé est illégalement coupé, puis illégalement exporté.

Non seulement le gouvernement s'avère incapable de faire face au problème mais, de plus, le personnel forestier gouvernemental a été accusé d'être directement impliqué dans ce trafic illégal de bois. Le secrétaire permanent du ministère du Tourisme et des Ressources naturelles, M. Philemon Luhanjo, a reconnu qu'effectivement, certains agents du personnel forestier l'étaient. Il a dit également que des distributeurs de bois, des propriétaires de scieries et de sociétés forestières, ainsi que des particuliers, étaient également soupçonnés de participer à ces affaires illégales.

Dans ce contexte d'illégalité, les conditions de travail des employés des sociétés forestières sont si déplorables que leur subsistance dépend du braconnage, décimant ainsi la faune sauvage dont des espèces menacées d'extinction.

Des mesures de protection ont été prises afin de combattre cette illégalité dont un contrôle policier plus sévère le long des routes principales. Mais la plus importante concerne la participation des communautés locales à la mise en œuvre d'une gestion forestière adaptée et à long terme. Cependant, si les causes profondes de l'exploitation forestière illégale ne sont pas clairement identifiées et combattues, les forêts continueront à disparaître. Septembre-octobre 1999.

L'afforestation, la reforestation, et les causes réelles de la destruction des forêts

Les nouvelles récentes de la Tanzanie nous apprennent que le gouvernement a lancé une ambitieuse campagne de plantations d'arbres dans le but de « reverdir » le pays, à travers la plantation de cent millions d'arbres. D'après les autorités gouvernementales, la destruction des forêts est particulièrement alarmante dans les zones rurales où sont pratiqués le nomadisme agricole traditionnel et l'élevage.

Des milliers de réfugiés provenant du Rwanda et du Burundi ont émigré en Tanzanie pour échapper à l'ambiance extrêmement violente qui règne dans leurs pays respectifs, résultat des conflits qui s'y déroulent. Récemment, les autorités ont appelé les réfugiés burundais de la région occidentale de Kigoma, à arrêter la coupe d'arbres et à joindre la campagne verte du gouvernement. De même que leurs amphitryons les tanzaniens, les réfugiés dépendent principalement du bois de chauffage pour satisfaire leur besoin quotidien en énergie, car le bois constitue souvent, en Afrique, la source d'énergie la plus importante.

Cette initiative du gouvernement mérite quelques commentaires. Premièrement, il n'est pas clair si le gouvernement envisage une campagne de reforestation ou d'afforestation. Et la différence est essentielle car la première veut dire que des aires, couvertes de forêts dans le passé, seront reboisées avec des espèces natives, dans le but de réhabiliter l'écosystème originel, tandis que la deuxième implique la plantation d'arbres exotiques de croissance rapide. Les conséquences sociales et environnementales de ces deux opérations sont substantiellement différentes et il serait donc nécessaire de clarifier ce point. Et deuxièmement, l'analyse officielle des causes de la déforestation est clairement tendancieuse envers les pauvres. Tandis que l'agriculture nomade, le pacage, et l'usage du charbon de la part des habitants locaux et des réfugiés, sont mis au premier plan, on ne dit rien à propos de l'intensification des cultures d'exportation dans les zones semi-arides -qui a entraîné l'érosion du sol ainsi que des processus de désertification- ni de la coupe commerciale d'arbres illégale -la principale cause de déforestation du pays- souvent associée à la corruption au sein même des organismes officiels. Décembre 1999.

Quand les peuples locaux profitent des produits des forêts

La corruption et l'inefficacité des autorités forestières, ainsi que l'activité illégale des exploitants forestiers, des distributeurs de bois et des scieurs, sont les causes de la disparition et de la dégradation des forêts de la Tanzanie. Elles entraînent non seulement la destruction d'un écosystème tropical de grande valeur mais aussi la perte de la source de revenus des habitants des forêts et des populations qui dépendent de celles-ci pour survivre.

Une récente recherche, menée par G.C. Monela, G.C. Kajembe, A.R.S. Kaoneka et G. Kowero, de l'Université d'agriculture de Sokaine, montre que le miel, le charbon, le bois de chauffage et les fruits sylvestres, constituent 58% des revenus des agriculteurs habitant six villages de la région du Dodoma -la région périurbaine près de Morogoro- et le district de Kilosa.

Ces conclusions, ainsi que celles d'une évaluation rurale rapide effectuée dans ces mêmes villages, sont présentées dans le livre « Household Livelihood Strategies in the Miombo Woodlands, Emerging Trends » (Les stratégies de subsistance des familles habitant les terres boisées de Miombo. Nouvelles tendances.)

Le miel, à lui seul, représente un tiers des revenus de ces villages. Les agriculteurs de l'aire périurbaine ayant un accès plus facile aux marchés, produisent davantage de charbon (38% du total de leurs revenus).

Ces résultats viennent se rajouter à ceux d'un sondage de sept régions administratives (dirigé par Munishi et al.) qui a conclu que deux tiers des foyers tanzaniens obtenaient, au moins, 15% de leurs revenus des produits forestiers. Ces deux études soulignent l'importance du savoir-faire et des pratiques forestières traditionnels pour la survie et le bien-être des communautés locales. Elles montrent, encore une fois, que les forêts ne sont pas seulement une source lucrative de bois de grume pour quelques entreprises, mais aussi une source de produits indispensable aux populations locales. Janvier 2000.

Un autre cas de co2lonialisme norvégien

Le projet élaboré en Ouganda par la société norvégienne Tree Farms de planter entre 80 000 et 100 000 hectares de pins et d'eucalyptus en tant que puits de carbone a été sérieusement mis en cause, en raison des impacts négatifs sur la société et sur l'environnement qu'il pourrait entraîner. Il a été considéré en situation de « triple perte », où les bénéfices rapportés à la société sont incertains, où les communautés locales perdent leurs terres et travaillent pour des salaires de misère, et où l'Ouganda perd sa souveraineté par rapport à l'aménagement de son territoire ainsi que de ses ressources naturelles.

Le rapport publié en juillet 2000 : « Carbon Upsets. Norwegian Carbon Plantations in Tanzania », par Jorn Stave, NorWatch, analyse un projet dirigé également par Tree Farms. Escarpment Forestry Company Ltd., une société subsidiaire de Tree Farms, a planté jusqu'à maintenant 1 900 hectares de Pinus patula et d'Eucalyptus saligna à Sao Hill, dans les districts de Mufindi et de Kilombero, sur les terres hautes de la Tanzanie, et elle envisage d'acquérir des aires plus étendues. Par ailleurs, elle finance les activités de TAGGAT-Tanzania Greenhouse Gas Action Trust (société d'action tanzanienne des gaz à effet de serre), une fondation qui travaille conjointement avec Tree Farms sur la simulation de modèles pour la fixation de carbone dans la biomasse des arbres.

