Global Forest Coalition

 

 
Couvert Forestier
La lettre de la Coalition mondiale des foręts sur la politique forestière internationale

N° 17 / Novembre 2005
(click here to download it in word format)

Sommaire:

Couvert Forestier : brève description
• Ex Silvis : le climat pour agir sur le changement climatique changera-t-il un jour ?, Miguel Lovera, coordinateur, Coalition mondiale des forêts
La réalité de la mise en oeuvre des obligations en matière de forêts en application de la Convention cadre sur les changements climatiques, Assitou Ndinga, Sénégal, coordinateur de la Coalition mondiale des forêts pour les activités de suivi indépendant
Ramifications : des forêts intactes transformées en plantations de palmier à huile pour produire un combustible bio-catastrophique, Rully Syumanda, WALHI, Indonésie
• Évaluation des progrès du Programme Forêts de la CDB, Vladimir Bocharnicov, RAIPON, Russie, et Miguel Lovera, Coalition mondiale des forêts
Les arbres et l’OMC : des cultures ou des forêts?, Sandy Gauntlett, Pacific Indigenous Peoples Environment Coalition, Aotearoa /Nouvelle-Zélande
• Comptes rendus d’autres réunions sur les forêts :
• ... et la pauvreté a gagné

• Saigner à blanc la Convention des pauvres
• Nouvelles pressions pour rendre commercialisables les valeurs de la forêt
• Calendrier de réunions sur les forêts



Couvert Forestier : brève description

Couvert Forestier, dont voici le 17e numéro, est le bulletin de la Coalition mondiale des forêts (CMF), une coalition créée par un groupe d’organisations non gouvernementales (ONG) et d’organisations de peuples autochtones (OPA) en vue de faciliter leur participation avisée aux réunions intergouvernementales sur les forêts. Couvert Forestier, qui paraît quatre fois par an, présente les comptes rendus de diverses ONG et OPA sur les plus importantes de ces rencontres, ainsi qu’un calendrier des réunions à venir. Les opinions qui y sont exprimées ne reflètent pas nécessairement le point de vue de la Coalition mondiale des forêts, de ses membres fondateurs ou de ses rédacteurs. Pour vous y abonner gratuitement, contactez Simone Lovera : lovera1@conexion.com.py.

Ex Silvis : le climat pour agir sur le changement climatique changera-t-il un jour ?
Miguel Lovera, coordinateur de la Coalition mondiale des forêts

