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Afrique:
Ses forêts menacées AFRIQUE DU SUD Une nouvelle usine de pâte, qui produira de 400 000 à 500 000 tonnes métriques par an, destinées surtout à l'exportation, est prévue pour le triangle Umtata-Kokstad-Ugie. Suivant Enoch Gogongwana, membre du Conseil exécutif provincial pour les affaires économiques, l'environnement et le tourisme, ce projet devrait créer 600 emplois directs, et 1000 emplois indirects. L'investissement total est d'environ un milliard et demi de rand. Ce calcul implique un coût de 937 000 rand par poste de travail - direct ou indirect - que l'on crée. En comparaison, un projet communautaire concernant les forêts, qui sera mis en oeuvre à Mkambati, va fournir 138 postes à un coût de 6 000 rand chacun, et la propriété et la gestion des plus de 10 entreprises y prenant part seront dans les mains de la communauté, ce qui veut dire que l'argent y restera. D'autre part, les impacts sur l'environnement et sur la santé provoqués par les usines de pâte ne sont pas nouveaux en Afrique du Sud. Il a été dit que "l'odeur, l'étouffement et la sensation de brûlure de la peau sont terribles, lorsqu'on passe en voiture près de Nelsruit". Si la nouvelle usine est installée dans le triangle Kokstad-Ugie-Umtata, au moins une rivière risque d'être polluée, puisque toutes les rivières de la région débouchent dans l'Umzimvubu, qui reçoit 56% de l'eau du Transkei. Octobre 1997. Les "bénéfices sociaux" des plantations d'arbres L'Association de propriétaires de forêts a récemment publié un rapport avec les résultats d'une enquête, menée pendant les neuf premiers mois de l'année dernière, sur "le crime et la violence" dans les soi-disant "forêts" d'Afrique du Sud, qui sont en fait de grandes plantations industrielles de pins et d'eucalyptus, dans la zone de Kuazulu Natal. L'enquête a porté sur 54% du reboisement total du pays, soit plus de 800 000 hectares. D'après le directeur forestier d'une compagnie, les plantations "ont été des paradis de sécurité pour les peuples des villages en bordure des plantations, où la violence faisait des ravages". Le crime, l'incendie malveillant et le vol sont les principaux problèmes, d'après les résultats de l'enquête. Les crimes contre la personne ont provoqué 380 morts et 115 blessés de gravité. Suivant le rapport, "on tirait sur les personnes qui allaient au travail et sur les camions qui transportaient du bois, et l'intimidation est devenue un problème très grave". Dans la période concernée, 1 093 incendies forestiers - soit 74% du total - ont été volontaires, et ils ont affecté une surface d'environ 2 825. De même, quelque 30 000 tonnes de bois ont été volées. L'industrie en est "profondément inquiète", et les sociétés les plus importantes (y compris Mondi et Sappi) se sont réunies avec le Service de la police et les Forces de la défense nationale d'Afrique du Sud pour trouver des solutions. De fortes sommes ont également été investies dans le domaine de la sécurité, du combat des incendies et des installations de communication. Décembre 1997. Une bonne nouvelle! Le Parc national Kruger sera élargi de 5 000 hectares, tandis qu'en vertu du même accord récemment conclu, la communauté Makuleke récupère ses droits sur 25 000 hectares du parc en question. La reconnaissance des droits territoriaux des Makuleke vient à point pour la célébration du centenaire du Parc national Kruger, le 25 mars. En 1968, la communauté Makuleke s'était vue forcée d'abandonner ses terres et de s'installer à la lisière du parc. Aux termes de l'accord passé entre la communauté et l'autorité nationale des Parcs nationaux d'Afrique du Sud (South Africa National Parks), la zone de Pafuri - située au nord du parc - sera rendue à la communauté de 1 800 familles Makuleke, tout en maintenant son statut de conservation de la région. "Nous avons ici une étendue très importante de biens réels, qui doit être préservée pour notre peuple. Cependant, il est essentiel que ceci se passe dans un contexte de plein accès, et de pleine utilisation de la terre, de la part du peuple. C'est une de ces situations où tout le monde est gagnant", a dit le porte-parole de la communauté Makuleke. Mars 1998. Les voies de la puissante industrie de la pulpe Les plantations de bois ont fait partie du paysage d'Afrique du Sud pendant plus d'un siècle. La colonisation apporta une grande variété d'espèces exotiques. Certaines ne réussirent pas, mais il fut bientôt évident que les acacias et les eucalyptus australiens s'adaptaient bien aux conditions de l'environnement dans la région de l'Est du pays. Il a toujours été accepté que ces deux espèces, jointes aux pins introduits plus récemment, jouent un rôle important dans l'économie locale. Du fait que les forêts autochtones avaient été décimées au cours du siècle dernier, il était nécessaire de les remplacer par des espèces de croissance rapide, afin de satisfaire la demande croissante de bois de charpente, d'étançons pour les mines, de matériel d'emballage et, plus récemment, de bois de pulpe. La situation a commencé à changer lorsqu'on s'est aperçu que la demande extérieure de produits ligneux pouvait stimuler les exportations d'Afrique du Sud. Vers 1950, une manufacture italienne de rayonne s'est installée dans le village côtier de Mkomazi. Les effluents de l'installation étaient déversés directement dans une rivière qui débouchait dans la mer à quelques kilomètres de distance. Ce fut la première occasion pour les Sud-africains de goûter (et de sentir) la pollution atmosphérique et marine grave. Plus tard, la manufacture SAPPI s'est installée sur le fleuve Tukela, dans le village de Mandeni. L'odeur de l'établissement pouvait être perçue dans un rayon de 50 kilomètres, tandis que les effluents étaient déversés dans une vaste étendue de terre proche de l'usine. C'est seulement après que l'usine gigantesque de SAPPI à Ngodwana et l'établissement de MONDI à Richards Bay aient lancé la production, que les gens ont commencé à prendre la situation au sérieux. L'éveil d'une conscience environnementale leur a permis de voir le rapport entre les maladies respiratoires et la pollution atmosphérique. Les photographies de poissons morts à la une des journaux, après un grand déversement d'effluents qui s'était produit à Ngodwana, ont fait que les citoyens commencent à se poser des questions sur les impacts réels de cette industrie. Puisqu'elles avaient besoin de bois comme matière première pour le fonctionnement de leurs fabriques, les compagnies SAPPI et MONDI, et d'autres de moindre envergure, se sont lancées dans l'achat de terres, qu'elles payaient très cher lorsqu'elles se trouvaient à proximité de leurs établissements, de manière à regrouper leurs activités dans de vastes propriétés, et à baisser les coûts de transport. Dans leur hâte de planter les terres récemment acquises, ils ont fait très peu attention aux aspects environnementaux. Des arbres ont été plantés dans des marais et des courants d'eau, tandis que l'on payait des bonus aux tenanciers de ces terres pour qu'ils optimisent leur rendement. Même des terres domaniales, incluant des routes, des réserves et des pâturages communaux, ont été plantées d'arbres, sans aucun souci des conséquences écologiques. A la même époque, le gouvernement sud-africain décida de commercialiser les plantations forestières de l'Etat, et c'est ainsi que SAFCOL est née (Compagnie forestière sud-africaine). En peu de temps, SAFCOL aussi a rejoint la course et s'est mise à planter des arbres dans des prairies naturelles qui avaient préalablement été exclues, en raison de leur sensibilité écologique. Les voies empruntées par les compagnies forestières Il a été estimé que
les sociétés responsables de l'expansion des plantations
de bois de pulpe en Afrique du Sud dépensent plus d'argent et
d'énergie en propagande, que dans une véritable protection
et restauration de l'environnement. Leur réaction aux critiques
grandissantes de l'opinion publique a été de dépenser
encore plus d'argent en publicité dans des revues et des journaux.
