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Mangroves: subsistance locale vs profits des enterprises
Cette section inclut un large éventail de situations dans diverses régions de mangroves le long des tropiques. Certains articles décrivent les problèmes, tandis que d'autres mettent l'accent sur les luttes. Si par moments les ressemblances sont évidentes, il est également vrai que chaque article apporte de nouvelles approches et des perspectives différentes, qui fournissent au lecteur les éléments d'une compréhension plus profonde du sujet. Kenya Des mangroves menacées par une société minière canadienne On estime que plus
de 10% des gisements inexploités de titane du monde se trouvent
sur les côtes du Kenya. Ce métal est utilisé dans
l'industrie des pigments, et dans la fabrication de nombreux objets
de la vie moderne. Un sondage effectué récemment dans
la zone de Kwale a révélé l'existence d'une réserve
de 150 millions de tonnes de sable contenant du rutile, de l'ilménite
et du zircon, les minerais utilisés pour l'obtention du titane. Madagascar: l'importance
des mangroves, et ce qui les menace Nigeria Les mangroves menacées Des milliers d'hectares
de mangroves et de marais d'eau douce du Delta du Niger, situé
dans l'état de Cross River, seront détruits par les activités
d'exploitation pétrolière de la région. Les responsables
en sont les compagnies Moni Polu Nigeria Limited, qui a commencé
la prospection de pétrole début 1998, et Nobles Drilling,
chargée de commencer le forage. En décembre 1998, huit
puits avaient déjà été creusés. Il
est prévu également de construire un oléoduc de
1 000 kilomètres, qui traversera plus de vingt-cinq communautés.
Malgré les lettres de protestation des ONGs environnementalistes
nigérianes adressées aux deux compagnies et aux autorités
responsables, la nouvelle phase du projet va commencer sans que l'évaluation
d'impact environnemental requise ait été effectuée. Le pétrole et la violence L'exploitation de pétrole
est responsable de la destruction des mangroves, du déplacement
et la souffrance des communautés locales, et de la dégradation
environnementale des sources d'eau et du sol du Nigeria. Une telle déprédation
s'accompagne souvent d'actions brutales contre des membres des communautés
locales et contre des militants, menées par des groupes armés
qui constituent le bras exécutif des compagnies. Le delta du
Niger est une zone où la prospection et l'exploitation du pétrole
sont particulièrement actives. La destruction de l'environnement,
et des violations des droits de l'homme, aux mains de Shell et de Chevron,
ont maintes fois été dénoncées. Les mangroves protégées par le peuple contre l'élevage de crevettes La zone nigériane
de mangroves marécageuses salées s'étend sur les
états côtiers, couvrant 504 800 hectares dans le delta
du Niger et 95 000 hectares à Cross River. Les forêts de
mangliers du Nigeria sont les plus grandes d'Afrique, et les troisièmes
au monde. Tanzanie Les mangroves menacées par un projet aquacole Dans le delta du fleuve Rufiji, situé au Sud-Est de la Tanzanie, se trouve l'un des groupes de mangroves les plus grands qui existent dans toute l'Afrique orientale et australe. Il s'étend sur une superficie de 53 255 hectares de mangroves non dégradées, habitées par un nombre important de personnes. C'est un écosystème riche en biodiversité aquatique et terrestre. Le delta est relié au système fluvial de l'intérieur par une vaste plaine alluviale, qui atteint 130 kilomètres de long et jusqu'à 20 kilomètres de large. Il est également relié à un système de courants océaniques et de récifs de corail qui entourent l'île de Mafia située à l'est de la mangrove, et il influe sur la production des pêcheries de l'île en déviant le flux des courants vers le nord. Les mangroves du delta du Rufiji contribuent à la stabilisation des berges en évitant l'érosion côtière, à la formation du sol par l'accumulation de limons et de détritus, à la préservation de la pureté de l'eau par l'absorption des polluants provenant de sources en amont, et à la protection de la terre ferme en jouant le rôle de paravent. Les communautés du Rufiji qui dépendent du poisson, du bois de manglier et de la culture du riz ont