Un an à peine après l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, la nature a bien montré quelles sont les conséquences de l’échec de l’humanité à enrayer le changement climatique : la saison des cyclones dans les Caraïbes a été la plus dure de l’histoire, la saison sèche de l’Amazonie a été la plus sèche de toutes. Si les gouvernements ne changent pas d’attitude maintenant, quand le feront-ils ?
En adoptant le Protocole de Kyoto, les pays développés (que l’on appelle aussi les Parties de l’Annexe 1) ont convenu de réduire, d’ici à 2008-2012, leurs émissions de gaz à effet de serre pour qu’elles soient dans l’ensemble inférieures de 5% au moins à celles de 1990.
Pourtant, beaucoup seraient probablement d’avis que cela risque d’être bien trop peu et d’arriver bien trop tard.
Certains d’entre nous – un groupe nombreux à vrai dire, qui compte des centaines d’ONG et d’OPA – avons voulu évaluer ce qui a été fait pour atténuer le changement climatique et stabiliser les niveaux des gaz à effet de serre. Nous avons commencé par examiner la Convention cadre sur les changements climatiques (CCCC), et nous y avons trouvé l’article 4. Heureusement, cet article souligne que les pays doivent s’efforcer d’éviter l’effondrement du système climatique. Et l’article 4.1(d) inclut la conservation des forêts parmi les réponses à fournir par les gouvernements du monde entier.
Il est surprenant (ou peut-être pas) que rien n’ait été fait pour respecter cette obligation : rien du tout, nada ! Si quelques mesures de faible portée ont été prises en application du Protocole de Kyoto, elles ont été quasiment nulles dans le domaine des forêts.
Or les forêts sont essentielles pour la stabilité du climat. Elles ont été réduites à un tiers de leur étendue originelle par les êtres humains, et pourtant, elles continuent d’abriter jusqu’à 70% de la biodiversité terrestre connue. Ceux qui allèguent que les plantations en régime de monoculture sont des forêts n’ont vraiment pas conscience de ces réalités. Une plantation n’est pas comparable à une forêt, elle est plutôt comparable à un champ de maïs qui pousserait très lentement. Les défenseurs des plantations d’arbres comme puits de carbone affirment qu’elles seront très bénéfiques pour le climat. Ils proposent également de planter quelques millions d’hectares additionnels pour produire les dénommés « combustibles biologiques » destinés à remplacer les combustibles fossiles.
Cette solution de style « balle d’argent » risque de coûter très cher, comme l’explique l’article de Rully Syumanda dans ce même numéro de Couvert Forestier. Tous les avantages potentiels de la génération d’énergie « biologique » sont dépassés par les effets sur l’environnement qu’aurait la production à grande échelle des matières premières nécessaires pour fournir un volume de combustibles fossiles susceptible de remplacer le pétrole et le gaz au rythme où ils sont consommés à l’heure actuelle. En tout cas, cette surconsommation n’est pas durable et, si nous voulons vraiment remplacer les combustibles fossiles, nous devons d’abord nous occuper d’elle. Alors seulement nous saurons quels sont les besoins véritables et combien de combustible on dépense à maintenir des modes de vie gaspilleurs et inacceptables.
Il est vraiment alarmant que le changement climatique, l’une des menaces les plus graves pour l’humanité (et pour la diversité biologique) soit traité de cette manière. Les gouvernements ne font même pas semblant de regarder leurs obligations directes en matière de forêts qui découlent de la Convention cadre sur les changements climatiques des Nations unies. De même, il y a eu très peu de propositions qui associent le changement climatique aux actions en matière de diversité biologique.
