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Oil and Gas
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Lettre ouverte au CIFOR (Centre pour la recherche forestière internationale) De : Oilwatch et World Rainforest
Movement Julliet 2003 A/S : Une étude du CIFOR renforce l'exploitation pétrolière et minière Oilwatch Network et World Rainforest Movement sont profondément étonnés et choqués par une étude du CIFOR qui paraît accorder des références vertes à deux activités qui sont au coeur de la déforestation et de la dégradation des forêts : les industries pétrolière et minière. Le document (" Oil, Macroeconomics and Forests : Assessing the Linkages ", de Sven Wunder et William D. Sunderlin) est un des pires exemples d'étude tendancieuse, simpliste et sans valeur scientifique aucune. Les auteurs font preuve d'une totale méconnaissance des écosystèmes forestiers et des impacts que le pétrole et les mines provoquent sur eux et sur leurs habitants. Ils ne comprennent pas qu'une forêt n'est pas tout simplement une surface couverte d'arbres et que la présence ou l'absence du couvert forestier n'est qu'un terme de l'équation. Or, une forêt est un écosystème complet, incluant les personnes, la faune, la flore, l'eau, l'air et le sol. Tous ces éléments sont gravement dégradés par les activités pétrolières (les gens sont tués, réprimés ou expulsés ; les espèces végétales et animales natives subissent des impacts sévères et certaines sont portées à l'extinction ; les cours d'eau sont pollués, ensablés et modifiés ; l'air est contaminé, et ainsi de suite). Cependant, les auteurs de l'étude ne tiennent compte que de données discutables à propos du couvert forestier, pour " prouver " que le pétrole et les mines servent à conserver les forêts. Les auteurs n'identifient absolument pas les activités pétrolières comme une cause majeure, autant directe que sous-jacente, de la déforestation et de la dégradation des forêts. Ils ne mentionnent pas que, même avant que le premier baril ne soit produit, les activités de prospection impliquent une déforestation massive et la violation des droits des habitants des lieux. De même, par l'ouverture de routes elles facilitent l'accès aux forêts à d'autres acteurs, en un processus qui s'accélère à mesure que la production de pétrole augmente. Les principales causes sous-jacentes de la déforestation et de la dégradation des forêts (les problèmes fonciers, les politiques macro-économiques, les politiques sectorielles, le service de la dette extérieure, parmi beaucoup d'autres) sont tantôt ignorées, tantôt diluées, et le blâme est surtout jeté sur l'agriculture et l'élevage pratiqués par les habitants. Quant aux conclusions de l'étude, elles constituent un cas exemplaire de manipulation de l'information. Bien que les constatations dans les cinq pays analysés n'appuient pas les hypothèses des auteurs, ceux-ci les " ajustent " pour atteindre leur but. Ils sont même forcés de partager le Venezuela en deux pays différents - le Venezuela d'avant et d'après la Deuxième Guerre mondiale - tout simplement parce que le dernier prouvait que leurs hypothèses étaient incorrectes. A partir des mêmes informations, n'importe qui peut atteindre une conclusion (également tendancieuse, simpliste et sans valeur scientifique) exactement contraire. Si l'hypothèse était que le pétrole et les mines ne contribuent pas du tout à conserver les forêts, la " conclusion " serait, en utilisant les paroles des auteurs, que l'Equateur et le Venezuela d'après la Deuxième Guerre mondiale sont des " cas confirmatifs dans l'absolu ", que la Papouasie-Nouvelle Guinée est un cas de " confirmation relative " " quoique plus hésitant ", de même que le Cameroun, tandis que le Gabon et le Venezuela d'avant la Deuxième Guerre mondiale " étaient les seuls cas s'opposant catégoriquement à l'hypothèse centrale ". La solution à la crise des forêts proposée par les auteurs correspond à leur démarche analytique : il faut sortir les gens et laisser les compagnies pétrolières et minières se charger des forêts. L'absurdité de cette approche est mieux perçue dans les dix points de ce qu'ils appellent la " 'Recette gabonaise améliorée' pour réussir une conservation maximale des forêts ". A cet égard, il est plus que suffisant de mentionner - et tout à fait inutile de commenter - le point 8 (" Forcer les paysans à s'établir dans des agglomérations concentrées sur les bords des routes "), le point 9 (" Gaspiller votre budget agricole en 'éléphants blancs' agro-industriels et ignorer les petits propriétaires ") et le point 10 (" Entretenir un climat favorisant la maximisation de la vente dans lequel peu de personnes trouvent intérêt à produire ") pour conclure qu'une telle approche de la conservation des forêts est démentielle. Dans ce contexte, les auteurs réussissent finalement à prouver que la réalité n'existe pas vraiment, en concluant que " La production de pétrole en elle-même est une cause directe de déforestation négligeable, comparée à l'utilisation nationale de la terre. La dégradation directe qu'elle provoque est variable, et ces impacts ont diminué avec le temps dans beaucoup de cas, grâce à de meilleures pratiques. Il en va de même pour l'industrie minière [que l'étude n'aborde même pas] quoique ses effets puissent être plus importants : il y a quelques exemples de pertes graves de forêts provoquées par l'activité minière ". Pour les personnes soumises aux industries pétrolière et minière cette étude ne relève pas seulement de la science-fiction ; c'est une caricature scientifique. Nous regrettons profondément que le CIFOR, que de nombreuses personnes considéraient jusqu'à ce jour comme un centre de recherches sérieux, donne son appui institutionnel à une étude qui fera sans doute le bonheur des industries pétrolière et minière, mais marquera un jour néfaste pour les forêts et leurs habitants, en particulier pour ceux qui luttent contre ce que les auteurs n'ont jamais eu à subir : la destruction sociale et environnementale que ces activités comportent. Pour appuyer encore davantage les compagnies pétrolières et minières, le CIFOR annonce maintenant une autre publication (non disponible dans sa page Web) qui va évidemment dans le sens de celle que nous venons de commenter et qui est écrite par un de ses auteurs, Sven Wunder. Autant le CIFOR que l'auteur de ce nouveau travail (" Oil Wealth and the Fate of the Forest : A Comparison of Eight Tropical Countries ") perçoivent les implications de l'étude et, tandis que le CIFOR se sent obligé de préciser qu'il " ne reçoit pas de financement des compagnies pétrolières ou minières ", l'auteur dit que " les environnementalistes ne doivent pas mal interpréter ce rapport ". Cependant, si le livre reflète les mêmes conclusions que celui que nous venons de commenter (et l'information publiée par le CIFOR à propos de cette publication montre qu'une telle supposition est correcte), il ne sera pas question de " mal interpréter " quoi que ce soit, mais de rendre le CIFOR et l'auteur responsables de fournir aux compagnies pétrolières et minières, déjà extrêmement puissantes, un instrument très utile leur permettant de " verdir " leur image tout en détruisant les forêts et la vie de leurs habitants. Esperanza Martínez Ricardo Carrere (*) L'étude en question est disponible
dans la page Web du CIFOR à l'adresse suivante :
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Movimiento Mundial por los Bosques Tropicales
Maldonado 1858
11200 Montevideo - Uruguay
tel: 598 2 413 2989 / fax: 598 2 418 0762
wrm@wrm.org.uy