traditionnellement utilisé cette région de façon durable. Un projet d'exploitation industrielle de crevettes présenté par African Fishing Company, qui censément utiliserait des méthodes de production semi-intensive, ferait passer aux mains d'une entreprise privée un tiers du delta du Rufiji. L'expérience recueillie dans d'autres parties du monde montre que les fermes crevettières semi-intensives cessent leur activité au bout de dix années environ. Elles représentent donc, à terme, une menace pour la survie de milliers d'agriculteurs locaux et de pêcheurs habitant le delta, avec des implications écologiques sérieuses et des atteintes irréparables à l'environnement. Un projet d'établissement du même genre d'industrie, présenté par la compagnie Coastal Aquaculture pour le delta du fleuve Tana au Kenya -une région aux caractéristiques écologiques semblables à celles du delta du Rufiji- est toujours en suspens depuis 1992. L'entreprise avait acheté au départ 10 000 hectares de terres à ces fins. Par la suite, l'achat a été annulé par le gouvernement du Kenya en application d'un décret présidentiel classant le delta du Tana comme zone humide d'importance internationale. Mais Coastal Aquaculture a attaqué cette décision au tribunal et, en 1996, la Haute Cour de Justice a statué en sa faveur, ce qui veut dire que la compagnie pourra procéder à consacrer ces 10 000 hectares à l'élevage de crevettes. Malgré leur utilisation durable des ressources naturelles et leur gestion appropriée de l'environnement, les communautés locales sont généralement ignorées au moment d'établir des plans d'aménagement. C'est pourquoi plus de 2 000 habitants du delta du Rufiji ont présenté à la Haute Cour de la Tanzanie une demande d'autorisation pour attaquer le gouvernement en justice, du fait qu'il a approuvé un projet crevetticole qui affectera leur bien-être économique. Ils allèguent que la clôture de la zone du projet, qui est déjà en cours d'installation, leur interdira l'accès aux ressources naturelles, telles que les crevettes, les poissons et d'autres produits de la mer, avec lesquelles ils ont coexisté de temps immémorial. Ils affirment en outre que la décision de mettre le projet en uvre a été prise sans tenir compte des dangers qu'il comporte pour l'environnement. Ce qui plus est, la décision d'entreprendre ce projet de "développement" a été prise sans demander leur consentement ni leur engagement. Les ONG locales, JET (Association de Journalistes environnementalistes de la Tanzanie) et LEAT (Groupe d'action des Avocats environnementalistes), ont été, et sont toujours le fer de lance de l'opposition au projet en Tanzanie. EAWLS, JET et d'autres ONG tanzaniennes se sont récemment réunies au sujet du delta du Rufiji. Il est prévu d'organiser un 2e Atelier régional de l'Afrique de l'Est qui sera focalisé sur les inquiétudes actuelles concernant autant le delta du Rufiji en Tanzanie que le delta du Tana au Kenya. (Bulletin Nº 12 du WRM, mai-juin 1998). L'élevage commercial de crevettes est dans l'impasse dans les mangroves du delta du Rufiji En avril 1999, la mobilisation des ONG tanzaniennes a réussi à obtenir une ordonnance provisoire de suspension contre le projet d'African Fishing Company d'installer une exploitation de crevettes de 10 000 hectares dans le delta du Rufiji. Si le projet avait été mis en uvre, un tiers du delta serait passé aux mains de l'entreprise pour une période de non moins de dix ans, ce qui aurait menacé les moyens de vie de centaines de paysans et de pêcheurs habitant le delta, et provoqué des dégâts environnementaux sévères mettant en danger l'avenir de toute la région. Le tribunal désigné pour entendre la cause s'est désintégré lorsque l'un des trois juges qui le composaient a pris sa retraite, et qu'un autre a été transféré. L'affaire n'a encore été assignée à un autre tribunal, et il paraît que, pour l'instant, il n'y a pas suffisamment de magistrats pour en constituer un nouveau. En attendant, le bruit court que l'entreprise est confrontée à des contraintes financières sérieuses, qui l'ont forcée à vendre une partie de son patrimoine. Bien que la situation ne soit pas encore claire, on dirait que les efforts des organisations et des citoyens inquiets