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Couvert
Forestier
La lettre de la Coalition
mondiale des forêts
N° 12 / May 2004
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Sommaire:
• Couvert
Forestier : brève description
• Ex Silvis : aux vieux maux, les vieux remèdes,
Miguel Lovera, Coordinateur, Coalition mondiale des forêts
• Les peuples autochtones et le savoir traditionnel
sur les forêts lors du FNUF-4, Annabel Pinker, Alliance
internationale des peuples autochtones et tribaux des forêts
tropicales
• Évaluation des écosystèmes
: échelles et épistémologies à niveler,
Sandy Gauntlett, Coalition environnementale des peuples autochtones
du Pacifique, Aotearoa/Nouvelle-Zélande
• Ramifications : l’importance des droits
communautaires, Bhim Prasad Shrestha, Fédération
d’utilisateurs des forêts communautaires, Népal
• Extraits de la déclaration finale du Forum
international autochtone sur la biodiversité à la COP-7
de la CDB
• Le pillage continue, Isaac Rojas, Coeco-Ceiba
/ FoE-Costa Rica
• Des aires à protéger contre l’industrie
minière, Abraham Baffoe, Amis de la Terre - Ghana
• Les délégués à la
biodiversité disent non aux normes pour les projets climatiques,
Miguel Lovera, Coordinateur, Coalition mondiale des forêts
• Des organisations environnementales contestent
la décision de l’ONU sur les arbres GM, Leo Stranius,
Amis de la Terre - Finlande
• Comptes rendus d’autres réunions
sur les forêts : l’autorité diluée du PNUE
• Calendrier de réunions sur les forêts
Couvert
Forestier : brève description
Couvert Forestier, dont voici le 11e numéro,
est la lettre de la Coalition mondiale des forêts (CMF), une coalition
créée par un groupe d’organisations non gouvernementales
(ONG) et d’organisations de peuples autochtones (OPA) en vue de
faciliter leur participation avisée aux réunions intergouvernementales
sur les forêts. Couvert Forestier, qui paraît quatre fois
par an, présente les comptes rendus de diverses ONG et OPA sur
les plus importantes de ces rencontres, ainsi qu’un calendrier
des réunions à venir. Les opinions qui y sont exprimées
ne reflètent pas nécessairement le point de vue de la
Coalition mondiale des forêts, de ses membres fondateurs ou de
ses rédacteurs. Pour vous y abonner gratuitement, contactez Simone
Lovera : lovera1@conexion.com.py
Ex Silvis
: aux vieux maux, les vieux remèdes
Miguel Lovera, coordinateur de la Coalition mondiale des forêts
Il n’y a que les affaires
qui comptent. Ne me dites pas que ce n’est pas ainsi. Autrement,
comment expliquer ce qui s’est passé en février
dernier à Kuala Lumpur, lors de la septième Conférence
des Parties à la Convention sur la diversité biologique
(CDB) ? Les pays ont pris tellement soin de ne pas mettre en danger
leur position de négociation au sein de l’Organisation
mondiale du commerce qu’ils ont fini par couler toute proposition
raisonnable du point de vue de la CDB. Bien entendu, chacun aurait pu
dire qu’il ne faisait que « veiller aux intérêts
de son pays » et les protéger contre la concurrence déloyale.
Mais quels sont exactement les intérêts « du pays
» ?
D’après les organisations de paysans et de peuples autochtones,
ces intérêts ne sont pas les leurs. Les gouvernements ont
beau utiliser comme argument de négociation les possessions et
les savoirs qui sont vitaux pour la subsistance des paysans et des autochtones,
ces populations ne reçoivent en échange que l’oubli
et la marginalisation. La légalisation que les projets actuels
demandent de l’exploitation du savoir et de la terre, l’eau
et les êtres vivants conservés par les cultures autochtones
équivaudrait à la légalisation de la piraterie
et, dans ce cas, de la biopiraterie.
Ainsi, les États n’arrêtent pas de saper les droits
des populations, au lieu de les leur restituer. Ils répètent
le modèle des appropriations coloniales de terres et des concessions
post-coloniales d’exploitation du bois, partant de l’hypothèse
que personne n’utilise ces forêts. Ils perpétuent
l’idée que seul l’État a le droit de décider
du sort des territoires relevant de sa juridiction. C’est toujours
la même injustice.
Or, la CDB a encore le potentiel de devenir un instrument de justice.
Elle concerne les droits des peuples, et la notion d’équité
est enchâssée dans ses objectifs. Mais si ce qu’on
a vu à Kuala Lumpur est le « nouvel ordre » pour
la gestion de la richesse naturelle du monde, nous sommes tous dans
le pétrin, et les peuples autochtones en particulier.
