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Mangroves: subsistance locale vs profits des enterprises

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AMERIQUE

Bélize

Les habitants défendent leurs mangroves

La lagune Placencia, située au Sud du Bélize, sépare la péninsule de Placencia de la terre ferme. Les mangroves de la lagune sont une composante essentielle du système estuarien de la péninsule: elles filtrent l'eau, protègent la berge et sont l'habitat d'un grand nombre d'espèces tropicales. Néanmoins, le projet actuel d'aménagement d'une route à deux voies et d'un pont traversant la lagune pour connecter la route au village d'Independence sur la terre ferme ne tient pratiquement pas compte des aspects environnementaux, et s'est borné à considérer que les travaux n'empêcheront pas l'écoulement de l'eau de la lagune, et ne mettront pas les mangroves en danger.

En revanche, de nombreux habitants de la péninsule de Placencia craignent que la route ne nuise de manière significative à la lagune et aux récifs de corail proches. Les moyens de vie des habitants de Placencia sont fortement dépendants de la santé environnementale de la zone, autant pour la petite industrie de pêche commerciale qui les a nourris depuis des siècles que pour l'écotourisme. Les villageois pensent que l'aménagement de la route sera approuvé sans une étude environnementale appropriée, et que le dessin et la construction de la route ne respecteront pas les critères environnementaux nécessaires. Ils se sont donc organisés et ont recouru aux médias pour présenter une pétition contre le projet. Ils estiment que la construction d'une route d'au moins trois kilomètres de long et d'un pont de treize mètres de haut n'est pas le genre d'initiative que l'on puisse considérer comme utile pour la communauté ou bonne pour l'environnement. (Bulletin Nº 23 du WRM, mai 1999).

L'industrie crevettière menace la mangrove de la lagune Placencia

En 1999 les habitants de la lagune Placencia -une masse d'eau peu profonde bordée de mangroves et très riche en faune terrestre et aquatique, située au Sud du Bélize- se sont organisés pour résister au projet de construire une route à deux voies et un pont traversant la lagune. Les travaux auraient provoqué des dégâts environnementaux sérieux et auraient nui à l'écotourisme, qui est l'activité principale de la région, et à la pêche artisanale (cf. Bulletin Nº 23 du WRM). Une nouvelle menace plane maintenant sur ce riche écosystème: l'élevage industriel de la crevette.

La lagune Placencia est largement responsable de la pureté de l'eau et de l'abondance de poisson dans les environs de la barrière de corail centraméricaine, qui fournit l'essentiel de la subsistance à la plupart des habitants de la zone, et qui est un site écotouristique très prisé. Dernièrement, cette zone a attiré les exploitants de crevettes et les spécialistes du "développement". Cinq fermes crevettières sont déjà installées dans la lagune; deux autres ont été proposées et en sont à demander les licences d'exploitation. Et d'ailleurs deux des établissements existants ont des projets d'expansion et se trouvent à l'étape finale d'obtention des autorisations respectives.

Compte tenu des effets dévastateurs de la crevetticulture dans beaucoup d'autres pays tropicaux, et des conditions particulières de l'environnement de la lagune Placencia -qui, du fait de la composition de son sol et de ses caractéristiques géologiques, doit posséder une faible capacité de charge et une grande susceptibilité à la pollution- il faut craindre qu'une telle expansion ne conduise à une catastrophe environnementale. Déjà en 1997, un rapport préparé par le PNUD pour l'Office d'aménagement de la zone côtière du Bélize alertait sur le fait que l'élevage industriel de crevettes dans la lagune Placencia arrivait rapidement à la limite de la durabilité.

Les signes de ce qui peut se passer dans un avenir proche ont déjà été perçus. Les villageois ont constaté un déclin de la population de poissons, et craignent que l'expansion des activités crevettières, et l'accroissement du développement commercial et résidentiel, ne continuent de dégrader l'environnement de la lagune, et leurs moyens de vie. Cependant, le gouvernement semble plus intéressé à la promotion de la crevetticulture qu'à la protection de la mangrove. Les éleveurs de crevettes bénéficient d'une politique fiscale favorable, ainsi que de l'absence de régulations pour le contrôle et la diminution de la pollution. Du point de vue officiel, la monnaie étrangère produite par l'exportation des crevettes est plus importante que la conservation de la mangrove. (Bulletin Nº 38 du WRM, septembre 2000).

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Colombie

Les communautés locales sont affectées par les compagnies crevettières

L'industrie de la crevette a commencé en 1982 à s'installer dans l'estuaire de la baie de Cispata, un écosystème qui renferme l'une des mangroves les plus exubérantes des Caraïbes colombiennes. A l'heure actuelle, quatre entreprises sont pleinement installées dans la zone, sur une étendue d'environ 700 hectares. La méthode semi-intensive de production de ces exploitations implique le renouvellement quotidien de 15% du volume d'eau des étangs, de sorte que, chaque jour, de grandes quantités d'eau saturée de déchets organiques sont déversées dans l'estuaire.

Après 14 longues années de cette pratique ininterrompue, en 1996 le marais de Soledad, l'une des masses d'eau principales associées à l'estuaire, a donné les premiers signes de déséquilibre: l'efflorescence d'algues filamenteuses, suivie de la mort de poissons et de mollusques. Ce phénomène était prévisible, si l'on considère que l'estuaire de la baie de Cispata, de par ses caractéristiques hydrodynamiques, possède un faible taux de rechange quotidien de ses eaux, en particulier à l'extrémité sud-ouest. Bien entendu, l'industrie crevettière elle-même en a été affectée, puisque sa production a baissé; mais cela ne doit pas faire oublier les préjudices causés aux pêcheurs artisanaux locaux.

La réponse des exploitants de crevettes ne s'est pas fait attendre. Au lieu de modifier leur mode d'activité en ce qui concernait les abondants versements d'eaux usées dans l'estuaire, ils ont promu et entamé la construction d'un canal artificiel pour relier directement le marais de Soledad à la mer Caraïbe, de manière à augmenter le taux de renouvellement de l'eau du marais grâce au flux et reflux de la mer. Sans aucun doute, la qualité de l'eau de l'estuaire allait ainsi s'améliorer, ce qui allait rendre la tranquillité aux entreprises. Cependant, l'augmentation du volume d'eau salée en provenance de la mer allait accroître de façon disproportionnée le taux de salinité dans cette partie de l'estuaire, et provoquer donc la pénétration imminente d'un "coin salé" (à travers la nappe phréatique) vers les zones agricoles environnantes, dont dépendent environ 2 500 familles de neuf communautés rurales.

Un tel non-sens a poussé les communautés locales à porter plainte auprès des autorités locales et régionales, sans aucun succès. Le pouvoir des entreprises crevettières était tel, que non seulement l'ouvrage était autorisé par l'autorité environnementale sans aucune sorte d'étude technique préalable, mais elles se servaient de machines de propriété publique. Ayant épuisé tous les mécanismes légaux possibles, et devant l'imminence du début des travaux, les communautés ont recouru à la force et ont réussi à arrêter l'opération au bout d'une lutte de plusieurs jours à laquelle ont participé environ 400 paysans. Devant le scandale public suscité par la mobilisation paysanne, les entreprises crevettières ont abandonné le projet.

Il est bon de mettre en relief les arguments trompeurs utilisés par les compagnies pour convaincre les autorités et les leaders locaux du bien-fondé de leur projet. Elles parlaient de "réhabilitation du drainage à l'intérieur de l'estuaire" pour améliorer son fonctionnement en tant qu'écosystème, et de la génération de centaines d'emplois qui bénéficieraient les communautés locales démunies. Rien de tout cela n'était vrai, puisque le but sous-jacent du projet était de se débarrasser des déchets organiques qui étaient chaque jour déversés dans l'estuaire.

Obligées d'abandonner leur projet de canal vers la mer, elles ont dû améliorer leur système de gestion des déchets organiques, en construisant un marais artificiel qui joue le rôle de bio-filtre. Un investissement considérable et une campagne publicitaire agressive qui leur a valu un prix national d'écologie, n'ont cependant pas résolu le problème écologique du marais de Soledad et du reste de l'estuaire, dont la situation empire de jour en jour.

