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Bangladesh Les mangroves menacées par la prospection du pétrole et du gaz Au Bangladesh, les forêts tropicales qui subsistent encore sont en voie de disparition. Toute la région continentale du pays ainsi que les espaces sous-marins sont en train d'être peu à peu octroyés en concession pour y faire de la prospection pétrolière et gazière. Même les "Sundarbans", qui représentent la plus grande forêt de palétuviers de la planète, le seul habitat rémanent du tigre royal de Bengale et une partie du patrimoine mondial, commencent à être envahis par les activités de recherche de pétrole et de gaz. La zone en péril comprend l'un des 23 secteurs du territoire national, délimités par le gouvernement et destinés aux activités de prospection pétrolière et gazière des sociétés transnationales. Cette mesure de délimitation par secteurs a déjà été mise en application dans près de la moitié du territoire national et concerne plusieurs écosystèmes riches en diversité biologique telles que les forêts vierges de la région des collines à l'Est du Bangladesh s'étendant depuis l'Himalaya jusqu'à la baie de Bengale. Les Sundarbans sont une vaste portion de mangroves situées au sud-ouest du Bangladesh et constituent la partie la plus basse du delta du Ganges. Leur nom provient du terme "Sundari", qui désigne le grand manglier fournissant le précieux fioul. Ils s'étendent au long de 160 milles (260 km) sur la côte de la baie de Bengale, de l'estuaire du Hugli en Inde à l'estuaire du Meghna, au Bangladesh. Ils occupent également une bande intérieure allant de 60 à 80 milles (100 à 130 km). Un réseau de rivières de marée et de ruisseaux quadrillent de nombreuses îles. Au long de la côte, la forêt se transforme progressivement en mangroves, pratiquement inhabitées. Celles-ci constituent l'une des dernières réserves du tigre royal de Bengale et une aire dans laquelle un projet de préservation de cette espèce est en cours. Par ailleurs, elles abritent également d'autres mammifères, plus de deux cents espèces d'oiseaux, ainsi que des crocodiles et divers reptiles et amphibies. Les Sundarbans sont importants également en raison de leurs établissements piscicoles d'estuaire et parce qu'ils sont le refuge hivernal de plusieurs centaines d'oiseaux migratoires. La zone cultivée du nord produit du riz, de la cane à sucre, du bois et des noix d'arec, etc. Cette zone de mangroves unique au monde correspond au secteur 5 de la division territoriale réalisée par le gouvernement. Elle a été accordée en concession à Shell Oil et à Cairn Energy pour de la prospection pétrolière et gazière. Afin de faire face à cette situation, Les Amis de la Terre-Bangladesh ont démarré, en 1998, une campagne internationale visant à freiner la destruction des Sundarbans. (Bulletin du WRM Nº 15, septembre 1998). Polder 22 ou la lutte pour protéger les Sundarbans Le 7 novembre 1990, Koronamoyee Sardar a été assassinée par une bande armée de tueurs à gages dont le but était d'installer une ferme à crevettes dans le Polder 22 de Horinkhola. Les habitants locaux, menés par Koronamoyee, ont résisté à cette invasion. C'est en ce jour fatidique que Koronamoyee est devenue la martyre de leur cause. En effet, aux yeux du peuple, elle est toujours l'héroïne d'une lutte qui dure depuis plus de dix ans contre l'oppresseur qui les menace. Le sacrifice suprême de Koronamoyee n'est pas tombé dans l'oubli. Le 7 novembre de chaque année, une grande commémoration a lieu au Polder 22, au cours de laquelle des milliers d'opposants se réunissent pacifiquement afin de célébrer la mémoire de cette courageuse femme, leader d'un mouvement victorieux du peuple contre une industrie puissante et sans scrupules. Le Polder 22 de Horinkhola est aujourd'hui le seul village sans élevages de crevettes dans le district crevettier de Khulna. Une bataille importante a été gagnée, mais la guerre continue. Le directeur du Projet d'action pour les mangroves (MAP), qui a visité la région des Sundarbans le mois dernier, pendant la dernière réunion de la Commission directive de ISA Net, a été particulièrement surpris par la diminution de la surface de la plus grande forêt de palétuviers au monde, ainsi que par le courage de la communauté agricole du Polder 22 de Horinkhola dont les habitants ont résisté fermement pendant une large décennie à l'expansion désordonnée de l'industrie crevettière qui entoure leur communauté. Le Polder 22 ressemble à une zone de guerre; c'est une sorte d'île de résistance permanente au sein d'un océan tumultueux d'avarice industrielle et de corruption. Le Polder 22 est le dernier bastion des valeureux combattants prêts à lutter jusqu'à la fin dans cette guerre permanente qui sévit sur la planète Terre. Le Polder 22 de Horinkhola est une inspiration et une bénédiction dans cette existence terrienne que l'on appelle vie. Sans cette résistance devant cette tyrannie effrontée, l'avenir aurait-il quelque valeur? Les études biologiques indiquent que les trois facteurs principaux qui définissent la vie sont: la croissance, le mouvement et l'instinct de survie. Au Polder 22 de Horinkhola, nous avons été les heureux témoins d'un mouvement de croissance dont l'existence elle-même déterminera les possibilités de survie de la communauté. Même si la résistance du Polder 22 est forte, la production industrielle de crevettes est fermement décidée de son côté à envahir ce dernier vestige des terres agricoles traditionnelles. Jusqu'à quand pourront-ils résister, et pendant combien de temps nous souviendrons-nous de leur lutte qui brûle comme un feu parmi plusieurs feux? A titre d'illustration, nous citerons le témoigange de Khushi Kabir de Nijera Kori à Bangladesh, en mai 2001: "Dans le Polder 22 de Horinkhola, les mercenaires crevetticoles, menés par la police militaire locale, ont battu trois de mes confrères. Il y a des mercenaires armés dans cette région et nous subissons de fortes pressions et des menaces. Même si les habitants locaux -dont les fermiers- nous soutiennent, ils ont très peur d'exprimer leur soutien ouvertement. Heureusement, les groupes sans terre ainsi que notre staff restent courageusement dans le polder afin d'éviter que celui-ci se transforme en un champ d'élevage de crevettes " (Bulletin du WRM Nº 51, octobre 2001) . Une journée en hommage à Korunamoyee Sardar Tous les 7 novembre, une journée en hommage à la mémoire de Korunamoyee Sardar est célébrée à Harinkhola. J'ai demandé à quelques témoins de ce qui s'est passé il y a déjà dix ans de me raconter les faits. Voici leur témoignage: "Ce 7 novembre 1990, un homme riche appelé Wazed Ali Biswash et ses hommes de main ont débarqué à Harinkhola, au Polder 22. Wazed Ali Biswash avait projeté de déboiser des terres afin d'y installer un élevage de crevettes. A dix heures du matin, on était au courant de cette nouvelle. Nous nous sommes organisés et nous sommes allés tous ensemble à Harinkhola. En arrivant, les entrepreneurs crevetticoles ont tiré sur nous ils et ils ont jeté des bombes sur notre chemin. Korunamoyee a été blessée d'une balle à la tête et elle est morte sur le coup. Quarante-six autres personnes de notre groupe ont été gravement blessées et ont été hospitalisées à Khulna ou à Dhaka. L'incident a duré une heure jusqu'à ce que Wazed Ali Biswash et ses hommes ont pris leurs embarcations et sont repartis. Mais avant de s'éloigner, ils mutilèrent le corps de Korunamoyee en plusieurs parties et le jetèrent à la rivière afin de faire disparaître les preuves de leur crime. Nous avons eu beaucoup de mal à atteindre l'hôpital car Biswash et ses hommes avaient pris tous les bateaux, mais quand nous sommes finalement arrivés, les hommes de main de Biswash avaient prévenu les médecins qu'ils ne devaient pas nous soigner. Deux mois plus tard, nous sommes tous revenus au Polder 22, même si quelques-uns des membres de notre groupe sont encore aujourd'hui handicapés des suites des violences subies ce jour-là. Anuaria, par exemple, elle a perdu un il." Les plaintes correspondant à ce cas-ci ont été déposées à Paikgacha Union Parishad, devant l'administration du district de Khulna ainsi qu'au niveau gouvernemental, à Dhaka, mais sans aucun résultat. Quarante-cinq autres cas attendent également leur résolution et Wazed Ali Biswash est toujours en liberté. Le 7 novembre 1991, les propriétaires des fermes à crevettes sont venus pour provoquer des conflits le jour de la célébration, mais depuis cette date-là, ils ont pu honorer sa mémoire en paix. Un monument en mosaïque a été érigé en l'honneur de Korunamoyee à Harinkhola, ainsi qu'une dalle funéraire sur laquelle on peut lire: "Vivre c'est lutter; lutter, c'est vivre." Le 7 novembre de l'année en cours, je participerai à la journée hommage afin de présenter mes respects aux habitants sans terre de Bangladesh qui subissent la violence causée par les conflits à propos de la terre et des fermes à crevettes. Nous, les membres de Nijera Kori, serions reconnaissants à tous ceux qui pourraient, d'une façon ou d'une autre, avoir une pensée pour cette courageuse femme lors de cette journée en son hommage, afin que le soutien international se fasse sentir à Bangladesh. Les habitants sans terre ont construit un très beau monument en mosaïque à Harinkhola, en hommage à la mémoire de Korunamoyee. Mais il s'agit en réalité d'un monument en hommage aux innombrables victimes de la lutte permanente contre l'avarice et la violence, trop souvent associées de façon tragique à l'industrie crevettière. (Par: Asa Wistrand, Nijera Kori, Bulletin du WRM Nº51, octobre 2001). Birmanie La déforestation en amont et la culture de la crevette détruisent les mangroves Le WRM a dénoncé la disparition généralisée des forêts de la Birmanie, provoquée par les processus de déforestation -parmi lesquels l'exploitation commerciale du bois joue un rôle primordial- qui ont pour conséquence des impacts considérables sur l'environnement et sur les moyens de vie de la