Les forêts sont composées de jusqu’à 70% de toutes les espèces terrestres connues, et elles sont en outre un stabilisateur efficace du climat : ne méritent-elles pas mieux que la publication d’une poignée de documents ? Générer 50% de l’électricité nécessaire grâce au vent et au soleil, par exemple, ou arrêter le déboisement et le remplacement des forêts par des monocultures d’arbres, seraient des actions concrètes et un bon point de départ. Si on le fait, le climat finira par se stabiliser à mesure que les divers écosystèmes séquestrent et recyclent le carbone de l’atmosphère.
Quoi qu’il en soit, nous nous faisons trop de soucis et, pendant ce temps-là, il y a des entreprises et des gouvernements qui font tout ce qu’ils peuvent pour changer le climat dans lequel nous vivons, en pompant jusqu’à la dernière goutte de pétrole et en exploitant la flatulence éternelle de la terre pour brûler notre espoir d’un avenir meilleur.


La réalité de la mise en oeuvre des obligations en matière de forêts en application de la Convention cadre sur les changements climatiques
Assitou Ndinga, Sénégal, coordinateur de la Coalition mondiale des forêts pour les activités de suivi indépendant

L’inquiétude suscitée à l’échelon mondial par le changement climatique a donné naissance à une initiative importante, la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCCC), dont l’article 4.1(d) dit : « Toutes les Parties, tenant compte de leurs responsabilités communes mais différenciées et de la spécificité de leurs priorités nationales et régionales de développement, de leurs objectifs et de leur situation : [...] Encouragent la gestion rationnelle et encouragent et soutiennent par leur coopération la conservation et, le cas échéant, le renforcement des puits et réservoirs de tous les gaz à effet de serre non réglementés par le Protocole de Montréal, notamment la biomasse, les forêts et les océans de même que les autres écosystèmes terrestres, côtiers et marins ».
De ce fait, les signataires de la CCCC se sont engagés à mettre en oeuvre les obligations contractées à l’égard des forêts en vertu de cette convention. Pour évaluer comment ils l’ont fait, la Coalition mondiale des forêts a adressé un même questionnaire aux représentants d’une série d’organisations des parties prenantes locales, dont des services gouvernementaux, des organisations environnementales et des universités.
Les résultats montrent que, dans beaucoup de pays, il s’est passé très peu de chose. Au Ghana et en Russie , par exemple, il n’y a pas d’agence ni de point focal (ni, surtout, de personnel) affecté à la mise en oeuvre.
De même, en Afrique du Sud la protection formelle des forêts revient en principe au département national des « affaires de l’eau et des Forêts » (DWAF), mais ce département ne joue aucun rôle direct dans l’application de la CCCC. Sur le terrain, le gouvernement provincial est responsable de la gestion des forêts dans les réserves formellement protégées. Il peut aussi réglementer l’utilisation des ressources forestières d’autres régions, et surveiller le commerce illégal d’espèces menacées ou spécialement protégées. Cependant, les forêts qui appartiennent au réseau des ‘Parcs nationaux’ protégés sont gérées séparément par le département de l’environnement et du tourisme (DEAT), qui est le point focal de la CCCC en Afrique du Sud. Quant à l’Institut national de la diversité biologique (SANBI), il semble ne rien faire pour améliorer l’aménagement et la protection des forêts du pays.
En Allemagne (d’après Baldus et Funck ), l’entrée en vigueur de l’article 4.1(d) de la CCCC n’a provoqué aucun changement dans le statut juridique des forêts ni dans leur gestion.
La CCCC est prête à être appliquée maintenant : qu’est-ce que les signataires attendent pour le faire ?
Les rapports découlant du suivi indépendant de la mise en oeuvre de l’Article 4.1(d) de la Convention cadre sur les changements climatiques seront présentés lors de la prochaine Conférence des Parties à la CCCC, en décembre 2005. Ils seront disponibles à l’adresse : http://www.wrm.org.uy/gfc.