Cinq années après leur première tentative d'augmenter le flux et le reflux d'eau dans l'estuaire, les entreprises insistent à nouveau sur leur projet. Qu'est devenu le bio-filtre tant vanté? En essence, le projet est toujours le même: la "réhabilitation du drainage à l'intérieur de l'estuaire", et les intentions sont toujours aussi généreuses: la création d'emplois et l'amélioration du fonctionnement de l'écosystème. La différence majeure réside dans le fait que le projet n'est plus géré par les compagnies crevettières, mais par l'autorité environnementale elle-même, en l'occurrence la Société autonome régionale des vallées du Sinu et de San Jorge (CVS), et la mairie de San Antero.

"Nous disposons d'environ 800 millions de pesos (à peu près 348 000 dollars) pour réhabiliter le système de drainage de l'estuaire", explique un fonctionnaire de la CVS aux communautés de paysans et de pêcheurs, dans son invitation permanente à participer dans le projet.

Si le projet est mis en œuvre, ses effets sur l'agriculture paysanne de neuf communautés rurales des districts de San Antero, San Bernardo del Viento et Lorica seront dévastateurs, puisque la régulation du cours du Sinu par l'usine hydroélectrique URRA 1 a sensiblement diminué l'écoulement d'eau douce vers l'estuaire. Dans le nouveau scénario régional, la salinité des terres utilisées par les communautés locales pour leurs activités agricoles sera plus rapide et provoquera le déplacement de milliers de familles vers les zones urbaines voisines.

A présent, l'intérêt de l'industrie crevettière n'est plus seulement d'augmenter le taux de renouvellement de l'eau de l'estuaire, mais de s'étendre vers des terres agricoles rendues salées par le barrage de l'URRA et par la "réhabilitation des drainages" promue par l'autorité environnementale.

C'est pourquoi les communautés de paysans et de pêcheurs affiliés à ASPROCIG, qui ont traditionnellement utilisé les terres du delta du fleuve Sinu, convoquent toutes les personnes, ONG et Organisations communautaires de base du monde entier à se joindre à leur lutte et à manifester aux autorités colombiennes leur rejet du projet en question. (Bulletin Nº 51 du WRM, octobre 2001).

On dénonce l'expansion de l'industrie crevettière

Le système de production semi-intensive appliqué dans les exploitations de crevettes situées dans le département de Cordoba, dans la région atlantique de la Colombie, provoque de grands bouleversements environnementaux dans la zone. Entre autres, il implique le versement continuel de grands volumes d'eau saturée de déchets organiques dans l'estuaire du bassin inférieur du fleuve Sinu.

L'industrie crevettière, qui s'est établie dans l'estuaire en 1982, s'étend déjà sur 700 hectares, et elle a joué un rôle important dans la promotion du barrage hydroélectrique URRA 1. Ce barrage, qui a impliqué l'inondation de plus de 7 000 hectares de forêts, a eu un impact direct sur les moyens de vie et l'existence même du peuple indigène Embera-Katio et des communautés de pêcheurs de la zone.

Les industriels n'ont rien laissé au hasard: l'usine hydroélectrique limite le débit d'eau douce, avec quoi augmente le volume d'eau salée, ce qui provoque la salinité des terres adjacentes de l'estuaire de la baie de Cispata. On estime que 7 200 hectares environ de terres agricoles sont ainsi affectées par le sel. Les communautés locales, qui les ont traditionnellement utilisées pour l'agriculture de subsistance, finissent par les abandonner. Et c'est précisément ce que veulent les entreprises, pour pouvoir les occuper à leur tour et y installer leurs étangs artificiels d'élevage de crevettes.

Les tentatives d'expansion de l'industrie crevettière sur la côte caraïbe bénéficient de l'approbation et de l'appui direct de l'Etat par l'intermédiaire des Ministères de l'Agriculture et du Commerce extérieur. Des organismes étatiques et des entreprises privées ont récemment passé un accord pour l'établissement de nouveaux étangs d'élevage sur 9 000 hectares dans le département de la Guajira, au Nord du pays, et une autre convention du même genre est en préparation, concernant 8 000 hectares dans l'estuaire du bassin inférieur du Sinu.

L'Association de Producteurs pour le Développement communautaire de la Ciénaga Grande du Sinu inférieur (ASPROCIG) considère la possibilité d'entreprendre une série d'actions pour faire face à une situation si préoccupante. Des contacts ont déjà été établis avec FUNDECOL en Equateur, où les désastres provoqués par l'industrie crevettière dans les zones côtières du pays ne sont que trop bien connus.

Pour comprendre qu'il s'agit d'une déprédation concertée, il suffit de voir comment les mêmes méthodes d'exploitation des ressources sont répétées, avec les mêmes répercussions néfastes sur la société, l'économie et l'environnement. Il est donc essentiel que ceux qui en sont affectés rassemblent leurs forces Dans ce but, ASPROCIG dénonce la situation auprès de la communauté internationale, et fait un appel urgent à la solidarité avec ceux qui luttent contre les intérêts commerciaux qui prétendent les déposséder de leur présent et de leur avenir. (Bulletin Nº 59 du WRM, juin 2002).

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Equateur

Action de Greenpeace en défense des mangroves qui restent

Le 31 juillet 1998, Mme Flor María Valverde, Ministre de l'Environnement de l'Equateur, a promis à Greenpeace de prendre les mesures nécessaires pour obtenir l'interdiction permanente d'abattage des mangroves par l'industrie crevettière, et d'enquêter sur les évidences de destruction illégale de mangroves dans une réserve nationale protégée. La destruction des mangroves par l'industrie crevettière a été déclarée illégale en Equateur en 1994, par le Décret Nº 1907.94.b.

Lors de sa rencontre avec Greenpeace, le ministre a également accordé de demander à l'Institut équatorien des Forêts, des Aires naturelles et de la Vie sauvage (INEFANT) de rendre des comptes au sujet des 745 cas de destruction de mangroves par des exploitants de crevettes, dénoncés par l'organisation environnementale FUNDECOL dès 1989, mais dont quatre seulement avaient fait l'objet d'une enquête.

Cependant, Greenpeace demande au nouveau gouvernement équatorien d'honorer les accords passés au préalable avec le Ministre Valverde. "La communauté internationale attend maintenant de voir comment le gouvernement actuel et les futurs gouvernements de l'Equateur vont éviter que les nombreux exploitants de crevettes ne détruisent ce qui reste des mangroves équatoriennes", a déclaré Gina Sánchez, porte-parole de Greenpeace.

Pour que l'étendue de la destruction illégale des mangroves par l'industrie crevettière puisse être rendue publique, FUNDECOL a invité Greenpeace et son bateau Rainbow Warrior à se rendre en Equateur.

La rencontre de Greenpeace et du Ministre Valverde suivait une manifestation organisée par des activistes de Greenpeace et de FUNDECOL dans une exploitation illégale de crevettes récemment installée dans une des mangroves qui restent dans la région de Muisne, près d'Esmeraldas. Au cours des dix dernières années, l'industrie crevettière a réduit à 650 hectares les 20 800 hectares de mangroves de la région.

Le Rainbow Warrior a dû rester en rade pendant le déroulement de la manifestation. Les autorités équatoriennes n'ont autorisé le bateau à repartir que lorsque le juge qui entendait la cause contre Greenpeace a été destitué par le président de la Haute Cour. Les mandats d'arrestation émis par cette Cour contre les directeurs de FUNDECOL et les membres de l'équipage du Rainbow Warrior ont également été annulés. (Bulletin Nº 14 du WRM, août 1998).

Le gouvernement essaie de vendre les mangroves

L'Equateur est confronté à l'heure actuelle à une situation sociale très délicate, à la suite d'une série de mesures économiques impopulaires prises par le gouvernement (suivant les recommandations du FMI et de la Banque mondiale) qui ont déclenché des grèves des travailleurs, des manifestations paysannes et indigènes, le blocage de routes, des éclats de violence dans diverses régions, des rumeurs de coup d'Etat et le chaos généralisé dans le pays.

L'une des mesures en question a provoqué l'opposition déclarée des organisations environnementales et des communautés concernées, car elle affecterait les écosystèmes de mangroves, dont beaucoup ont déjà été détruits par l'industrie crevettière.