population locale. Un de ces impacts est la sédimentation des rivières. La déforestation en montagne dans toute la région centrale de la Birmanie déclenche des modifications environnementales diverses, telles que des éboulements de terres et l'érosion du sol. Une fois privé des nombreuses fonctions de protection, de cohésion et d'intégration que la forêt lui offre, le sol est prédisposé à subir des glissements et à générer des dépôts dans les lits des rivières. Ceci provoque des processus de sédimentation et des répercussions conséquentes en aval, dont l'impact subi par les mangroves. Le taux de sédimentation du fleuve Irrawaddy est le cinquième du monde, après le Yangtsé, le Gange, l'Amazone et le Mississipi. La vase qui se dépose dans l'Irrawaddy a des conséquences sur la mangrove du delta de ce fleuve, l'une des mangroves côtières de la Birmanie, qui figurent parmi les systèmes de mangroves les plus dégradés ou détruits de l'Indo-Pacifique. D'après des estimations préalables, si le taux de sédimentation enregistré entre 1977 et 1986 est maintenu, toutes les forêts de mangroves auront disparu dans cinquante ans. D'autre part, de plus en plus de mangroves sont converties en exploitations industrielles de poisson et de crevettes destinés surtout à l'exportation. En 1990, le Conseil de l'Etat pour la Paix et le Développement (State Peace and Development Council - SPDC) en exercice à l'époque a déclaré la Birmanie "ouverte à la libre entreprise". Pour le Service Commercial des Etats-Unis, la Birmanie offre "de bonnes possibilités" pour l'exploitation de la crevette. Shwe Ayeyar Co., Ltd. et Regal Integrated Marine Resources Ltd. ont signé le 2 mai 2001 un protocole d'accord pour un projet de production de crevettes dans l'ïle Kan Maw, dans la Division de Tanintharyi. A ce qu'on dit, il s'agirait du projet d'investissement étranger le plus grand dans le secteur de l'élevage. Le développement de la production industrielle de la crevette a pris de l'envergure en Birmanie depuis 1998, et se propage rapidement le long de la zone côtière. Les données officielles concernant l'année fiscale 1999/2000 faisaient état de 50 000 hectares environ d'étangs à poissons, ce qui représente un accroissement considérable par rapport à la décennie précédente. Ce qui aggrave encore la situation, c'est qu'il a été dénoncé que le processus d'exploitation industrielle de la crevette est lié au travail forcé, dans le cadre d'une économie fortement contrôlée par les militaires. D'après le Service d'Information Mon, le régime militaire actuel a maintenu un projet gouvernemental d'élevage de crevettes dans les villages de Kyauk Minaw et Kanyawbyin, dans la municipalité de Lauglon, exclusivement sur la base du travail forcé et de l'extorsion de la population locale et des producteurs de crevettes. Il est exigé aux producteurs locaux de fournir de jeunes crevettes, suivant des quotas fixés par le gouvernement, tandis que plusieurs villages locaux ont dû assurer la main d'uvre pour la construction de tous les étangs et bâtiments nécessaires. A l'autre bout de la chaîne, les crevettes importées de Birmanie sont servies à des consommateurs bien nourris (à qui l'on propose également d'acheter des meubles de teck, tirés d'arbres abattus de manière non durable dans les forêts birmanes), qui ne sont pas conscients de contribuer à la destruction généralisée de la société et de l'environnement, des ressources du pays et des moyens de vie de ses habitants. C'est ce qu'on appelle les bontés de la mondialisation. (Bulletin Nº 65 du WRM, decembre 2002). Cambodge L'interdiction de coupe est-elle la bonne solution au problème de la conservation des mangroves ? Les forêts du Cambodge sont menacées par les activités des exploitants forestiers vietnamiens. Mais ce n'est pas là le seul problème auquel doivent faire face les forêts cambodgiennes. La moitié des mangroves de la province de Koh Kong ont été taillées afin d'y installer des cultures crevettières ou bien de profiter de leur bois, destiné à la production de charbon de haute qualité. Parmi les 10 000 hectares de mangroves qui se trouvaient dans cette province, seulement 5 000 subsistent aujourd'hui. Cinq ans auparavant, le ministère de l'Environnement avait déjà signalé que la coupe des mangroves causerait des dommages irréparables au secteur de la pêche ainsi qu'à la faune sylvestre de cette région. Au début, le principal problème était dû à la coupe des mangroves par des industriels crevettiers mais, suite à la crise de cette industrie, la principale activité responsable aujourd'hui de la destruction des mangroves est la production de charbon. Le gouvernement provincial a émis une interdiction de coupe concernant les mangroves, théoriquement destinée à assurer l'équilibre développement - préservation. La mesure a été bien accueillie par les ONG environnementalistes cambodgiennes qui considèrent que, même si le motif de l'interdiction peut être considéré cynique, c'est un effort visant à éviter la totale disparition de ce type de végétation. Des organisations de la société civile ont également souligné qu'il est nécessaire de créer des emplois alternatifs pour les personnes qui vivaient grâce à la production de charbon. Certaines zones de la province de Koh Kong sont prêtes à mettre fin à la coupe destinée à l'obtention de bois. Cependant, des communautés locales ont dénoncé le commerce de bois qui a lieu dans d'autres endroits, protégé par les militaires. Et le problème concernant les gens qui gagnent leur vie dans le secteur de la production de charbon persiste. Par exemple, An Samnang, un des travailleurs de ce secteur, originaire de la province de Prey Veng, explique qu'il s'est tourné vers la production du charbon à Koh Kong lorsque les récoltes de sa terre natale furent mauvaises. Même si le travail associé au charbon est risqué et oblige Samnang à habiter une zone touchée par le paludisme, ce travail lui permet de gagner sa vie. Si l'on veut maintenant sauver les mangroves, il serait insuffisant -et socialement injuste- de mettre en place une mesure d'interdiction de coupe comme seul moyen de sauvegarde. Les gens, aussi bien que les mangroves, ont besoin de solutions capables d'assurer leur survie. (Bulletin du WRM Nº 21, mars 1999).
Dans les années 90, le gouvernement du Cambodge, soutenu par la Banque mondiale, a envisagé de promouvoir l'élevage industriel de crevettes dans la zone côtière du pays. En 1993, le Projet d'action pour les mangroves (MAP - Mangrove Action Project) entre autres a permis d'empêcher l'installation de la société agro-industrielle thaïlandaise Charoen Pokphand dans les mangroves côtières du Cambodge, où celle-ci envisageait de développer l'élevage de la crevette géante tigrée. Cependant, le projet n'a pas été oublié et, par la suite, de nouveaux investisseurs thaïlandais ont financé, au Cambodge, des activités d'élevage intensif de crevettes tigrées, en important du matériel, du savoir-faire et même des rations pour crevettes. La province de Koh Kong, qui a une longue frontière avec la Thaïlande, a été envahie par des bassins d'élevage de crevettes et l'avenir de la région s'annonçait prometteur grâce à cette industrie. Mais en 1994, la fièvre de la crevette atteignit le Cambodge. Et de même qu'en Thaïlande et au Taiwan, cette maladie est devenue encore une fois le plus grand ennemi de l'industrie crevettière intensive. On s'attendait, après cela, à ce que ces activités -qui, de continuer, entraîneraient la destruction d'encore plus de mangroves- seraient interrompues. Le gouvernement lui-même admettait que la surface des mangroves cambodgiennes s'était réduite, passant de plus de 63 000 hectares existants en 1992 à moins de 16 000 en 1995, et le ministre de l'Environnement responsabilisait de ce fait l'élevage industriel de crevettes et ses activités destructives. Il a ainsi interrompu temporairement l'octroi de nouvelles licences d'élevage. Cependant, des licences de culture crevettière étaient encore octroyées par le Département piscicole après 1995, Ce n'est que récemment, lorsque la situation s'est vraiment dégradée, que l'octroi de nouveaux permis a été définitivement interrompu. Aujourd'hui, les bassins crevetticoles -qui étaient supposés apporter la prospérité à la province de Koh Kong- ont été abandonnés, là où des mangroves fleurissaient auparavant. Les capitaux thaïlandais ont également abandonné le pays probablement pour établir leur industrie ailleurs, là où des mangroves sont encore sur pied. Cinquante pour cent des mangroves de la planète ont déjà disparu et la culture industrielle de crevettes est la principale cause de ce désastre environnemental. Combien de temps faudra-t-il encore attendre jusqu'à ce que l'émission de nouvelles autorisations concernant ces activités industrielles soit définitivement interrompue? (Bulletin du WRM Nº33, avril 2000). Inde Violences contre des pêcheurs locaux Le lac Chilika est l'une des plus grandes masses d'eau saumâtre qui existent en Asie à l'intérieur des terres et son importance écologique est immense en raison de la biodiversité unique et variée qu'il abrite. Bien que Chilika ait été déclaré une terre humide d'importance internationale par la Convention de Ramsar, l'industrie crevettière a menacé de s'y établir à travers les activités mafieuses du puissant groupe industriel Tata-House qui envisageait d'installer plusieurs fermes à crevettes industrielles sur les rives du lac. Le projet Tata-House a été interrompu suite à une décision judiciaire et la construction des bassins crevettiers s'est arrêtée à mi-chemin, ce qui a constitué, à ce moment-là, une importante victoire. Cependant, quelque temps après, des fermes à crevettes de moindre taille ont été discrètement et illégalement installées, gérées par des investisseurs moins notoires. Au long des années, les activités de ces fermes crevettières plus petites ont créé de nombreux problèmes aux habitants locaux et elles ont dégradé l'environnement de