Ramifications : des forêts intactes remplacées par des plantations de palmier à huile pour produire un combustible bio-catastrophique
Rully Syumanda, WALHI, Indonésie
La disparition des forêts naturelles en Indonésie a atteint un point critique, avec 2,8 millions d’hectares abattus en 2004 et 3,4 millions par an entre 2001 et 2003. L’Indonésie a probablement le taux de déforestation le plus élevé du monde. Si l’exploitation illégale est souvent considérée comme un problème grave, c’est en fait la propagation des grandes plantations de palmier à huile qui sont la cause principale de cette situation.
Les plantations de palmier à huile se sont déjà étendues jusqu’aux forêts de haute valeur pour la conservation ; plusieurs se trouvent dans des bassins hydrographiques et d’autres dans des tourbières boisées où la tourbe a une épaisseur de plus de 3 mètres (ce qui implique que la zone devrait être protégée). Les tourbières affectées se trouvent dans les provinces de Riau et Jambi à Sumatra, et dans certaines régions de Kalimantan. Le défrichage extensif est en outre la cause principale des incendies dans ces forêts, lesquels sont à leur tour les principaux responsables de la pollution par la fumée en Indonésie.
La réaffectation des zones boisées dans les bassins hydrographiques provoque elle aussi des dégâts de grandes proportions. Là où les forêts ont été abattues, la pluie charrie la terre et le sable vers les fleuves, qui deviennent de moins en moins profonds à cause de la sédimentation. Cela provoque à son tour des inondations, en particulier aux périodes les plus pluvieuses. Par exemple, les inondations de Riau en 2003 ont causé des dégâts estimés à 76 millions USD (soit 64% du budget annuel 2002 de la province ). Dans la province de Jambi, les dégâts des inondations de 2004 ont totalisé 22 millions USD. Les recettes produites par les plantations de palmier à huile ne compensent pas les effets dévastateurs de ces inondations sur les foyers et les récoltes de la population.
Quant à l’élimination des tourbières, elle provoque une dégradation irréversible de l’environnement. Les grands volumes d’eau contenus dans la tourbe ne peuvent pas être retenus une fois le marais ouvert. Celui-ci perd en outre sa capacité de piégeage, de sorte que des millions de mètres cubes de carbone sont libérés dans l’atmosphère . De surcroît, l’eau de mer n’est plus tenue à distance et envahit l’eau des puits. C’est ce qui est arrivé dans le district d’Inderagiri Hilir de Riau, où des centaines de familles n’ont pas pu continuer à utiliser leurs puits après que l’eau de mer les a contaminés .
La transformation des forêts en plantations de palmier à huile exige en outre de changer le pH du sol (son taux d’acidité ou d’alcalinité). Or, la manière la moins chère de le faire est de brûler la forêt. Plus de 200 entreprises huilières auraient brûlé des forêts entre 2000 et 2005, dans le cadre de leurs concessions.
De plus, l’industrie de l’huile de palme est truffée de conflits d’ordre foncier, et on la trouve fréquemment associée à l’utilisation des forces policières et militaires. En 2004, par exemple, une entreprise de sécurité privée nord-américaine, SHIELD, a tué trois personnes du village d’East Tambusai dans le district de Rokan Hulu de la province de Riau, à la suite d’un conflit entre l’entreprise PT Surya Dumai et les personnes qui réclamaient la restitution de leurs terres .
Entre 1988 et 2002, il y aurait eu 479 victimes de tortures et des dizaines de personnes tuées dans des conflits concernant les terres. Pour beaucoup de ceux qui habitent des zones où les entreprises de plantation se voient octroyer des concessions, les perspectives sont sombres : des salaires plus bas et point de droits. Les plantations peuvent créer des milliers de postes de travail et générer des revenus au plan local et national, mais elles peuvent aussi plonger les communautés dans la pauvreté.
L’huile de palme est utilisée dans de nombreux produits et, de plus en plus, comme combustible biologique. Mais en tablant si fort sur elle, nous serons forcés de transformer davantage de forêts naturelles en plantations de palmiers. La croissance démographique augmentera la demande de combustible, tandis que les terres disponibles seront de moins en moins nombreuses. Il n’y a déjà pas assez de terres pour répondre à nos habitudes de consommation énergétique actuelles ; il est donc absurde de dire que l’huile de palme est un produit ou un combustible durable.
Il faut stopper les projets européens d’utilisation de l’huile de palme comme combustible. Une telle politique serait désastreuse pour des pays comme l’Indonésie. L’Europe et le reste devraient se centrer sur l’économie d’énergie et le développement de sources d’énergie vraiment durables, au lieu de se tourner vers les gens et les forêts qui restent à Kalimantan et à Sumatra pour résoudre leurs problèmes.
Il est temps que le Nord arrête d’imposer à l’écologie et aux moyens de vie du Sud les conséquences de sa consommation. Il est temps de mettre fin à ce colonialisme.