Le 2 mars dernier, le Président Jamil Mahuad a annoncé, au cours d'une émission en chaîne, l'envoi au Congrès national d'un projet de loi intitulé Rationalisation des Finances publiques qui, parmi d'autres mesures destinées à enrayer le déficit budgétaire, établissait que les éleveurs industriels de crevettes installés sur des terres domaniales devraient désormais payer pour les utiliser. Les jours précédents, plusieurs journaux avaient déjà signalé qu'une telle mesure déblayait le terrain pour que les entreprises crevettières puissent acheter 60 000 hectares de terres -censément situés sur des plages et des baies- le long de la côte du Pacifique. L'opération allait rapporter aux finances publiques 60 millions de dollars. Le gouvernement a de même déclaré que la possibilité d'ouvrir de nouvelles zones aux concessions de l'industrie crevettière ne serait pas écartée. Or, de tous temps et dans 95% des cas, ces concessions ont été octroyées non pas dans "les plages et les baies", mais dans des régions de mangroves et dans des zones agricoles. Ceci a toujours été possible par l'existence de faux rapports et d'une corruption généralisée dans l'administration publique, ce qui permet aux entreprises, une fois les étangs construits, d'affirmer qu'il n'y avait pas de mangroves ni de terres agricoles dans les parages.

Bien que le texte du projet de loi ne mentionne pas de manière explicite la possibilité de la vente des zones côtières aux industriels de la crevette, il a provoqué une alarme tout à fait justifiée au sein des organisations environnementales de l'Equateur et du monde, car il n'est pas difficile de comprendre que tel est bien son but. A cet égard, Sandra Cogliotore, Présidente de la Chambre de l'Aquaculture, a publiquement déclaré: "Nous serons les propriétaires de la terre". Quelques jours avant l'annonce présidentielle, la Chambre de l'Aquaculture avait fortement poussé pour que le Président envoie le projet de loi au Parlement. Des représentants de l'industrie avaient même discuté le contenu du texte avec le Ministre du Commerce, le Sous-secrétariat à la Pêche et la Direction de la Marine marchande (DIGMER).

La réaction de la société civile ne s'est pas fait attendre. Des appuis ont été demandés au plan international pour s'opposer à une telle mesure, qui allait aggraver encore davantage la situation déjà critique des mangroves de l'Equateur, et légaliser en outre l'activité manifestement illicite et dévastatrice qui a toujours caractérisé l'industrie crevettière. Paradoxalement, la crise économique que traverse le pays comme résultat des mesures annoncées a freiné le projet, du moins pour le moment. "Le prix de 1000 US$ l'hectare nous semble adéquat, mais il faut encore étudier les périodes et les modes de paiement. A l'heure actuelle, personne ne peut payer 1000 US$…", a manifesté la Chambre de l'Aquaculture. Les graves problèmes politiques et l'agitation sociale des derniers temps ont dévié l'attention des politiciens, mais le danger est toujours latent.

Ces faits méritent la réflexion. Il faut d'abord souligner l'attitude du gouvernement équatorien, qui n'a pas hésité à vendre au plus offrant les ressources naturelles du pays (en l'occurrence, les mangroves), pour montrer sa bonne disposition à appliquer les mesures dictées par les institutions financières internationales, qui exigent un "budget fiscal équilibré". De leur point de vue, l'économie du pays n'a aucun rapport avec l'exploitation durable des ressources naturelles. En ce qui concerne l'industrie crevettière, il faut dire qu'après avoir tiré de grands profits de la destruction des ressources côtières, elle essaie maintenant de faire croire qu'elle contribue au développement du pays, puisque la crevette a une place importante dans les exportations. La situation actuelle est idéale pour l'industrie, qui peut se retrouver propriétaire d'une considérable superficie de mangroves, condamnées à disparaître et à être remplacées par des fermes crevettières. Quant aux populations côtières, elles ne sont pas prises en compte au moment de prendre des initiatives comme celle que le gouvernement vient de proposer. Au contraire, la plupart des installations de l'industrie de la crevette ont envahi et détruit des zones situées dans des terres ancestrales, occupées et gérées jusqu'alors de manière durable par les communautés traditionnelles qui y trouvaient la nourriture et le couvert. D'autre part, l'expansion projetée de l'exploitation crevettière -qui équivaut à l'anéantissement de la mangrove- semble ignorer que les mangroves sont des barrières naturelles protégeant la côte de la montée des eaux du Pacifique. Les inondations de 1997 et 1998, conséquence du phénomène du Niño, ont montré à quoi on peut s'attendre si les mangroves continuent de disparaître, victimes de l'irresponsabilité des autorités et de la convoitise d'un groupe d'industriels réduit mais puissant et influent.

Grâce à l'opposition de plusieurs organisations environnementales et communautaires, l'article du projet de loi concernant la privatisation des mangroves a été rejeté par le parlement. La lutte a été facilitée par le fait que les industriels, qui se retrouvent confrontés au problème de la "maladie de la tache blanche", ont considéré que le prix de 1000 US$ l'hectare (1500 US$ pour les occupants illégaux), payable une seule fois pour un bail de 25 ans, n'était pas à leur portée. Il est intéressant de remarquer qu'un décret récent du Ministère de l'Environnement, concernant les sanctions de la coupe illégale de mangroves, établit qu'aux fins du calcul des amendes la valeur de la mangrove est de 13 000 US$ par an. Ce chiffre, considérablement plus élevé que celui de 1500 US$ l'hectare figurant dans le projet de loi, montre que pour l'évaluation des mangroves le gouvernement équatorien a deux poids et deux mesures. On se demande pourquoi… (Bulletin Nº 21 du WRM, mars-juin 1999).

Une initiative de restauration des mangroves

Les mangroves exubérantes de la côte équatorienne du Pacifique subissent depuis longtemps les effets de la production industrielle de la crevette qui, jointe à l'étroitesse de vue et au comportement irresponsable du gouvernement dans ce domaine, est coupable de la destruction de cet écosystème si important pour la biodiversité, pour la subsistance des communautés locales et pour la protection de la côte.

Des ONG environnementalistes équatoriennes et internationales ont maintes fois exprimé leur inquiétude au sujet de ce processus dévastateur. A présent, Mangrove Action Projet (MAP) et l'ONG équatorienne FUNDECOL ont entrepris de mettre en œuvre un projet de restauration des mangroves de Muisne, jadis magnifiques. MAP est un réseau mondial et une coalition pro-active qui s'attaque aux sérieux problèmes relatifs à la disparition des mangroves du monde.

Ce programme spécifique a pour buts d'attirer l'attention au plan national sur la destruction des mangroves et les besoins des communautés locales, d'appuyer les initiatives locales pour l'utilisation durable des mangroves, de s'adresser aux mass media pour divulguer les problèmes des zones côtières, de réhabiliter les mangroves dégradées par l'industrie crevettière, d'identifier des domaines qui pourraient se bénéficier d'actions de ce genre, et de former des volontaires venus du monde entier, qui gagneront autant en expérience qu'en connaissances.

Le projet dispose d'un faible budget, mais comporte un fort degré d'engagement volontaire. Les participants vont se joindre à un travail important de restauration de l'environnement, où ils rencontreront des communautés équatoriennes qui travaillent déjà à la réhabilitation de la mangrove. (Bulletin Nº 36 du WRM, juillet 2000).

Il faut sauver les mangroves de Guayas

L'élevage industriel de la crevette est une cause directe de la disparition des mangroves dans la zone tropicale. En Equateur, le rythme de destruction provoqué par le boum de la production crevettière des années 1970 et 1980 n'a pas ralenti, malgré l'approbation, en 1995, d'une loi pour la protection des mangroves. Il y a actuellement dans ce pays 207 000 hectares de bassins à crevettes, qui ont affecté la plupart des mangroves du pays et presque tous les estuaires de la côte du Pacifique. Les économies locales en ont été bouleversées. Les gouvernements successifs ont tous appuyé cette activité destructrice -la "Révolution Bleue" tant proclamée- par l'octroi de concessions d'exploitation du sol, la construction d'infrastructure permettant le transport des produits, l'offre de subventions, etc. La loi "Trolley", approuvée en août de l'année dernière, établissait que les bénéficiaires actuels de concessions dans les mangroves et les plages où des étangs avaient été construits pouvaient devenir les propriétaires de ces terres. Cela équivalait à la perte totale de la souveraineté de l'Etat équatorien sur une ressource aussi considérable. Au mois de novembre, grâce aux pressions exercées par les communautés de base et par les organisations sociales et environnementales, la loi a été soumise au Tribunal constitutionnel qui, en décembre, a annulé 22 articles, dont le nº 164 relatif à la propriété des mangroves et des plages, les déclarant inconstitutionnels.