La situation est encore plus grave dans le Forum des Nations unies sur
les forêts (FNUF), qui n’a pas le cadre relativement solide
de la CDB. Là, l’attention se centre, presque exclusivement,
sur l’offre et la demande de bois. D’un forum de ce genre
on ne peut attendre que davantage de problèmes. La CDB avait
au moins la possibilité de consulter les Organisations de peuples
autochtones et de commander toutes sortes d’études et d’analyses
avant de décider finalement d’ignorer les faits constatés.
Mais le FNUF, pour ardemment que nous espérions qu’il agisse
avec responsabilité, n’a même pas le niveau de la
CDB au plan de la formation, du mandat ou de l’intérêt
de faire ce qu’il faut. Comme les peuples autochtones nous l’ont
dit, les deux forums en question sont en train de virer dans la même
direction.
Nous ne devons pas accepter de nouveaux assauts de la vieille injustice.
Contre ce mal ancien il faut appliquer les bons vieux remèdes
: résistance et rébellion.
Les
peuples autochtones et le savoir traditionnel sur les forêts au
FNUF-4
Annabel
Pinker, Alliance
internationale des peuples autochtones et tribaux des forêts tropicales
Sur le papier, le Forum des
Nations unies sur les forêts (FNUF) est un cadre où les
affaires des peuples autochtones sont prises très au sérieux.
Le Forum a le mandat, hérité de ses prédécesseurs,
le Groupe intergouvernemental sur les forêts et le Forum intergouvernemental
sur les forêts, de réclamer l’application de rien
moins que 78 Propositions d’action concernant, directement ou
indirectement, les peuples autochtones. Sur ces propositions, 21 concernent
spécifiquement le savoir traditionnel sur les forêts (STF).
Le problème est que la plupart des propositions attendent encore
leur mise en oeuvre au plan national. Ainsi, les organisations de peuples
autochtones et tributaires des forêts vont mettre le paquet sur
la quatrième session du FNUF qui se tiendra en mai à Genève,
en Suisse, où le « STF » et « les aspects sociaux
et culturels des forêts » sont des éléments
centraux de l’ordre du jour.
Deux événements parallèles de peuples autochtones,
prévus pour le 4 et le 6 mai, mettront en lumière que,
malgré diverses Propositions d’action du FNUF et l’Article
8j de la Convention sur la diversité biologique (CDB), les STF
ont bénéficié à cette date de peu de reconnaissance
et d’intégration dans les politiques nationales, régionales
et internationales. Au centre des débats figureront les conclusions
préliminaires de quelques-unes des trois études de cas
régionales et neuf études de cas nationales commanditées
par l’Alliance internationale des peuples autochtones et tribaux
des forêts tropicales.
Ces conclusions suggèrent que, bien que de nombreux pays ayant
ratifié la CDB aient établi des stratégies nationales
sur la biodiversité, dans les faits ces stratégies ne
bénéficient pas de la participation des autochtones et
n’emploient pas les savoirs traditionnels. Même la Papouasie-Nouvelle-Guinée,
dont le système légal est exceptionnellement sensible
aux droits coutumiers et fonciers des autochtones, a manqué de
formuler une politique respectueuse de ses engagements auprès
de la CDB. En outre, la priorité donnée par le gouvernement
à l’extraction de bois reste incompatible avec les promesses
faites aux organisations autochtones et avec le maintien de la biodiversité.
Les études de cas suggèrent aussi que ni les organisations
locales et autochtones ni leurs savoirs traditionnels ne sont vraiment
pris en compte dans la gestion officielle. Par exemple, le Programme
de cogestion des forêts de l’Inde, qui est censé
déléguer les responsabilités de la gestion sur
les communautés locales, ne s’est pas accompagné
des changements du cadre juridique nécessaires, et la réalité
est que les forêts continuent d’être gérées
par l’État. L’Inde semble s’être engagée
dans la bonne direction en établissant la Stratégie nationale
sur la biodiversité (NBSAP) dont l’objectif principal est
la planification participative et décentralisée mais,
tant que le gouvernement indien refusera de reconnaître les «
peuples autochtones » comme une catégorie identifiable,
les besoins spécifiques, les droits et les connaissances des
groupes autochtones seront en dispute.
De son côté, le Kenya n’a montré que récemment
un certain intérêt à mettre en oeuvre des programmes
forestiers nationaux avec les peuples autochtones et locaux, en application
de son développement de partenariats pour la gestion durable
des forêts. A part cela, le pays n’a pas inclus le STF et
la participation autochtone dans la formulation de sa politique forestière.