Évaluation des progrès du Programme Forêts de la CDB
Vladimir Bocharnicov, RAIPON, Russie, et Miguel Lovera, Coalition mondiale des forêts

Le troisième Groupe spécial d’experts techniques (AHTEG) pour l’évaluation de la mise en oeuvre du programme de travail sur la diversité biologique des forêts s’est réuni à Bonn du 25 au 29 juillet 2005. L’objectif principal de la rencontre était de préparer des recommandations pour la onzième session de l’Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, technologiques et techniques de la Convention sur la diversité biologique (OSASTT-11), sur les points suivants :
• Mise au point d’un format pour les sections concernant la diversité biologique des forêts dans le Troisième Rapport national sur la mise en oeuvre de la Convention.
• Préparation de questionnaires pour les organisations internationales et les membres du Partenariat de collaboration sur les forêts (PCF).
• Apport technique au processus d’évaluation.
• Apport technique à l’examen de la mise en oeuvre du programme de travail sur les aires protégées.
• Informations scientifiques et techniques sur les succès, les défis et les obstacles à la mise en oeuvre du programme de travail.
• Information sur les effets des mesures scientifiques et techniques adoptées et des instruments utilisés pour la mise en oeuvre du programme de travail.
Par rapport au besoin de faire participer les organisations de peuples autochtones (OPA) et les communautés locales à la préparation des rapports nationaux, les représentants des ONG se sont référés au rapport présenté par l’Alliance internationale des peuples indigènes et tribaux au quatrième Forum des Nations unies sur les forêts (FNUF-4). En particulier, ils se sont centrés sur le rapport de la Russie à propos des connaissances traditionnelles en matière de forêts (disponible sur : http://www.international-alliance.org/tfrk_expert_meeting_fr.htm). Ce travail montre les compétences que possèdent les peuples autochtones pour suivre et évaluer la nature et la portée des changements environnementaux. Un tel savoir pourrait être d’une grande valeur pour la mise en oeuvre des objectifs de la CDB, comme l’a signalé RAIPON. Malgré cela, les experts gouvernementaux du Brésil et de Cuba se sont opposés à l’idée d’une intervention directe des peuples autochtones, en affirmant qu’elle devrait se limiter à l’élaboration des rapports nationaux. Le Secrétariat de la CDB a également reçu la demande de préparer des questionnaires nationaux plus détaillés qui permettent d’utiliser avec davantage d’efficacité les capacités des secteurs non officiels.
Ces interventions ont suscité une discussion enrichissante, qui a abouti à une série de recommandations sur l’analyse des rapports nationaux, concernant (entre autres) :
• avantages et inconvénients principaux, à l’échelon mondial et régional, rencontrés pour la mise en oeuvre du Programme de travail ;
• les buts et/ou objectifs les plus accomplis ;
• les buts et/ou objectifs les moins accomplis ;
• les buts et/ou objectifs non accomplis ;
• conclusions au plan régional ;
• conclusions au plan mondial ;
• suggestions pour améliorer le Programme de travail sur les forêts et marche à suivre ;
• enseignements tirés, meilleures pratiques.
Un représentant du Département forestier de la FAO a montré les efforts accomplis par le Partenariat de collaboration sur les forêts pour rationaliser les méthodes d’établissement des rapports (vous trouverez davantage d’informations à ce sujet sur la page WEB du PCF, www.fao.org/forestry/cpf-mar). Il a été convenu que l’établissement des rapports pourrait être facilité par la mise en place de réseaux d’information à l’intention de tous les acteurs visés par les nouveaux questionnaires. Les représentants des ONG ont proposé aussi d’inclure dans les rapports nationaux des cartes et des analyses de la situation générale, que l’on pourrait actualiser périodiquement.
Le deuxième jour, le groupe a considéré « l’apport d’information sur les effets des types de mesures scientifiques et techniques adoptés et des instruments utilisés pour la mise en oeuvre du programme de travail ». Il a été convenu qu’il faudrait en principe extraire cette information de la section du Troisième rapport national consacrée à la diversité biologique des forêts.
Néanmoins, bien que la plupart de ces informations figurent déjà dans les rapports nationaux du Secrétariat, les ONG et les OPA estiment qu’il y a des lacunes et des limitations dans le type et la qualité des informations recueillies par les gouvernements et par les institutions ‘conventionnelles’ et que, de ce fait, certains changements qualitatifs qui affectent les forêts ne sont pas pris en compte. Par exemple, les taux de déforestation dans les régions affectées ou défrichées y figurent, et cette information est utile, mais les causes sous-jacentes et leur distribution spatiale, ou la présence d’organismes génétiquement modifiés, sont rarement signalées. Il s’agit là d’une omission grave, car elle restreint la possibilité d’identifier les problèmes et de concevoir les politiques et les solutions appropriées.
Les ONG et les OPA ont fortement souligné que la Conférence des Parties à la CDB devrait :
• encourager les Parties à inclure les peuples autochtones, les communautés locales et toutes les parties intéressées dans la préparation de leurs rapports nationaux (en fournissant un soutien financier approprié) ;
• effectuer des examens par les pairs une fois que l’information de la section sur la diversité biologique des forêts du Troisième rapport national aura été analysée et synthétisée.
Les ONG et les OPA ont suggéré également d’utiliser les Systèmes d’information géographique (SIG - GIS) pour l’analyse des rapports nationaux ; ceci est faisable et serait efficace. Curieusement, l’expert de la Finlande n’a pas estimé nécessaire d’analyser plus profondément les rapports nationaux.
Le troisième et le quatrième jour ont été consacrés à l’élaboration d’indicateurs pour chacun des objectifs établis dans le Programme de travail, ce qui a produit une matrice contenant les objectifs, les indicateurs et les sources d’information.
En conclusion, l’AHTEG s’est acquitté d’une quantité de tâches considérable. Il a examiné de nombreux documents et publications concernant les rapports sur les obligations en matière de forêts, et créé une série d’indicateurs pour mesurer la mise en oeuvre du Programme de travail de la CDB sur la diversité biologique des forêts. Néanmoins, il a été évident que certains experts étaient chargés de missions extrascientifiques et qu’ils privilégiaient des questions ‘d’intérêt national’ aux dépens de l’objectivité et du bon sens.
Pour plus d’informations, visitez le site : www.biodiv.org.