Même si ce projet diffère en plusieurs aspects de celui de Tree Farms en Ouganda, le rapport précité conclu qu'il s'agit là d'un autre cas de « co2lonialisme » entraînant les mêmes impacts négatifs sur l'environnement, sur les communautés locales et sur la Tanzanie en tant que pays. La biodiversité locale -dont deux orchidées et une espèce d'Aloe en risque d'extinction- seront touchées par ces monocultures d'arbres. Parallèlement, l'avenir du carbone qui se trouve dans le sol et les racines de la végétation naturelle est incertain, une fois les plantations mises en place. Tree Farms, même si elle a consulté les villageois à propos du projet, a employé dans les plantations de la main d'œuvre locale bon marché, nettement au-dessous du salaire minimum recommandé. En outre, la somme versée annuellement par la société au gouvernement tanzanien pour la location des terres (1,9 dollars par hectare) est inférieure au loyer payé par Tree Farms en Ouganda. Cependant, les Norvégiens sont en train de faire pression sur les autorités tanzaniennes afin d'obtenir une réduction de loyer de près de 50%. Par ailleurs, la Tanzanie perdra le contrôle des terres affermées pendant une période de 99 ans.

Les activités de Tree Farms en Tanzanie peuvent être considérées comme étant presque plus « à perte » que celles de l'Ouganda, car ici, la société fera de bonnes affaires profitant du très faible pouvoir de négociation des communautés locales et de l'insuffisant développement institutionnel de l'État de Tanzanie. Etant donné que le marché du carbone est un commerce absurde entre mandataires ayant un degré de pouvoir très différent, il n'est pas surprenant que les plus puissants et les plus riches gagnent tandis que les plus faibles et les plus pauvres perdent. Définitivement, les puits de carbone ne règlent pas le problème des changements climatiques. Et posent un problème additionnel par-dessus le marché, aussi bien du point de vue global que local. Septembre 2000.

L'exploitation aurifère : un problème de plus au lac Victoria

Le territoire de la Tanzanie comprend une grande variété de paysages : montagnes, savanes, landes broussailleuses, forêts, etc. et environ 53 000 kilomètres carrés sont occupés par des lacs, dont le plus important est le lac Victoria. Avec ses 69 490 kilomètres carrés, le lac Victoria est le deuxième lac du monde en superficie. C'est une source essentielle de ressources pour les habitants de la région, l'une des plus peuplées de l'Afrique. L'agriculture, la pêche, la construction de bateaux, sont les activités économiques majeures qui dépendent directement de l'existence du lac.

La santé écologique du lac Victoria a été profondément affectée par la combinaison de différents processus de dégradation, notamment, la coupe de la végétation naturelle le long des rives, le boom de l'industrie halieutique d'exportation, la disparition de plusieurs espèces de poissons, et l'eutrophisation de la masse d'eau et sa contamination par les eaux usées non traitées déversées par plusieurs industries. Les formes de vie traditionnelles des communautés côtières ont été substantiellement bouleversées à cause de cette dégradation environnementale, et cela pourrait même entraîner leur disparition.

Cette triste histoire remonte aux premières décennies du Xxe siècle, lorsque les colonisateurs britanniques commencèrent à exploiter le bassin du lac Victoria, et elle se prolonge après l'indépendance politique du pays, obtenue en 1963. A l'époque coloniale, les forêts environnantes ont été déboisées, et les marécages qui faisaient partie de ce complexe système hydrologique ont été asséchés. Les cultures commerciales, notamment le thé, le café et le sucre, les remplacèrent. Au cours des années, les cultures se sont étendues en surface et se sont accrues en nombre. Ces cultures étant réalisées sur la base de la révolution verte agricole, une grande partie des produits chimiques employés finit dans le lac lors de la saison des pluies, cause de l'eutrophisation, et sert de nutriment à la fleur d'eau qui bouleverse complètement la dynamique du corps aquatique.

L'accroissement exagéré des activités économiques du lac et ses environs a dépassé la capacité d'absorption de l'écosystème. Les terres environnantes ainsi que le corps aquatique lui-même ont été surexploités. Suite à l'introduction des méthodes de pêche modernes, la pêche abusive est devenue un vrai problème et le volume des prises a diminué. Une étude du lac datant de 1980 a révélé que la composition de sa biomasse avait été complètement bouleversée. A conséquence de quoi, les populations des petits poissons -moyen de subsistance principal des communautés habitant aux alentours du lac- ont été décimées par les grands prédateurs et la pêche abusive.

Les industries polluantes -textile, tannage du cuir, fabrication de papier, brasseries- situées près du lac, en rajoutent à la situation précédemment décrite. Une étude récente montre que les usines tanzaniennes déversent quotidiennement dans le lac deux millions de litres d'effluents non traités et de déchets industriels.

Et la cerise sur le gâteau est la nouvelle activité polluante qui a démarré en juin dans la région : l'exploitation aurifère. Les sociétés qui s'y attèlent sont : Ashanti Goldfields of Ghana et AngloGold d'Afrique du Sud. Le président tanzanien, M. Benjamin Mkapa, qui a inauguré la Geita Gold Mine, la plus grande exploitation aurifère de l'Afrique de l'Est, située à 20 kilomètres de la rive sud du lac Victoria, a même promis davantage de subsides aux investissements dans ce secteur.

Les environnementalistes de Tanzanie et d'Ouganda ont clairement exprimé leur opposition à l'exploitation aurifère et signalé le risque, élevé, de fuite vers le lac à travers ses affluents du cyanure de sodium, un poison puissant utilisé pour séparer l'or du minerai. Ceci en rajouterait à l'écosystème aquatique déjà bouleversé. Des porte-parole du secteur académique des deux pays concernés ont également critiqué le gouvernement tanzanien de promouvoir un projet qui pourrait compromettre l'environnement du lac ainsi que la vie des communautés locales habitant ses alentours. Il a été souligné, en outre, que le développement de l'exploitation aurifère dans la région entraînera également des conséquences négatives à l'économie nationale et régionale, car l'Union européenne est sur le point d'interdire toutes les importations de poisson provenant de l'Afrique orientale à cause de la présence d'éléments toxiques dans la chair des poissons. Octobre 2000.

Les droits de l'homme, la justice sociale et la conservation

Les efforts afin de conserver certaines espèces ou habitats menacés ont été trop souvent réalisés aux dépens des populations locales. Même si l'idéologie conservationiste moderne a abandonné sa tendance originale d'accabler les populations, elle doit encore rectifier de nombreux abus commis par le passé et accepter que les personnes fassent partie de l'environnement. Les citations suivantes ont été extraites des conclusions d'une étude réalisée en Tanzanie par M. Neumann (voir détails ci-dessous) et peuvent être utiles au débat.