Ils sponsorisent également de nombreux projets "environnementaux",
qui vont des livres sur les oiseaux et les fleurs, à l'éducation
et au recyclage des déchets. Afin de calmer les esprits quant à la perte de la nappe d'eau superficielle, ils ont creusé des puits dans les zones affectées. Ainsi, des gens qui avaient accès à de l'eau propre pratiquement devant leur porte, doivent maintenant transporter de l'eau sur de longues distances, pour leurs maisons et leurs jardins. Des zones où des bananes, des pommes de terre et des choux poussaient sans besoin d'irrigation, sont maintenant trop sèches pour ces cultures. Les bestiaux et les chèvres se bousculent autour des rares sources naturelles et rivières qui restent, endommageant les rives, polluant l'eau et la rendant inapte à la consommation humaine. Pour leurrer la communauté, les deux grands producteurs de bois de pulpe se sont embarqués dans la promotion de "parcelles forestières communautaires" à grande échelle dans les zones rurales, et MONDI déclare que leur projet fait partie du RDP (Projet gouvernemental de reconstruction et de développement). Les compagnies fournissent les semences et l'information de base pour l'établissement des parcelles forestières, après avoir persuadé les agriculteurs qu'ils vont s'enrichir lorsque leurs arbres seront prêts à l'abattage, dans sept ou huit ans! Ce qu'ils ne font pas, c'est informer les candidats à la propriété de ces parcelles sur les conséquences environnementales et sociales de leurs actions: · Ils ne les préviennent pas
qu'il faut éviter de planter dans les marais ou les berges des
rivières et des ruisseaux. Les déclarations sur la création d'emplois pour la population locale ne racontent pas ce qui est arrivé à ceux qui travaillaient la terre auparavant. Avec l'expansion des terres appartenant aux entreprises de plantation, de nombreuses personnes qui travaillaient à la production de légumes, de canne à sucre ou de bétail sont expulsées de leurs foyers et des terres qu'ils avaient occupées pendant des années. La politique des compagnies de plantation est de regrouper les petites propriétés dans des "blocs" pouvant être gérés par un seul "forestier". Les maisons, les étables et les logements du personnel des fermes sont démolis pour faire de la place aux plantations. Ceux qui y ont vécu toute leur vie sont forcés de déménager vers des zones tribales surpeuplées, où ils doivent rebâtir une maison, envoyer leurs enfants à des écoles également surpeuplées, et trouver un nouveau travail dans des activités qu'ils ne maîtrisent pas. Ce qui aggrave encore les choses, c'est que les postes de travail créés par les entreprises forestières sont dérivés à des agents d'embauche qui ne sont pas obligés d'offrir les bénéfices en sécurité sociale inhérents à l'emploi permanent. Beaucoup de ces agents préfèrent employer des immigrants clandestins, qui sont prêts à travailler pour des salaires inférieurs et qui n'ont pas le droit d'appartenir à un syndicat. La complicité de l'Etat dans le développement de l'industrie Les papeteries en Afrique du Sud ont reçu de fortes stimulations fiscales, autant directes, par la Corporation pour le développement industriel, qu'indirectes, par des bénéfices tels que l'eau et l'électricité bon marché, la liberté de pollution, et des lois fiscales très favorables. Ceci donne à l'industrie un avantage considérable, comme le fait son adresse à manipuler le prix des rondins grâce à l'étendue de ses plantations. En maintenant le prix du bois brut aussi bas que possible, on peut s'assurer que le gros des profits reviendra aux usines. Autant MONDI que SAPPI ont acheté des usines en Europe et dans plusieurs pays du Nord. L'explication en est simple: ils ont besoin d'un débouché garanti pour les produits de leurs opérations sud-africaines. Une explication moins évidente peut être que ces investissements sont un moyen de blanchir le surplus accumulé des profits obtenus aux dépens de l'environnement et du peuple sud-africain. L'expansion prévue des plantations L'intention déclarée de l'industrie de la pulpe est d'élargir de 600 000 hectares la zone de plantations en Afrique du Sud. Cette étendue viendra s'ajouter au million et demi déjà existant. Ils entendent également entreprendre de vastes plantations au Mozambique. Ce qui est très inquiétant, c'est que des recherches intensives sont menées actuellement sur des variétés d'eucalyptus résistantes au froid. Le succès de cette recherche pourrait signifier que de vastes régions de l'intérieur du pays, aujourd'hui occupées par des prairies et des cultures de céréales, seraient les victimes des plantations forestières. Les vastes prairies à l'intérieur de la ceinture côtière sub-tropicale sont vitales pour la production d'eau en Afrique du Sud. Elles absorbent l'eau des pluies estivales, et la déversent ensuite peu à peu dans les rivières pour alimenter les bassins pendant la période sèche de l'hiver. Si de larges étendues de plantations forestières y étaient établies, cela mettrait en danger l'approvisionnement en eau pour les fermiers et pour la population des villes situées en amont, et aggraverait également l'érosion du sol. MONDI a importé des machines informatisées pour le traitement du bois. Ces machines travaillent 24 heures par jour, abattant, tronçonnant, écorçant, débitant et entassant le bois. Trois personnes, assurant trois services de 8 heures, font le travail de 200 personnes utilisant des méthodes manuelles, ce qui veut dire que 197 personnes deviennent excédentaires par le fait d'une seule machine. Beaucoup d'exploitants de plantations ont remplacé les méthodes manuelles de désherbage par l'utilisation de pesticides appliqués par des spécialistes extérieurs. Une fois de plus, le résultat est une diminution de la main d'uvre employée par l'industrie. En somme - ici comme ailleurs - ce modèle forestier est en train de montrer clairement que, malgré les bénéfices qu'il rapporte aux grandes sociétés, ses impacts sociaux et environnementaux font que, à long terme, il ne puisse être durable. Les gens d'Afrique du Sud commencent déjà à organiser l'opposition. Les effets sur l'environnement et sur la société deviennent plus clairs à mesure que l'industrie occupe de nouvelles terres dans le pays, et même dans les pays voisins. Juillet 1998. Les plantations d'arbres exotiques sont des déserts verts Ce qui suit est une contribution qu'un nouvel ami du WRM nous a demandé de diffuser, et qui souligne les problèmes provoqués dans son pays par les monocultures forestières. S'adapter ou mourir Je vis dans la province de Mpumalanga (où le soleil se lève), en Afrique du Sud. J'habite dans une réserve protégée, proche des grottes et des forêts de Sudwala. La zone qui entoure la réserve est couverte de plantations d'espèces exotiques, et il est facile de voir l'effet de ce modèle sur l'environnement. Je pense souvent à la montagne. J'imagine que toute chose vivante y est lumineuse, et qu'elle brille la nuit. J'aime penser que les plantes ont une lumière douce, et que les arbres comme le figuier sauvage géant ou le bel ocotea doivent briller davantage. Les insectes reluisent, une souris étincelle, le hibou rayonne, un léopard resplendit. De la réserve je vois la montagne, luisante de vie. Lorsque je regarde au-delà, dans les vastes zones d'arbres exotiques, je ne vois qu'une lueur monotone. Les plantations d'arbres exotiques SONT des déserts verts. Elles étouffent la vie indigène, ne permettant pas que l'eau et la lumière alimentent leur croissance. Pas de plantes, ni d'insectes, ni d'oiseaux, ni de reptiles, ni de mammifères. De petits carrés de plantes autochtones sont préservés, surtout comme un exercice de relations publiques, et cela ne suffit pas à compenser la perte d'habitat. Des programmes sont mis en place pour nettoyer les voies d'eau bouchées, mais cela va trop lentement, et on dirait que dans l'ensemble ils ont peu d'effet, puisque de vastes bassins devraient être dégagés. Beaucoup d'habitants de cette région voient que la pénurie d'eau s'accentue rapidement, à cause des plantations. Il existe des lois pour protéger les marais, mais on ne les fait pas respecter par manque de personnel. Je suis persuadé que les plantations exotiques devraient être abattues sans délai. Aucun nouveau permis de plantation ne devrait être accordé. Les propriétaires des plantations devraient se tourner vers des productions favorables à l'environnement, qui occuperaient davantage de main d'oeuvre, puisque les récoltes sont annuelles. Ce n'est pas agréable d'avoir soif, c'est pourquoi l'eau est si entourée d'émotion. La pénurie d'eau pourrait provoquer des conflits sérieux dans l'avenir, puisque plusieurs pays du sud de l'Afrique partagent des rivières à leurs frontières. En septembre 1998, des troupes d'Afrique du Sud et du Botswana ont envahi Lesotho pour réprimer un soulèvement politique. Il y a eu des combats féroces pour s'emparer du barrage de Katse, un point vital du projet Highlands Water de Lesotho. Ce projet concerne les réserves d'eau pour l'Afrique du Sud. Il a été suggéré que la guerre a été motivée, du moins en partie, par le besoin de s'assurer cette réserve d'eau stratégique. Face à la consommation croissante d'énergie, l'humanité est au bord d'une crise très grave. Nous devrions en ce moment nous occuper de la terre, la traiter avec respect, corriger les erreurs du passé, puisque notre survie dépend de la biodiversité. Je pense que nous devrions adapter notre manière de penser, et reconnaître notre dépendance