Chilika. Aujourd'hui, le torchon brûle. Une horrible tragédie a eu lieu au lac Chilika. D'après un rapport du Forum national des pêcheurs de l'Inde et du Forum mondial des travailleurs de la pêche, quatre manifestants -dont une femme- ont été tués, et treize autres personnes ont été bléssées au cours d'une répression policière dans l'état de Orissa. Les victimes sont des habitants des hameaux de pêcheurs qui s'opposent à l'industrie crevettière de Chilika. La Cour Suprême de l'Inde a rendu un jugement historique contre l'aquaculture à Chilika en interdisant l'installation de fermes à crevettes à moins de 1 000 mètres du lac. L'organisation des travailleurs de la pêche a alors lancé un ultimatum, expirant le 29 mai, pour démolir les infrastructures crevettières. Passé ce délai, ils ont eux-mêmes détruit 11 fermes à crevettes illégales. C'est alors que la police a réagi violemment. Elle a fait une descente dans le village, frappant ses habitants sans merci, lançant des gaz lacrymogènes et tirant sur eux. Banchhanidhi Behera est mort sur le coup, et Digambar Behrera et Prema Behra sur le chemin de l'hôpital. Une autre victime est décédée plus tard à l'hôpital. Le Forum national des pêcheurs de l'Inde et le Forum mondial des travailleurs de la pêche ont condamné l'incident, ont protesté fermement contre cette action policière, ont demandé le retrait de la Loi aquicole et le châtiment immédiat des coupables. Le Forum a exprimé son inquiétude en ce qui concerne la façon dans laquelle les autorités sont en train de gérer la situation et s'inquiète pour la sécurité personnelle des leaders du mouvement populaire ainsi que pour celle de ses adhérents. Cette organisation exige également une compensation pour les familles des victimes décédées ou blessées ainsi que des soins médicaux appropriés. Un appel a la grève à été lancé pour le 5 juin. Ce jour-là, les correspondances ferroviaires et routières vers la côte est du pays ont été paralysées. Les pêcheurs ont bloqué les voies ferrées dans de nombreux endroits entraînant la paralisation de certaines gares. Depuis le matin, des travailleurs de la pêche se sont assis sur des rails à Rambha, Khallikote, Bhusandapur et autres gares. Dans la gare de Bhubaneswar, 600 femmes accompagnées de leurs enfants ont immobilisé le Chennai-Howrah Koromandal Express. Huit départs ont été annulés. En dehors du secteur du transport, l'impact de la grève dans le reste de l'état de Orissa a également été important. Dans la capitale, Bhubaneswar, le succès a été complet et les commerces étaient fermés. Des milliers de pêcheurs de Chilika et des zones environnantes avaient formé un mur humain dans la ville entraînant l'interruption du traffic. L'absentéisme aux bureaux a été important. La police a arrêté 2 000 personnes dont des pêcheurs et des travailleurs appartenant à des groupes politiques différents. Les ONG environnementalistes et sociales de l'Inde ont lancé un appel international de protestation adressé au premier ministre de l'inde et aux autorités de l'état de Orissa, où se sont déroulés les faits. Dans la lettre adressée au premier ministre Vajpayee, "le gouvernement est censuré, ainsi que les événements lamentables qui se sont succédés à Orissa, en Inde, au cours desquels quatre pêcheurs ont été assassinés et 13 autres bléssés lors d'une action policière contre des manifestants qui s'opposaient à la construction d'établissements d'élevage de crevettes dans le lac Chilika. Le lac Chilika a été occupé par l'industrie crevettière soutenue par les politiciens et les bureaucrates locaux, malgré le jugement historique rendu par la Cour Suprème de l'Inde interdisant l'installation de ferme à crevettes à moins de 1 000 mètres du lac. A la suite de l'installation illégale de fermes à crevettes, les pêcheurs de Chilika, soutenus par la Forum national des travailleurs de la pêche, ont protesté contre l'installation de ces élevages et les ont dénoncé devant les autorités. Le gouvernement de l'inde doit entreprendre des actions contre les responsables de la mort de ces citoyens de Chilika et poursuivre ceux qui ont établi des fermes à crevettes ou continuent à les exploiter, en violant la décision de la Cour Suprême de l'Inde." (Bulletin du WRM Nº 24, juin 1999). Indonésie Des opposants à l'élevage industriel de crevettes arrêtés Les étangs d'aquaculture industrielle de crevettes sont en train d'occuper de plus en plus de terres dans des zones de mangroves et de terres agricoles dans de nombreux pays du sud. Cette expansion est fortement résistée par les habitants locaux qui, en plus de perdre leurs terres et leurs moyens de vie, sont poursuivis et punis à cause de leur opposition. Parfois, les paysans sont obligés de devenir des employés exploités par les sociétés crevettières. Un exemple indonésien illustre cette réalité. Suite à l'arrestation arbitraire d'un groupe de petits fermiers opposés à l'industrie crevetticole, le bureau européen -à Oxford- du Mouvement mondial pour les forêts tropicales (World Rainforest Movement - WRM) a adressé aux autorités indonésiennes la lettre suivante: "Le Mouvement mondial pour les forêts tropicales est profondément inquiet après avoir pris connaissance que Mr Endang Suparmono, arrêté le 8 février 1999 ainsi que les autres fermiers arrêtés vers la fin de l'année 1998 sont encore privés de liberté, malgré les évidences qui indiquent que les fermiers accusés faisaient partie des nombreux employés lourdement exploités par la société crevetticole PT Wachyuni Mandira. Nous sommes au courant du fait que les 170 000 hectares occupés par les fermes à crevettes de PT Wahyuni Mandira's situées dans le district de Ogan komering Illir ont été le cadre de violents conflits, après trois ans de mésentente entre la compagnie et les fermiers locaux au sujet des compensations pour les terres, des contrats et des accords de crédit. Nous avons apris qu'une équipe de la Commission nationale des Droits de l'Homme, qui a visité la zone vers la fin de l'année 1998, a donné raison aux fermiers en reconnaissant que les contrats qui avaient été passés étaient effectivement injustes. Par ailleurs, on a découvert que l'Étude d'impact nécessaire à la réalisation du projet n'avait pas été finalisée et que la société agissait donc en dehors de la loi. D'autres rapports ont donné raison aux fermiers, qui affirmaient être traités comme des esclaves sous le contrôle absolu de la compagnie. Il a été signalé également que l'arrestation de Endang Suparmono a eu lieu sans qu'il y ait aucune preuve de sa participation aux actes de violence contre les installations de la compagnie. Il a été arrêté uniquement en tant que leader des fermiers qui manifestaient afin de revendiquer de meilleures conditions de travail. Compte tenu de la nature profondément injuste de la détention de Mr Endang et de celle des autres fermiers arrêtés lors du conflit opposant ladite compagnie aux éleveurs locaux, nous vous invitons vivement à prendre les mesures nécessaires à la libération immédiate des fermiers ainsi que pour traduire en justice la société PT Wachyuni Mandira." (Bulletin du WRM nº 21, mars 1999). La crevetticulture industrielle créé des tensions croissantes La crevetticulture a été développée en Indonésie pendant des centaines d'années. La culture se faisait dans des champs de riz ou dans des bassins, en même temps que la pisciculture et sans altérer les mangroves de façon significative. Suite à l'augmentation récente de la demande de crevettes, la méthode employée est devenue intensive ou semi-intensive et ne respecte plus ni les écosystèmes ni les populations locales. La technologie moderne a été introduite en 1971, lorsque le gouvernement indonésien a construit la première écloserie à Sulawesi du Sud. Soutenu par la FAO et le PNUE (Programme des Nations unies pour l'Environnement), le gouvernement a installé en 1974, à Jepara (Java centrale), le Centre pour le développement de l'aquiculture d'eau saumâtre. Vers la fin de l'année 1989, plus de cent élevages avaient été installés sur le territoire indonésien. En 1984, le gouvernement indonésien a lancé un programme appelé INTAM (Intensification des tambaks ou bassins crevetticoles) visant à intensifier l'élevage de crevettes ainsi qu'à le développer dans d'autres localités. Entre 1983 y 1984, la Banque asiatique de développement et la Banque mondiale ont soutenu financièrement plusieurs projets importants d'élevage de crevettes. Vers la fin des années 80, le Programme des petits exploitants de plantations industrielles mères (Nucleus Estate Smallholders Scheme - NESS) a été introduit dans la culture crevettière et des fermes à crevettes à très grande échelle ont été planifiées et développées. La surface occupée par les bassins crevettiers est passée de 174 600 hectares en 1977 à 231 460 en 1989, et à 305 500 en 1998. Au cours des dernières années, des fermes crevetticoles individuelles ont été planifiées sur près de 170 000 hectares et le gouvernement a déclaré que 860 000 hectares de mangroves étaient disponibles pour y installer des bassins crevettiers (environ 25% des mangroves de l'Indonésie). D'après le programme gouvernemental Protekan 2003 (programme dont l'objectif est d'accroître les exportations du secteur de la pêche), le Département de l'Agriculture envisage d'exporter 677 800 tonnes vers la fin de l'année 2003, à la place des 97 228 tonnes exportées 1989 et des 117 847 exportées en 1998. Une des raisons de cette expansion est l'importance des devises étrangères rapportées par les exportations de crevettes lors de la crise financière de 1997-98 et cette rentrée providentielle de devises a fait que le gouvernement veuille maintenant exploiter au maximum ce potentiel crevetticole, sans tenir compte des impacts importants sur l'environnement et sur les populations locales associés à l'élevage industriel de crevettes. Tandis que les bassins traditionnels étaient situés principalement dans l'île de Java, la plupart des nouvelles entreprises se