Un nouveau cas de destruction a été récemment dénoncé par une association locale de pêcheurs de crabes, cette fois à Parroquia Naranjal, dans la province de Guayas, à l'Est du pays. Dans une localité dénommée Granja del Mar, près du fleuve San Pablo, on coupe la mangrove pour construire des étangs à crevettes.

Et pourtant, en juillet 2000 l'Association de Pêcheurs de Crabes "6 de Julio" s'était vu octroyer par le Ministère de l'Environnement une concession pour l'utilisation de 1 666 hectares de mangrove. A leur grande surprise, ils ont vu leur zone, qu'ils avaient légalement obtenue, envahie par des individus que l'on présume liés à l'industrie crevettière et qui ont déjà détruit 70 hectares de mangrove pour y installer l'infrastructure nécessaire à l'élevage. Les habitants de la zone ont demandé l'intervention des autorités environnementales et de la Direction forestière de Guayas, mais rien n'a encore été fait, et la destruction continue.

La Coordination nationale équatorienne pour la défense des mangroves, qui regroupe les communautés organisées d'utilisateurs traditionnels de la mangrove de la côte équatorienne, des ONG qui travaillent dans la région et des personnes concernées par la protection, la conservation et la réhabilitation de la mangrove, fait appel à la solidarité internationale pour défendre cet écosystème, qui est aussi le moyen de subsistance d'une collectivité locale. (Bulletin Nº 43 du WRM, février 2001).

Les mangroves et les exploitations de crevettes

La destruction des mangroves pour la construction d'étangs dans les plages et les baies a commencé il y a plus de 30 ans. Suivant que l'on regarde les chiffres de l'ancien INEFAN (Institut équatorien des Forêts, des Aires naturelles et de la Faune), ou de la Chambre nationale de l'Aquaculture, en janvier 2 000 il y avait 207 000 hectares ou 170 000 hectares d'étangs d'élevage de crevettes, dont 50 454 seulement correspondaient à des exploitations légales. Dans la province d'Esmeraldas, où se trouve la mangrove la mieux conservée et la plus haute du monde, plus de 90% des bassins installés sont illégaux. Les chiffres officiels du CLIRSEN (Centre de relèvement intégré des ressources naturelles par des senseurs à distance) montrent qu'en 1984 il y avait 89 368 hectares d'étangs crevettiers, ce qui indique que l'étendue consacrée à l'élevage de la crevette a augmenté de 117 632 hectares en 16 ans.

Les exploitants profitent autant du patrimoine naturel des Equatoriens que de la faiblesse de leur politique officielle. En juin 1985, la conservation des forêts de palétuviers a été déclarée d'intérêt national par le gouvernement; en septembre de la même année, le Sous-secrétariat à la Pêche a suspendu toutes les licences de mariculture dans la région de la mangrove; en novembre 1986, le gouvernement a classé forêts protégées des mangroves et des pampas saumâtres s'étendant sur 362 742 hectares. Mais les régulations légales n'ont eu aucun poids, puisque la période qui va de 1984 à 1999 est celle où le rétrécissement des mangroves et l'élargissement des étangs à crevettes ont été les plus importants.

Dans ce processus de déprédation de la mangrove, des milliers de familles qui ont traditionnellement dépendu de cet écosystème se sont vues affectées par la perte de leur culture et du milieu qui rendait possible leur continuité sociale et économique. Il s'agit de plus de 30 années d'impunité et de violation des lois en vigueur dans le pays.

Ces deux dernières années, l'industrie crevettière s'est plainte des problèmes qu'elle subit, et blâmé le "virus de la tâche blanche" de tous ses malheurs économiques en raison de la diminution de la production. Ce que personne ne dit ni ne veut reconnaître, c'est que l'irresponsabilité avec laquelle on a favorisé l'enrichissement des crevettiers a provoqué l'anéantissement de la mangrove.

Les industriels s'apprêtent aujourd'hui à un nouvel assaut contre la nature, par l'installation de bassins à crevettes dans les hautes terres, ce qui va provoquer la salinité des sols agricoles et de l'eau douce. Si ce projet était autorisé, l'Equateur se verrait confronté en peu de temps à des catastrophes environnementales telles que la disparition de terres agricoles devenues salées, la contamination de l'eau douce superficielle et souterraine, des changements dans la composition physique, chimique et microbiologique du sol et la perte de la biodiversité terrestre et aquatique. Le tout pour sauver le secteur crevettier.

La presse nationale, les agriculteurs, des centres d'études supérieures, des autorités locales, des paysans et des citoyens de divers secteurs ont exprimé leur opposition et leur refus de cette activité qui porte atteinte à l'environnement, et ont revendiqué le droit légitime des agriculteurs à poursuivre leur activité sans subir la concurrence de l'industrie crevettière et les préjudices qu'elle leur porte.

Il faudrait également souligner l'impact social de la concurrence entre les aquaculteurs et les agriculteurs, ainsi que les problèmes relatifs à l'utilisation de l'eau nécessaire à l'homme et à l'agriculture. Privilégier les aspects économiques pour satisfaire la demande des pays développés, au détriment de la production d'aliments pour la consommation du peuple équatorien, équivaut à attaquer la souveraineté alimentaire nationale.

Les Etats-Unis sont les plus grands consommateurs du monde. La consommation de crevettes y est passée de 0,2 livres à plus de 3 livres par personne en 1999. Elle était de 2,5 livres en 1996, et n'a pas cessé d'augmenter depuis cette date.

En ce qui concerne la santé, Greenpeace Autriche et Greenpeace Allemagne ont adressé aux médias un document dénonçant les dangers de l'utilisation d'antibiotiques sur les crevettes, en particulier ceux du chloramphénicol qui, indépendamment de sa concentration, peut provoquer des effets très graves et même mortels.

A la vue de ses conséquences négatives, l'aquaculture s'avère néfaste, puisqu'elle implique:

- La destruction des mangroves pour la construction d'étangs d'élevage dans des plages et des baies.
- Le fonctionnement illégal des bassins de l'industrie crevettière.
- Trente années d'impunité et de violation des lois en vigueur dans le pays.
- L'installation d'étangs à crevettes dans les hautes terres.
- L'atteinte à la souveraineté alimentaire des peuples.
- Des effets négatifs sur la santé des consommateurs.

Dans ce contexte, l'organisation environnementaliste équatorienne Acción Ecológica exhorte à la non-consommation de crevettes d'élevage provenant des pays tropicaux, dans le but de protéger activement les mangroves et de se solidariser avec les peuples qui en dépendent. (Par Alfonso Román, Bulletin Nº 51 du WRM, octobre 2001).

Guatemala

Une entreprise crevettière à l'origine de la violence et de la mort

Les pêcheurs du port de Champerico, sur la côte de l'océan Pacifique, luttent actuellement pour leur survie contre l'entreprise Camarones S.A. (Camarsa), et sa filiale Pesca S.A., toutes deux consacrées à l'élevage commercial de la crevette.

Bien que Camarsa soit en activité dans la zone depuis 1959, c'est seulement en 1995, à l'arrivée du nouveau propriétaire Domingo Moreira, que les conflits ont éclaté à la suite de l'installation d'une clôture empêchant les pêcheurs locaux d'accéder aux marais qui constituent leur zone de pêche traditionnelle.

La situation a finalement abouti à la réalisation d'une réunion des pêcheurs avec les représentants de Comarsa au début du mois de mai de cette année, dans laquelle les premiers ont demandé à l'entreprise d'enlever la clôture. Aucun accord n'ayant été possible, quelque cinq cents pêcheurs ont décidé de démolir la clôture à trois endroits différents. Trois d'entre eux ont été arrêtés par la police, et les autres ont pris en otage un représentant de l'entreprise et proposé de l'échanger contre les trois pêcheurs détenus.