de la nature. Notre environnement nous modèle; nous devons donc le maintenir en bonne santé". Par: Philip Owen Avril 1999. La privatisation des plantations En mars 1999 le gouvernement d'Afrique du Sud a annoncé que les plantations forestières de l'entreprise SAFCOL, propriété de l'Etat, seraient privatisées. L'entreprise possède 320 000 hectares de plantations commerciales et autres propriétés, évaluées entre un milliard et un milliard et demi de rand (soit environ 160 à 250 millions de dollars USA). Malgré la déclaration d'une série d'intentions à caractère social qui seraient impliquées dans cette décision (la création de postes de travail, le développement des ressources humaines, la promotion de formes différentes de propriété, et le développement des activités dérivées), en fait les véritables bénéficiaires seront les grandes sociétés nationales et transnationales. L'une d'elles est MONDI, qui est également une des plus grandes et puissantes industries dans le secteur de la pulpe et du papier en Afrique du Sud. Ses plantations se sont élargies, sans aucun souci des impacts provoqués sur le sol, la prairie, les marais et les cours d'eau, et mettant en danger l'approvisionnement en eau. Même des terres domaniales, telles que des réserves et des pâturages communaux, ont été plantées de monocultures forestières. Les impacts sur la santé et sur l'environnement provoqués par ses usines de pâte ont beaucoup inquiété également, et soulevé des résistances au niveau des communautés concernées. La compagnie a adopté une politique d'expansion agressive. En mai 1996, MONDI est devenue l'un des trois plus gros actionnaires d'Aracruz Celulose. Elle a de même acheté des usines en Europe et dans d'autres pays du Nord. La compagnie pense maintenant tirer profit de la privatisation de SAFCOL, pour concentrer encore plus ses activités sur la pulpe et le papier. L'idée est de vendre une partie de ses plantations ligneuses et de ses scieries à Mpumalanga, et de lier cette vente à celle de SAFCOL, pour obtenir des bénéfices plus élevés. Les 120 000 hectares de plantations de SAFCOL à Mpumalanga, joints aux 143 000 hectares que MONDI possède à Mpumalanga et Swaziland, font un total de 263 000 hectares de plantations, composés de 195 000 hectares de bois de pulpe, et de 68 000 hectares de bois dur. Plusieurs des plantations de SAFCOL et de MONDI sont contiguës, de sorte qu'il est facile de les transformer en unités d'aménagement, afin de "permettre la production de produits de haute qualité à un prix suffisamment bas pour les marchés internationaux". MONDI réduirait ainsi sa participation dans le secteur du sciage, où la demande de débités est en baisse et les prix sont en hausse, et se concentrerait dans ce qui est le noyau de son activité, la pulpe, le papier et le conditionnement. MONDI est propriétaire de 460 000 hectares supplémentaires en Afrique du Sud, qu'elle garderait comme source de matière première pour ses usines de pâte. Mais MONDI n'est pas la seule intéressée par cette vente. L'autre grand partenaire dans l'industrie de la pulpe - SAPPI - figure aussi parmi les 16 de la liste. D'autres entreprises internationales autonomes sont: le groupe suédois Saab, dans le domaine de la défense et l'automobile; la société indonésienne Barito Pacific Timber, et le groupe saoudien Tarik Al-Zahid. La liste inclut également deux autres compagnies étrangères en consortium avec des entreprises sud-africaines: le consortium Londoloza Eco - African Forest Holdings, intégré par le groupe italien Mauro Saviola, Magnaboard Holdings et Formalchem Holdings, et Madiba Forestry Consortium, intégré par York Timber Organisation, la société portugaise Sonae Industria et le groupe de production d'énergie Madiba Mills. Les intéressés peuvent formuler des offres pour la totalité des actions, pour un des sept portefeuilles en vente, ou pour une combinaison de ces derniers. Les terres sur lesquelles se trouvent les plantations ne sont pas à vendre. En échange, elles feront l'objet d'un affermage à long terme. Les offrants devront faire un paiement initial suivi de paiements annuels successifs, dont le montant correspondra à la valeur de la terre. Suivant les manifestations recueillies dans des cercles officiels, les conditions du contrat d'affermage devront inclure des clauses sur la gestion de l'environnement et les besoins des communautés. Certains des travailleurs de l'entreprise de l'Etat seront transférés à la nouvelle entreprise, avec le même salaire qu'ils percevaient à SAFCOL, et leur nombre devra être proportionnel à la moyenne de travailleurs par hectare dans le secteur. Si l'on regarde ce processus dans le contexte des performances négatives des deux entreprises dans les domaines environnemental et social, on conclut que les communautés locales, les travailleurs forestiers et les environnementalistes devront se faire entendre pour que les conditions actuelles soient améliorées. Ce qui est clair est que les principaux bénéficiaires de cette privatisation seront les grandes entreprises privées. Mai 1999. La résistance aux monocultures forestières dans les prairies Bien que la surface couverte de forêts en Afrique du Sud ne soit que d'environ 300 000 hectares, ce pays est un grand exportateurs de produits ligneux. Ils proviennent des plantations de pin et d'eucalyptus, qui se sont rapidement multipliées ces dernières décennies. De grandes entreprises - telles que SAPPI et MONDI - et l'Etat sud-africain lui-même - par l'intermédiaire de SAFCOL - ont été responsables de l'expansion des monocultures forestières dans la prairie. A l'heure actuelle, la superficie plantée atteint le million et demi d'hectares, tandis que la puissante industrie de la pulpe projette de l'élargir encore de 600 000 hectares. Les entreprises ont même l'intention d'établir de vastes peuplements au Mozambique. En cette époque de globalisation, MONDI se développe vers l'étranger, et depuis mai 1996 c'est l'un des principaux actionnaires d'Aracruz Celulose. Malgré les efforts de propagande déployés par les sociétés propriétaires de plantations, qui essayent de se montrer comme des champions de la conservation de la nature, l'opposition s'accroît. Et c'est que les effets des monocultures forestières, qui provoquent la réduction de la biodiversité dans la prairie, et la diminution du rendement hydrique, sont devenus évident. Des cas ont été rapportés également, de pollution de l'air et des rivières par l'industrie de la pulpe. Les petits agriculteurs ont été partiellement ou totalement écrasés par les entreprises, et se sont vus forcés de déplacer leur bétail ou même d'émigrer, abandonnant leurs terres. Dans la zone de Kwazulu Natal, 2 852 hectares de plantations ont été brûlés de manière intentionnelle. Ce genre d'action directe a été identifié comme le responsable de la plupart des incendies forestiers qui se sont produits en 1997. Les gens sont en train de s'organiser, et de défier de plus en plus ouvertement l'expansion des plantations dans le pays. En outre, un autre mouvement a surgi (SAWaC, South African Water Crisis), constitué d'individus qui s'inquiètent de la crise croissante des ressources hydriques dans le pays, et qui essayent de la surmonter. La plupart des plantations se trouvent dans des zones de transition, entre les terres basses de la côte et les terres hautes, là où les pluies sont les plus fortes et où se trouve la plus grande biodiversité d'Afrique du Sud; c'est pourquoi leur impact sur ces deux ressources est d'une importance fondamentale. Juillet 1999. Les plantations forestières industrielles: un patrimoine dangereux Les plantations industrielles de bois sont appelées foresteries. C'est une appellation trompeuse, qui évoque l'image de belles forêts autochtones. L'Afrique du Sud a besoin de bois pour la fabrication de pâte à papier, pour la construction, l'ameublement et bien d'autres usages, mais il ne faut pas perdre de vue quel est le coût que le pays doit payer. Ces plantations sont des monocultures d'espèces envahissantes, des plantes exotiques qui couvrent de vastes étendues des sols les plus fertiles du pays. Nous savons tous comment se sont répandus les acacias en Afrique du Sud, au point qu'ils sont aujourd'hui la mauvaise herbe la plus destructrice que nous ayons. L'acacia ne peut être extirpé que par l'exécution minutieuse d'un programme spécial. De même, les pins sont des espèces très envahissantes, surtout dans des régions froides comme notre Drakensberg. Lorsque nous parcourons le pays, beaucoup des arbres que nous voyons sont des eucalyptus, qui envahissent eux aussi, petit à petit, notre terre. Il y a à l'heure actuelle environ un million et demi d'hectares de plantations industrielles. Ce qui est encore plus inquiétant, c'est l'estimation de l'existence d'un million six cent mille hectares additionnels envahis par une "jungle" d'espèces exotiques. Suivant un modèle du CSIR, on estime que les plantations forestières utilisent 1,4 billions de litres d'eau par an. Les zones envahies (et non plantées) d'arbres exotiques sont surtout peuplées de vieux arbres, qui poussent à proximité des cours d'eau, et consomment donc, en toute probabilité, au moins 2 milliards supplémentaires de mètres cubes d'eau. Une telle situation demande que l'on se pose au moins deux questions fondamentales: L'industrie du bois va-t-elle continuer à exiger de la terre pour des plantations, tandis que notre pays subit leur invasion? Qui prendra la responsabilité d'éviter une invasion encore plus grande