Les arbres et l’OMC : des cultures ou des forêts ?
Sandy Gauntlett, Pacific Indigenous Peoples Environment Coalition, Aotearoa/Nouvelle-Zélande
La libéralisation du secteur forestier est réapparue en tête de liste du programme de l’Organisation mondiale du commerce, dans le cadre de l’accès aux marchés des produits non agricoles (NAMA). Le Canada, Hong-Kong, la Chine, la Nouvelle-Zélande, la Thaïlande et les États-Unis poussent ensemble pour la libéralisation complète de ce secteur. Et complète veut dire complète : tarif douanier zéro et, s’ils en font à leur tête, pratiquement pas de ‘mesures non tarifaires’ (ce qui impliquerait d’éliminer toute une série de normes et de réglementations). Ces pays tombent dans le ridicule d’affirmer que « la libéralisation des tarifs augmenterait la valeur intrinsèque des forêts et encouragerait une planification à long terme centrée sur la durabilité, qui comporterait des avantages substantiels pour le commerce, la société et l’environnement ». Or, quelles en seraient les conséquences pour les communautés autochtones et locales ?
Il n’y a pas de doute, par exemple, que les monocultures agroforestières à grande échelle ont déjà joué un rôle dévastateur dans la marginalisation des peuples autochtones d’Aotearoa/Nouvelle-Zélande. Avant la colonisation, Aotearoa était boisée à 85%. Après 800 à 1000 ans de colonisation maori, le pays avait encore un couvert forestier d’environ 60%. Pourtant, 150 années de colonisation européenne ont suffi à faire tomber le couvert forestier à 23% et, s’il reste encore à ce niveau-là, c’est surtout parce que les lois le protègent.
D’une manière générale, les conséquences sur le mode de vie des communautés maori ont été dévastatrices, en partie parce que leurs rapports avec les forêts en ont été modifiés et que leur régime alimentaire a changé. Avant la colonisation européenne, les Maori dépendaient aussi bien de la forêt que de la mer pour leur nourriture quotidienne, qui incluait des oiseaux et des fruits de mer. Après la colonisation, les gens ont commencé à se déplacer en quête de travail vers les zones urbaines, où les fruits de mer sont chers et où la plupart des oiseaux sont protégés. Ainsi, leur alimentation traditionnelle a été remplacée par des produits laitiers, qui ont fait augmenter les taux d’obésité. Si l’on ajoute à cela qu’un nombre disproportionné de Maori travaillent avec des produits chimiques et des organochlorés dans l’industrie du bois, on comprend que leur espérance de vie soit inférieure de 8 à 10 ans à celle des Européens.
Aux conséquences pour la santé s’ajoutent des effets sur la société. Le déplacement de la population de la forêt et l’urbanisation résultante ont eu un coût considérable. Pour beaucoup de Maori, leur vie quotidienne ne les met plus en contact avec la Marae, la zone de rencontre sacrée. Certains perdent de ce fait leur sens d’appartenance et leur culture, comme le prouvent les statistiques nationales. Les Maori, qui représentent environ 15% de la population d’Aotearoa/Nouvelle-Zélande, constituent 51% de la population des prisons et 80% des bandes impliquées dans le trafic de drogues illégales et dans d’autres activités délictueuses.
L’élimination des restrictions tarifaires sur tous les produits de bois sans distinction laisserait les forêts naturelles de tous les pays encore plus exposées au pillage que maintenant. Cela devrait être évident pour tout fonctionnaire gouvernemental familiarisé avec les négociations en matière de forêts ; et pourtant, les nations riches (encouragées par l’industrie du bois et en particulier par celles du groupe de Santa Catalina) semblent disposées à ignorer cet effet secondaire quand elles négocient avec l’OMC. Cela veut-il dire que les forêts des autres pays ne les intéressent pas ? Ou, pire encore, ont-elles l’intention de piller ces forêts-là tout en protégeant, en théorie du moins, les leurs ?
En Nouvelle-Zélande, pays qui figure parmi les principaux défenseurs de la libéralisation des produits forestiers, il est fortement probable que l’on vise les produits fournis par les monocultures d’arbres, et non ceux des forêts indigènes, dont la plupart sont protégées par la loi. Pourtant, les pays qui n’ont pas de vastes plantations d’arbres risquent d’avoir des priorités tout à fait différentes. J’aimerais donc suggérer que nous essayions de rompre l’unité des pays qui proposent la libéralisation, en nous efforçant d’obtenir une différenciation de leurs propositions.
Si les tarifs appliqués aux produits agroforestiers des plantations étaient nettement distincts des tarifs appliqués aux produits naturels, il serait beaucoup plus facile de sensibiliser le public à ce sujet pour qu’il s’oppose à la libéralisation des ressources des forêts naturelles. Les points sensibles à l’heure actuelle et l’intérêt des ‘négociateurs’ des pays développés à préserver leurs carrières politiques les pousseraient peut-être à abandonner (ou, du moins, à bloquer) le volet forêts naturelles du projet.
L’inconvénient est que cela risquerait de mettre en fureur les pays en développement qui ne possèdent pas de grandes étendues agroforestières. Ils pourraient même le voir comme une tentative des pays riches de faciliter l’accès de leurs propres produits, au détriment des nations plus pauvres qui dépendent de l’exportation des produits de leurs forêts naturelles. Pourtant, toute division serait favorable, car elle nous donnerait une chance de faire échouer le projet.
Nous voyons à l’OMC encore une négociation axée sur le commerce qui encourage la colonisation à l’ancienne, sans considérer les conséquences véritables qu’elle aura pour les gens et pour l’environnement dont ils dépendent. Pour éviter qu’elle réussisse, nous devrons appliquer la même règle qu’eux : diviser pour régner. Que personne ne s’y trompe, nous sommes engagés dans un combat pour la survie de l’humanité dans toute sa diversité.
Pour plus d’informations visitez le site : http://www.wto.org.