La connaissance traditionnelle reste le propre des pratiques forestières
des peuples autochtones, et n’a pas été mobilisée
par le gouvernement comme un outil pour la mise en place de politiques
forestières plus dynamiques et diversifiées.
Bref, les groupes locaux semblent toujours à l’écart
de la prise de décisions, et leurs STF ne sont pas utilisés
dans la planification forestière officielle, même lorsque
la politique dicte le contraire. La situation est encore aggravée
par le fait que les communautés autochtones et locales ignorent
souvent les engagements pris par les forums internationaux au sujet
de leurs droits, et l’échec de leurs gouvernements à
agir en conséquence.
Les études de cas qui seront présentées en mai
font partie d’un projet plus large mis en place par l’Alliance
internationale des peuples autochtones et tribaux des forêts tropicales,
en collaboration avec le Forest Peoples Programme et la Coalition mondiale
des forêts, afin de coordonner les apports des autochtones aux
processus du FNUF et de la CDB. Ce projet, qui vise à favoriser
les rapports mutuels des ONG, des OPA et des gouvernements, et à
améliorer la mise en oeuvre des propositions du FNUF et de la
CDB, se terminera en décembre, au Costa Rica, par une grande
rencontre multisectorielle.
Évaluation
des écosystèmes : échelles et épistémologies
à niveler
Sandy Gauntlett, Coalition environnementale des peuples autochtones
du Pacifique, Aotearoa/ Nouvelle-Zélande
L’Évaluation du
millénaire est un groupe formé par des organisations intergouvernementales
et non gouvernementales et destiné à fournir des évaluations
des écosystèmes à la Convention sur la biodiversité,
la Convention sur le combat de la désertification et la Convention
de Ramsar sur les zones humides, entre autres. Tout comme le Groupe
intergouvernemental sur le changement climatique (GICC), l’Évaluation
du millénaire compte des experts dans de nombreux domaines. Mais,
à la différence du GICC, le groupe entend assurer que
les voix de tous les acteurs principaux soient entendues et reconnues.
Non seulement il suit les tendances mondiales et s’occupe d’écosystèmes
de dimensions et situations diverses, mais il utilise des systèmes
de connaissance différents pour les évaluer, et permet
aux peuples autochtones et locaux d’expliquer leurs écosystèmes
avec leurs propres mots et catégories.
L’Évaluation du millénaire offre donc aux peuples
autochtones la possibilité de participer aux forums internationaux
d’une manière nouvelle, sans être de simples «
observateurs » d’un système de décision auquel
beaucoup estiment ne pas appartenir vraiment, et sans se limiter non
plus à faire partie d’un processus de « renforcement
des capacités » que les nations membres entreprennent uniquement
pour honorer leurs obligations vis-à-vis des accords internationaux.
En fournissant un lieu d’échange pour les concepts des
peuples autochtones, il est aussi susceptible de donner aux systèmes
de connaissance occidentaux la possibilité d’intégrer
les systèmes de connaissance les plus proches du coeur de la
forêt.
Est-ce que l’Évaluation du millénaire tiendra ses
promesses ? Son rapport aux conventions inclura-t-il vraiment des formes
de savoir alternatives ? La rencontre du groupe du 17 au 20 mars en
Alexandrie, Égypte, laisse prévoir autant d’opportunités
que d’embûches. Du côté positif il y a le fait
que la porte a finalement été ouverte à nos connaissances
pour se faire entendre. Il est vrai qu’elle n’est pas aussi
grande ouverte que pour la science occidentale, mais enfin elle est
ouverte. En fait, certaines évaluations du groupe sont planifiées
par et pour les peuples autochtones. A nous maintenant d’assurer
par notre présence le maintien de l’ouverture. Tout comme
nous occupons avec nos corps les routes de nos forêts sacrées,
nous devons occuper avec notre esprit la voie de la participation.
Mais il y aura probablement des limites au succès du rapport
final du groupe. Il faut d’abord savoir si les efforts des peuples
autochtones pour présenter leur propre connaissance auront accès
aux mêmes ressources physiques et financières dont d’autres
bénéficient. Un accès inégal conduira inéluctablement
à un résultat inégal, quelle que soit l’intention.
D’autre part, la résistance d’une partie de la communauté
scientifique occidentale pose encore un problème. Tandis que
certains participants de la rencontre qui adhéraient à
la perspective scientifique occidentale se sont montrés désireux
de soulever la question de la définition de la science avec beaucoup
de passion, d’autres risquent d’avoir du mal à surmonter
les vieux préjugés. Pour plus d’information : http://www.millenniumassessment.org
Ramifications
: l’importance des droits communautaires
Bhim Prasad Shrestha, Fédération d’utilisateurs
des forêts communautaires, Népal
Note de l’éditeur
: Voici la première livraison d’une rubrique rédigée
par les membres et amis du Caucus mondial sur la gestion communautaire
des forêts (« le Caucus »), un réseau constitué
par des populations et des organisations engagées dans la conservation
des forêts et la préservation des moyens de vie des peuples
qui en sont tributaires. La rubrique Ramifications vise à donner,
à propos des thèmes négociés dans les forums
internationaux sur les forêts, une vision davantage orientée
de la base au sommet.