de ces arbres exotiques qui proviennent des plantations industrielles? Par: Bob de Laborde. Août 1999. Le grand mensonge L'industrie du tourisme a fait, et fait encore, beaucoup plus pour la gestion responsable de l'environnement que l'industrie "forestière". Peut-être pour la seule raison qu'elle est basée sur la biodiversité. Les arbres exotiques détruisent la végétation autochtone, qu'ils remplacent. Une fois que la base de la chaîne alimentaire a disparu, la faune et la flore indigènes ne peuvent plus s'adapter à vivre au milieu d'une plantation. Lorsque l'on calcule le bénéfice économique de la plantation d'arbres, le coût de la destruction de l'environnement naturel est-il pris en compte? Dans une région soumise à des contraintes hydriques, l'effet négatif des plantations d'espèces exotiques se voit immédiatement dans la disponibilité d'eau. Pendant les mois secs de l'hiver, la végétation native, en état récessif, se montre sèche et nue. Pourtant, les arbres exotiques sont verts. Ils accaparent l'eau par la pénétration profonde de leurs racines, et peuvent donc disposer d'eau toute l'année. Il y a des milliers d'hectares de plantations "non gérées", des plantations envahissantes. Partout à Mpumalanga, on voit des pins, des eucalyptus et des acacias. Dans les vallées difficiles d'accès, ils forment des bosquets. Qui en est responsable? Les plantations industrielles elles-mêmes, bien entendu. Le fait que cette industrie s'appelle elle-même "forestière" porte à confusion. Une monoculture ne peut jamais être considérée comme une forêt. Le "bureau sans papier" est en train de devenir une réalité dans le monde entier. Il est plus simple, plus efficace et plus économique d'enregistrer des décisions, de transmettre des informations et de se communiquer par des moyens électroniques. Est-ce que le prix de la pâte à papier ne va pas tomber dans les deux ou trois prochaines décennies? S'il en est ainsi, beaucoup de pays sous-développés auront sur les bras d'énormes plantations d'espèces exotiques que personne ne coupera... La plupart du bois produit en Afrique du Sud par les plantations est exporté pour satisfaire le besoin de pâte à papier des pays du Nord. Les pays développés utilisent notre terre, qui est bon marché, et notre travail, qui est aussi bon marché. Combien gagne un travailleur dans une plantation industrielle moyenne? Dans la province de Mpumalanga, les plantations gérées occupent 615 000 hectares, et l'industrie de la province emploie 28 000 personnes. En moyenne, une personne sur 22 hectares. Sur chacun de ces 22 hectares, le droit d'exister a été refusé à tous les autres êtres autochtones. Ceci peut-il être considéré comme une pratique responsable? L'industrie des plantations agira avec responsabilité lorsqu'elle s'engagera à NE PLUS planter ce qui reste de nos régions naturelles. L'industrie des plantations agira avec responsabilité si elle se diversifie et consacre davantage de ressources à l'étude de l'utilisation d'espèces indigènes pour la fabrication de pulpe, à la place du pin. Le cannabis natif - croisé avec des variétés de chanvre industriel - n'en est qu'un exemple. Il est modéré dans sa consommation d'eau - puisqu'il est saisonnier -, il ne requiert pas de fertilisants, et il emploie davantage de main d'oeuvre. L'industrie des plantations agira avec responsabilité si elle utilise son pouvoir - fruit des bénéfices obtenus et de sa capacité de négociation avec le gouvernement - pour adopter le cannabis et essayer ce genre de culture dans ses terres, dégradées par les plantations forestières. Je ne suggère pas que l'industrie des plantations continue de s'élargir; je suggère qu'elle remplace ses arbres exotiques par du cannabis natif. Il est vrai que le profit et la croissance sont les réalités de ce monde. Il suffit de conduire de Piet Retief à Blyde River Canyon pour s'en apercevoir. Mais si nous voulons assurer la survie du genre humain, il faut mettre l'accent sur le développement durable. Nous devons nous rendre compte que nous faisons partie de l'environnement, et que notre impact sur lui nous affecte directement. Nous devons concentrer tous nos efforts dans le travail avec l'environnement, pour minimiser notre impact sur lui, tout en accroissant la conscience environnementale de chaque individu. Par: Philip Owen. Septembre-octobre 1999. Quel est le coût véritable des boisés? Qu'est-ce qu'un boisé? S'agit-il d'un morceau de terrain où l'on plante des arbres pour pourvoir aux besoins des communautés rurales en bois de charpente et de chauffage? Ou bien c'est une petite fraction d'une gigantesque plantation industrielle, destinée à pourvoir aux besoins de pulpe et de papier des pays industrialisés? Une réponse exacte à cette question m'aiderait à sortir de l'incertitude dans laquelle je suis plongé. Pourtant, aucune réponse claire ne s'est présentée, et au cours des vingt dernières années de ma vie à Zoulouland j'ai abouti aux conclusions suivantes. La transformation des pâturages et des terres agricoles en peuplements d'eucalyptus a été conduite par les deux plus grandes entreprises de la zone. Avides d'avoir sous leur contrôle des terres aptes à la croissance de l'eucalyptus, à la fin des années 80 autant SAPPI que Mondi se sont embarquées dans l'achat de terres. De vastes surfaces qui avaient été des centaines de fermes indépendantes appartenant à des particuliers ont été achetées, à des prix qui, à l'époque, étaient perçus comme excessifs. De tels prix étaient le fait de la concurrence des deux géants, qui essayaient de ne pas laisser de brèche dans le processus de transformation des fermes en d'énormes étendues de monocultures forestières. Ceci avait permis d'augmenter les bénéfices des rares fermiers qui avaient pu résister jusqu'au bout, pendant que SAPPI et Mondi se battaient pour maintenir leurs sources de matière première. Après l'achat des terres, ces entreprises ont entamé un processus qui incluait, avant tout, de sortir tous les travailleurs de leurs fermes et de démolir leurs logements. Des maisons particulières et des bâtiments de valeur, ainsi que des ateliers et des entrepôts, ont été détruits par les bulldozers pour faire place à d'interminables plantations d'eucalyptus. Où sont allés les gens qui habitaient les fermes? Eh bien, les propriétaires blancs, qui avaient reçu de grandes sommes d'argent, ont pu s'installer dans des maisons confortables dans le moyen pays, à KwaZulu-Natal ou à Wester Cape (deux provinces d'Afrique du Sud), ou bien en Australie. Ce que sont devenus les travailleurs des établissements reste un mystère. Le surpeuplement rendait impossible leur retour dans les terres tribales. J'imagine que la plupart d'entre eux n'a eu d'autre recours que de se diriger vers les quartiers marginaux de Durban (le premier port du pays), ou vers Dukuduku (une zone de forêt sub-tropicale adjacente à Greater St.Lucia, site du patrimoine mondial) où ils pouvaient trouver de quoi vivre. Une fois débarrassés des travailleurs non voulus, et des installations des fermes, les deux compagnies ont dû faire face à un autre problème: le nombreux personnel hérité en raison de l'achat de Watertin Timbers et de Shell Forestry (subsidiaire de Royal Dutch Shell) de la part de SAPPI et Mondi, respectivement. En une journée - et au nom de la "rationalisation" - SAPPI a rayé 600 personnes de la liste de ses employés à Kwa-Mbonambi. La compagnie a ainsi économisé une forte somme d'argent, n'ayant plus à payer la sécurité sociale de ces employés permanents. Les risques de "syndicalisation" et de grève ont été transférés aux sous-contractants, qui ont été chargés de pourvoir la main d'oeuvre et d'autres services, pour des salaires misérables. Les travailleurs, qui avaient jusqu'alors joui des bénéfices habituels dans leur condition d'employés permanents, ont dû supplier, ou soudoyer, pour trouver du travail occasionnel, payé à la journée. Ce qui empirait encore la situation, c'était qu'ils étaient concurrencés par des immigrants clandestins désespérés, qui venaient du Mozambique. De nombreuses personnes des populations locales ont tout simplement refusé de travailler pour le salaire proposé, qui était d'environ US$ 2 par jour. Quel est le rapport de tout ceci avec les boisés, et en particulier avec les boisés des terres communautaires appartenant au Ngonyama Trust, représentant de Sa Majesté Goodwill Zwelethini, roi du peuple Zoulou? Des boisés dont la superficie totale
est de mille hectares, mais n'ont jamais fait l'objet d'application