« L'établissement de presque tous les parcs nationaux de Tanzanie ont entraîné la transplantation pure et simple des communautés rurales concernées ou, dans le meilleur des cas, la restriction d'accès aux terres et aux ressources naturelles. Le déroulement du processus colonisateur et la période post-coloniale de construction de la nation ont marqué de leur empreinte les relations de base entre agriculteurs et éleveurs ainsi que les régimes de conservation. Du point de vue des activistes politiques qui défendent le pastoralisme, de nombreuses injustices ont été commises par l'état au nom de la conservation de la faune. Le fait que les défendeurs du pastoralisme contre les politiques conservationistes traditionnelles participent aujourd'hui activement aux conférences internationales et séminaires tenus à ce sujet marque un retournement historique dans l'histoire conservationiste tanzanienne. Les défenseurs de la ruralité ont incorporé à leur bataille la puissante rhétorique du développement durable et des droits de l'homme ouvrant la voie à une nouvelle assertivité. »

« La résistance des populations locales soulevée par la perte des droits d'accès aux terres et aux ressources naturelles a encouragé les ONG conservationistes internationales a renouveler leurs efforts de redistribution des revenus du tourisme et de promotion du bien-être social au sein des communautés avoisinant les aires protégées. Une pression continue sur les autorités exercée « d'en bas » obligera à une plus grande attention aux questions des droits sur les terres et de justice. De plus en plus, les groupes locaux, souvent à travers la formation de ONG indigènes, sont en train d'exiger leur contrôle autonome des terres et des ressources en tant que droits de propriété découlant de la coutume usurpés par l'état. Dans ce contexte, ce sont souvent des revendications socio-politiques, plutôt que la pression à la propriété de la terre en soi, qui sont à la base des envahissements des aires protégées (Fairhead and Leach, 1994). Les revendications locales sont parfois politiquement radicales et la plupart des ONG conservationistes internationales ainsi que les autorités gouvernementales se montrent réticentes à octroyer le contrôle des forêts et de leur faune aux villages ou autres entités politiques locales. La participation locale et le partage des bénéfices n'équivalent pas au pouvoir de contrôle sur l'usage et l'accès aux forêts, mais, en fin de compte, c'est ce pouvoir-là qui est souvent recherché par les communautés. »

« Jusqu'à maintenant, les « pastoralistes » constituent le principal groupe organisé afin de rectifier les injustices associées à la conservation de la faune en Tanzanie. D'autres groupes concernés, tels que les paysans habitant aux alentours d'autres parcs nationaux, ne se sont pas encore organisés afin de planifier des revendications similaires. Néanmoins, le potentiel est là, pour livrer des batailles politiques plus amples et généralisées sur les droits au contrôle des terres et aux ressources naturelles des aires protégées, comme celles qui existèrent lors de la période coloniale, promues par le mouvement colonialiste. Comptant sur les nouvelles voies démocratiques qui se sont ouvertes dernièrement, les « pastoralistes » sont en train de s'éloigner des formes de résistance traditionnelles vers des formes d'actions politiques plus organisées et formelles. Il est difficile de prédire quelles seront les nouvelles structures et les nouvelles politiques de conservation de la faune qui émergeront à l'issue de leur bataille. En outre, les défenseurs des droits à la propriété de la terre ont exprimé que les questions sur la conservation de la faune ne peuvent pas être abordées sans engager des batailles plus amples pour les droits de l'homme et la justice sociale. » Août 2001.

La mort du projet crevetticole du delta de Rufiji

Le projet de construction de l'infrastructure crevetticole plus grande au monde dans le delta du Rufiji, en Tanzanie, s'est trouvé face à la forte opposition des populations locales.

Le delta du Rufiji, situé à 150 km environ au Sud de Dar es Salaam, abrite les forêts de mangroves les plus étendues de l'Afrique orientale qui s'étendent sur près de 53 000 hectares. Le delta subit les activités de pêche les plus importantes de la côte tanzanienne, qui rapportent environ 80% du total des prises de crevettes dans le pays. Dans le delta habitent, en outre, 41 000 personnes, dont des petits agriculteurs et des pêcheurs traditionnels. Il représente un habitat très important pour certains animaux et certaines plantes menacées d'extinction.

En 1997, le gouvernement a approuvé un projet de l'African Fishing Company - AFC (Société africaine de Pêche) pour installer là près de 20 000 hectares d'élevage de crevette. L'AFC voulait utiliser les terres publiques du delta afin d'y établir des bassins crevetticoles, une écloserie, une usine de transformation, et une usine alimentaire. 35% de ces installations seraient situées à l'intérieur d'une réserve de forêts de mangroves et l'écloserie serait située dans l'île Bwejuu, qui fait partie du Mafia Island Marine Park.

L'objectif de ce projet était la collecte de 6 210 kg de crevettes par hectare et par an provenant de l'entreprise aquicole, principalement pour être exportés en Europe et au Japon. L'affaire devait rapporter théoriquement 500 millions de dollars par an de bénéfices d'exportation, mais des experts sociaux et environnementaux ont affirmé que les impacts négatifs de cette entreprise sur l'environnement iraient bien au-delà du montant des profits.

Le National Environmental Management Council - NEMC (Conseil national de Gestion environnementale), l'organisme conseil du gouvernement tanzanien, a poussé le gouvernement a rejeter le projet, étant donné qu'il aurait des impacts négatifs considérables sur la foresterie, la pêche et l'environnement marin, l'usage du sol, les ressources en eau, ainsi que sur l'agriculture et la faune. 1 200 hectares de mangroves dont des espèces rares telles que la Rhizophora seraient détruits. Les habitats de diverses espèces menacées d'extinction seraient en danger. Les activités aquicoles pollueraient substantiellement les eaux, augmentant l'eutrophisation, la toxicité et l'acidification des ressources aquatiques environnantes.

Malgré la recommandation faite par le NEMC et malgré les objections formulées par des ONG et des organismes internationaux et tanzaniens, le gouvernement tanzanien a approuvé le projet. M. John R. Nolan, l'actionnaire majoritaire d'AFC, avait également projeté (dans le delta du Rufiji) deux usines de transformation de poisson qui allaient travailler principalement pour les marchés japonais, européen et nord-américain.

Les environnementalistes tanzaniens se sont fortement opposés au projet, en particulier l'Environmental Association of Tanzania - JET (Association de journalistes environnementaux de Tanzanie), des organisations environnementalistes internationales, ainsi que des résidents locaux. Depuis le mois de juillet 1997 jusqu'à aujourd'hui, les membres de la JET ont mené le débat concernant les impacts négatifs de l'élevage des crevettes. En 1998, 2 000 villageois du delta du Rufiji ont sollicité à la Haute Cour de la Tanzanie l'autorisation de poursuivre en justice le gouvernement afin d'empêcher l'approbation du projet d'AFC, et un deuxième dossier a également été déposé à la Haute Cour, comportant la signature de plus de 2000 anciens employés de la société.