Le Caucus, coordonné par Lisa Ambus, est né à Bali
en 2002, au cours de la préparation du Sommet mondial sur le
développement durable de Johannesburg. En travaillant ensemble
sous la même bannière, ce groupe d’ONG, organisations
de base communautaire, peuples autochtones, universitaires et autres
a persuadé les délégués des gouvernements
de « reconnaître et appuyer les systèmes de gestion
des forêts autochtones et de base communautaire pour assurer leur
participation entière et effective à la gestion durable
des forêts ». L’objectif commun des communautés
locales et peuples autochtones était d’affirmer leurs droits
et d’assumer leurs responsabilités de gérer, contrôler
et utiliser leurs forêts d’une manière socialement
juste, écologiquement sensée et économiquement
viable.
A des rencontres telles que le Forum des Nations unies sur les forêts,
le rôle du Caucus est de contribuer à créer un espace
politique aux niveaux local, national et mondial. Dans ce premier chapitre
de Ramifications, Bhim Prasad Shrestha, président de la Fédération
des utilisateurs de la forêt communautaire du Népal (FECOFUN)
analyse l’importance des droits communautaires. Des mises à
jour sur le Caucus sont actuellement disponibles sur le site http://www.forestsandcommunities.org.
Rejoignez notre groupe de discussion en ligne à l’adresse
: mailto: globalcbfm@yahoogroups.com
Environ 80 pour cent de la population du Népal dépendent
des forêts et des biens qu’elles fournissent pour l’agriculture
et pour les besoins quotidiens des foyers. Malheureusement, le pays
subit un taux élevé de déforestation, marqué
par une diminution du couvert forestier de 65 à 35 pour cent
en 30 années seulement.
Au Népal, la politique forestière actuelle met l’accent
sur la gestion communautaire des forêts. De ce fait, la gestion
des forêts nationales est systématiquement transférée
aux utilisateurs traditionnels et locaux, qui partagent les droits et
les responsabilités de cette gestion en fonction de leurs besoins,
y compris la vente ou la distribution des produits forestiers dans des
conditions fixées de manière indépendante. Aujourd’hui,
environ 13 000 groupes d’usagers comprenant 1,3 millions de foyers
gèrent quelque 10 millions d’hectares de forêts nationales.
Les organisations d’utilisateurs népalaises se caractérisent
par un niveau relativement élevé de participation des
femmes et des groupes défavorisés. Elles sont vouées
à la protection et la gestion des forêts, bien qu’elles
doivent très souvent s’occuper de parcelles gravement dégradées.
Elles organisent régulièrement des rencontres communautaires
pour la prise de décisions concernant leurs forêts. Leurs
initiatives ont abouti à une sensible amélioration du
bien-être des foyers ruraux et des communautés, grâce
à l’augmentation des possibilités d’emploi
non agricole et de génération de revenus. Les fonds communautaires
alimentés par les revenus de la forêt ont été
utilisés pour faire aux communautés des prêts faciles
; ces communautés ont à leur tour soutenu d’autres
initiatives génératrices de revenus. L’amélioration
des moyens de vie des résidents a été une stimulation
supplémentaire pour que les communautés conservent et
utilisent leurs forêts de manière durable, assurant ainsi
la conservation de la biodiversité.
Dans un pays aussi pauvre que le Népal, ces fonds communautaires
ont été vitaux pour la mise en place de nombreuses initiatives
et installations locales, telles que l’approvisionnement en eau
potable, la construction de pistes, d’écoles et de dispensaires,
l’hydro-électricité à petite échelle,
et d’autres besoins d’infrastructure communautaire. En plus
d’améliorer l’économie rurale, le programme
forestier communautaire du Népal a réussi à augmenter
l’harmonie des rapports sociaux entre des utilisateurs appartenant
à des religions, des castes et des groupes ethniques différents.
Grâce aux principes démocratiques appliqués dans
la plupart des activités forestières communautaires, les
femmes et les groupes défavorisés ont une meilleure participation
à la planification, la mise en oeuvre et la prise de décisions.
