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Mangroves: subsistance locale vs profits des enterprises

 

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EDITORIAL DU BULLETIN DU WRM CONSACRE AUX MANGROVES

Le numéro d'octobre 2001 du Bulletin du WRM était consacré aux mangroves et à l'élevage de la crevette. Nous disions dans l'introduction: "L'élevage de crevettes est largement promu dans les tropiques, avec des conséquences très graves sur les écosystèmes de mangroves et sur la subsistance des populations locales. L'importance de ce problème nous a conduits à consacrer aux mangroves et à la production industrielle de crevettes un bulletin complet du WRM, avec la contribution de personnes et d'organisations concernées. Nous souhaitons remercier tous ceux qui nous ont fourni des informations et des analyses, et en particulier les membres du Réseau d'action contre la production industrielle de crevettes (Industrial Shrimp Action Network) avec qui nous avons travaillé en étroite collaboration pour l'édition de ce bulletin".

Les mangroves et la production de crevettes: des actes plutôt que des paroles

La coexistence de deux agendas internationaux contradictoires, l'un positif, l'autre négatif, est évidente. Le premier, rendu officiel lors de forums internationaux tels que le Sommet de la Terre de 1992 et les conventions et processus s'y rapportant, vise à l'utilisation durable des ressources au bénéfice des générations actuelles et futures. L'autre a pour cible l'augmentation de la production, du commerce et de la consommation de produits de toutes sortes, sans aucun souci de durabilité, au bénéfice de l'entreprise privée et des gouvernements. La production industrielle de la crevette fournit un exemple des tentatives désespérées des populations locales pour appliquer le premier, tandis que les gouvernements, les entreprises et les institutions financières internationales soutiennent le second.

L'importance des services rendus par les mangroves à l'environnement est indiscutable, comme l'est le besoin d'assurer leur conservation et leur récupération. De même, elles constituent une ressource économique d'importance vitale pour les populations locales, qui dépendent de cet écosystème pour leur subsistance. Il semblerait donc aller de soi que les gouvernements et les agences internationales qui se sont engagés à travailler pour la protection de l'environnement et l'allègement de la pauvreté devraient assurer la conservation des mangroves. Malheureusement, il n'en est pas souvent ainsi.

Bien au contraire, de nombreux gouvernements de pays tropicaux défendent avec force le développement de l'exploitation industrielle de crevettes, comme un moyen d'augmenter les exportations pour obtenir l'indispensable monnaie forte. Ce besoin est lié en partie aux pressions de créanciers et d'institutions telles que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, qui favorisent l'orientation des économies à l'exportation comme moyen d'assurer le paiement de la dette extérieure. Il en découle la destruction d'étendues de plus en plus vastes de mangroves, et l'appauvrissement conséquent des peuples locaux. Tandis que la macro-économie se développe et que les sociétés multiplient leurs profits, les économies locales sont lésées ou ruinées.

A la différence des gouvernements et des agences internationales, de nombreuses collectivités locales sont réellement engagées dans la protection des mangroves dont elles dépendent. Partout dans les tropiques ces communautés essaient d'enrayer l'expansion d'une méthode de production de crevettes qui est destructrice, et qui fournit aux nantis une nourriture superflue tout en desservant la table des affamés.

Dans ce combat, la réponse a souvent été la répression. Des personnes ont été tuées, blessées, emprisonnées, délogées. Parmi ceux qui sont tombés, nous souhaitons rendre hommage à Korunamoyee Sardar, une femme courageuse assassinée au Bangladesh le 7 novembre 1990 pour avoir défendu les droits des habitants locaux contre l'appropriation de leurs terres par un exploitant industriel de crevettes. Korunamoyee est devenue un symbole de la résistance, et son exemple est suivi par un nombre toujours croissant de personnes dans le monde entier.

Korunamoyee est en même temps le symbole de la cohérence entre les paroles et les actes. Lorsqu'on déclare qu'il est nécessaire de protéger les mangroves et les droits des populations locales, la seule voie d'action possible est de travailler pour que ces buts soient atteints, quelles qu'en soient les conséquences. C'est ce qu'elle a fait. Quant aux gouvernements, ils ont non seulement exprimé leur engagement, mais signé des accords internationaux dans ce même sens. De même, la Banque mondiale ne s'est pas seulement manifestée verbalement: elle a inclus dans son mandat la protection de l'environnement et l'éradication de la pauvreté. C'est leur obligation que de faire maintenant coïncider les actes et les paroles. Ils doivent donc arrêter toute aide à des activités telles que l'élevage industriel de crevettes, qui va à l'encontre des traités internationaux sur l'environnement et de l'objectif déclaré d'éliminer la pauvreté. (Bulletin Nº 51du WRM, octobre 2001).

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