sont développées sur les îles extérieures de Sumatra, Kalimantan, Sulawesi et Irian Jaya et sont souvent associées à des programmes de transfert de population discutables. Les principaux marchés pour les crevettes indonésiennes ont été jusqu'à aujourd'hui Hong Kong, Singapour, la Malaisie et les Etats-Unis, mais de nouveaux marchés pourraient surgir en Europe. Les bassins traditionnels étaient des propriétés individuelles ou communales, tandis que la propriété des nouvelles entreprises tend à se concentrer aux mains d'un nombre réduit de compagnies. Actuellement, les trois plus grandes compagnies d'élevage de crevettes qui fonctionnent dans le cadre du programme NESS sont: PT Central Pertiwi Bratasena (PT.CPB), PT Dipasena Citra Darmaja (PT.DCD) et PT Wahyuni Mandira (PT.WM). PT.CPB, dont le 31% des actions est détenu par la multinationale crevetticole Charoen Pokphand de la Thaïlande, occupe 10 500 hectares et envisage de s'accroître de 15 000 hectares au même endroit. PT.DCD et PT.WM sont propriété du Groupe Gajah Tunggal et situées à Sumatra Sud et à Lampung, et occupent respectivement 16 500 et 30 000 hectares (dont 6 000 sont opérationnelles). En 1996, PT.CPB a exporté 17 000 tonnes de crevettes pour un montant de 114 millions de dollars. Entre-temps, PT.DCD a produit cette même année 19 853 tonnes dont 13 423 ont été exportées. PT.WM a commencé à fonctionner vers la fin de l'année 1996 et vient d'atteindre le stade de production maximale. Chacune de ces trois grandes compagnies contribue à hauteur de 20-30% aux exportations de crevettes indonésiennes. Il peut être affirmé que près de 70-80% des exportations indonésiennes de crevettes sont aux mains de trois compagnies (PT.DCD, PT.WM, PT.CPB). Les investissements étrangers sont présents mais ne concernent pas la gestion directe des fermes, exception faite de Charoen Pokphand à Bratasena et d'une compagnie française à Sulawesi. La plupart des investissements étrangers dans l'industrie crevetticole concerne l'alimentation des crevettes, la médecine et la technologie. Charoen Pokphand, Cargill et Comfeed sont les trois plus grandes industries supportrices. En Indonésie, depuis 1992, la production de crevettes a souffert du fait des virus, de même que dans plusieurs autres pays. De nombreux étangs ont été abandonnés à Java et à Sulawesi du Sud, et les investisseurs crevetticoles sont à la recherche de nouveaux endroits exploitables. Suite aux attaques des virus, le gouvernement a décidé d'importer l'espèce Penaeus Vannamei d'Amérique du Sud, une décision controversée étant donné que les études réalisées sur les impacts potentiels que pourraient causer l'introduction d'une nouvelle espèce dans le pays sont insuffisantes. Concernant les principaux impacts causés par l'élevage de crevettes, la documentation recueillie par les ONG et les chercheurs signalent que l'élevage incontrôlé de crevettes constitue une menace majeure pour les mangroves (car elles sont converties en étangs), voire même pour la production des champs de riz et des vergers (en raison de la salinisation de l'eau douce). L'élevage de crevettes est également à l'origine de l'érosion des côtes, de la sédimentation et de la pollution de l'eau, ce qui porte préjudice aux récifs de corail, aux herbiers ainsi qu'à la productivité des eaux côtières. La réaménagement des étangs abandonnés dû à l'acidification du sol est trop coûteux pour les populations locales ainsi que pour les unités gouvernementales. Quant à ce qui concerne les impacts sociaux, l'élevage de crevettes a créé de sérieuses tensions et des conflits entre les habitants locaux et les travailleurs étrangers, au sein de la communauté, ainsi que entre les habitants locaux et les investisseurs ou les compagnies. L'une des causes principales des conflits a été la spéculation et le vol de terres. Soutenues par les agences gouvernementales et par la police, les compagnies forcent les populations locales à renoncer à leurs terres sans compensation adéquate, voir même sans aucune compensation. La mise en application du programme "Inti-Plasma" ou NESS est une des caractéristiques particulières de l'élevage de crevettes en Indonésie. Suivant ce programme, une compagnie installe des étangs à crevettes sur de grandes parcelles (souvent des mangroves ou autres écosystèmes de terres humides) et passe des accords avec des petits fermiers qui lui achètent un ou plusieurs étangs ainsi que tout le nécessaire à l'élevage et par la suite lui vendent la récolte. Théoriquement, il est prévu que les petits cultivateurs paient leur dette à la compagnie dans un délai de 7-8 ans et deviennent des propriétaires à part entière de l'étang et d'une petite maison. Mais en réalité, toutes les conditions et les prix sont fixés par la compagnie, la comptabilité est également tenue par celle-ci et les petits propriétaires se retrouvent coincés dans un cercle vicieux de pauvreté et d'endettement. Même la vie sociale de ces petits cultivateurs se retrouve sous le contrôle absolu de la compagnie: il ne peuvent quitter l'établissement crevetticole que pendant quelques jours par an et uniquement pour les raisons autorisées par la compagnie et ils sont pénalisés en cas de retour tardif. Lorsqu'une récolte est mauvaise, les pertes ne touchent que les petits cultivateurs dont l'endettement s'accroît de plus en plus. Leur dépendance est totale par rapport à la compagnie et à ses pratiques injustes et louches; en fait, ils vivent en semi-esclavage. L'application du modèle NESS à l'élevage de crevettes à grande échelle a été à l'origine de sérieux conflits sociaux et a entraîné des violations aux droits de l'homme. Le Sud de Sumatra est le centre géographique des conflits concernant l'élevage de crevettes. Trois des plus grands établissements d'élevage de crevettes sont situés dans des zones environnantes à Sumatera (Wahyuni Mandira à Sumatra Sud, Dipasena et Bratasena à Lampung). Toutes les trois doivent faire face à de vives protestations des populations locales au sujet des droits sur les terres et des violations des droits de l'homme. Wahyuni Mandira Co. possède 30 500 hectares et envisage de s'étendre à 170 000. Avant le début de ses opérations en 1997, une partie des terres appartenait à des habitants locaux et le reste correspondait à une aire préservée. 2 200 cultivateurs ont été forcés de renoncer à leurs terres en échange d'une compensation minimale car le gouvernement provincial affirmait que les terres étaient propriété du gouvernement et que les habitants locaux n'avaient aucun droit sur celles-ci. Seulement 10% d'entre eux ont été invités à devenir petits cultivateurs de crevettes tandis que les autres ont été obligés de partir. Plus d'un millier ont résisté et sont restés dans des terres avoisinantes et dans des zones de mangroves. En novembre 1998, environ 1 600 cultivateurs (petits exploitants) ont protesté contre les conditions imposées par la compagnie. Frustrés par l'absence de réponse de la compagnie, du Parlement national de Jakarta, du gouvernement régional de Sumatra Sud ainsi que de la Commission nationale des droits de l'homme, les cultivateurs ont commencé à manifester en face du bureau de direction de la ferme. La situation s'est dégradée, hors de tout contrôle, dérivant en émeute. Quelques minutes après le début de l'émeute, des militaires ont cerclé la ferme et les cultivateurs se sont retrouvés piégés à l'intérieur de celle-ci pendant plusieurs jours et sans aucune nourriture. Finalement, plus de 30 cultivateurs ont été arrêtés, 16 d'entre eux condamnés à des peines de prison allant de 6 mois à 5 ans. La Cour n'a jamais tenu compte du fait que l'émeute avait été clairement organisée par la compagnie. Dans le but d'étendre les opérations de la ferme à 170 000 hectares, au cours de l'année 2000 la compagnie a construit des canaux traversant des terres appartenant à des habitants locaux ce qui a encore créé des tensions et des conflits. Par ailleurs, certains habitants locaux dirigent des fermes crevetticoles traditionnelles et la compagnie s'est installée dans leur zone sous la protection de l'armée et de la police. Des histoires similaires ont été dévoilées à Dipasena Farming, une ferme à crevettes proche gérée par cette même compagnie holding, où plus de 1 700 petits cultivateurs ont manifesté pour les mêmes raisons que dans le cas précédent, et de même à Shrimp Banggai Sulawesi farm, une joint venture indonésienne-française de 100 hectares. Les habitants locaux ont déposé une plainte contre ces compagnies mais attendent toujours une réponse du Tribunal inférieur. D'autres cas bien documentés ont eu lieu en Papouasie, à Maluku, et dans d'autres endroits de Sumatra. La résistance des communautés se doit non seulement aux droits sur les terres mais également aux impacts sur l'environnement. La communauté de Bengkulu, Sumatra, s'est opposée à la construction d'une ferme à crevettes dans la région pour des raisons environnementales. Plus récemment, le 15 août 2002, Central Pertiwi Bahari (CPB), connue également sous le nom de Bratasena farming, dans les provinces de Lampung, a été accusée par 147 habitants au cours d'un conflit portant sur 347 hectares de terres. La population locale affirmait que leurs terres avaient été occupées en 1995 par la compagnie sans verser aucune compensation. A ce moment-là, la population locale a adressé une plainte à la compagnie, au gouvernement local et au Parlement national mais elle n'a reçu aucune réponse. La compagnie assure aujourd'hui qu'elle donnera suite aux réclamations si le gouvernement le lui demande. Le système NESS est également très discriminatoire envers les femmes. Dans les fermes à crevettes à grande échelle, seulement les hommes adultes et ayant fait des études peuvent espérer d'y trouver un emploi. En cas de décès ou d'incapacité au travail des cultivateurs hommes, leurs femmes doivent quitter la ferme, abandonnant derrière elles tous les actifs correspondant aux versements réalisés par le couple.