Pour d’autres informations visitez le site : http://www.fecofun.org
Extraits
de la déclaration finale du Forum international autochtone sur
la biodiversité à la COP7 de la CDB
Au nom du Forum international
autochtone sur la biodiversité, nous souhaitons réitérer
notre volonté de continuer à travailler ensemble avec
les Parties pour atteindre les objectifs de la Convention. Considérant
que la plupart de la diversité biologique du monde se trouve
dans nos terres et eaux, le besoin d’une mise en oeuvre juste
de cette Convention est urgent et exige une plus grande participation
des acteurs directement concernés par la conservation et l’utilisation
durable de la biodiversité. En tant que détenteurs de
droits, nous espérons continuer à bâtir des cadres
équitables pour collaborer et travailler ensemble.
Le travail du Forum international autochtone sur la biodiversité
à l’intérieur du processus de la CDB est clairement
guidé par l’esprit de collaboration. Néanmoins,
pour que cette collaboration soit effective il est essentiel que nos
droits en tant que peuples autochtones soient pleinement reconnus. Nous
sommes persuadés que cette reconnaissance est une condition préalable
indispensable pour pouvoir travailler ensemble à la réduction
de la perte de biodiversité et à la défense d’un
développement durable de manière à réaliser
les objectifs de développement du millénaire.
Les États, dans l’exercice responsable de leur souveraineté
nationale, doivent reconnaître et respecter pleinement les droits
intrinsèques des peuples autochtones. Cette reconnaissance et
ce respect doivent être inclus dans tous les programmes de travail
de la Convention. Nous avons suivi avec beaucoup d’inquiétude
les tentatives de la Nouvelle-Zélande d’éliminer
des textes qui reconnaissent spécifiquement les droits sur la
terre et sur l’eau des peuples autochtones, en particulier à
la lumière des obligations du Traité de Waitangi. Ces
tentatives n’étaient pas acceptables dans un forum des
Nations unies qui devrait protéger les droits humains et politiques
des peuples autochtones. En outre, nous souhaitons exprimer notre reconnaissance
aux Parties qui se sont montrées respectueuses de leurs obligations
et engagements vis-à-vis des peuples autochtones.
Les peuples autochtones restent profondément inquiets au sujet
du régime international proposé pour l’accès
et le partage des bénéfices. Les peuples autochtones avons
des droits inhérents et inaliénables de propriété
sur nos connaissances autochtones et nos ressources biologiques. Les
ressources génétiques et les savoirs traditionnels sont
liés de manière indissoluble. Ainsi nous l’avons
déclaré invariablement, et nous ne participons pas à
ces discussions pour faciliter l’accès à nos savoirs
traditionnels ou aux ressources génétiques de nos territoires.
Au contraire, nous y participons pour nous assurer que nos droits seront
reconnus et respectés par les Parties lors de la mise en place
du régime proposé. En outre, le régime international
doit s’avérer compatible avec les lois et les normes internationales
sur les droits humains.
Nous réaffirmons que les régimes actuels de droits de
propriété intellectuelle sont insuffisants et inappropriés
pour protéger notre savoir collectif et nos ressources, parce
que ces régimes sont monopolistiques, qu’ils favorisent
la privatisation de nos ressources bioculturelles par des sociétés
transnationales et qu’ils ne protègent que les droits de
propriété intellectuelle individuels. Au cours des dernières
années nous avons été témoins de l’expropriation
de nos ressources collectives et de la perte d’opportunités
durables au plan local en raison de l’accroissement de la biopiraterie.
Notre exigence de respect de nos droits sur nos connaissances, nos pratiques
et nos ressources est fondée sur notre souhait d’utiliser
ce savoir pour favoriser le développement autonome de nos communautés.
C’est pourquoi la loi coutumière autochtone doit être
l’élément fondamental de tout régime sui
generis pour la protection de la connaissance traditionnelle.
Nous demandons que les Parties garantissent la continuation du Groupe
de travail spécial à composition non limitée sur
l’article 8(j) et des dispositions qui s’y rapportent. La
continuité de ce groupe de travail est fondamentale, non seulement
pour garantir la participation pleine et effective des peuples autochtones
dans les travaux de la convention, mais aussi pour résoudre les
problèmes qui affectent directement nos peuples, telles que les
Directives de la CDB sur la biodiversité et le développement
du tourisme, entre autres. Par rapport à ces directives, nous
demandons spécialement qu’elles soient revues par le Groupe
de travail sur l’article 8(j) lors de sa prochaine réunion,
pour prendre en compte les recommandations de la Rencontre internationale
des leaders autochtones sur le tourisme durable qui se tiendra en Colombie
britannique, au Canada, en septembre 2005.