En avril 1999, les ONG qui s'étaient mobilisées à ce sujet ont obtenu la suspension du projet de l'African Fishing Company d'installer une entreprise crevetticole de 10 000 hectares dans le delta du Rufiji. Si le projet avait été concrétisé, le tiers du delta aurait passé aux mains de l'entreprise pendant aux moins dix ans, menaçant ainsi les moyens de vie de centaines de paysans et de pêcheurs de la région et provoquant de sérieux impacts sur l'environnement qui auraient mis en danger l'avenir de toute la région.

Le tribunal, composé de trois juges, désigné pour statuer sur l'affaire ci-dessus, s'est dissout lors du transfert d'un des juges et du départ à la retraite d'un deuxième. Le dossier ne fut pas assigné à un autre tribunal et, pendant quelque temps, la pénurie de magistrats n'a pas permis la constitution d'un nouveau tribunal. Pendant ce temps, il était dit que la société AFC traversait quelques difficultés financières qui l'avaient obligée à vendre une partie de son actif pour faire face à la situation. Même si les faits n'étaient pas très clairs, ils indiquaient que les efforts développés par les citoyens et organisations concernés par l'environnement avaient fructifié, sauvant -au moins pour le moment- les mangroves tanzaniennes et les moyens de vie de la population locale.

Toutes les mobilisations organisées au cours de ces années de résistance au projet paraissent être arrivées à bon port. Le 15 août 2001, il a été annoncé à la presse que les navires de pêche de l'AFC allaient être vendus aux enchères sous la supervision de la Cour suprême de la Tanzanie, afin de faire face à l'endettement de la société cumulé au cours des années à cause du projet crevetticole du delta du Rufiji et l'opposition des populations locales. La faillite d'AFC entraîne l'annulation du projet et assure la survie des mangroves tanzaniennes ainsi que la préservation des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux que celles-ci fournissent à la population de la région.

Un autre projet de production crevetticole dans le delta du Tana au Kenya -une zone ayant des caractéristiques similaires à celles du delta du Rufiji-, présenté par la société Coastal Aquaculture, est en attente depuis 1992. La société a acheté 10 000 hectares de pour la réalisation du projet, acquisition qui a été postérieurement annulée par le gouvernement du Kenya à travers un décret présidentiel déclarant les marais du delta du Tana d'importance internationale. Mais Coastal Aquaculture a fait appel devant la Haute Cour de Justice y à l'issue d'un long procès, la Haute Cour s'est prononcée en faveur de la société. Ceci veut dire qu'elle est habilitée à développer son projet d'élevage de crevettes sur les terres achetées précédemment. Octobre 2001.

Perte de biodiversité à conséquence de l'agriculture commerciale et de l'exploitation minière promues par le Fonds monétaire international

La Tanzanie est pays qui bénéficie de 33,5 hectares d'abondantes forêts qui occupent un tiers de la surface totale du pays et abritent une biodiversité très riche. Le type forestier dominant est la forêt claire de feuillus mais on trouve également des forêts denses et des mangroves.

Mais cette biodiversité biologique est menacée par divers processus directs et indirects causés par l'abattage des forêts à un rythme de 400 000 hectares déboisées par an au cours des deux dernières décennies. Un des impacts négatifs cités ci-dessus est associé à la substitution des forêts par des activités agricoles et minières dont les produits sont destinés à l'exportation.

Au cours des dernières années, le gouvernement de la Tanzanie a donner priorité à la production agricole destinée aux marchés d'exportation. Les oscillations du marché, marquées par de puissants groupes économiques, la chute des prix des principales exportations tanzaniennes, rajoutées à l'augmentation constante des produits importés, font que la Tanzanie soit en train de vivre le triste destin de beaucoup d'autres pays du Sud. En 1986, le pays a signé un accord d'ajustement structurel avec le Fonds monétaire international, a la suite duquel il a reçu, au cours des 15 années suivant l'accord d'ajustement, des crédits qui ont substantiellement alourdi le poids accablant de la dette. Vers la fin des années 90, le service annuel de la dette se situait aux alentours des 438 millions de dollars, équivalent à 37% du total des revenus d'exportation.

Les crédits du Fonds monétaire international, associés au Programme d'ajustement structurel, exigent la mise en place de certaines politiques telles que la promotion d'une agriculture à grande échelle orientée vers l'exportation (notamment à travers l'élimination des taxes aux exportations agricoles) et des exploitations minières de pierres précieuses et autres minéraux par des entreprises nationales ou étrangères.

Entre 1980 et 1993, 25% des forêts de la nation ont été détruites. La coupe commerciale, le déboisement et l'exploitation minière ont été les causes principales de cette perte, mais la disparition de près de la moitié des forêts se doit aux cultures agricoles d'exportation. Dans le district de Simanjiro, par exemple, plus de 50 000 hectares de terres ont été déboisées pour permettre la culture de haricots secs. Quatre-vingts établissements agricoles commerciaux, de 90 à 13 000 hectares de superficie, produisent ces légumes, principalement exportés aux Pays Bas, entraînant la transplantation des habitants Maasai locaux.

Pendant ce temps, l'importance des cultures domestiques reste faible et le modèle productif prédominant a entraîné le transplantation de milliers d'habitants autochtones, des problèmes de droits de propriété sur les terres, ainsi que davantage de pauvreté. Par ailleurs, des sociétés d'exploitation minière ont obtenu de grandes concessions, les pastoralistes et les petits agriculteurs ont perdu leur accès aux terres et aux sources d'eau, et les forêts ont été abattues pour satisfaire aux besoins en énergie des mines. C'est ainsi que les forêts se perdent doublement, aussi bien en tant que source de ressources pour les populations locales qu'en tant qu'habitat pour la faune sauvage.

Presque 10 ans se sont passés depuis que la Convention sur la diversité biologique a été signée. Au cours de ces années, les Programme d'ajustement structurel ont continué à imposer leurs politiques en Tanzanie, renforçant l'écart existant mondialement au niveau de la production et du travail : les biens et services marchands sont produits par les pays du Sud, démunis du point de vue des revenus mais riches en biodiversité, pour approvisionner les marchés du Nord, riches et consuméristes. Les causes de la perte de biodiversité sont notoires, du moins au niveau de la prise de décisions. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale les connaissent. Le gouvernement tanzanien les connaît. Les sociétés transnationales les connaissent. Les gouvernements des pays consuméristes les connaissent. Nonobstant, les tendances destructives, non seulement elles n'ont pas diminué, mais au contraire, elles se sont accrues.