En conclusion, le passage de l'élevage traditionnel de crevettes à l'élevage industriel qui est en train d'avoir lieu en Indonésie à un rythme rapide peut bénéficier à court terme le gouvernement ainsi que les gros investisseurs crevetticoles grâce aux rentrées de devises étrangères, mais le coût social et l'impact sur l'environnement associés à cette industrie l'emportent largement sur les bénéfices. Les communautés locales sont particulièrement marginalisées et exploitées dans les fermes NESS à grande échelle et les structures sociales locales subissent des tensions et des conflits croissants. (Par P. Raja Siregar, Bulletin du WRM Nº 51, octobre 2001). La destruction des écosystèmes de mangroves Les mangroves constituent un écosystème côtier primaire de grande diversité biologique. Elles sont propres aux régions tropicales et subtropicales, et ont traditionnellement été à la base des moyens de subsistance de la population locale en lui fournissant, parmi d'autres produits, de la nourriture (les mangroves sont la zone de frai et d'évolution de beaucoup d'espèces marines), du bois de chauffage, du charbon et du bois de construction. Elles ont également un rôle à jouer dans la réduction des inondations, elles contribuent à éviter l'érosion des bords des rivières, et permettent également d'atténuer les effets des vagues ainsi que, en une moindre mesure, ceux des vents forts, deux phénomènes associés à de nombreux orages tropicaux et subtropicaux. Bien que la barrière côtière de mangroves puisse être battue et endommagée par des tempêtes violentes, elle repousse naturellement et sans aucun coût, à la différence de toute barrière de protection côtière construite par l'homme. Et pourtant, les écosystèmes de mangroves sont en train de subir une destruction intentionnelle, pour faire place à des activités industrielles non durables. Les zones humides indonésiennes, qui comprennent des forêts de mangroves, des marais et des tourbières, ont régressé de manière significative et sont passées d'une superficie totale de 42,5 millions d'hectares en 1987 à 33,8 millions d'hectares l'année présente. La destruction des zones humides a été à l'origine de nombreux désastres dans le pays, dont des inondations annuelles, des sécheresses et la perte de diversité biologique. De vastes zones de mangroves en Indonésie et dans d'autres régions du Sud-Est asiatique ont été "développées" pour y installer des étangs de production commerciale de poisson et de crevettes. On estime que l'aire des forêts de mangroves est passée de 3,2 millions d'hectares en 1986 à 2,4 millions d'hectares en 1996, à cause de leur conversion en étangs pour la pisciculture et la production de crevettes. D'après les résultats d'une enquête conduite par l'Institut International pour la Recherche Aérospatiale et les Sciences de la Terre dans le delta du fleuve Mahakam, dans la région orientale de Kalimantan, dans la période qui va de 1982 à 1996 environ 17 429 hectares de forêts de mangroves ont disparu et ont été destinés à d'autres utilisations, en particulier à l'aménagement d'étangs pour la culture industrielle des crevettes. Hajrul Junaid, de l'ONG indonésienne Network for Forest Conservation (SKEPHI), a affirmé que les zones humides du pays ont été gravement endommagées, et que l'application d'une politique intégrée de la part du gouvernement central est devenue indispensable. "Mais le gouvernement doit intervenir rapidement, car le danger pour les zones humides est évident", a-t-il expliqué. (Bulletin Nº 65 du WRM, decembre 2002). Malaisie Une larme pour chaque crevette produite L'industrie crevetticole s'est développé rapidement en Malaisie à partir des années 80, suite aux réussites apparentes des pays voisins dans ce domaine: Thaïlande, Indonésie et Philippines. La Malaisie ne fait pas partie des principaux producteurs mondiaux de crevettes marines d'élevage étant donné que la surface consacrée à cette activité est d'environ 5 100 hectares (2 627 hectares en 1995), mais le gouvernement malaysien est fier de déclarer que la production moyenne du pays est la troisième au monde en importance après celle de Taiwan et de la Thaïlande. Des projets sont en cours afin de l'intensifier et de la développer davantage. Sur la base du Plan d'action pour la production d'aliments (secteur de la pêche) élaboré par le Département de la Pèche, la production prévue de crevettes marines (crevette queue rouge, Penaeus penicillatus, et crevette géante tigrée, Penaeus monodon) en 2010 est de 129 100 tonnes métriques, c'est-à-dire 13 fois plus importante que celle de 1998 (9 835 tonnes métriques). Au début des années 90, le gouvernement a identifié 110 000 hectares de mangroves adaptés à l'élevage de crevettes tigrées et a destiné, dans le cadre du sixième plan malaysien, 15,38 millions de ringgit au développement aquacole (un dollar vaut 3,8 ringgit). Les gouvernements provinciaux et les sociétés associées ont vite fait de céder des mangroves et des forêts marécageuses destinées à cette activité si destructive du point de vue environnemental, et ont même acheté de fertiles rizières dans ce même but. Personne n'a pensé aux impacts que cette destruction causerait sur l'environnement et sur les communautés dont la subsistance dépend des mangroves. Les principaux impacts causés par l'élevage de crevettes ont été la perte de mangroves, la pollution de l'eau et le déclin de la pêche littorale. Les mangroves ne représentent que 3% (environ 650 000 hectares) de la superficie totale de la Malaisie. La plupart des étangs apparus au cours des années 80 et au début des années 90 ont été installés au détriment des mangroves. Les pêcheurs locaux sont extrêmement inquiets au sujet de la perte croissante des mangroves qui a entraîné la diminution des stocks sauvages et l'extinction de plusieurs espèces commerciales de poisson dans certains endroits. La campagne d'évaluation réalisée par l'Association pour le bien-être des pêcheurs du littoral a révélé que 34 espèces de poissons ont disparu et que 50 autres, voire plus, se font rares dans les eaux proches de Penang. La destruction des mangroves côtières a également entraîné l'érosion des côtes. Les villages côtiers sont prédisposés à souffrir une érosion importante, battus par des fortes vagues et des tempêtes. La vie des villageois ainsi que leurs propriétés sont en danger pendant que la mer en furie est en train d'avaler la côte. Certains bassins ont été abandonnés à cause de l'érosion, des conditions du sol sulfaté acide et de la mortalité massive des crevettes à la suite de poussées épidémiques. Les cultivateurs ne font aucun effort pour réhabiliter les mangroves dégradées et, encore une fois, les communautés littorales pâtissent du développement de l'aquaculture de crevettes. Quoique l'élevage de crevettes ne soit qu'une petite industrie en Malaisie, les impacts sociaux sont déjà évidents. Parmi les plus inquiétants, la perte des moyens de vie et des revenus des petits pêcheurs du littoral due à la destruction des mangroves, à la diminution du nombre de poissons, aux changements négatifs introduits dans les pratiques agricoles, aux violations des droits de l'homme. Le projet crevetticole le plus controversé de la Malaisie se trouve à Kerpan (Kedah). Samak Aquaculture a été approuvée en tant que coentreprise (joint venture) en 1993. 60% de celle-ci est propriété d'une société d'Arabie Saoudite: Saudi Ben Ladin, 10% correspond au gouvernement de l'État de Kedah et 30% à une compagnie créée pour représenter les intérêts des propriétaires terriens et des éleveurs. Le soutien du gouvernement à l'aquaculture commerciale a énormément aidé des compagnies comme Samak. Mais l'aspect le plus répréhensible de tout le projet est que des terres qui appartenaient à des éleveurs locaux ont été expropriées par l'Etat au profit des entreprises. Initialement, le gouvernement municipal et Samak ont essayé de gagner la confiance des producteurs et des propriétaires terriens de Kerpan et de les convaincre de vendre ou de céder à bail leurs terres ou de participer au projet commercial. Quelques propriétaires ont accepté de se joindre au projet mais la plupart des plus grands propriétaires et agriculteurs, c'est à dire 800, ont refusé. Le gouvernement provincial a alors invoqué la Loi sur l'acquisition foncière afin d'exproprier plus de 1000 acres de rizières. Cette loi autorise le gouvernement à acheter toutes terres privées si les projets de développement prévus pour celles-là sont considérés économiquement favorables pour le pays. La compensation versée allait de 18 000 à 24 000 ringgit l'acre, mais les propriétaires ont refusé d'accepter ce dédommagement dérisoire. En janvier 1995, près de 100 producteurs se sont réunis sur le site du projet pour empêcher les excavatrices de rentrer sur leur terrain. Dans les jours suivants, des bataillons de police sont arrivés et une semaine plus tard, les bulldozers étaient sur le site. Les producteurs de riz ont contemplé avec impuissance les bulldozers détruire leurs cultures de riz en pleine saison de récolte. Les agriculteurs et les agricultrices qui n'ont pas pu supporter ce scénario se sont couchés sur la route pour empêcher le passage des véhicules. La police a alors arrêté 33 manifestants, 10 femmes et 23 hommes. Les femmes ont été libérées après trois jours de détention, mais les hommes ont dû passer une semaine en prison. L'un d'entre eux se lamentait sur son sort et disait "le plus dramatique c'est que nous, nous sommes les victimes de la situation, et eux, ils nous arrêtent parce que nous voulons tout simplement défendre nos droits". Sept ans après, le village est encore embourbé dans les conflits à propos des terres. Les viviers ont déjà été installés, mais les épidémies, les discussions légales, les problèmes de gestion et les conflits à