Traditionnellement, les territoires des peuples autochtones ont été
gérés en respectant les principes de conservation et l’utilisation
durable de la biodiversité. L’établissement de systèmes
d’aires protégées et de réseaux écologiques
régionaux, sub-régionaux et nationaux ne doit pas aboutir
à la réinstallation forcée, à l’extinction
ou à la violation de nos droits sur nos territoires. Les aires
protégées doivent être établies en accord
avec le principe du consentement préalable, libre et en connaissance
de cause. Nous aimerions souligner également que les aires protégées
marines et côtières ont porté atteinte aux vies
et aux territoires des peuples autochtones. La plupart des aires côtières
sont, ou ont été dans le passé, gérées
suivant les régimes traditionnels des peuples autochtones, avec
des systèmes de gestion fondés sur le savoir et les institutions
des peuples autochtones.
Tous les programmes de travail de la CDB doivent garantir la participation
pleine et effective des peuples autochtones, et des femmes autochtones
en particulier, en portant toute l’attention requise à
nos droits et usages coutumiers pour ce qui est de la gestion des ressources
dans les terres arides et sèches, les eaux littorales et marines,
les eaux intérieures, les forêts, les montagnes et les
îles.
Pour conclure, nous réaffirmons nos droits fondamentaux à
l’autodétermination, et nous allons nous acquitter de la
mission historique de nos peuples de soigner, conserver et préserver
notre Mère la Terre. Les Parties doivent respecter nos droits
fonciers et notre droit de contrôler autant l’accès
à nos ressources et à nos connaissances que leur utilisation.
Nous tous, Parties, peuples autochtones et générations
futures, n’allons survivre que si nous sommes capables d’arrêter
l’exploitation excessive des ressources biologiques du monde.
Le pillage
continue
Isaac Rojas, Coeco-Ceibe / FoE Costa Rica
Craignant de nouveaux vols
du patrimoine naturel et culturel des peuples autochtones et des communautés
locales, les Amis de la Terre International et d’autres ONG se
sont publiquement opposés, lors de la Septième Conférence
des Parties à la Convention sur la diversité biologique
(COP-7) tenue à Kuala Lumpur en février dernier, à
la tentative des délégués de négocier un
régime d’accès aux ressources génétiques
tout en laissant de côté les questions de droits de propriété
intellectuelle. A la fin, la conférence a lancé des négociations
sur un futur régime d’accès aux ressources génétiques
qui risque de renforcer, et non d’affaiblir, les droits de propriété
intellectuelle des entreprises sur les plantes, les animaux et les gènes.
Quant aux négociations sur les droits des peuples autochtones
et communautés locales, elles ont très peu avancé.
Un groupe constitué par les pays où se rassemble l’essentiel
de la biodiversité, que l’on appelle pays « mégadivers
», a estimé que le régime international serait un
instrument de lutte contre la biopiraterie. Pourtant, les pays ont été
réticents à mettre en question le brevetage des formes
de vie et autres mécanismes d’appropriation et de privatisation
du vivant. De ce fait, le régime va probablement affaiblir les
droits des peuples autochtones et communautés locales, et légitimer
le vol de leurs ressources. Le pillage continue.
Des aires
à protéger contre l’industrie minière
Abraham Baffoe, Amis de la Terre - Ghana
Les aires protégées
sont essentielles à la conservation de la biodiversité
mondiale. Il n’est donc pas surprenant qu’elles aient constitué
un point important de l’ordre du jour de la Septième Conférence
des Parties à la Convention sur la diversité biologique
(COP-7), qui s’est tenue en février à Kuala Lumpur,
en Malaisie.
Or, le projet de programme de travail établi par les délégués
à la CDB n’aura que peu de chances de garantir la conservation
de la biodiversité, à moins que la vague actuelle de privatisation
et de commercialisation des aires protégées ne soit contenue.
En l’état actuel des choses dans beaucoup de pays, les
seules espèces préservées dans les aires protégées
sont les exploitants forestiers et miniers.
En se justifiant par la doctrine des « activités économiques
dans des zones productives », les défenseurs de l’extraction
minière dans les aires protégées lors des négociations
de la CDB ont ignoré le fait que les mines à ciel ouvert
détruisent la forêt et la biodiversité en général,
et que l’excavation du sol fertile laisse dans son sillage une
terre en danger de désertification. L’extraction minière
dans les aires protégées ne peut qu’aggraver le
rythme déjà alarmant de la perte de biodiversité
dans le monde, avec des conséquences négatives pour le
fonctionnement des écosystèmes, des systèmes d’eau
douce et des moyens de vie de millions de peuples et communautés
tributaires des forêts.
Pour renforcer leur engagement à l’égard de la protection
et la gestion durable des aires protégées, les Parties
à la CDB devraient mettre en place une politique nettement définie
interdisant dans ces zones l’extraction minière et autres
activités industrielles à grande échelle.