Après une longue négociation, les autorités ont accepté de relâcher les pêcheurs, et le représentant de l'entreprise a été libéré. Mais presque aussitôt les gardes de sécurité de la compagnie et la police ont attaqué les manifestants et tué un adolescent de 14 ans, Moytin Castellanos, tandis que quatre autres pêcheurs ont reçu des blessures d'armes à feu.

Ce n'était pas la première fois que les pêcheurs locaux étaient attaqués de la sorte. Les pompiers volontaires du poste de Champerico ont informé qu'au cours des quatre dernières années ils ont dû assister au moins cinq pêcheurs blessés d'arme à feu par les gardes de sécurité de l'entreprise. Ils ont également rapporté de nombreux cas de lésions provoquées par le "mezquite", une plante épineuse utilisée par l'entreprise pour empêcher l'accès au marais et aux étangs de crevettes.

D'après les déclarations faites à la presse locale par les personnes concernées, la compagnie paie des salaires de misère et s'est approprié un espace qui ne lui appartient pas. Elle a en outre barré le passage vers les marais de propriété publique dont les pêcheurs se servaient pour nourrir leurs familles. L'ONG locale Trópico Verde a trouvé des preuves que l'entreprise opère illégalement, puisqu'elle n'a pas respecté la condition légale d'effectuer les études d'impact environnemental correspondantes, et qu'elle a coupé des zones de mangrove pendant des années, en contravention de la Loi forestière de 1996.

Après la confrontation qui s'est soldée par la mort de Moytin Castellanos, le Tribunal des Droits humains de Champerico a désigné un comité de négociation constitué par le Gouverneur du département de Champerico, le Commandant de la base aérienne, le Procureur des Droits humains, six représentants et les avocats de l'entreprise, trente-deux délégués des pêcheurs et des membres de Trópico Verde.

Le processus de négociation de la commission en question a été interrompu le 21 mai, lorsque les délégués de Camarsa ont exigé aux paysans de démontrer que les activités de de cette société avaient provoqué des dégâts dans les marais. Le lendemain, des centaines de poissons morts sont apparus dans l'un des marais utilisés par Camarsa. Les pêcheurs craignent que l'entreprise n'ait empoisonné l'eau avec un produit chimique, et ont envoyé des échantillons d'eau et de poissons à plusieurs laboratoires.

Camarsa dépense à l'heure actuelle de grosses sommes d'argent dans la presse pour accuser les pêcheurs de l'interruption des négociations. Simultanément, l'entreprise diffuse une vidéo sur les affrontements de Champerico, où les pêcheurs sont présentés comme des délinquants.

La situation est aujourd'hui très tendue à Champerico. Les pêcheurs sont en train d'organiser de nouvelles manifestations, et la population craint une nouvelle répression policière violente contre les manifestants. (Bulletin Nº 46 du WRM, mai 2001).

La sécurité pour les crevettes, l'insécurité pour la population

Depuis début mai, la communauté de Champerico dénonce la contamination des marais, la coupe des mangroves (interdite par la Loi environnementale), la fermeture de l'accès aux marais publics, la répression des pêcheurs (près de 70% de la population locale se nourrit de poisson) et la mort de poissons provoquée par les activités de Camarones del Sur S.A. (Camarsa).

Depuis la création de la commission pour la résolution des conflits intégrée par de hauts fonctionnaires du gouvernement, la communauté ne cesse de réclamer l'arrêt immédiat des activités de Camarsa en raison des graves irrégularités constatées.

Cette commission s'est réunie avec des représentants de la communauté mais n'est arrivée à aucun résultat concret. Les progrès ont été presque inexistants et la compagnie crevettière continue de fonctionner, bien que la commission se soit engagée à enquêter sans délai sur l'affaire à partir des plaintes portées par la population. La frustration du peuple de Champerico, qui exige des réponses catégoriques à propos de l'impunité avec laquelle Camarsa a pu agir, n'a pas tardé à se manifester.

Au cours du meeting organisé par les habitants, Fernando Chiyoc est mort et sept autres personnes ont été blessées par les balles des services de sécurité de Camarsa. A ce jour, le Nord-américain Mike Corser, ingénieur de Camarsa, et neuf gardes de l'entreprise ont été arrêtés et accusés d'homicide et de tentative d'homicide. La population craint cependant que cette affaire ne reste, elle aussi, impunie. Malgré la gravité des faits, aucune réponse convaincante n'a été donnée par les autorités responsables.

Comme si tout cela n'était pas suffisant, les délégués de Camarsa ont suspendu les négociations en alléguant que les habitants devaient fournir au préalable des preuves de l'impact négatif provoqué par les activités de l'entreprise. Cependant, l'ONG locale Trópico Verde a déclaré que d'après les lois environnementales guatémaltèques (Décret législatif 68-86, Loi de protection et d'amélioration de l'environnement et Loi forestière, Décret 70-89, Règlement, Accord gouvernemental 961-90), l'industrie crevettière a l'obligation d'étudier les impacts qu'elle va provoquer, de proposer des mesures d'atténuation de ces impacts, et de les mettre en œuvre. Autrement dit, les lois guatémaltèques présupposent qu'une activité de cette nature peut causer des dommages à l'environnement. De ce fait, Camarsa n'a aucune raison de demander à des tiers des preuves de la contamination qu'elle produit.

Malgré ce qui précède, Trópico Verde et des pêcheurs artisanaux de Champerico ont effectué plusieurs études au cours desquelles ils ont pu constater l'existence de polluants dans les marais et des manquements graves aux lois environnementales du pays. L'étude complète, "Les impacts de l'activité crevettière à Champerico, Retalhuleu, Guatemala", peut être consultée dans notre page Web.

Le gouvernement a tenté jusqu'à présent de tirer un rideau de fumée sur le problème, plutôt que de le résoudre. Les intérêts de l'entreprise sont en jeu, et les pressions sont évidentes. En attendant, la contamination continue, les lois du Guatemala sont toujours violées et les deux mille familles concernées de Champerico vivent des moments très durs à cause de l'impunité dont jouit Camarsa. (Bulletin Nº 48 du WRM, juillet 2001).

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Honduras

Une campagne pour la protection des mangroves et des zones humides contre l'élevage de la crevette.

Honduras a l'obligation, de par les lois nationales et internationales, de protéger 75 000 hectares de zones humides dans le golfe de Fonseca. En mai 1999, lors de la Convention de Ramsar sur les zones humides et par l'intermédiaire du Secrétariat aux Ressources naturelles et l'environnement (SERNA), le gouvernement hondurien a obtenu que les zones humides côtières du golfe de Fonseca soient désignées "Site Ramsar 1000".

Mais le Honduras ne protège toujours pas le "Site Ramsar 1000". Pour cette raison, CODDEFFAGOLF (une organisation basée au Honduras) et ISA Net (Réseau d'action contre la production industrielle de crevettes) réclament au gouvernement hondurien de respecter les lois nationales et internationales. Il est difficile de calculer exactement le nombre d'hectares affectés par an, car ces régions sont gardées par des hommes de main armés de fusils AK47.

Jusqu'à présent, l'élevage de crevettes et l'abattage de la mangrove ont été autorisés dans les zones protégées par la Convention Ramsar. La conséquence en a été l'assèchement de certains de ces marais protégés du golfe de Fonseca. A "La Aguadera", Punta Ratón, où se situe le projet appelé "Zone d'aménagement d'habitats et d'espèces de San Lorenzo", une exploitation de crevettes occupant plusieurs hectares de belles mangroves a été installée. Des arbres ont été coupés à "El Gorrión", qui est le site concerné par le projet "Zone d'aménagement d'habitats et d'espèces de Las Iguanas et Punta de Condega". Dans la "Zone d'aménagement d'habitats et d'espèces de La Berberia" plusieurs zones de mangroves et de marais, telles que "Los Comejenes", ont été dévastées pour y construire des étangs d'élevage de crevettes. L'utilisation permanente de l'autoroute qui longe la lagune de La Berberia, à la frontière du Nicaragua, a gravement endommagé l'écosystème riverain.