Cet état des choses montre clairement que les pays du Sud, comme la Tanzanie, situés du côté des plus faibles dans l' « ordre international », sont obligés de suivre les politiques imposées par les institutions multilatérales et les pays du Nord qui les dirigent. Ce sont des politiques intrinsèquement non durables puisqu'elles entraînent la destruction ou la dégradation -à tous les niveaux- de la diversité biologique des pays. La volonté politique des gouvernements du Sud de conserver la diversité biologique est donc une condition préalable nécessaire mais insuffisante à la conservation de la biodiversité. Voilà le sujet principal qui devrait être nécessairement abordé lors de la Convention sur la diversité biologique. Les délégués concernés, auront-ils le courage politique nécessaire pour le faire à l'occasion de la prochaine rencontre à La Haye en avril prochain ? Mars 2002.

Le savoir-faire traditionnel au service de la restauration des forêts

La restauration des forêts est devenue une nécessité dans de nombreuses régions du monde, particulièrement dans celles où les communautés locales sont en train de subir les impacts sociaux et environnementaux de la déforestation. La réussite de cette restauration repose sur la participation des communautés elles-mêmes, sur son savoir-faire traditionnel de conservation et d'utilisation des ressources. L'exemple ci-dessous illustre cette réalité.

La région de Shinyanga est située au centre de la Tanzanie, au Sud du Lac Victoria, et elle est habitée notamment par le peuple agropastoraliste Sukuma. Le peuple Sukuma a fourni un instrument clé pour la restauration des forêts : leur système indigène de gestion des ressources naturelles, dénommé « ngitili », qui favorise la conservation des pacages et des jachères à travers la régénération de la végétation, notamment pour l'obtention de fourrage et de viandis. Les Sukuma ont dû faire face à un régime de précipitations erratiques et mal distribuées, et très variable selon les saisons, et ont ainsi trouvé une solution à la grande pénurie de fourrage et viandis occasionnée par les longues et fréquentes périodes de sécheresse.
La région de Shinyanga était, par le passé, couverte de grandes étendues de forêts denses et de landes broussailleuses, et une bonne surface de sous-étages végétaux. Mais la coupe abusive des forêts réalisée entre 1940 et 1965 afin d'éradiquer la mouche tsé-tsé, le déboisement des forêts effectué en bénéfice de l'agriculture intensive, la productivité de la terre en constante baisse et la pénurie de soigneurs de bétail, ont favorisé la naissance des ngitilis communaux (de 50 hectares environ) lesquels, conjointement aux ngitilis individuels, occupent plus de 70 000 hectares de forêt restaurée.

Le système traditionnel ngitili du peuple Sukuma constitue un bon point de départ pour la restauration des forêts à travers des efforts des communautés locales. Les principes du système ngitili ont été élargis afin d'embrasser d'autres produits et services associés à la forêt et requis par la communauté, tout en préservant l'objectif originel de satisfaire les besoins en fourrage de la saison sèche. Actuellement, le savoir-faire traditionnel est associé à l'expérience scientifique dans la gestion des ngitilis afin de favoriser la restauration des forêts et d'améliorer le bien-être de la communauté.

Les ngitilis ont contribué à la conservation du sol et à la réduction de l'érosion, améliorant ainsi la production agricole et l'élevage. Des arbres indigènes à régénération naturelle sont préservés et gérés sur les terres de culture et les pâturages. Le droit traditionnel en vigueur, appelé « mchenya », assure la permanence et le respect du système ngitili, sous le contrôle du comité de surveillance du village.

Cet exemple montre que la restauration des forêts n'est pas un sujet technique, elle requiert la participation de la communauté et l'adaptation des systèmes de connaissances traditionnels. La revitalisation des ngitilis a contribué à accroître les moyens de vie des habitants à travers la restauration des forêts qui fournissent ainsi un éventail élargi de biens et de services à la population locale. Avril 2002.

La foresterie communautaire, un modèle prometteur de conservation des forêts

Les divers écosystèmes africains, si riches en diversité biologique -en particulier les forêts tropicales des régions centrale et occidentale- ont été bouleversés lorsque les puissances européennes ont débarqué en Afrique et ont envahi ces territoires. Cette perturbation a touché également les organisations sociales traditionnelles qui se retrouvèrent subordonnées à une structure de pouvoir centralisée en ce qui concerne la réglementation et la gestion de l'exploitation des ressources naturelles.

A posteriori, les processus d'indépendance vécus par de nombreux pays africains n'ont en rien changé ce modèle centralisé imposé par les Européens. Mais la Tanzanie est une exception à la règle. Dans les années 70, dans la période qui suivit l'indépendance, le gouvernement a commencé à rendre les droits aux ressources naturelles, et à leur contrôle, aux autorités locales afin de promouvoir un développement communautaire. A travers la sédentarisation en villages, le pouvoir administratif a été assigné aux autorités locales élues, en charge des terres villageoises. La loi de 1975 sur les Villages et Villages Ujamaa, ratifiée par la loi de gouvernement local de 1982, a réglementé le système villageois de gestion communautaire des ressources naturelles, favorisant la propriété communautaire en tant que régime foncier légal.

Des informations datant de 1988, concernant une population de 30 millions de personnes, indiquent que 25 millions habitent dans un des 9000 villages registrés. Chaque structure villageoise repose sur une base légale et institutionnelle, sur une zone dont la frontière est clairement délimitée, ainsi que sur un conseil municipal élu, qui fait office de fidéicommissaire ou « manager des terres » communales du village. Le conseil municipal représente l'autorité et les prises de décision concernant la gestion des ressources hydriques, des pâturages et des forêts sont de son ressort.

Les Réserves forestières des villages s'étendent sur plus de 19 millions d'hectares. Certains Forêts publiques et certaines Réserves nationales de Forêts sont en train d'être transférés aux communautés afin qu'elles soient gérées par celles-ci. La Politique nationale des Forêts de 1998 promeut les Réserves forestières des villages ainsi que les systèmes de gestion inter juridictionnels entre les communautés locales. Le projet de loi 2000 va même au-delà et transfère l'autorité au niveau le plus bas de la gestion locale, ce qui rend la communauté encore plus autonome.

La nouvelle loi établit trois types de foresterie communautaire :

Réserves forestières des villages - les droits de propriété de la forêt sont exercés par l'ensemble de la communauté villageoise.
Réserves forestières communautaires - les droits de propriété et de gestion de la forêt sont exercés par un sous-ensemble de la communauté villageoise.
Zones villageoises de gestion forestière - zones de réserves de l'état où régit la gestion communautaire sans droits de propriété.

Dans le cadre de ce dernier modèle, le village est « l'administrateur » de la forêt, tandis que le gouvernement central assure l'assistance technique, les liens entre le gouvernement local et le gouvernement central, et la conciliation lors des controverses entre administrateurs des forêts villageoises. Le gouvernement central fait également office de chien de garde par rapport à l'évolution du modèle.

La restauration de la Réserve forestière nationale Duru Haitemba illustre la réussite du modèle tanzanien de foresterie communautaire. La Direction nationale des Forêts a accepté de travailler conjointement avec huit communautés voisines qui avaient commencé à gérer elles-mêmes leurs forêts, sur des zones précises, régies par des statuts locaux. Les communautés ont supervisé et fait valoir les statuts avec succès et ont réussi à améliorer considérablement la forêt.