Les délégués
à la biodiversité disent non aux normes pour les projets
climatiques
Miguel Lovera, Coordinateur, Coalition mondiale des forêts
Lors de la rencontre de février
des Parties à la Convention sur la diversité biologique
(CDB), les ONG et les organisations de peuples autochtones ne savaient
pas, au départ, ce que certains gouvernements allaient dire au
sujet du rapport intitulé « Liens entre la diversité
biologique et le changement climatique ». En effet, ce rapport
avait soulevé l’opposition des délégués
des USA, du Canada, du Japon et de la Nouvelle-Zélande au cours
de la réunion de novembre dernier de l’Organe subsidiaire
chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques
à la CDB. Mais en février les gouvernements en question
ont laissé passer le rapport sans problème et l’ont
envoyé à leurs homologues de la Convention cadre sur le
changement climatique.
Pourquoi ce changement d’attitude ? Probablement parce que le
texte avait été dépouillé entre-temps de
toute suggestion que les projets « d’atténuation
» du changement climatique – tels que les grandes monocultures
d’arbres génétiquement modifiés ou les barrages
hydroélectriques qui dévastent la nature et déplacent
les gens – requièrent un minimum de normes environnementales
et sociales garantissant qu’ils ne nuisent pas à la biodiversité.
En appuyant de tels projets, les gouvernements du Nord obtiennent l’autorisation
de continuer à émettre des gaz à effet de serre
presque autant qu’aujourd’hui. Ils peuvent donc très
bien se passer de normes environnementales et sociales qui y feraient
obstacle. Déjà en décembre, lors des dernières
négociations sur le climat, ils avaient contribué à
éliminer toute possibilité de normes raisonnables pour
des projets de ce genre dans le Sud.
Il n’est donc pas étonnant que le rapport de la CDB, une
fois convenablement amputé, ait mérité leur approbation.
Pour plus d’informations : http://www.biodiv.org
Des organisations
environnementales contestent la décision de l’ONU sur les
arbres GM
Leo Stranius, Amis de la Terre - Finlande
Trois organisations environnementales
finnoises contestent la décision prise lors des négociations
de l’ONU sur le climat qui approuve les arbres génétiquement
modifiés comme moyen de retirer le dioxyde de carbone de l’atmosphère.
L’Union pour l’écoforesterie, l’Association
populaire pour la sécurité biologique et les Amis de la
Terre Finlande demandent que le Forum de l’ONU sur les forêts
adopte une déclaration rejetant les arbres génétiquement
modifiés. Ils invitent à signer une pétition qu’ils
ont publiée sur le site : http://elonmerkki.net/dyn/appeal. La
pétition sera présentée à la quatrième
session du Forum des Nations unies sur les forêts à Genève,
au cours d’un événement parallèle prévu
pour le 11 mai 2004.
« L’idée de combattre le réchauffement de
la planète avec des arbres génétiquement modifiés,
approuvée par les Parties à la convention sur le changement
climatique en décembre dernier à Milan, est incorrecte
», ont dit Leo Stranius, président des Amis de la Terre
Finlande, et Hannu Hyvönen, coordinateur de l’Union pour
l’écoforesterie, lors d’une déclaration conjointe.
« Nous n’avons pas besoin de plantations d’arbres
génétiquement modifiés sur notre planète.
Des projets de ce genre sont en totale contradiction avec les termes
de la Convention de Rio sur la biodiversité. Nous espérons
que, lorsque le Forum de l’ONU sur les forêts se réunira
à Genève en mai prochain, il reconnaîtra cette contradiction
et interdira l’introduction d’arbres génétiquement
modifiés. »
Forum populaire sur les forêts : une initiative de supervision
par la base
Tous les pays devront présenter leurs rapports nationaux à
la prochaine réunion du Forum de l’ONU sur les forêts.
Stranius et Hyvönen affirment que leur propre pays, la Finlande,
présentera un compte rendu qui « réussit à
passer sous silence tous nos grands problèmes forestiers. Des
rapports comme celui-ci ne sont pas un bon point de départ pour
l’amélioration de notre information sur l’état
des forêts du monde », ont-ils dit. « Il est urgent
de considérer les forêts de la planète dans leur
ensemble. Nous n’avons besoin d’aucun genre de plantation
d’arbres sur la Terre. Ce qu’il nous faut, ce sont des solutions
alternatives pour l’avenir durable des forêts et des gens.
»
Ainsi, les trois organisations finnoises ont lancé sur l’Internet
un forum alternatif, « People’s Forest Forum », destiné
à « l’information et la libre discussion sur les
forêts », à l’adresse http://elonmerkki.net/forestforum/.