de permis de plantation, que la loi pourtant exige; Dans la zone tribale de Sokhulu, située au nord de la baie Richards, il est clair que l'utilisation dominante du sol est la plantation d'eucalyptus. Comment cela s'est-il passé? Eh bien, la réponse est simple: Mondi avait acheté toute la terre qui appartenait à des blancs, entre les villages de Gingindhlovu, Babanango et Hluhluwe, mais cela ne suffisait pas à satisfaire les besoins en matière première de son usine de la baie Richards. Ella a donc dû tourner son regard vers les terres communautaires Kwa-Zulu, l'ancienne zone d'apartheid. Le dénommé Projet de reconstruction et de développement, conduit par Mondi et basé sur les boisés, a eu tant de succès, qu'il n'y a presque plus de terre disponible dans toute la région de Sokhulu. La pauvre SAPPI, désespérée de ne pas pouvoir alimenter en matière première ses usines de Mandeni et Mkomazi, a été forcée de se tourner vers le Nord, vers la zone de prairies côtières de Maputaland. Elle était si désespérée qu'elle a même tenté sa chance au sud du Mozambique, heureusement sans succès. La reconstruction et le développement ne seront jamais atteints en privant les gens du milieu rural de leurs moyens de subsistance. Donc, que se passe-t-il? Petit à petit, mais sans interruption, de plus en plus de terres sont occupées par des plantations d'eucalyptus. De plus en plus d'eau est pompée de la terre pour produire de la pâte de bois destinée à être exportée au Japon et en Europe, et vendue à un prix qui n'est qu'une fraction de son coût véritable. Une minorité "privilégiée" semble bénéficier de la vente de bois à SAPPI et Mondi, mais pour la grande majorité des membres des communautés traditionnelles cela représente la fin des ressources naturelles dont elles dépendaient pour leur survie. Avec l'expansion des plantations, les pâturages ont disparu, qui alimentaient les bestiaux et les chèvres. La perte de l'eau superficielle a démoli les perspectives de cultures alimentaires, et le mode de vie traditionnel est resté en lambeaux. Où vont aller ces gens? Certains pourront aller dans des installations de fortune des alentours des villages, mais la plupart vont échouer dans les bidonvilles de Durban, où ils pourront goûter aux bienfaits de la "société civilisée": Respirer l'air pollué des usines,
des autoroutes et des décharges! Il faut admettre qu'il y a d'autres coupables. Le Département des eaux et de la forestation en Afrique du Sud a été incapable de reconnaître les problèmes monstrueux qui découlent de ces boisés, qu'il a joliment appelés "forêts communautaires"... ce qu'ils sont loin d'être. Par: Wally Menne. Décembre 1999. Rien que poésie et émotion? L'expansion du modèle de plantation forestière en Afrique du Sud a donné lieu à un ardent débat. Philip Owen, de SAWAC (South African Water Crisis), ainsi que de nombreuses personnes préoccupées à ce sujet, ont dit à maintes reprises que le système des plantations est négatif pour la conservation des pâturages et de l'eau, et donc négatif pour les communautés rurales. Le mois dernier, Philip a reçu une lettre en réponse à des commentaires qu'il avait faits à propos de l'article "Les producteurs de bois font l'éloge d'un géant du papier", qui traitait du projet de plantations forestières de SAPPI - le "Project Grow" - à Kwa-Zulu Natal, et qui avait été publié dans "The Citizen" le 18 novembre 2000. Entre autres, la réponse disait que les plantations ne rendent pas le sol inutilisable pour les cultures ultérieures, et que dans la zone du projet on peut voir des animaux qui paissent. D'après le signataire de la lettre en question, seuls les revenus provenant de la canne à sucre dépassent ceux de la plantation d'arbres dans la région. Et la lettre finissait ainsi: "Ce qu'il faut, ce sont des solutions pratiques, basées sur la science, à des problèmes pratiques, plutôt que de la poésie et de l'émotion!" Voici l'essentiel de la réponse d'Owen à ces arguments: "Je vais me rendre dans la zone en question. J'aimerais parler avec les autorités tribales. Si j'en ai les moyens, j'irai les voir encore dans dix ans, puis dans vingt ans, puis dans trente ans, et je saurai si mes craintes étaient justifiées. A en juger d'après Mpumalanga, enfin... Vous ne pouvez pas contester que les animaux trouvent très peu de nourriture sous les plantations. L'autre jour j'ai vu des chevaux sauvages à Kaapsehoop; leur zone de pâturage a été tellement touchée par les plantations qu'ils sont forcés de paître au bord de la route. J'aimerais que les gens se rendent compte que ces "terres abandonnées" dont on parle dans l'article ont une valeur, et que toute propriété dont on s'occupe et qu'on soigne peut rendre abondamment. Lorsque vous dites que les industries du sucre et les plantations sont celles qui ont "le meilleur rendement financier", c'est d'après vous pour qui? Je suis persuadé que le modèle de plantation est mauvais pour l'Afrique du Sud. Je vais essayer de faire imposer un moratoire à de nouvelles plantations et, devant toute opposition raisonnable et sérieuse, j'utiliserai tous les moyens à ma portée. Quant à moi, je n'ai pas besoin d'études ni de livres pour me convaincre des effets négatifs de la plantation d'arbres. Il me suffit d'aller me promener sur la montagne." Janvier 2000. Les prairies dévastées par les plantations d'arbres En Afrique du Sud, les plantations forestières ont atteint une superficie d'un milliard et demi d'hectares, et sont pour la plupart constituées d'eucalyptus et de pins, avec une proportion plus faible d'acacias australiens. Ces plantations ont provoqué un nombre important d'impacts au niveau social et environnemental, dont la plupart ont été soulignés lors d'un symposium organisé par la coalition d'ONGs locales Timberwatch, en juin 2000 à Pietermaritzburg. La plupart des impacts provoqués par les plantations forestières en Afrique du Sud - où se trouvent environ 10% des espèces connues d'arbres, de poissons et de plantes du monde, et environ 6% des espèces connues de mammifères et de reptiles - ont été détectés également dans d'autres pays. Cependant, chaque pays a ses caractéristiques propres, et l'une des moins courantes est qu'en Afrique du Sud les plantations sont en train de s'installer dans les prairies natives. Bien qu'au niveau mondial les efforts de conservation aient été dirigés surtout vers les écosystèmes tropicaux, il faut souligner que les prairies, typiques des climats tempérés, ont des niveaux élevés de biodiversité et d'endémisme. Dans le cas qui nous concerne, les plantations ne sont pas une cause de déforestation par substitution de la forêt. On pourrait donc penser que leurs impacts sont moins négatifs que ceux des plantations dans les régions forestières. Mais ce serait une erreur. En effet, le professeur Braam van Wyk - l'un des botanistes sud-africains les plus reconnus - a démontré, au cours de sa présentation au symposium, que les plantations forestières sont en train de détruire les prairies autochtones de l'Afrique du Sud, qui font partie d'un des écosystèmes les plus riches du monde, et que, par conséquent, ces plantations sont un facteur important de perte de la biodiversité végétale. D'autre part, ces prairies sont le foyer d'un nombre impressionnant d'espèces animales, qui sont en train de disparaître avec l'habitat dont elles dépendent. L'Afrique du Sud est donc l'exception à la règle (comme le sont d'ailleurs l'Argentine et l'Uruguay), du fait que son problème principal n'est pas la déforestation, mais la forestation elle-même. L'Afrique du Sud n'est pas en train de "planter des forêts" - comme disent les forestiers quand ils parlent de l'établissement de grandes étendues de plantations d'arbres - elle est en train de détruire les prairies, qui sont le résultat de millions d'années d'évolution. Une telle destruction a deux causes: 1) les monocultures forestières à grande échelle, et 2) l'invasion d'espèces exotiques. L'invasion des habitats par des espèces exotiques est une cause directe de l'extinction des espèces autochtones. Certaines espèces végétales ont développé la capacité de s'adapter à de nouveaux emplacements, et de déplacer le couvert végétal originel, tandis que certaines espèces animales envahissantes peuvent provoquer la disparition des conditions nécessaires à la survie et à la reproduction des espèces indigènes. Ce phénomène a été constaté dans de nombreux endroits, et il est connu sous le nom de "bio invasion". Il est inutile de souligner que l'invasion d'espèces est une menace pour la biodiversité au niveau local et régional, puisque la multiplication des intrus altère la richesse et l'abondance végétale et animale de l'écosystème originel. Les plantations s'installent en Afrique du Sud sur des étendues très vastes, et se concentrent surtout dans les zones à plus forte pluviosité, dans les provinces de Kwazulu-Natal et Mpumalanga. Peu d'espèces végétales peuvent survivre sous le couvert des arbres et, par conséquent, peu d'espèces animales ont la possibilité d'y trouver leur nourriture. En outre, d'autres conditions nécessaires à la survie et à la reproduction des animaux sauvages sont si modifiées par les plantations, que beaucoup d'animaux sont forcés d'émigrer. Certaines espèces sont capables de s'adapter à de nouveaux environnements, et d'y survivre, en un nombre moindre. D'autres ne trouvent pas les conditions requises, et disparaissent. En outre, la fréquence des incendies diminue dans les prairies qui se retrouvent entourées de plantations. Mais les prairies et leur faune associée sont adaptées au feu, et le brûlage régulier est nécessaire au maintien de toute leur biodiversité. Comme nous avons dit, l'Afrique du Sud compte actuellement un million et demi d'hectares de plantations. Il y a encore un million six cent mille hectares de ce que les gens appellent "jungle gum" (jungle d'eucalyptus) et "jungle wattle" (jungle d'acacias). Ces "jungles", composées de plusieurs espèces étrangères qui ont envahi les prairies, font des dégâts dans tout le pays. Bien qu'on les appelle suivant le nom de l'espèce dominante (gum est un nom générique anglais de l'eucalyptus, et wattle désigne diverses espèces d'acacia australien, en particulier Acacia mearnsii et A. dealbata), elles comprennent une grande quantité d'espèces envahissantes, qui colonisent autant les prairies que les forêts (ces dernières sont de faible étendue en Afrique du Sud). Eucalyptus globulus et E. grandis (de l'Australie), Pinus patula et P. elliottii (du Mexique et des Etats-Unis