ont réussi, du moins pour le moment, à sauver les mangroves et les moyens de vie de la population. (Bulletin Nº 40 du WRM, novembre 2000). La mort du projet crevettier du delta du Rufiji Le projet d'installation de l'exploitation crevettière la plus grande du monde dans le delta du Rufiji, en Tanzanie, s'est heurté à une forte opposition de la part de la population locale. Le delta du Rufiji, situé à quelque 150 km au sud de Dar es-Salaam, contient le bloc continue de mangrove le plus vaste de l'Afrique orientale, qui s'étend sur 53 000 hectares environ. Le delta est la zone de pêche principale de la côte tanzanienne, rapportant 80% des prises de crevettes sauvages du pays. Près de 41 000 personnes y habitent, dont la plupart sont de petits cultivateurs et des pêcheurs traditionnels. En outre, il s'agit d'un habitat important pour des animaux et des plantes en danger d'extinction. En 1997, le gouvernement a approuvé le projet de l'African Fishing Company (AFC) d'installer là presque 20 000 hectares de fermes à crevettes. L'AFC voulait utiliser des terres "publiques" du delta pour y établir des étangs, des écloseries, une usine de transformation et une autre d'aliments pour animaux. Trente-cinq pour cent de ces installations devaient se situer dans une réserve de mangrove, et l'écloserie dans l'île Bwejuu, qui fait partie du Parc marin de l'île Mafia. Le moteur du projet était la possibilité de récolter 6 210 kilos de crevettes par hectare par an, et de les exporter surtout en Europe et au Japon, avec des profits annuels estimés à 500 millions de dollars. Cependant, les experts sociaux et environnementaux ont affirmé qu'en ce qui concernait l'environnement, les pertes allaient dépasser de loin les bénéfices. Le Conseil national de Gestion environnementale (NEMC - National Environnemental Management Council), l'organisme conseil du gouvernement tanzanien, a pressé celui-ci de rejeter le projet, en raison des impacts négatifs considérables qu'il aurait sur la foresterie, la pêche et le milieu marin, l'utilisation de la terre, les ressources en eau, l'agriculture et la faune. Il anéantirait 1 200 hectares de mangroves, qui comptent des espèces rares telles que la Rhizophora, et mettrait en péril l'habitat de nombreuses espèces menacées. Les opérations aquicoles proposées auraient provoqué une pollution considérable se traduisant par une augmentation de l'eutrophisation, de la toxicité et de l'acidification des ressources hydriques environnantes. Malgré l'avis du NEMC et les objections formulées par des organismes et des ONG tanzaniens et internationaux, le projet a été approuvé par le gouvernement. John R. Nolan, l'actionnaire majoritaire d'AFC, avait également projeté pour le delta du Rufiji deux usines de transformation de poisson dont la production était destinée aux marchés japonais, européen et nord-américain. Les environnementalistes tanzaniens se sont fortement opposés au projet, en particulier l'Association environnementale de Journalistes de la Tanzanie (JET), des organisations environnementales internationales, et la population locale. De juillet 1997 à ce jour, les membres de JET ont mené le débat sur les impacts négatifs de l'élevage de crevettes. 2 000 habitants du delta du Rufiji ont récemment présenté auprès de la Haute Cour de la Tanzanie une demande pour que l'approbation du projet de l'AFC soit annulée. Il y a également une autre affaire pendante, présentée par plus de 2 000 anciens employés de la compagnie. Il semblerait que,
finalement, toutes ces années de résistance à un
projet nuisible aient porté leurs fruits. Le 15 août 2001
il a été annoncé dans la presse que les bateaux
de pêche de l'AFC allaient être vendus par l'intermédiaire
d'une équipe supervisée par la Haute Cour, apparemment
pour faire face à une partie de l'énorme dette accumulée
sur des années par le Projet crevettier du delta du Rufiji en
raison de l'opposition de la population. La liquidation d'AFC implique
l'arrêt du projet, ce qui garantit la survie des mangroves de
la Tanzanie et la préservation des bénéfices sociaux,
économiques et environnementaux par elles rendus. (Bulletin Nº
51 du WRM, octobre 2001). |
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