Pour plus d’information s’adresser à : Leo Stranius,
leo.stranius@pp.htv.fi,
ou à Hannu Hyvönen, ekometsa@sci.fi
Comptes rendus
d’autres réunions sur les forêts : l’autorité
diluée du PNUE
Les forêts doivent être
protégées dans le cadre d’une approche de la gestion
des ressources hydriques intégrée et fondée sur
les écosystèmes, d’après les 90 représentants
gouvernementaux qui ont participé au Forum ministériel
mondial sur l’environnement et 8e session spéciale du Conseil
d’administration du Programme des Nations unies pour l’environnement
(PNUE), qui s’est tenu du 29 au 31 mars à l’île
Jeju, en Corée du Sud. Les ministres sont arrivés à
cette conclusion au cours d’une discussion sur la dimension environnementale
de l’objectif de développement du millénaire qui
consiste à réduire de moitié, d’ici 2015,
le nombre de personnes qui manquent d’accès à l’eau
potable et aux services sanitaires élémentaires.
La réunion a porté aussi sur le besoin d’affermir
la gouvernance environnementale mondiale par l’augmentation du
nombre de membres du conseil d’administration du PNUE, le renforcement
de sa base financière et de son activité scientifique,
l’amélioration de la coordination entre les conventions
environnementales et la mise en place d’un plan stratégique
destiné à accroître les activités de formation
et de transfert de technologies de l’organisme. Bien que le plan
stratégique ait été bien accueilli par la plupart
des pays, une coalition dirigée par les États-Unis a réussi
à bloquer le processus d’assurer une base de financement
plus fiable et obligatoire à cette institution qui reste l’une
des plus petites des Nations unies. Le PNUE est encore trop dépendant
des contributions volontaires, y compris les apports du monde des affaires.
Ce fonctionnement à base de donations le met en position de faiblesse
et le soumet à l’acquiescement des entreprises.
Contrairement aux États-Unis, plusieurs pays et ONG disent que
le PNUE devrait être transformé en une agence spécialisée
de manière à bénéficier d’une participation
plus large et de contributions financières obligatoires de la
part des gouvernements. Ils affirment que cela rendrait l’organisme
plus apte à s’attaquer à la crise écologique
mondiale. Pour plus d’information visitez le site : http://www.unep.org/french/
Calendrier
de réunions sur les forêts
Pour plus d’informations
sur les rencontres intergouvernementales visitez le site : http://www.iisd.ca/linkages
• La quatrième
session du Forum des Nations unies sur les forêts se tiendra du
3 au 14 mai 2004 à Genève, en Suisse. Les thèmes
à traiter incluent les connaissances traditionnelles relatives
aux forêts et les aspects culturels et sociaux des forêts.
Voir aussi Ex Silvis et l’article d’Annabel Pinker. Pour
des informations supplémentaires visitez le site : http://www.un.org/esa/forests
• La troisième
session de l’Instance permanente des Nations unies sur les questions
autochtones se tiendra du 10 au 21 mai à New York, aux États-Unis.
Le thème principal de la rencontre est la femme autochtone. Pour
plus d’information : http://www.un.org/esa/socdev
• La vingtième
session de l’Organe subsidiaire de la Convention cadre sur le
changement climatique et le Protocole de Kyoto aura lieu du 14 au 25
juin 2004 à Bonn, en Allemagne. Voir aussi l’article de
Miguel Lovera à ce sujet. Pour plus d’information visitez
le site : http://www.unfccc.int
• La 36e session du Conseil
international des bois tropicaux (ITTC) se tiendra du 20 au 23 juillet
à Interlaken, Suisse. Elle sera suivie de la Conférence
des Nations unies pour la négociation d’un accord devant
succéder à l’Accord international sur le bois tropical,
qui aura lieu du 26 au 30 juillet à Genève. Pour davantage
d’information visitez le site : http://www.itto.or.jp
• Le Groupe spécial
d’experts sur les paramètres d’un mandat visant à
établir un cadre juridique pour tous les types de forêts
se réunira du 6 au 10 septembre à New York, aux États-Unis.
Pour plus d’information visitez le site : http://www.un.org/esa/forests.htm
Comité de rédaction :
- Simone Lovera, Amis de la Terre International
- Larry Lohmann, The Corner House, Royaume-Uni
- Ricardo Carrere, Mouvement mondial pour les forêts tropicales,
Uruguay
- Sandy Gauntlett, Institut international d'études maories
et autochtones, Aotearoa/Nouvelle-Zélande
- Andrei Laletin, Amis des forêts sibériennes, Russie
Cette lettre a été publiée
grâce au soutien financier de l’Institut néerlandais
de coopération.
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