respectivement), Melia azedarach (de l'Asie), Solanum mauritianum et Lantana camara (de la région tempérée d'Amérique du Sud), Jacaranda mimosifolia (de la région sub-tropicale d'Amérique du Sud), et beaucoup d'autres, couvrent des surfaces de plus en plus grandes, affectant de manière négative la diversité végétale et animale, et provoquant en outre une diminution de l'eau disponible dans les rivières, les ruisseaux et les criques. Tous ces problèmes ont été provoqués par l'introduction d'espèces forestières exotiques, dans un pays où la prairie est dominante. Une erreur de ce genre pouvait être compréhensible dans le passé, mais à l'heure actuelle, alors que le monde a déclaré son inquiétude à propos de la perte de la biodiversité et que les gouvernements se sont engagés à faire face au problème, elle est impardonnable. En Afrique du Sud, la responsabilité retombe surtout sur les compagnies forestières et sur la communauté des professionnels forestiers. La prairie sera-t-elle sauvée, ou le pays entier deviendra-t-il une "jungle"? Vu les intérêts en jeu, beaucoup dépendra de l'activité des organisations de la société civile et du gouvernement, pour mettre fin à l'élargissement des plantations et trouver des solutions viables aux problèmes déjà créés. Le pays et son gouvernement doivent choisir entre la conservation de la biodiversité de son territoire - qui se trouve, en une grande mesure, dans les prairies - et l'occupation des lieux par les monocultures forestières à grande échelle. Aucune conservation ne sera possible dans un contexte d'expansion des monocultures d'arbres exotiques. Juin 2000. Quo vadis FSC? La certification des plantations de monocultures d'arbres comme des "forêts gérées de manière durable", de la part du Conseil de la gestion forestière (FSC) est une parodie du concept d'environnement durable et de la gestion des écosystèmes. Au cours des dernières années, le FSC a donné son approbation à de vastes étendues de plantations forestières, en Afrique du Sud et dans beaucoup d'autres pays. Comment est-ce possible? La végétation naturelle sur laquelle ces peuplements ont été établis était, à l'origine, une zone de prairies ou de forêts de forte biodiversité. Après leur transformation en plantations, ces zones ont très peu de chances, ou plutôt aucune chance, de redevenir des groupements végétaux climaciques. L'environnement a été soumis à une série épouvantable d'impacts négatifs, de la construction de route rudimentaires à l'utilisation d'énormes tronçonneuses mécaniques informatisées, qui tassent le sol et modifient de ce fait son fonctionnement. Au milieu de ces événements catastrophiques pour l'environnement, la terre et la vie des habitants légitimes de ces zones sont exposées à des altérations chimiques, physiques, biologiques et démographiques, le tout faisant partie d'un processus qui leur est imposé pour satisfaire aux demandes suscitées par l'avidité de consommation en produits de pâte de bois dans les pays industrialisés: 1. Le premier pas du processus en question
consiste à éliminer le couvert végétal,
par des moyens mécaniques ou par des herbicides, pour éviter
qu'il concurrence les arbres exotiques des plantations dans la demande
d'eau, de lumière et de nutriants. Les plantations forestières à grande échelle détruisent des écosystèmes entiers, ainsi que l'économie rurale. Pour des raisons bizarres, cette calamité est ignorée par les autorités et les instituts de recherche. Il devrait appartenir à une organisation telle que le FSC d'insister pour qu'une recherche exhaustive soit menée avant de penser à la possibilité d'une certification. De fausses forêts ont pris la place du paysage naturel. Elles sont fausses, non seulement parce que leurs propriétaires prétendent qu'elles sont capables de remplacer les forêts véritables, mais également parce que l'on exagère beaucoup les bénéfices supposés qu'elles apportent à l'économie locale. Personne ne conteste que des produits de
consommation tels que le papier, ou le carton comprimé, ont une
grande valeur pour la société moderne. Mais ce qui n'est
pas acceptable, c'est que la consommation de papier et de ses dérivés
continue à s'accroître, alors qu'il n'en va pas de même
pour le niveau de vie des communautés pauvres dans les endroits
où le bois est produit. La diffusion de la culture du jetable Le FSC doit prendre à son compte une bonne part de la responsabilité de cette injustice sociale et environnementale. Les plantations ne sont pas des forêts! Par: Wally Menne. Avril 2001. Les faibles chiffres de l'emploi généré par les plantations L'un des arguments le plus souvent utilisés par ceux qui favorisent les monocultures forestières à grande échelle c'est qu'elles créent de l'emploi. Comme nous le verrons par la suite, cet argument est faux. Voyons d'abord le cas de la compagnie multinationale Aracruz Celulose, basée au Brésil. Elle possède à l'heure actuelle 144 000 hectares de plantations d'eucalyptus dans les états d'Espirito Santo et Bahia. D'après les informations fournies par leur page web (www.aracruz.com.br), si nous additionnons les hectares de plantations et ceux de forêts naturelles, cette compagnie est propriétaire de 210 000 hectares de terres. Dans sa page web également, elle affirme avoir 4 643 employés (dont 1 689 directs et 2 954 indirects et permanents). En appliquant la règle de trois, nous voyons donc que cette entreprise a 3,2 employés pour 100 hectares plantés. Si nous comptons le total des terres appartenant à Aracruz, le résultat est encore plus faible: 2,2 emplois pour 100 hectares de terres (de forêts plantées ou naturelles). Cependant, ces chiffres sont trompeurs quant à l'emploi généré au niveau rural, puisqu'ils incluent les employés de l'usine à pulpe, et d'autres qui travaillent dans des zones très éloignées des plantations. C'est-à-dire qu'au niveau rural, les personnes employées sont encore moins nombreuses. Voyons maintenant le cas dans le pays voisin, l'Uruguay. La compagnie multinationale Weyerhaeuser, d'origine nord-américaine, possède dans ce pays un total de 128 000 hectares de terres, dont 71 000 sont plantés. Suivant les déclarations faites à la presse par le vice-président de l'entreprise, "aujourd'hui, environ 600 personnes ont des liens avec l'entreprise. Un total de 130 personnes travaillent directement pour la compagnie". Retournons aux calculs: l'entreprise génère 0,18 postes de travail pour 100 hectares plantés. Par rapport au total des terres lui appartenant, le résultat est de 0,10 emplois pour 100 hectares. A la différence d'Aracruz, cette entreprise ne s'occupe pas de transformation industrielle, de sorte que les chiffres reflètent plus exactement le faible niveau de l'emploi généré par la forestation. Il est intéressant de signaler que la Direction forestière uruguayenne affirme dans sa publicité que l'activité forestière emploie 3,3 personnes pour 100 hectares. Comme nous ne pensons pas que l'entreprise cache des employés, la conclusion est claire: la Direction forestière ne dit pas la vérité. Voyons maintenant un exemple en Afrique du Sud: la compagnie multinationale MONDI, qui est à son tour un des principaux actionnaires d'Aracruz Celulose. Cette entreprise a un total de 638 000 hectares de terres, dont 407 000 hectares de plantations. Elle emploie - toujours d'après les chiffres qu'elle donne dans son site web - 4 500 personnes. Une fois de plus, les résultats que nous obtenons sur les emplois générés sont bas: dans le cas de MONDI, 1,1 emploi pour 100 hectares plantés. Si nous prenons le total d'hectares appartenant à MONDI, le résultat passe à être de 0,7 emplois pour 100 hectares. Et cela, en incluant le nombre d'employés de son secteur industriel. La situation est donc semblable à celle d'Aracruz, quant au faible nombre d'emplois créés au niveau rural. Il faut ajouter à ceci la mauvaise qualité des emplois créés par ces compagnies au niveau rural, où les salaires sont bas, les conditions de logement, d'alimentation et de sécurité sociale mauvaises, le système d'embauche abusif, le travail temporaire, etc. Et l'avenir semble encore plus mauvais, puisque la mécanisation croissante de la plantation et de la récolte se traduit toujours par une diminution du nombre d'emplois. En somme, bien qu'il puisse y avoir des exceptions à la règle, dans la pratique les entreprises de plantation ne tiennent pas leurs promesses de création d'emplois; bien au contraire, après leur arrivée la situation est pire qu'avant, ce qui accélère la migration de la campagne vers la ville. Septembre 2001. L'eau et les peuplements forestiers L'établissement de monocultures d'arbres à croissance rapide s'accompagne toujours d'un débat à propos de l'eau. La plupart des experts forestiers nient que les plantations aient des impacts sur l'eau, et utilisent l'absence de recherches scientifiques dans ce domaine comme argument pour faire face aux plaintes des populations locales sur l'épuisement des ressources hydriques provoqué par les plantations. Dans ce contexte, l'Afrique du Sud est une exception. Personne n'y conteste que les plantations affectent les ressources hydriques, et ce qui est plus intéressant encore, c'est que cette unanimité est fondée sur des recherches menées pendant de longues années. Le fait que les plantations forestières en Afrique du Sud soient établies dans les principales zones de captation d'eau de la région a eu des conséquences graves sur la disponibilité de cette ressource, en particulier pour les usagers qui se trouvent en aval des