L'expérience de la Tanzanie ouvre la voie à un modèle de conservation prometteur, embrassant aussi bien les relations de pouvoir que le contrôle des terres, à travers la décentralisation de la gestion, de la réglementation et du contrôle, et associé à une participation citoyenne à échelle communautaire. Mai 2002.

TOGO
Les droits communautaires et la conservation des forêts

Situé à la limite Nord de la région forestière tropicale africaine, le Togo conserve encore 1 396 200 hectares de couverture forestière, qui représentent 24% de la surface totale du pays. Dans un paysage où prédomine la savane, les forêts abritent une grande biodiversité et constituent une source fondamentale de revenus pour les communautés locales. Cependant, la gestion forestière au Togo pose dernièrement des problèmes importants.
Amis de la Terre - Togo considère que, malgré l'existence de prometteuses initiatives de conservation, la gestion des dénommées forêts classées, ainsi que celle des aires protégées, n'a pas eu le succès escompté.

On dénombre 434 382 hectares de forêts classées disséminées sur tout le territoire du Togo. Pourtant, déjà en 1994, on comptait 20% desdites forêts occupées par 47 500 habitants transplantés. Les populations locales portent un regard négatif sur ces forêts classées qu'elles considèrent être une interférence de l'État dans leurs territoires. Ceci est majoritairement vrai, même si la vision de l'État à ce sujet a positivement évolué par rapport à celle prévalant à l'époque coloniale. Aujourd'hui, les communautés locales peuvent exercer, tout au moins partiellement, leurs droits d'usage des ressources naturelles de ces aires. En accord avec leur culture, les habitants locaux pratiquent un usage durable des ressources forestières. Tandis que, a contrario, l'exploitation commerciale des essences fines -acajou, sipo, aybé, fraké, okoumé, ozigo et sapeli- a été identifiée comme étant l'une des principales causes de la dégradation des forêts du Togo.

La réalité des parcs nationaux et des réserves de faune ne s'avère pas être meilleure. Deux parcs nationaux (Fazao Malfakassa et Kéran) ainsi que neuf réserves de faune (Togodo-Sud, Togodo-Nord, Ahaba, Kpessi, Aboulaye, Aledjo-Kadara, Galangashie, Fosse aux Lions, Oli-Mandouré) ont été créés à Togo, depuis 1970, sur une surface totale de 697 185 hectares. Le cas du Parc national Kéra est exemplaire. Sa création, en 1971, a entraîné la transplantation d'environ 60 000 habitants, qui n'ont reçu aucune compensation et ont été installés dans une zone sans aucune sorte d'infrastructures ou de services. A chaque fois que l'état a essayé d'élargir les aires des réserves naturelles de faune, il est entré en conflit avec les communautés locales qui voyaient leurs moyens de subsistance menacés. Il est clair que ces communautés considèrent les aires protégées comme étant la cause directe de la réduction de leurs terres agricoles et de chasse. En 1990, la situation s'est aggravée et des attaques massives se succédèrent. A la suite du processus de démocratisation commencé en 1991, l'occupation des aires protégées s'est accrue.

Comment peut-on rapprocher les droits des communautés locales de la conservation des forêts ? Amis de la Terre-Togo considère que le Plan forestier national, approuvé en 1994, a été un pas en avant en ce sens. Le plan envisage la réalisation d'un état des lieux des ressources génériques forestières qui puisse être utilisé lors de la conception des projets de gestion en collaboration avec les habitants locaux ; la sensibilisation des habitants locaux vis-à-vis des impacts négatifs causés par les incendies, le nomadisme agricole et la coupe abusive des forêts pour l'obtention de bois de chauffage, ainsi que la révision des frontières des aires protégées afin de permettre le développement d'activités alternatives et de promouvoir l'agroforesterie. Amis de la Terre-Togo est en train de faire démarrer un projet basé sur l'agroforesterie, en collaboration avec la population locale, afin d'assurer l'usage durable des forêts. Un autre projet, associé à la conservation des forêts, a démarré également, en vue d'évaluer les caractéristiques et la réalité actuelles des forêts communautaires à Togo, et d'aborder les causes de leur destruction. Juillet 2000.

ZAMBIE
Le silence du ministre à propos des exploitations forestières

Voici un extrait de l'éditorial, paru le 30 juin 1999, dans le journal "The Post", Zambie, sous le titre "Les forêts de la Zambie". Celui-ci nous éclaire sur les vrais dangers qui menacent les forêts zambiennes.

"L'état de détérioration dans lequel se trouve notre secteur forestier devrait être un sujet de préoccupation pour tous les Zambiens.

La sonnette d'alarme tirée par le ministre de l'Environnement et des Ressources naturelles à propos de la dégradation écologique et environnementale de la Zambie et due à la coupe abusive d'arbres destinés à la production de bois de chauffage et de charbon, devrait attirer immédiatement l'attention du gouvernement.

Par contre, les affirmations du Ministre Harrington, dans le sens où les tarifs élevés de l'électricité sont en train de nuire à la politique d'électrification rurale du gouvernement zambien, nous laissent pantois. Le gouvernement, n'est-il pas lui-même responsable de cette situation, après avoir instrumenté des politiques sauvages de libéralisation de l'économie ?

Après l'annonce de la nouvelle politique énergétique de privatisation de presque tous les secteurs de génération d'électricité, il nous faudra oublier le projet d'électrification rurale, qui peut-être, ne sera même pas réalisable au cours du prochain millénaire.

Mais ce n'est pas seulement la déforestation associée à des activités agricoles commerciales, à la production de bois de chauffage ou à des incendies qui devrait nous inquiéter.

Il existe une autre pratique, encore plus destructrice, que le Ministre Harrington ne cite pas du tout : l'exploitation forestière commerciale non contrôlée, ou très peu contrôlée, en particulier dans les provinces de l'Ouest, de l'Est et du Sud de la Zambie.

Le Ministre Harrington doit savoir très bien de quelle façon les forêts sont en train d'être détruites dans la Province Occidentale, à Mukwa, puisqu'il est originaire de cette région, mais il a préféré passer ce point sous silence. Pourquoi ?

Nous ne pensons pas que son silence soit dû à une connaissance superficielle du sujet ou à l'ignorance. M. Harrington a été, d'après nous, le meilleur ministre de l'Environnement -tout au moins le plus engagé-, du Président Frederick Chiluba.

L'exploitation forestière est une activité très lucrative, qui rapporte des bénéfices astronomiques à ceux qui la dirigent. C'est probablement pour ça que le Ministre Harrington passe cette activité sous silence, accablant en échange les petits travailleurs, hommes ou femmes, vivant du bois de chauffage et du charbon.