A la fin du mois de mars dernier, plusieurs hommes qui abattaient des arbres à l'aide de tracteurs dans la zone d'El Carey ont menacé des membres de CODDEFFAGOLF et expulsé deux fonctionnaires gouvernementaux du bureau du Procureur de l'Environnement qui avaient essayé de les arrêter. Les fonctionnaires du gouvernement y sont retournés cinq jours plus tard, accompagnés d'un groupe de policiers. Ils y ont trouvé les hommes occupés à l'abattage avec quatre tracteurs, et ont réussi à les arrêter momentanément. Mais, plus tard, ils les ont retrouvés, et cette fois ils avaient six tracteurs. Ces individus se sont vantés que personne ne pouvait les arrêter parce qu'ils étaient "bien protégés".

Devant cette situation, CODDEFFAGOLF et ISA Net ont lancé une campagne pour la conservation de ces zones humides et appelé à s'y joindre. (Bulletin Nº 33 du WRM, avril 2000).

La lutte contre les fermes de crevettes gagne du terrain

Environ 9 mois après avoir dénoncé la destruction des zones humides d'El Carey, Marcovia, Choluteca, plusieurs mois après que des membres de CODDEFFAGOLF (une organisation environnementaliste locale) et des représentants du Procureur de l'Environnement ont été menacés et expulsés de ces lieux, quelques mois après avoir fait appel à la solidarité internationale, deux mois après la visite d'un délégué de Ramsar et quelques jours après l'annonce d'une marche de pêcheurs et de paysans vers la ville de Choluteca, près des côtes du golfe de Fonseca, CODDEFFAGOLF a organisé une mobilisation populaire pacifique, dont les résultats ont été, à ce jour, les suivants:

- Le 29 novembre, l'une des propriétaires d'une ferme crevettière d'El Carey a été détenue et mise à la disposition du tribunal compétent de Choluteca. Le bruit court que son mari, M. Antonio García, se serait réfugié dans une clinique, en alléguant qu'il était victime d'une maladie grave.

- Le député Victor Argeñal, qui a clôturé plusieurs hectares de mangroves pour y établir des fermes crevettières à Guapinol, Choluteca, a exprimé son désir de parler de cette affaire avec CODDEFFAGOLF. Il lui a été répondu qu'il devait s'adresser à la commission pour la conservation des mangroves qui existait depuis trois ans.

- L'entreprise crevettière "Granjas Marinas de San Bernardo", par l'intermédiaire de son directeur, l'ingénieur Héctor Corrales, a téléphoné aux dirigeants de CODDEFFAGOLF pour essayer de les intimider et leur manifester que les allégations de CODDEFFAGOLF n'étaient que des mensonges.

- D'après des informations officieuses, le Sous-secrétariat à l'Environnement aurait refusé la licence environnementale à "Granjas Marinas de San Bernardo" et à "Hondufarms", tandis que le Ministre de l'Environnement, Mme Xiomara Gómez, aurait exprimé son intérêt à discuter l'affaire avec les directeurs des entreprises mentionnées et avec CODDEFFAGOLF.

- Des employés de "Granjas Marinas" ont contacté les pêcheurs pour essayer de les convaincre du besoin impérieux d'appuyer cette puissante entreprise -qui a contaminé la zone avec des tonnes de déchets organiques provenant directement des eaux usées de plus de trois mille hectares d'étangs en activité- tout en harcelant sans trêve ceux qui s'approchent des mangroves en bordure de leurs concessions.

Quoique les fermes de crevettes soient toujours un problème très grave, on dirait que la situation s'améliore, du moins par un contrôle plus strict exercé par la société et, à un moindre degré, par le gouvernement, sur cette industrie qui a déjà anéanti de vastes étendues de forêts au Honduras et partout dans la région tropicale. (Bulletin Nº 41 du WRM, décembre 2000).

La Banque mondiale impliquée dans la destruction de la mangrove

L'élevage industriel de la crevette est une des causes principales de la disparition des mangroves dans la région tropicale. Bien que les agents directs d'une telle destruction soient les entreprises privées, il est important de souligner que les gouvernements et les organismes multilatéraux d'aide au développement contribuent activement à leur déblayer le terrain.

L'expansion de la société crevettière "San Bernardo Marine Farms" (SBMF) dans le golfe de Fonseca, au Honduras, provoque une inquiétude profonde. En juin 1999, la Société financière internationale (IFC), une agence de la Banque mondiale pour le secteur privé, a accordé un prêt de 6 millions de dollars à SBMF dont la plupart des actions appartiennent à des investisseurs nord-américains. La justification du prêt était apparemment la "réactivation de la production crevettière et la récupération après les dégâts causés par l'ouragan Mitch". De tels arguments ne semblent pas avoir de base solide. En premier lieu, parce qu'il ne semble pas raisonnable, dans le domaine de la prévention des catastrophes naturelles telles que les ouragans, de favoriser une activité qui implique la destruction de la mangrove qui, parmi ses nombreuses fonctions, joue justement le rôle de barrière naturelle pour la protection de la bande côtière. En deuxième lieu, parce que l'infrastructure appartenant à l'entreprise n'a vraiment pas été sérieusement endommagée par ce phénomène climatique, de sorte que cet argent frais sera destiné à l'expansion de ses activités, ce qui aura des répercussions négatives sur les zones humides voisines et sur les moyens de vie des communautés locales de pêcheurs.

A la suite de la lutte des pêcheurs du golfe et des organisations qui les appuient pour protéger l'écosystème local et freiner le développement des exploitations de crevettes, la zone a été déclarée Site Ramsar à la fin de 1999. Cependant, l'IFC n'en a pas tenu compte, comme elle n'a pas tenu compte des directives de la Banque mondiale en matière d'environnement. De sorte que l'IFC est elle aussi responsable du conflit social et de la destruction environnementale qui découlent de l'investissement.

Récemment, des membres de la communauté locale qui avaient coupé les routes d'accès aux installations de SBMF ont fait l'objet d'une répression féroce de la part de la police nationale. D'autre part, l'Evaluation d'Impact environnemental, effectuée pour l'obtention de la licence correspondante destinée à l'expansion des activités de l'exploitation crevettière, a été sévèrement mise en question.

Le Groupe Banque mondiale, auquel appartient l'IFC, a des normes en matière de protection de l'environnement. Mais en octroyant les crédits nécessaires à l'investissement il semble avoir choisi de les ignorer. La Banque mondiale fera-t-elle quelque chose pour que l'IFC respecte ses propres règles? (Bulletin du WRM Nº 45, avril 2001).

Les ravages de l'industrie crevettière

Les eaux de l'océan Pacifique pénètrent dans le territoire du Honduras, du Nicaragua et d'El Salvador par une entrée de 35 km qui forme une masse d'eau de 3 200 km2 connue sous le nom de golfe de Fonseca, dont les côtes s'étendent sur 261 km.

Ces côtes comprennent des zones humides de diverses sortes, telles que les mangroves, périodiquement irriguées par les marées. Un recensement forestier effectué en 1987 indiquait qu'il y avait à l'époque, sur les rives honduriennes du golfe, 47 000 hectares de mangroves.

Début 1973, l'industrie crevettière apparaît dans les marais du golfe, où elle applique un système d'élevage semi-intensif, avec des densités de stockage de 10 à 30 post-larves au mètre carré, et couvrant tout le cycle, de la fécondation en laboratoire à la récolte dans les étangs.

Ce système de reproduction en "cycle fermé" n'a pas duré longtemps, et il a été remplacé par la capture de post-larves sauvages dans les marécages. En 1995 trois mille personnes, incluant surtout des enfants, s'adonnaient à l'extraction de post-larves pour l'industrie crevettière. Néanmoins, l'offre restait insuffisante, et des écloseries ont été installées pour satisfaire la demande croissante de post-larves.

Ainsi a démarré l'élevage de crevettes, une initiative privée qui a bénéficié de l'appui financier de l'Agence internationale pour le Développement (USAID), la Banque mondiale et le gouvernement du Honduras. C'était le début du boum de la crevette.