courants. L'inquiétude sur l'impact de ces plantations sur les sources d'approvisionnement en eau a été formulée pour la première fois au début du XXe. siècle. L'étendue et le caractère public du débat ont conduit à la création, en 1936, d'un programme de recherche hydrologique soutenu par l'Etat. Malgré l'accumulation croissante d'évidence montrant clairement que l'approvisionnement en eau avait diminué avec les plantations commerciales d'arbres, c'est seulement en 1972 qu'a été instauré un régime de régulation, le Système de permis de forestation (Afforestation Permit System). L'Etat cherchait donc à réglementer les plantations d'arbres par l'émission de permis, de manière à réduire l'impact négatif de ces plantations sur l'approvisionnement en eau. Dans les années suivantes, les insuffisances du régime de régulation de 1972 sont devenues évidentes. Malgré l'introduction d'une série de recommandations fondées sur l'ensemble des évidences apportées par une recherche additionnelle, les changements de fond n'ont pas été nombreux. C'est seulement dans le climat politique d'évolution et de changements des années 90 que des amendements significatifs ont été apportés à la régulation du secteur cultivateur d'arbres. Le but de l'intervention de l'Etat dans le secteur était d'assurer que les maigres ressources hydriques de l'Afrique du Sud soient utilisées d'une manière plus équitable, efficiente et efficace. Toute activité, y compris la culture d'arbres, ayant pour résultat une diminution des réserves d'eau devait être enregistrée comme "activité réduisant le débit des cours d'eau", et obtenir un permis pour continuer à opérer. D'autres problèmes, tels que l'impact des plantations commerciales d'arbres sur la biodiversité, la durabilité écologique et l'esthétique, ont également été pris en compte. Quoique les résultats de la recherche hydrologique, utilisés pour établir le cadre légal des activités de plantation d'arbres, aient souvent été contestés, toutes les disputes se sont centrées sur la quantité d'eau que l'industrie est supposée consommer, plutôt que sur le fait que les plantations commerciales sont les principales consommatrices d'eau, et de l'eau souterraine en particulier. L'essentiel du débat "plantation-eau" en Afrique du Sud porte donc davantage sur le droit revendiqué par l'industrie d'utiliser une ressource peu abondante - en l'occurrence, l'eau - que sur un refus de cette même industrie d'accepter que les plantations commerciales consomment un volume d'eau important. Autrement dit, l'importance du volume consommé est perçue comme un fait, et non comme un faux raisonnement. Dans les pays où les plantations d'arbres à croissance rapide sont en train d'être promues et établies, les experts forestiers et les gouvernements devraient suivre l'exemple de l'Afrique du Sud, au lieu de continuer à nier ce qui est de plus en plus évident: que ces plantations épuisent les ressources hydriques. Septembre 2001. Les oiseaux n'aiment pas les forêts artificielles Le sud de l'Afrique (incluant l'Afrique du Sud, Lesotho et le Swaziland) est riche d'environ 40 espèces d'oiseaux endémiques. Douze d'entre elles sont endémiques du biome de prairie, et sur ces douze, neuf sont menacées d'extinction au niveau mondial, d'après les informations de BirdLife International. L'alouette de Lark est la seule espèce d'Afrique du Sud figurant dans la liste des espèces gravement menacées dans le monde. Toutes les espèces endémiques d'oiseaux de prairie se trouvent dans les prairies humides de haute altitude dans l'escarpement de l'Est. Ces prairies ont été classées Zone d'oiseaux endémiques par BirdLife International, ce qui veut dire qu'elles possèdent au moins deux espèces dont la distribution mondiale concerne une surface de moins de 50 000 km2. D'autres oiseaux menacés de la région sont l'hirondelle bleue, la grue de paradis, la grue caronculée (toutes figurant sur la liste des espèces menacées dans le monde), et la grue royale, qui figure aujourd'hui parmi les espèces menacées au niveau national. La plupart des plantations sud-africaines d'arbres ont été faites dans ce qui était auparavant des prairies humides de haute altitude, qui contenaient toutes les espèces mentionnées, ou plusieurs d'entre elles. L'effet de ces plantations a été dévastateur pour la vie des oiseaux de ces régions. Si l'on cherche, par exemple, l'alouette de Rudd dans les cartes de distribution de l'Atlas des oiseaux d'Afrique du Sud, ou dans n'importe quel guide de poche des oiseaux sud-africains, on peut constater à quel point l'habitat de cette espèce a été fragmenté. Des alouettes bleues, souvent mentionnées par l'industrie du bois pour prouver son souci de l'environnement, il n'en reste que 40 à 50 couples en Afrique du Sud, moins de 10% de la population originelle. La quasi-extinction de cette espèce en Afrique du Sud est due presque exclusivement à l'industrie du bois. Une étude basée sur des données de l'Atlas des oiseaux d'Afrique du Sud montre l'effet des plantations d'arbres sur ces espèces en particulier, et sur la vie des oiseaux en général. Les oiseaux de prairie ont disparu dans les zones occupées par de grandes plantations. Même dans des zones plus faiblement couvertes de forêts plantées on a constaté un impact négatif sur la diversité des oiseaux en général. Des informations non publiées, recueillies dans les prairies du sud de Mpumalanga, indiquent que la diversité des espèces d'oiseaux dans les prairies intactes près de Wakkerstroom est d'environ 170 espèces au kilomètre carré. A mesure que l'on approche des zones de culture intensive (des plantations de maïs surtout), la diversité tombe à environ 120 espèces au kilomètre carré. Dans les zones entourant Panbult, où la densité des plantations d'arbres est très élevée, la diversité se réduit à près de 90 espèces au kilomètre carré. Le fait le plus significatif semble être que la composition des communautés d'oiseaux change aussi, et que les espèces dominantes ne sont plus les alouettes, les "pipits" et les "cisticolas", mais des pigeons et des canaris. L'information qui précède met au clair que les plantations forestières en Afrique du Sud sont en train d'avoir de graves impacts sur la biodiversité de la région, par la substitution des prairies indigènes par des monocultures d'arbres. Quoique cet article soit centré sur les oiseaux, les impacts ont une portée beaucoup plus large, et comportent des dangers pour la flore et la faune des prairies, dans un pays où celles-ci sont l'un des écosystèmes les plus importants. Ce que font les grandes entreprises n'est pas "planter des forêts", comme elles aiment le dire; ce qu'elles font, c'est détruire la diversité biologique du pays, qui est fortement dépendante de ses prairies naturelles. Février 2002. La définition de forêt par la FAO menace la biodiversité Wally Menne, membre de la Coalition sud-africaine Timberwatch, a adressé le message suivant à Magnus Grylle, de l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO): "L'information fournie [par la FAO] sur la superficie totale couverte de forêts en Afrique du Sud est trompeuse, puisqu'il y a probablement plus de 3 millions d'hectares de plantations industrielles de monocultures d'arbres, et de zones envahies par des espèces exotiques, inclus dans le chiffre total de 8,9 millions d'hectares. De fait, il serait plus précis de dire que la superficie de la forêt réelle est de 4,5 millions d'hectares. Les plantations industrielles de bois sont des cultures temporaires, avec un cycle de rotation qui va de 7 à 20 ans, et une moyenne de 10 ans. Elles détruisent la culture indigène et la biodiversité, déplacent des communautés et dégradent la terre d'une manière irréversible. Il est malhonnête de prétendre que ce sont des forêts." Magnus Grylle a répondu: «Merci de votre communication. Bien entendu, nous sommes tout à fait au courant des plantations en Afrique du Sud. Pour le compte global, nous les incluons sous le terme "forêt" qui a, dans ce contexte, une définition précise. Cette définition ne tient pas compte de la qualité (qui peut être perçue de façons très différentes selon le point de vue). C'est tout simplement une valeur brute pour des "zones avec des arbres", pour l'expliquer d'une manière très générale. Cette valeur peut être utilisée telle quelle, dans des calculs d'équilibre du carbone, par exemple, ou bien fractionnée pour une analyse plus spécialisée. Les thèmes de ces analyses plus spécialisés peuvent être la "naturalité", la "capacité de rendement en bois", ou tout autre. Pour chacun de ces buts, la superficie totale de forêts peut être découpée suivant des catégories plus précises. Le nom de ces catégories dépendra de l'analyste. J'espère que ceci rend notre position plus claire. Les plantations sont des zones d'arbres, et donc une (sorte de) forêt. Bien cordialement, Il semblerait que, pour l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), même lorsqu'on aura détruit le dernier carré de forêts, il n'y aura pas de quoi s'inquiéter, tant qu'il y aura des plantations forestières qui prennent leur place. De même, il ne paraît pas important que les zones préalablement couvertes de forêts aient été dégradées au point de devenir des terres abandonnées couvertes de mauvaises herbes exotiques. Il ne paraît pas important non plus que de vastes étendues qui étaient autrefois des prairies, des marais et des cultures alimentaires soient devenues des plantations industrielles de bois. Après tout, ce qui compte c'est qu'il y ait