Nous ne nous opposons pas à l'exploitation bien planifiée et bien gérée du potentiel des forêts zambiennes, au bénéfice de notre pays et de son peuple. Par contre, nous refusons carrément ce qui est en train de se passer dans la province occidentale de Mukwa.

Les arbres y sont abusivement coupés, sans aucun plan de renouvellement. Un arbre Mukwa met de cinquante à soixante-dix ans pour mûrir. En outre, la Province Occidentale est une région semi-déserte avec de sérieux problèmes écologiques et environnementaux. Et d'ailleurs, quels bénéfices les habitants de la Province Occidentale tirent-ils de ces affaires de Mukwa ? Pas beaucoup, car tout l'argent rapporté par les ventes réalisées à Mukwa part à l'étranger ou atterrit à Lusaka. Il n'y a aucune industrie forestière digne de ce nom établie dans la Province occidentale qui puisse bénéficier les habitants locaux.

Nous exhortons le Ministre Harrington à se pencher plus en détail sur les exploitations forestières et sur leurs impacts sur l'environnement et à prendre les mesures nécessaires. » Juin 1999.

Des politiques gouvernementales qui favorisent la déforestation

La déforestation est l'un des principaux problèmes environnementaux de la Zambie, et la conversion des terres boisées en terres agricoles ainsi que la coupe de bois destiné à la production de charbon semblent être les causes principales des pertes forestières. La conclusion simpliste est alors de dire que la « pauvreté » ou « les pauvres » sont responsables de la déforestation.

Pourtant, il existe plusieurs causes profondes qui proviennent des politiques gouvernementales de libéralisation économique ; ces politiques ont une influence notoire sur la conversion de terres boisées en terres agricoles ainsi que sur la coupe de bois pour produire du charbon. Par ailleurs, certaines études ont montré qu'il existe des liens entre la déforestation croissante et les politiques économiques telles que la dévaluation de la monnaie et la suppression des subsides agricoles, qui obligent à accroître les surfaces de culture sur des terres récemment déboisées. Et davantage de déforestation s'ensuit de la suppression des subsides aux fertilisants et du retour à l'agriculture itinérante ou nomadisme agricole.

Il est important de signaler que, durant la première moitié du XXe siècle, dans les cultures traditionnelles en Zambie, l'agriculture nomade prédominait-le système « chitemene »- qui symbolisait l'usage effectif des terres tropicales par les peuples indigènes africains. Longtemps, les paysans zambiens coupèrent des arbres, brûlèrent les branches, et utilisèrent des cendres pour fertiliser la terre. Grâce à la nature du sol, cette méthode marchait très bien et la terre pouvait être utilisée pendant cinq ans avant de devoir la laisser se reposer. Pourtant, ce système a été abandonné -sans même chercher à savoir pourquoi les agriculteurs l'utilisaient- comme rétrograde et destructif, à l'arrivée des colonisateurs, qui les ont obligé à développer à sa place une agriculture sédentaire.

Avec l'arrivée de la « révolution verte » et de la croissante influence européenne et urbaine, l'agriculture devint plus permanente. L'utilisation de fertilisants chimiques a été encouragée et le maïs hybride fit son entrée au cours des années 1970, ce qui rendit les agriculteurs dépendants des fertilisants subventionnés. L'usage abusif des fertilisants augmenta la capacité porteuse de la terre mais il entraîna l'érosion et l'acidification du sol ainsi que la perte de fertilité. La suppression des subsides agricoles dans les années 1990 eut des conséquences sur les moyens de vie des familles rurales qui ont dû chercher de nouvelles sources de revenus pour accéder aux matières premières agricoles devenues plus chères.

La privatisation de la production d'électricité, imposée dans de nombreux pays par le FMI et la Banque mondiale, a fait augmenter les tarifs d'électricité et a nuit aux politiques d'électrification, obligeant les populations locales à utiliser du charbon en tant que source d'énergie. Par ailleurs, l'introduction du charbon en tant que source d'énergie urbaine à Lusaka a aussi encouragé les communautés rurales zambiennes à déboiser les forêts afin d'approvisionner en charbon le marché urbain. Les revenus rapportés par la production de charbon ont servi à satisfaire les besoins quotidiens des foyers et, parfois, à financer la production agricole après la suppression des subventions : les revenus des produits des forêts se substituaient aux subsides agricoles.

Dans le système agricole traditionnel les arbres étaient coupés et brûlés ; après l'introduction du charbon dans le marché, les arbres abattus se transformaient en charbon destiné à la vente et la terre était cultivée afin de produire aussi bien des aliments que des cultures commerciales.

Bref, ce sont les politiques gouvernementales, et non pas « les pauvres », qui se trouvent à la base même de la déforestation de la Zambie. Ce sont les politiques gouvernementales qui ont entraîné l'abandon de l'agriculture itinérante durable et sa substitution par les cultures non durables dérivées de la « révolution verte ». Les tarifs élevés de l'électricité ont poussé les habitants à utiliser du charbon à la place de l'électricité. La promotion, de la part du gouvernement, de certaines cultures commerciales telles que le tournesol, le soja et le coton ont favorisé la destruction des forêts. C'est donc le gouvernement, responsable de cette situation, qui doit mettre en œuvre les mesures nécessaires à la résolution du problème. Septembre 2001.

Déforestation, exploitation forestière et libre commerce

La déforestation est le principal problème environnemental de la Zambie. Une étude, menée en 2000, par l'Institut forestier européen a montré que le taux annuel de déforestation se situe entre 250 000 et 900 000 hectares, ce qui représente entre 0,5 et 2,0% de l'aire boisée du pays.

En dehors des autres impacts sociaux et environnementaux occasionnés, les conséquences de ce processus nuisent à l'approvisionnement d'eau, puisque les forêts règlent une grande partie du bassin du Zambezi et s'avèrent essentielles au cours des longs mois de saison sèche -sept par an-.

Le problème a pris des dimensions telles que même le gouvernement a reconnu le risque d'extinction totale des forêts si des mesures n'étaient pas prises à temps pour arrêter la déforestation. Le ministre du Tourisme et des Ressources naturelles, M. Levison Mumba, a déclaré récemment que l'industrie forestière était une affaire rentable, mais qu'elle ne participe pas du tout au P.I.B. en raison du manque de transparence de la part des actionnaires concernés. Il a exprimé également que le secteur est très probablement responsable d'évasion fiscale ainsi que d'exploitations illégales dans les réserves forestières.

Le gouvernement admet donc que l'industrie du bois créé des postes de travail mais signale que l'exportation de troncs ne rapporte aucun bénéfice au pays. « La Zambie doit abandonner l'idée d'importer des meubles provenant de l'étranger lorsqu'il a la capacité de fabriquer des meubles de première qualité » a exprimé le ministre. Et il a rajouté qu'il était nécessaire de soutenir les entreprises locales transformant le bois en produits manufacturés, ainsi que d'étudier la législation portant sur l'exportation de bois brut afin de protéger le marché local interne.