Entre 1973 et 1989 l'industrie s'est rapidement développée. Cependant, en 1989 l'exportation a été de 5 millions de livres de crevettes, alors qu'on escomptait 9 millions de livres. Ceci a coïncidé avec l'apparition du "syndrome de la mouette", qui a décimé les populations de crevettes. Entre 1990 et 1995 l'exploitation industrielle a atteint les 12 000 hectares, mais les exportations ont chuté, de 20 millions de livres en 1993 à 15 millions en 1995, à cause du "virus de Taura". En 1998, la superficie concernée était de 16 000 hectares, mais l'exportation n'a toujours pas dépassé les 15 millions de livres.

En 1999 le "virus de la tache blanche", originaire de l'Asie, est apparu dans le golfe et fait des ravages dans la production de crevettes. Entre 1999 et 2000, des milliers d'hectares de fermes crevettières ont été abandonnés, plusieurs ateliers d'emballage de crevettes ont fermé, et le chômage s'est généralisé. Presque tous les petits exploitants ont cessé leurs activités et ont failli perdre leurs biens à cause de leurs dettes à l'égard des banques. Les grands exploitants crevettiers ont cependant doublé le cap des tempêtes grâce à des prêts multimillionnaires accordés, entre autres, par la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement.

Les maladies importées par l'aquaculture n'ont pas atteint seulement l'élevage industriel de la crevette: elles ont affecté aussi gravement la diversité biologique et les pêcheries marines. En outre, la perte d'habitats pour les oiseaux marins et migrants a été significative, et d'autres espèces animales en ont également souffert.

La capture de post-larves de crevette pour satisfaire les exigences démesurées des établissements de grossissement a, elle aussi, des conséquences graves. En pêchant les post-larves sauvages, d'autres espèces sont également prises qui, une fois le tri effectué, sont détruites par l'application de produits chimiques qui n'attaquent pas les larves de crevette mais tuent toutes les autres: 9 prises accessoires pour chaque larve de crevette capturée. La demande de l'industrie pouvant dépasser les 4 billions de post-larves, le nombre d'individus sacrifiés s'élève donc à plus de 36 billions!

De plus, les déchets issus des ateliers d'emballage sont déversés directement dans les marais où, en accélérant les processus de fermentation, ils tuent des populations entières de nombreuses espèces. D'autres déchets sont déchargés sur les bords des routes ou en plein champ, et provoquent la pollution de l'atmosphère.

Dans plusieurs endroits, l'installation d'exploitations crevettières a comporté l'interdiction d'accéder aux mangroves, aux lagunes, aux estuaires et au golfe, où se trouvent les sources traditionnelles d'approvisionnement en aliments, en bois de chauffage et en moyens de vie des populations locales. Elles doivent donc pénétrer "illégalement" dans ces zones, en évitant les postes de contrôle mis en place par les entreprises. Entre octobre 1992 et mai 1998, neuf pêcheurs ont été trouvés tués de balles dans les mangroves et les estuaires proches des fermes crevettières. Leur mort a été liée à la surveillance des fermes.

Malgré les manifestations publiques de protestation et des plaintes nombreuses déposées auprès des autorités concernées et diffusées dans la presse nationale, ces meurtres n'ont fait l'objet d'aucune enquête, et restent à ce jour impunis.

La question que se posent les pêcheurs est la suivante: "On nous a chassés des montagnes, on nous a chassés des vallées; si on nous chasse maintenant des côtes et de la mer, où irons-nous?" (Bulletin Nº 51 du WRM, octobre 2001).

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Mexique

Les mangroves vs les fermes crevettières et les terrains de golf

La municipalité de San Blas, à Nayarit, Mexique, voit avec inquiétude que le développement accéléré de la localité voisine de Puerto Vallarta a attiré l'attention de grands consortiums d'investissement et éveillé la convoitise de politiciens et de hauts fonctionnaires du gouvernement, ce qui s'est traduit par l'accaparement de terres privées et fédérales, y compris des mangroves, à des fins commerciales.

Plusieurs projets d'exploitation de crevettes ont déjà été mis en place, sur des étendues de milliers d'hectares. L'un des plus importants est celui de la société "Granjas Aquanova S.A. de C.V.", qui a déjà eu un effet dévastateur sur l'écosystème de la région, en polluant les estuaires avec des eaux usées et en déboisant de vastes étendues de mangroves. Cette société a d'ailleurs un autre projet en cours, qui bénéficie de l'appui gouvernemental étatique et fédéral, et qui va anéantir encore des milliers d'hectares de forêts.

Dans le secteur du tourisme deux mégaprojets sont en cours de négociation, lesquels transformeraient une superficie de plus de 3 500 hectares de zones fédérales et de mangroves en six terrains de golf, plus de dix hôtels de luxe, des ports de plaisance, etc. Tout ceci va se mettre en place avec l'accord des autorités locales, qui utilisent des tactiques de répression pour faire taire les organisations locales, sous prétexte que leurs réclamations sont d'ordre politique. Pendant les dernières années, les ONG locales ont fait tout leur possible pour entraver et retarder de tels projets.

Il y a environ trente ans, des milliers de tortues marines arrivaient chaque année sur ces plages pour y pondre leurs œufs. Elles sont maintenant parties pour toujours. Si les mangroves deviennent des fermes crevettières et des terrains de golf, toutes les espèces d'oiseaux migrants partiront elles aussi.

Devant une telle situation, l'ONG locale "Grupo Ecológico Manglar", basée à San Blas, a demandé l'appui de la communauté internationale:

"Nous sommes conscients du nombre de demandes d'aide qui vous parviennent de tous les coins du monde, et du temps qu'elles vous prennent. Mais nous ne voyons pas d'autre issue, vu le peu de succès remporté jusqu'à présent par les plaintes que nous avons déposées et les procès que nous avons intentés au niveau du gouvernement, car nous comprenons que nous affrontons des intérêts et une corruption de proportions internationales. Nous avons le sentiment que notre seul recours est de nous adresser aux groupes écologistes internationaux consacrés à la défense de la santé de la planète, et de leur demander d'intervenir en faveur de cette cause, car les zones humides ont un rôle très important dans la chaîne alimentaire et dans l'avenir de la vie sur la Terre. Nous vous remercions de votre attention et espérons recevoir bientôt de vos nouvelles". (Bulletin Nº 11 du WRM, avril 1998).

La destruction de la mangrove par le tourisme et l'industrie crevettière

L'expansion du tourisme a représenté, pour beaucoup de personnes dans le monde, une augmentation des possibilités de profiter de leurs loisirs. Mais le tourisme entraîne généralement des conséquences négatives du point de vue social et environnemental, en particulier dans le cas d'un écosystème aussi fragile que la mangrove.

Les mangroves et les plages de la côte caraïbe du Mexique, que l'on appelle la "Riviera Maya", subissent à l'heure actuelle un processus de destruction, provoqué par l'infrastructure touristique qui ne cesse de grandir à un rythme accéléré. Certains considèrent que ceci peut être bénéfique -du moins de façon temporaire- pour l'économie locale, puisque cette activité crée des postes de travail et favorise la circulation de l'argent. Mais, à long terme, les résultats sont vraiment désastreux. En une fin de semaine, en travaillant jour et nuit, on dresse un bâtiment là où poussait la veille une mangrove florissante. Cet écosystème aquatique, qui est vital pour la vie de la faune côtière et corallienne et même pour la chaîne alimentaire de tant de mammifères, est actuellement sacrifié au bénéfice de capitalistes qui investissent dans des hôtels, des magasins, des terrains de golf et des salles de congrès bâtis au détriment d'une des ressources naturelles les plus précieuses du monde. Même dans le cas où ces installations seraient construites sur la terre ferme, à l'arrière des marais, elles auraient des conséquences négatives en raison des pesticides et autres substances chimiques qui s'écouleraient vers la mangrove.

L'ONG "Pueblo del Corredor Maya de Cancún", avec l'appui du Mangrove Action Project, a organisé une campagne pour freiner le projet de construction d'un hôtel de grandes dimensions qui affectera les mangroves de Quintana Roo, sur la côte caraïbe.