propos des terres ont fait que, en sept ans de fonctionnement, le projet a perdu des millions de dollars et les exportations de crevettes n'ont toujours pas commencé. Pendant ce temps, les producteurs de Kerpan ont du mal à survivre, menacés par la pauvreté et la perte de leurs terres. Tel qu'un producteur de Kerpan l'a signalé: "Ici, chaque crevette produite représente une larme de l'un d'entre nous. C'est ainsi que nous mesurons notre souffrance." (Par Meenakshi Raman, Bulletin du WRM Nº 51, octobre 2001). Les mangroves de Penang et la conservation de la biodiversité L'Association pour le bien-être des pêcheurs côtiers de Penang a tenu récemment un atelier sur l'importance des mangroves. Les pêcheurs ont pu alors mettre en relief ce qu'ils savaient déjà, à savoir, que les mangroves sont inhérentes à leur subsistance étant donné que celle-ci dépend de leur capture de poisson. Sans mangroves, il n'y aurait pas de poissons dans la mer, celles-là jouant un rôle vital d'intermédiaires entre les écosystèmes marins et terrestres. La mangrove est un écosystème riche, abritant plusieurs espèces aquatiques -toutes sortes de poissons, escargots, coques européennes, crevettes et crabes-, des reptiles tels que les serpents et les varans (grands lézards carnivores d'Afrique et d'Asie), des oiseaux locaux et migratoires, des insectes, et des mammifères tels que les singes, les sangliers et les loutres. La marée crée des marécages où poussent des arbres possédant un système de racines complexe qui émergent de la vase et constituent le paradis de plusieurs espèces aquatiques qui trouvent là un abri idéal à leur reproduction et à l'alimentation de leur progéniture. Mais les mangroves remplissent également d'autres fonctions: leurs puissantes racines raffermissent le sol et protègent le littoral de l'érosion, des tempêtes et des inondations. Par ailleurs, le bois des palétuviers peut être utilisé pour la construction de digues, de maisons, de clôtures et de bornes. Il peut être utilisé également en tant que combustible, et même le processus de sa transformation en charbon est bénéfique: sa fumée est canalisée dans un entonnoir où la condensation la transforme en eau. Cette eau a des qualités médicinales utiles au traitement de la toux et des maladies de la peau. Même l'écorce de ces arbres a la propriété de renforcer les tissus et les filets, en les faisant bouillir dans l'eau, ce qui s'avère très utile pour les pêcheurs. Et en utilisant la technologie adaptée, l'écorce sert également en tant que peinture antirouille de protection pour bateaux et digues. En tant que source de nourriture, les fruits de la mangrove sont comestibles et ses feuilles servent d'aliment aux chèvres et aux moutons. Par ailleurs, le miel des abeilles qui construisent leurs ruches dans une mangrove est considéré plus puissant car ces abeilles sont en général plus grandes et plus sauvages. Les racines sont adaptées à la confection de manches de haches et de couteaux. Cependant, toutes les qualités de cet écosystème complexe et généreux sont en train d'être détruites. Dans l'île de Penang ne subsistent que 900 hectares de mangrove dont seulement la moitié est considérée réserve forestière. Depuis 1966, ont été détruits 130 hectares de mangrove par an. Malheureusement, ce processus a lieu dans le monde entier et il est associé à l'élevage industriel de crevettes développé par les grandes corporations. A Balik Pulau, Penang, ce qui était auparavant une bordure de mangroves exubérantes a été envahi par des centaines d'hectares de viviers crevetticoles à Kuala Sungai Pinang et à Pulau Betong. La même chose se répète à Sungai Chenaam et à Bau Kawan (Seberang Perai Selatan). Les pêcheurs côtiers de Batun Kawan se rappellent que, dans un passé récent, ils n'avaient pas besoin d'aller pêcher loin de la côte puisque la mangrove leur fournissait leur capture du jour et même plus. Actuellement, cette zone est envahie par des routes et des bâtiments, et la rivière Jejawi est polluée par les nombreux produits chimiques utilisés dans l'aquiculture. Les pêcheurs ont signalé que là où les mangroves ont été abattues, la pêche diminue progressivement d'année en année. Lorsque l'on détruit une mangrove, on détruit également l'intégralité de l'écosystème abritée par celle-ci et tous les bénéfices à long terme qu'elle fournit sont irrémédiablement perdus. Les activités à but lucratif (qui ne bénéficient que quelques-uns) qui s'y développent constituent un pillage irresponsable des ressources des villageois et la destruction de la biodiversité, celle-là même que le gouvernement malaysien s'est engagé à protéger. Le gouvernement malaysien, pour être cohérent avec les accords internationaux, devrait soutenir les pêcheurs -qui veulent conserver la diversité biologique- contre l'industrie crevetticole qui n'aspire qu'à réaliser des bénéfices. Le fera-t-il? (Bulletin du WRM Nº 56, mars 2002). Philippines L'élevage industriel de crevettes et la dégradation des mangroves Dans les années 80, l'élevage de crevettes s'est transformé en industrie lorsque la disponibilité commerciale des nouvelles technologies taiwanaises et les prix d'exportation attirants ont fait naître la "fièvre de la crevette" qui s'est emparé du pays, ainsi que du reste de l'Asie. Les fermiers philippins ont remplacé le milkfish (chanos chanos) par la crevette et ils ont également intensifié leurs systèmes de culture en substituant aux modalités traditionnelles et extensives des stocks de plus grande densité. Par ailleurs, la hausse des prix nationaux ainsi que la consommation de crevettes ont encouragé les cultivateurs de canne à sucre de la province de Negros Occidental à se tourner vers la monoculture de la crevette tigrée (Penaeus monodon) et à intensifier leurs systèmes d'élevage en installant des infrastructures aquacoles plus chères, ce qui a fait augmenter du coup la production de crevettes aux Philippines. L'accroissement de l'aide extérieure au développement de l'aquiculture, ainsi que les réformes des politiques d'investissement aux Philippines qui avaient commencé à être mises en place par le gouvernement d'Aquino vers la fin des années 80, a favorisé le développement de l'industrie crevettière naissante, ce qui a entraîné une croissance radicale de la production jusqu'à la moitié des années 90. Cependant, l'épidémie généralisée de "bactérie lumineuse" qui a touché les îles Visayas occidentales (en grande partie en raison des mauvaises pratiques agricoles et environnementales), a entraîné le collapsus spectaculaire de la production crevettière, particulièrement à Negros Occidental. Vers la fin de l'année 1996, on estimait que pour dix fermes à crevettes existantes, seulement une était en fonctionnement dans cette province qui était auparavant le centre de la culture intensive de crevettes. J. H. Primavera analyse, dans "Development and Conservation of Philippine Mangroves: Institutional Issues" (1998), les "histoires entrelacées des bassins aquicoles et des mangroves philippines", et souligne la dégradation des écosystèmes de mangrove et la perte de biens et de services associés à cette ressource comme étant les impacts les plus importants de l'élevage de crevettes. Il a signalé, également, la corrélation entre la production de poisson et les aires crevettières et de mangroves: au cours des années, lorsque les zones de mangrove diminuaient, les prises de poisson près de la côte diminuaient également; par contre, l'étendue des bassins d'eau saumâtre ainsi que la contribution du secteur aquicole à la production halieutique totale des Philippines ont augmenté. Par ailleurs, "la politique nationale, qui encourage l'élevage en bassins d'eau saumâtre, provient de la croyance que les mangroves et autres terres humides sont des terres en friche" a rajouté J. H. Primavera. Le Bureau des ressources piscicoles et aquicoles (Bureau of Fisheries and Aquaculture Resources - BFAR), l'organisme responsable d'assurer la protection et l'aménagement des ressources fluviales et maritimes, insiste sur le fait que sa dernière initiative, le programme Aquiculture pour le développement rural (ADR), s'éloigne clairement de l'ancien paradigme trop axé sur la technologie et la production. Cependant, même si l'on affirme que ledit programme est "basé sur les masses et sur une technologie simple et respectueuse de l'environnement" et conçu dans le but de résoudre "l'éternel problème de la pauvreté rurale", il semblerait qu'au fond c'est toujours la même histoire qui se répète. L'objectif est d'augmenter la production aquicole par des moyens tels que: l'établissement de parcs de mariculture, la "conversion de terres improductives", notamment les "champs de sable, les terres boueuses, les zones enterrées ou inondées, les terres montagnardes et les marécages" en "zones d'aquaculture productives". Si l'on considère les antécédents du BFAR -favoriser les grandes sociétés en détriment des pêcheurs plus modestes- cumulés aux politiques halieutiques nationales faibles et floues, qui masquent la réalité au lieu de l'éclaircir, on peut conclure que celui-ci est en train de favoriser inexorablement une répétition des erreurs sociaux et environnementaux commis lors de la Révolution Bleue des années 70, où près de 200 000 hectares de mangroves ont été convertis en étangs de pisciculture -et ce, au nom du "développement" et du "progrès"-. (Par: Gilbert Sepúlveda, Bulletin du WRM Nº 51, octobre 2001). Sri Lanka Des pêcheurs locaux protègent les mangroves Les mangroves sont des terres humides riches en biodiversité qui sont en train de subir de graves déprédations partout dans le monde. Au Sri Lanka, les mangroves sont associées à 22 masses d'eau saumâtre, connues localement sous le nom de lagunes. Quoique la zone de mangroves du Sri Lanka se limite à 12 000 hectares, elle est