M. Mumba semble être sur la bonne voie, dans le sens où il envisage d'associer la conservation et l'usage des forêts aux bénéfices sociaux rapportés par le développement d'une industrie locale de transformation du bois. Toutefois, il n'a peut-être pas vraiment conscience de la difficulté de concrétiser ces idées dans le cadre des politiques de libre commerce. Celles-ci sont imposées par le monde industrialisé à travers l'Organisation mondiale du commerce qui serait capable de penser que ces mesures de conservation constituent des « barrières commerciales » et de les déclarer illégales. Juillet 2002.

ZIMBABWE
Une autre forme de gestion « du haut vers le bas »

Les politiques de décentralisation appliquées à la gestion des forêts, considérées au cours de la dernière décennie comme une alternative au modèle centralisé utilisé dans la plupart des pays, se sont avérées inutiles pour réussir une gestion forestière durable. Dans de nombreux pays, des responsabilités supplémentaires concernant le secteur forestier ont été déléguées aux gouvernements municipaux et régionaux, en espérant que des autorités plus proches du terrain seraient capables de mieux comprendre les conditions locales existantes, de les gérer et de les surveiller plus efficacement, ainsi que de prendre des décisions mieux adaptées à ces conditions.

Mais ceci ne peut pas être considéré positif en soi-même étant donné que, en fonction de chaque cas particulier, le résultat peut refléter plutôt une orientation "ascendante" ou "descendante", et la décentralisation peut favoriser ou non le renforcement de la démocratie ou la foresterie durable. Le résultat sera positif si le processus permet aux groupes précédemment marginalisés d'avoir davantage d'accès au pouvoir, mais il sera négatif s'il renforce le pouvoir des élites nationales au niveau local.

Dans son livre "La conception de systèmes de gouvernance (anti)démocratiques des ressources à partir des reliques du passé colonial au Zimbabwe" ("Forging (Un)democratic Resource Governance Systems from the Relic of Zimbabwe's Colonial Past"), Alois Mandondo -chercheur à l'Université du Zimbabwe-, analyse le processus de décentralisation mis en œuvre au Zimbabwe. Pendant la période coloniale, le gouvernement britannique a responsabilisé les chefs autochtones d'assurer le respect des dispositions environnementales. Mais celles-ci ne reflétaient pas les intérêts des communautés locales et le gouvernement a profité du système pour atteindre ses objectifs colonialistes ultérieurs, souvent au détriment des populations natives locales. Comme de coutume, les peuples locaux ont été perdants dans le processus : les agriculteurs natifs ont été obligés d'abandonner l'exploitation forestière commerciale, de réduire la taille de leurs cheptels et servir de main d'œuvre gratuite à des fins de conservation du sol.

D'après Alois Mandondo, c'est cette même approche qui est encore en vigueur aujourd'hui. Depuis l'indépendance survenue en 1980, les autorités locales servent toujours les intérêts des dirigeants au niveau national, membres du parti gouvernant, au lieu de satisfaire les besoins de leurs propres communautés. Malgré la loi approuvée en 1988 (Rural District Council Act) qui octroie aux gouvernements municipaux le droit de normaliser l'usage des terres et la conservation des sols en fonction des diverses réalités locales, les autorités ont préféré, la plupart du temps, adopter des projets de loi élaborés par le gouvernement national. Par ailleurs, les communautés ont disposé de très peu d'opportunités de concevoir de nouvelles normes, de choisir démocratiquement leurs autorités ou de créer des revenus à partir des ressources naturelles. Enfin, le modèle de décentralisation en vigueur au Zimbabwe fonctionne toujours « du haut vers le bas » et ne bénéficie aucunement aux communautés locales. Juin 2000.

Démythifions le rôle « des pauvres » dans la destruction des forêts

L'image du dernier arbre dans une région sèche de l'Afrique, abattu par un paysan pauvre -ultime responsable de la destruction de l'environnement-, est largement connue. Pourtant, cette image repose davantage sur de la propagande que sur des évidences empiriques. D'une part, on ne dispose que de très peu nombreuses informations fiables sur les ressources environnementales clés de ce continent, et, d'autre part, les recherches quantitatives, notamment celle concernant les forêts ouest africaines du Kenya- ont montré que la supposition d'une destruction environnementale systématique de la part des petits exploitants est fausse, et que les petits planteurs améliorent plutôt les ressources environnementales par des investissements en capital naturel.

Les familles rurales du Sud profitent énormément des ressources environnementales. Leur renouvabilité ainsi que leur croissance spontanée, parallèlement au fait qu'elles sont souvent gérées par des systèmes communautaires de propriété, font que l'exploitation des ressources environnementales -dont la chasse et la cueillette- diffère des autres activités économiques. Etant donné que l'analyse économique conventionnelle ignore ces aspects, on en sait très peu sur leur valeur en termes de bien-être familial rural.

Au Zimbabwe, les foyers ruraux occupent des aires communales, situées sur les terres les plus pauvres, sur lesquelles tombent seulement 650 mm de précipitations annuelles. La population native a été réinstallée à la force sur ces terres par le gouvernement colonial, et, lors de l'indépendance, les choses ne se sont pas particulièrement améliorées. Par ailleurs, leurs revenus en espèces sont très faibles, ce qui fait que d'après la grille économique conventionnelle, cette population est classée comme « pauvre ».

Vers la moitié des années 1990, William Cavendish a mené une recherche (« Empirical Regularities in the Poverty-Environment Relationship of Rural Households : Evidence from Zimbabwe », février 2000) au sein d'une communauté rurale typique du Zimbabwe -le district de Shindik- et il a trouvé que, en moyenne, chaque famille obtenait plus de 35% de ses revenus grâce aux produits disponibles gratuitement dans la forêt. Environ 75% de ses revenus proviennent d'un large éventail d'autres produits naturels. Il a été prouvé que les foyers les plus démunis sont les plus dépendants des produits de la forêt, quoique, en termes absolus, les foyers aux revenus plus élevés consomment davantage de ces produits. Tandis que les hommes se consacrent principalement à la chasse et à la coupe du bois, les femmes vendent des légumes et des fruits cueillis dans la forêt et ramassent du bois.

Les résultats de cette recherche peuvent être lus de différentes façons. D'une part, en ce qui concerne les forêts, l'étude montre l'importance des dénommés « produits forestiers de cueillette » pour les communautés locales à faibles revenus habitant un environnement adverse. La vision forestière hégémonique, axée exclusivement dans la production du bois, ignore cet aspect. D'autre part, l'étude montre que l'idée répandue des pauvres - seuls responsables de la dégradation des forêts est non seulement fausse, mais absurde, puisque la destruction de la forêt signifierait pour eux la fin de leurs revenus « cachés » mais essentiels et faisant parfois la différence entre la vie et la mort. Septembre 2000.


 



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