Les mangroves de la côte du Pacifique sont elles aussi menacées. La situation dans la région des Marismas Nacionales de San Blas Nayarit est toujours critique à cause, en partie, de l'indifférence évidente des autorités. Les engagements internationaux pour la protection de cette zone fragile n'ont pas été respectés. Le Groupe Ecologique Manglar a dénoncé que, dans ce cas en particulier, c'est l'entreprise crevettière Aquanova Farms qui est responsable de la destruction. Mais une fois seulement, en octobre 1998, les autorités ont-elles donné une réponse aux nombreuses plaintes des environnementalistes, et cette réponse a consisté dans la justification des activités de l'entreprise en question. Le rapport officiel a établi que l'enquête n'avait pas trouvé des preuves suffisantes de violation des normes et, de ce fait, l'affaire a été classée. Elle a été soumise également à la Commission de Coopération environnementale Canada-USA-Mexique, qui s'est engagée à l'étudier. En attendant, une large étendue de mangroves se perd chaque jour à cause de l'assèchement des cours d'eau et des lagunes provoqué par l'expansion des étangs d'élevage d'Aquanova. (Bulletin Nº 22 du WRM, avril 1999).

L'opposition croissante à l'élevage industriel de crevettes

La crevette, considérée comme "l'or rose" du pays, est devenue le centre de la pêche d'exportation du Mexique en raison de son importance et de sa valeur commerciale sur le marché international, et en particulier aux Etats-Unis. Cinq états mexicains le long de la côte du Pacifique (Sonora, Sinaloa, Nayarit, Oaxaca et Chiapas), et deux sur la côte Est (Tamaulipas et Campeche) se sont adonnés à l'aquaculture crevettière.

Sinaloa est à l'heure actuelle l'état qui a le plus grand nombre d'exploitations de crevettes, et les niveaux de production les plus élevés. C'est aussi l'endroit où les problèmes environnementaux associés au développement de cette industrie sont les plus évidents. La prolifération rapide des fermes crevettières est en train d'affecter les écosystèmes côtiers et les communautés rurales qui dépendent des ressources que ces systèmes leur fournissent.

En dépit des réglementations existantes, les avis sont unanimes sur le fait que l'industrie aquacole est en train de transformer les écosystèmes côtiers de Sinaloa d'une manière qui affecte les moyens de subsistance et la qualité de vie des habitants de nombreuses communautés rurales du littoral. L'effet de la production de crevettes sur les écosystèmes est un problème environnemental clé, et il l'est encore davantage dans la région Sud de l'état, où un seul système de lagune peut contenir plusieurs fermes de crevettes. Pendant la saison des pluies, les lagunes de la région sont l'habitat et la frayère de post-larves et de diverses ressources aquatiques, qui constituent la base de la pêche commerciale et sont également exploitées par les collectivités rurales du littoral comme propriété commune. Lorsque ces lagunes sèchent avec la fin des pluies, l'activité traditionnelle est l'extraction du sel, autant pour la consommation familiale que pour le compte de quelques coopératives.

A l'heure actuelle, afin de garantir l'approvisionnement permanent en eau des fermes de crevettes, des canaux ont été creusés pour relier les lagunes aux estuaires ou à l'océan, ce qui provoque une inondation permanente. Le gouvernement a octroyé des concessions, à des investisseurs privés pour la plupart, destinées à l'installation d'exploitations de crevettes dans ces lagunes littorales. D'autre part, les concessions ont transformé un écosystème côtier d'une grande diversité en un système de monoculture. Ceci a provoqué une augmentation de la marginalisation et du déplacement de secteurs sociaux et a provoqué une méfiance croissante à l'égard des agences gouvernementales chargées du développement de l'aquaculture industrielle. En transformant les lagunes de propriété commune en une ressource de propriété privée, les concessions ont exacerbé les conflits sociaux à Sinaloa.

La décharge de l'eau des étangs de crevettes est considérée comme une des sources de contamination les plus récentes et les plus graves des eaux côtières de Sinaloa. Les eaux usées des fermes de crevettes contiennent de grandes quantités de matériel organique, de fertilisants, de substances chimiques et d'antibiotiques, qui provoquent l'eutrophisation des lagunes et des systèmes des estuaires. A Sinaloa, les eaux usées de l'aquaculture de la crevette ont été liées à la formation d'effleurements de phytoplancton et à l'apparition de marées rouges dans les eaux littorales.

Un autre problème environnemental est l'impact de l'industrie sur les écosystèmes de mangroves. Il y a au Mexique environ 123 lagunes littorales, et la plupart d'entre elles sont bordées de marécages de mangroves. Le Mexique est l'habitat de quatre espèces de palétuvier: le palétuvier rouge (Rhizophora mangle), le palétuvier blanc (Laguncunaria racemosa), le palétuvier noir (Avicennia germinans), et le palétuvier à boutons (Conocarpus erecta L.). Les mangroves du Mexique couvrent environ 660 000 hectares. Celles de Sinaloa sont le lieu de nidification et d'alimentation d'un grand nombre d'oiseaux résidants et migrants, et les frayères de la crevette qui est la base de l'industrie de la pêche côtière. Les arbres sont utilisés par les populations rurales pour le bois de chauffage et de construction. Avec le temps, les écosystèmes de mangroves de Sinaloa ont été transformés par l'extraction minière, l'agriculture et l'élevage. A l'heure actuelle, l'industrie crevetticole contribue elle aussi à la modification écologique de ces écosystèmes. Il a été estimé que vers la fin de 1994, 10 000 hectares de forêts de mangliers ont été détruits pour y construire des étangs de production de crevettes. Les effluents non traités de ces étangs contribuent eux aussi aux dégâts.

La préoccupation mondiale concernant les conséquences négatives de la production commerciale de crevettes sur l'environnement et sur les êtres humains a contribué à l'apparition de plusieurs mouvements sociaux de base qui s'opposent à l'expansion de cette industrie. Parmi les causes qui ont provoqué cette résistance figure l'inquiétude des habitants de la zone face à la pollution croissante et à la perte des ressources communes à tous. Au Mexique, la résistance à l'expansion de l'industrie commence petit à petit à se manifester, et la plupart des activités d'opposition sont conduites par plusieurs coopératives de pêcheurs au sud de Sinaloa et au nord de Nayarit. Les activités de ces coopératives incluent des confrontations avec le personnel des fermes crevettières et des négociations avec les organismes gouvernementaux, destinées à limiter l'expansion de l'industrie.

Parmi les organisations de base les plus importantes qui s'opposent à l'aquaculture à grande échelle près des pêcheries figure la Fédération de Coopératives de Pêche du Sud de Sinaloa ("Los Guerreros del Sur"), qui regroupe 21 coopératives incluant un total de 2000 pêcheurs. En 1998, les Guerriers du Sud se sont ouvertement opposés à la construction d'une ferme crevettière dans la zone qui leur avait été octroyée pour la pêche; ils ont affirmé que sept coopératives n'allaient plus pouvoir pêcher dans les lieux, parce que la ferme allait envahir leur place. La Fédération avait déjà évité l'établissement d'une ferme crevettière dans une autre communauté des environs. Dans ce cas-là, elle avait reçu l'appui de la plupart des membres de la communauté, et la ferme n'avait pas été construite. Les membres de la Fédération s'opposent aussi activement à la récolte de larves de crevette sauvage dans les zones côtières proches des pêcheries. Dans certains cas ils se sont présentés avec des massues pour confronter des biologistes et d'autres employés des exploitations crevettières et leur exiger d'arrêter la récolte de larves. Plusieurs coopératives de pêche du Nord de Nayarit se sont également opposées à l'installation d'une ferme crevettière près de leur zone de pêche. Dans ce cas, les pêcheurs ont accusé une entreprise privée d'avoir détruit de grandes étendues de mangroves par leurs activités aquacoles. Une organisation environnementaliste, Grupo Manglar, est venue se joindre à la lutte des coopératives de pêcheurs.

A mesure qu'un nombre croissant de personnes prendront conscience des conséquences potentielles de la production industrielle de la crevette, les coopératives de pêcheurs et les groupes communautaires qui s'opposent à l'expansion de cette industrie recevront davantage d'appuis. Il n'y a aucun doute que l'élevage industriel de la crevette a provoqué des impacts écologiques et sociaux importants, qui vont à long terme conduire à une dégradation encore plus grande de l'écologie littorale et marine, et affaiblir la capacité de subsistance des foyers ruraux. (Bulletin Nº 51 du WRM, octobre 2001).

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