d'une grande valeur car celles-ci abritent des espèces très rares et des associations de plantes, dans différentes zones climatiques, peu courantes. La pêche dans ces lagunes est le moyen de vie de plus de 120 000 habitants du littoral. Au cours de la dernière décennie, les mangroves de nombreuses lagunes et estuaires du Sri Lanka ont été détruites en raison de l'aquaculture commerciale. Ce puissant groupe industriel comprend des politiciens de haut rang, des bureaucrates et des hommes d'affaires de premier niveau, qui tous ont déjà fait preuve de leur manque d'intérêt en ce qui concerne la conservation des mangroves. A conséquence de cette activité non durable, les lagunes se retrouvent pleines de vase, les estuaires ont été érodés et les écosystèmes des mangroves se sont dégradés. Dans le district de Puttlam, par exemple, où se trouvent les espèces de mangrove les plus rares ainsi que les plus étendues, plus de 3 000 hectares de mangrove ont été convertis en fermes crevetticoles industrielles, et ce, avec le soutien du gouvernement. Là où se trouvent aujourd'hui ces fermes à crevettes, on pouvait voir, jusqu'en 1994, 28 000 pêcheurs sur les lagunes. Suite à la construction des fermes crevetticoles commerciales, deux tiers d'entre eux ont perdu leur emploi et ils ont été obligés d'émigrer en ville pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Avant la généralisation de l'élevage de crevettes, la capture de poisson par unité d'effort était de 4 kg tandis qu'en 1997, elle avait chuté à 1,5 kg. L'élevage commercial de crevettes a également pollué les eaux souterraines, ce qui a dégradé les sources d'eau potable et créé des problèmes aux pêcheurs. Aux environs des villages, il n'y a plus d'eau potable et la plupart des femmes doivent parcourir cinq ou six kilomètres pour s'approvisionner en eau. A la suite de cette pénurie d'eau potable, la plupart des enfants en age scolaire ne vont pas à l'école car, le matin, comme il n'y a pas d'eau à la maison, leur première tâche est d'aller en chercher. Toute la périphérie de la lagune a été clôturée par les éleveurs de crevettes qui disposent également de personnel de sécurité, ce qui signifie que les pêcheurs locaux ont même perdu leur droit d'accès à la source traditionnelle de leur nourriture. Les communautés locales de pêcheurs ont réagi et se sont organisées pour pouvoir faire face à ce problème. La Fédération de petits pêcheurs a été créée dans le but de mobiliser les communautés de pêcheurs et autres personnes concernées afin de conserver les écosystèmes des lagunes et des mangroves, à travers des programmes d'éducation appropriés et des stratégies pratiques de conservation. La première tâche du groupe récemment constitué a été d'ouvrir les négociations concernant ce conflit. Un mécanisme organisé et participatif a été mis en place à travers lequel plus de 4 000 pêcheurs ont participé activement à la prise de décisions concernant la conservation des mangroves, ont négocié les activités de monitorage de la destruction des mangroves et participé à l'amélioration des habitats des poissons des lagunes. L'étape suivante a compris la création d'une organisation de soutien aux comités de conservation et d'aménagement des lagunes permettant le dialogue entre les leaders des différents groupes de pêcheurs des lagunes et les autorités gouvernementales afin de résoudre le conflit qui modifie leurs vies d'une façon si grave. Un Centre de conservation et de démonstration a été ouvert afin de mettre en place un programme d'éducation sur les mangroves et les habitats des poissons. Le Centre est visité quotidiennement par des écoliers, des étudiants universitaires et d'autres personnes intéressées. Il réalise des publications dans les trois langues officielles du Sri Lanka ainsi que des séminaires et des ateliers visant à promouvoir la protection des mangroves, en tant que moyen le plus efficace et le plus équitable de conserver la nature et de maintenir le moyen de vie des populations locales. En ce qui concerne les stratégies de conservation, plus de 100 hectares de terres dégradées ont été reconverties en mangrove. Pour faire face à la perte d'emplois due au déclin de la pêche et à l'impossibilité d'accéder aux lagunes, la Fédération de petits pêcheurs travaille sur des activités alternatives de création de revenus, principalement pour les pêcheurs, les femmes et les jeunes. Plus de 623 emplois ont été créés en promouvant l'élevage d'animaux domestiques et autres activités rentables. (Bulletin du WRM Nº20, février 1999). Thaïlande Un avenir incertain pour le premier exportateur du monde ? La Thaïlande a été le premier producteur et le premier exportateur du monde de crevettes industrielles pendant plusieurs années, depuis le début du boom de la crevette au début des années 80. La production totale de crevettes de ce pays a atteint 300 000 tonnes l'année dernière, c'est-à-dire plus de la moyenne normale qui se situe entre 200 000 et 250 000 tonnes, grâce à une pénurie d'offre sur le marché mondial. Malgré cela, en 2001, les éleveurs de crevettes et les associations d'exportateurs ont demandé au gouvernement de mettre en place rapidement une politique nationale de promotion des fermes à crevettes afin d'être préparés à faire face à une plus forte concurrence des pays voisins. L'Inde et le Bangladesh produisent à eux deux 60 000 à 80 000 tonnes; l'Indonésie 60 000 à 80 000 tonnes; le Vietnam 50 000 à 70 000 tonnes, les Philippines 30 000 tonnes, et la Malaisie 10 000 tonnes. D'après les exportateurs de crevettes, les pays précités, grâce au soutien gouvernemental et aux nouvelles politiques mises en place, ont un plus grand potentiel d'augmentation de leur capacité et la Thaïlande pourrait être exclue du marché exportateur si une politique nationale visant à relancer le secteur n'est pas développée. Les exportateurs de crevettes s'expriment abondamment sur la nécessité de promouvoir l'industrie crevetticole, mais ils s'abstiennent de parler en ce qui concerne les impacts considérables causés par cette industrie au niveau social et environnemental. D'après le Bureau national de développement économique et social de la Thaïlande, sur les 380 000 hectares de mangrove du pays, près de 253 000 ont été détruites à cause des fermes à crevettes. Dans plusieurs provinces du littoral, de nombreuses fermes ont été installées à proximité de rizières qui ont ainsi subi la pollution de l'eau saline. La subsistance des communautés de cultivateurs et de pêcheurs habitant près des zones d'élevage de crevettes a été gravement affectée. De nombreux étangs du littoral ont été abandonnés à cause de l'auto-pollution, des attaques de virus et de la dégradation des terres; l'industrie a donc été déplacée vers d'autres régions, laissant derrière elle de vastes zones de terres en friche. Une des zones choisies par cette industrie ces dernières années a été la région rizicole dans les plaines intérieures du pays. Ce déplacement a été fortement résisté par les producteurs de riz, les ONG et les secteurs académiques, à tel point que le gouvernement a été obligé d'interdire il y a deux ans l'élevage de crevettes géantes tigrées dans les terres intérieures. Etant donné la nature insatiable de l'industrie crevetticole, l'interdiction fut lourdement attaquée au cours de l'année 2001 et il a été dit qu'elle serait prochainement levée. Mais grâce à la pression des groupes de la société civile et des secteurs académiques, ainsi qu'au conseil d'une sous-commission, le Bureau national de l'environnement a finalement décidé de maintenir l'interdiction et de promouvoir l'élevage de crevettes durable et respectueuse de l'environnement. D'après les dernières nouvelles, les éleveurs de crevettes des provinces rizicoles de l'intérieur du pays adopteront une crevette d'eau douce, moins rentable, mais plus respectueuse de l'environnement, connue sous le nom de koong kam kram. Il faudrait maintenant développer une politique qui interdirait la coupe des mangroves et promouvrait la réhabilitation et le reboisement des étangs abandonnés. Les habitants locaux ont dû faire face à de nombreuses difficultés pour exprimer leur opposition à l'expansion de l'élevage industriel de crevettes, car la police, l'armée et le système judiciaire soutiennent généralement ceux qui ont le plus d'argent et d'influences politiques. Dans cet état de choses, les investisseurs crevetticoles se sentent libres d'agir à leur guise, et souvent dépassent largement les limites acceptables. En janvier 2001, Mr Jurin Rachapol, âgé de 49 ans, conservationniste et défenseur de la foresterie communautaire, a été assassiné pendant qu'il cueillait des noix dans sa ferme. Sa famille et ses amis pensent qu'il a été tué par balle à cause de son activisme contre l'élevage de crevettes et les méthodes destructrices de pêche. Même le Bangkok Post a publié des articles sérieux et convaincants sur ce sujet, où il est affirmé qu'il s'agit là d'un conflit entre, d'une part, la conservation et l'usage et l'aménagement raisonnables, et ,d'autre part, "la surexploitation des ressources naturelles" et "l'avarice" des producteurs de crevettes. Mais les nouvelles
de la fin de l'année 2001 ne sont pas propices à l'industrie
crevetticole. 48% des exportations de crevettes étaient destinées
aux Etats-Unis et, suite à la réduction des importations
nord-américaines après les attaques du 11 septembre, cette
industrie devra chercher de nouveaux marchés. Les dernières
nouvelles disent également que les producteurs thaïlandais
de crevettes ont signalé le risque de contamination dû
à un élevage inadapté dérivant en produits
contenant des antibiotiques pouvant être interdits dans les pays
européens. (Par Maurizio Farhan Ferrari, Bulletin du WRM Nº