suffisamment d'arbres sur la terre, pour pouvoir montrer à la plèbe et aux politiciens que rien n'a changé, qu'il y a toujours autant de "forêts", que la "déforestation" a diminué (ne dites surtout pas qu'il ne reste plus grand chose à déboiser). "En fait, dans beaucoup de régions du monde le couvert forestier a augmenté!" En Afrique du Sud, ce point de vue simpliste adopté par la FAO provoque de plus en plus d'inquiétude. Nos forêts sont parmi les plus complexes et diverses du monde, malgré l'abus historique dont elles ont été l'objet, du fait de l'occupation du territoire par les hommes. Les forêts qui ont survécu sont celles qui se trouvent dans les zones les plus éloignées, où la pression et leur capacité de régénération sont en équilibre. Mais ceci est en train de changer, à mesure qu'augmente la pression de la population locale, jointe à la demande de ressources des pays industrialisés. Paradoxalement, les plantations d'arbres à bois, qui étaient censées sauver les forêts d'Afrique du Sud (en apportant aux consommateurs locaux des sources de bois alternatives, et en diminuant ainsi la pression sur les espèces indigènes) sont devenues la plus forte menace contre la biodiversité du pays. Ceci ne veut pas dire que ces plantations ne jouent pas un rôle important dans l'économie locale. Il y a des raisons légitimes pour la culture d'espèces exotiques en Afrique du Sud, et l'on peut dire que leur rôle a été d'éviter une exploitation plus forte de nos ressources forestières. C'est très bien, lorsqu'il s'agit de satisfaire la demande locale en produits ligneux; mais ce qui est arrivé est que la production s'est accrue à des niveaux dépassant largement les besoins locaux. Des chiffres récents montrent que les exportations de produits ligneux des plantations (surtout les grumes, les débités et la pulpe) sont au niveau, ou presque, de la consommation locale (surtout de produits finis tels que le bois de charpente, les meubles, le papier et les planches). Les manières dont les plantations ont contribué à la dégradation de l'environnement naturel sont nombreuses et complexes. Certaines des répercussions négatives sur la biodiversité se font sentir beaucoup plus tard, et très loin, de l'événement qui les a provoquées. Les impacts qu'on appelle secondaires sont généralement ignorés lorsqu'on évalue les coûts environnementaux, bien qu'ils puissent provoquer, par accumulation, une dévastation encore plus grande des écosystèmes naturels. La forêt Dukuduku, qui fait partie du site du patrimoine mondial Greater St. Lucia Park, en est un bon exemple. On estime que 30 000 personnes se sont installées dans la forêt entre 1990 et 2000, durant l'expansion agressive des intérêts des compagnies forestières dans la région. Non seulement elles y ont acheté des terres qui étaient auparavant destinées à des activités agricoles diverses, et les ont réunies dans de grands établissements forestiers, mais elles se sont concertées pour promouvoir l'établissement de "boisés" dans des terres proches appartenant aux communautés tribales. Ces deux manières d'accroître l'approvisionnement en bois pour leurs usines de pâte ont provoqué le déplacement de milliers de paysans et d'habitants pauvres de la campagne. La situation s'est encore aggravée lorsque les entreprises forestières ont commencé à appliquer des programmes de "rationalisation" qui ont conduit au renvoi de milliers de travailleurs des plantations. En une seule journée, SAPPI a réduit le personnel de ses opérations à Kwa-mbonambi de plus de 600 personnes. Les travailleurs permanents ont été remplacés par des sous-contractants, qui peuvent embaucher des travailleurs à titre temporaire, sans être obligés de leur offrir les avantages habituels en matière d'emploi. De nombreux immigrants clandestins de pays tels que le Mozambique ont été attirés par des postes de ce genre, qui leur permettaient de gagner de l'argent pour leurs familles, sans qu'on leur pose beaucoup de questions. La combinaison de tous les facteurs signalés a eu pour résultat que les travailleurs journaliers pauvres (qui étaient payés environ un dollar par jour) n'ont eu d'autre choix que de s'établir dans la forêt avec leurs familles, et de compléter leurs maigres ressources par la coupe où le brûlage de la forêt, pour ouvrir des clairières et planter des cultures alimentaires ou du cannabis. Parmi les impacts directs des plantations forestières, les plus faciles à mesurer sont souvent les moins pris en compte, surtout dans le cas des terres communautaires, où les compagnies accèdent effectivement à l'usage gratuit de la terre, sans aucune des responsabilités que sa propriété impliquerait. La perte de végétation dans les prairies et les marais conduit à la perte de pâturages pour le bétail bovin et ovin. A cette perte s'ajoute l'effet négatif des plantations à croissance rapide sur la nappe d'eau. Des sources d'eau, telles que les ruisseaux et les étangs saisonniers, disparaissent souvent, une fois les plantations établies. Les conséquences en sont graves, non seulement pour les habitants et le bétail, mais pour la diversité d'espèces naturelles de la zone. A mesure que les marais se dessèchent, les espèces des marais disparaissent au niveau local. Il y a de nombreuses zones qui sont transformées, avant même d'avoir pu les étudier en profondeur. Il est possible que des espèces encore inconnues soient en train de se perdre, à notre insu. Le déplacement des habitants crée une situation à laquelle il faut trouver des solutions. Au cours de la période où les plantations se sont répandues dans les zones rurales, a considérablement augmenté le nombre de personnes qui ont quitté leurs foyers pour trouver du travail dans les villes, ou pour s'installer dans n'importe quelle terre inoccupée et y construire une maison temporaire. Beaucoup d'entre eux, qui n'étaient pas capables de renoncer à leur style de vie traditionnel, ont été obligés de conduire leurs bestiaux vers des zones où il peuvent brouter, plutôt que paître, qui sont généralement des zones côtières sensibles, le long des rivières et des cours d'eau. Pour obtenir de l'eau à boire, le bétail ouvre des sentiers sur les rives en pente, ce qui, à son tour, favorise l'érosion du sol. Les effets indirects des plantations dans les zones naturelles proches n'ont jamais été étudiés ni quantifiés de manière appropriée. Peut-être la FAO pourrait-elle étudier la possibilité de fournir les fonds nécessaires à cette enquête. Plusieurs volumes pourraient être remplis avec les impacts directs des plantations forestières sur la biodiversité, mais l'espace et le temps disponibles ne nous permettent que d'en mentionner les plus importants. L'effet le plus évident, et probablement le plus grave, a été la tendance des plantations à s'étendre au-delà de leurs limites originelles, ou à réapparaître dans des zones qui avaient été abandonnées. La tendance envahissante des espèces exotiques des plantations a eu des effets dévastateurs sur de vastes régions de ce pays. Le plus grave est celui provoqué par l'acacia noir australien (Acacia mearnsii), mais les espèces d'eucalyptus et leurs hybrides ont elles aussi fortement contribué au problème. Bien qu'il existe des programmes du gouvernement pour l'élimination des arbres exotiques, en particulier dans les zones sensibles, la biodiversité a déjà subi des dégâts. L'application d'herbicides et autres produits chimiques a eu une part importante dans les méthodes utilisées, et l'on ne connaît pas bien leurs effets sur les espèces autochtones. Il a été informé que ces efforts ont échoué dans certains endroits, en raison de méthodes d'application déficientes ou du manque de suivi. Ce qui découle du tableau précédent, c'est que les plantations produisent des dégâts directs et indirects sur l'environnement naturel. Et ces dégâts doivent être étendus à la biodiversité, qui subit une diminution substantielle. Dans notre pays, les plantations gérées couvrent une superficie de plus de 1,7 millions d'hectares. La plupart d'entre elles ont été établies dans des prairies et des marais à grande diversité d'espèces. Il a été estimé que la superficie envahie par des espèces exotiques, ou qui a été abandonnée après avoir été utilisée dans des plantations, est de plus d'un million et demi d'hectares, situés surtout dans des zones de prairie, mais aussi dans des marais et des zones riveraines. Est-il correct d'appeler "forêts" ces impositions artificielles dans notre paysage? Quels que soient les arguments de la FAO, il est vraiment difficile d'en déduire que les plantations d'arbres sont "un type de forêt". Avec le même critère on pourrait affirmer que les sauterelles sont "un type d'oiseau", ou que les champs de maïs sont "un type de prairie". Ce serait pour le moins ridicule. Alors, pourquoi la FAO est-elle décidée à occulter la vraie nature des plantations d'arbres? La raison la plus évidente est d'ordre politique. Les pays du Sud sont supposés indépendants, et donc souverains de leurs peuples et de leurs ressources. Ou ne le sont-ils pas? A la farce néo-colonialiste s'ajoute le besoin de maintenir les "standards" dans le monde industrialisé. Et ça sonne tellement mieux, d'appeler les produits provenant de plantations industrielles: "produits de forêts gérées de façon durable"! Un grand merci à vous, les pays industrialisés
du Nord. Vous pouvez garder vos euphémismes, et vos plantations.
Nous voulons nos prairies et nos forêts. Par: Wally Menne. Mars
2002. |
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