51, octobre 2001). Vietnam Les crevettes, les mangroves et la Banque mondiale (I) Les gouvernements du Sud-Est asiatique ont promu l'élevage de crevettes car cela rapporte des devises. Les bénéficiaires du développement de cette activité sont des entreprises privées dont la compagnie agro-industrielle thaïlandaise Charoen Pokphand. En Thaïlande, la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement, Charoen Pokphand et le gouvernement thaïlandais ont travaillé de concert afin de développer l'industrie crevetticole. Des subventions généreuses ont été accordées aux compagnies installant des élevages de crevettes en Thaïlande, notamment des dégrèvements fiscaux, des importations détaxées, des exonérations temporaires d'impôts et des crédits à l'exportation. Dans les années 90, Charoen Pokphand a étendu ces activités au Vietnam. En 1993, elle a exporté des crevettes du Vietnam pour un montant de 96 millions de dollars, ce qui représentait 40% des ventes nationales de crevettes. Charoen Pokphand possède également au Vietnam des usines de fabrication d'aliments pour crevettes. Au cours des 20 dernières années, la surface occupée par les mangroves au Vietnam s'est réduite dramatiquement. Par exemple, dans la province de Ca Mau, à l'extrême sud du Vietnam, 60 000 hectares de mangroves ont été perdus entre 1983 et 1992. Des terres occupées auparavant par des mangroves ont été converties en fermes à crevettes et n'abritent plus que quelques arbres. Dans plusieurs endroits, le rôle des toitures, n'est plus rempli. L'élevage de crevettes constitue plutôt une activité à court terme. Par ailleurs, l'élevage intensif emploie des antibiotiques et des additifs chimiques afin d'augmenter la production ce qui fait que les viviers à crevettes ainsi que le réseau hydrique environnant sont, à terme, tellement contaminés que la seule chose à faire est d'abandonner les terres. Les maladies sont un autre risque de l'élevage de crevettes; en 1994, un virus a détruit au Vietnam presque toute la récolte de crevettes. Il y a deux ans, la Banque mondiale et Dannida (l'Agence danoise d'aide gouvernementale) ont financé un projet sur six ans dans les zones de mangroves de quatre provinces du delta du Mékong, dénommé Protection et développement des terres humides du littoral, qui comprend une longue bordure côtière de 470 kilomètres. Les études réalisées dans le cadre de ce projet signalent que, parmi les causes de la dégradation des mangroves, se trouvent la défoliation causée par la guerre des Etats-Unis contre le Vietnam, la coupe d'arbres des exploitants forestiers, la coupe illégale de la part des gens originaires d'autres régions et le déboisement réalisé afin d'y installer des fermes à crevettes, activité promue par le gouvernement. Une autre étude signale que "de nombreux occupants semblent avoir pris conscience de la nécessité de reboiser, si l'on considère les activités de plantations d'arbres individuelles et volontaires que l'on constate dans divers endroits". Cependant, il est nécessaire de réinstaller plus de 2 000 familles dans le cadre du projet, pour pouvoir planter les palétuviers. Et les personnes à déplacer sont non seulement des éleveurs de crevettes, mais aussi des agriculteurs, des travailleurs forestiers, des producteurs de sel, des tailleurs, des mécaniciens, des artisans, des commerçants, des pêcheurs, des ouvriers. Au lieu d'analyser le rôle de la politique gouvernementale dans la promotion des élevages de crevettes, Ronald Zweig, responsable du projet de la Banque mondiale, accuse les villageois des pertes de mangroves. "Les pauvres de la zone rurale comprise dans le projet ont eu peu d'opportunités de développer des activités rentables en dehors de l'exploitation des ressources forestières du littoral, au point de dégrader sérieusement la source de leurs bénéfices." Bien évidemment, les 31,8 millions de dollars empruntés à la Banque mondiale pour ce projet, il faudra les rembourser. Le gouvernement vietnamien aura besoin alors de devises et, pour les obtenir, il promouvra l'exportation de cultures commercialisables, notamment les crevettes. En février 2001, l'aquaculture industrielle vietnamienne a annoncé le lancement d'un plan quinquennal dont l'objectif clé est d'accroître la surface occupée par l'élevage de crevettes de 226 000 hectares à 330 000 hectares. Le ministre adjoint des Pêches, Nguyen Viet Thang, a promis un soutien financier de l'Etat aux entrepreneurs qui installeraient des fermes à crevettes de plus de 100 hectares. La disparition des mangroves vietnamiennes à cause des fermes à crevettes est un problème qui, sans aucun doute, ne sera pas résolu du seul fait de déplacer les villageois et de planter des arbres, comme a l'air de suggérer la Banque mondiale. (Par Chris Lang, Bulletin du WRM Nº 51, octobre 2001). Les crevettes, les mangroves et la Banque mondiale (II) Christopher Gibbs, du bureau de la Banque mondiale à Hanoi, a demandé au WRM de publier sa réponse à l'article de Chris Lang sur le Vietnam paru dans le Bulletin Nº 51 du WRM. La lettre de M. Gibbs est transcrite ci-dessous dans son intégralité, suivie de la réponse de Chris Lang. "16 novembre 2001 Dans le Bulletin Nº 51 du WRM vous avez publié un article intitulé "Vietnam: les crevettes, les mangroves et la Banque mondiale", signé Chris Lang. Cet article a été rédigé et publié sans que la Banque mondiale ait été consultée et, malheureusement, il est inexact et fait plusieurs affirmations erronées. Dans un souci d'exactitude et dans l'intérêt de vos lecteurs, je vous demanderais de publier cette réponse dans votre page Web. 1. La position de la Banque mondiale à l'égard de l'aquaculture au Vietnam La position de la Banque mondiale durant tout le processus de dialogue sur l'aquaculture avec le gouvernement du Vietnam a été et continue d'être cohérente et claire, et elle est résumée dans son rapport de 1998 sur la stratégie de développement rural pour le Vietnam, "Advancing Rural Development", qui dit: "Sans une évaluation des lieux plus attentive et de meilleures pratiques, les investissements dans l'aquaculture seront trop risqués. L'élevage de crevettes, de crabes et de poissons, quoique risqués, peuvent être très rentables, et le Vietnam a un potentiel élevé pour l'aquaculture à condition de trouver des solutions aux problèmes de la pollution et des maladies persistantes. La promotion future de l'aquaculture doit être précédée d'une connaissance plus approfondie du zonage pour l'utilisation de la terre, ainsi que des pratiques aquacoles. Autrement, les dangers pour les mangroves, les zones humides et les territoires d'estuaire se verront augmentés, et les foyers pauvres qui pratiquent l'aquaculture intensive continueront à miser sur des investissements risqués". 2. Le Projet de protection et de développement des zones humides littorales pour le Vietnam (Coastal Wetlands Protection and Development Project, CWPDP). Le CWPDP a été spécifiquement élaboré pour empêcher la destruction des mangroves le long des 470 kilomètres de côtes du Sud du Vietnam. Cependant, la zone concernée par le projet est habitée par les personnes les plus pauvres, qui vivent parmi les palétuviers et gagnent leur vie à les couper pour obtenir du bois et du charbon, ce qui menace l'existence des mangroves, la stabilité de la bande côtière et les lieux de couvaison des poissons. Sur le bord de mer, la pauvreté est la cause primaire de la dégradation des mangroves littorales, et le projet répond directement aux besoins de développement des pauvres et aux dégâts qu'ils font à l'environnement. La réponse du CWPDP consiste à appuyer la restauration des mangroves et à fournir aux pauvres de nouvelles activités économiques, à l'intérieur, mais près de leurs lieux d'implantation originels. C'est la raison pour laquelle certains transferts de population sont nécessaires. 3. Le transfert de population Il vaut toujours mieux éviter les transferts de population, qui sont très difficiles à effectuer correctement. C'est pourquoi la Banque mondiale a une politique de sauvegarde dans ce domaine (Operational Policy 4.30) et, pour les mêmes raisons, le CWPDP a toujours soigneusement planifié les transferts, qui sont bien justifiés. Les personnes concernées par le transfert dans le projet (qui sont 2150, et non les plus de 2000 familles dont parle Chris Lang dans son article) sont celles qui habitent dans la zone de protection totale (ZPF) définie par le gouvernement, une bande étroite consacrée aux mangroves sur le bord même de la mer. Ceux qui sont réinstallés sont ceux qui dépendaient de la coupe des mangroves pour leur subsistance. Les autres habitants de la ZPT, qui dépendent de la pêche, habitent des zones où la terre s'accumule ou cultivent des sols sablonneux, peuvent rester où ils sont. Les foyers en cours de réinstallation figurent parmi les plus pauvres du Vietnam, ce sont des personnes qui subsistent par l'exploitation des mangroves, et c'est pourquoi on les aide à recommencer une vie nouvelle, avec des alternatives autres que la coupe des mangroves. Le transfert de population est toujours compliqué, mais le CWPDP offre un appui substantiel à ceux qui sont réinstallés: la compensation en terres, l'hébergement, les frais de transport et de subsistance, l'entraînement, la formation professionnelle, plus un appui substantiel aux communes d'accueil. Plus de 15,9 millions de dollars ont été destinés au transfert des occupants de la ZPT, incluant des crédits pour 8,5 millions par l'intermédiaire de la Banque du Vietnam pour l'agriculture et le développement rural (Vietnam Bank for Agriculture and Rural Development), 1,63 millions destinés à améliorer les installations dans les communautés d'accueil, et une somme additionnelle de 672 000 dollars pour les minorités ethniques. Il s'agit d'un programme minutieusement planifié et généreusement financé, dont nous espérons |