Comptes rendus d’autres réunions sur les forêts

... et la pauvreté a gagné
Plus de 170 chefs d’État se sont réunis à New York, du 14 au 16 septembre 2005, pour accélérer la mise en oeuvre des huit objectifs du Millénaire fixés en 2000 pour lutter contre la pauvreté. Malheureusement, ils n’ont fait aucun progrès véritable, créant ainsi une crise de confiance et compromettant encore plus l’ensemble du processus.
Parmi les huit objectifs qu’il faudrait atteindre d’ici à 2015 figurent réduire de moitié l’extrême pauvreté et la faim, réaliser l’éducation primaire universelle, réduire de deux tiers la mortalité des enfants, inverser la tendance actuelle à la déperdition des ressources environnementales et réduire de moitié le nombre des personnes qui n’ont pas accès de façon durable à de l’eau potable. La question des ressources inclut la réduction de la déforestation, dont l’ONU reconnaît l’importance capitale pour les paysans pauvres.

Pourtant, le nouveau représentant permanent des USA à l’ONU, John Bolton, ainsi que d’autres représentants de pays développés, ont réussi à diluer tout ce qui aurait pu se traduire par une réduction des 230 milliards de dollars qui sont transférés chaque année des pays pauvres du Sud vers le Nord grâce aux remboursements des dettes et à des modèles commerciaux exploiteurs.
Comme un ancien chef d’État l’a dit un jour : « Nous avons déclaré la guerre à la pauvreté... et la pauvreté a gagné ».
Pour plus d’informations visitez le site : www.ipsnews.net/news.asp?idnews=30311.

Saigner à blanc la Convention des pauvres
La septième Conférence des Parties à la Convention de lutte contre la désertification a eu lieu du 17 au 28 octobre à Nairobi, au Kenya. Malheureusement, cette réunion a été la preuve parfaite que les leaders des pays les plus riches du monde, lorsqu’ils se sont réunis en juillet en Écosse pour le sommet du G-8 et au Sommet de la Terre de l’ONU en septembre, n’avaient aucune intention véritable de combattre la pauvreté ni l’augmentation de la misère. Leurs discours grandiloquents n’étaient que paroles creuses.
Bien qu’il soit généralement reconnu que la Convention de lutte contre la désertification est la plus susceptible de répondre aux besoins des pauvres, les pays donateurs riches ont refusé, une fois de plus, de fournir les ressources financières nécessaires pour la mettre en oeuvre de façon efficace. Ou nous devrions plutôt dire (en reprenant les paroles d’un négociateur déçu) que les donateurs ont un intérêt tout particulier à « saigner à blanc la convention ».
Cette attitude a encore une fois mis au point mort les discussions sur la manière d’accélérer la mise en oeuvre de la Convention. Les pays affectés n’en ont gardé que peu d’espoir que la Convention devienne un jour un instrument efficace pour enrayer la dégradation des forêts sèches et des autres écosystèmes des zones arides dont les communautés les plus pauvres ont désespérément besoin.
Pour plus d’informations visitez le site : http://www.unccd.int.

Nouvelles pressions pour rendre commercialisables les valeurs de la forêt
La trente-neuvième session du Conseil international des bois tropicaux a eu lieu du 7 au 12 novembre à Yokohama, au Japon. Si les affaires courantes y ont été relativement bien conduites, la réunion a été assombrie par l’avenir incertain de l’Accord international sur les bois tropicaux, qui prend fin le 31 décembre 2006. La réunion du CIBT a permis des consultations informelles sur des questions importantes concernant les négociations sur l’accord devant succéder à l’AIBT.
La nouvelle poussée de certains pays pour inclure dans cet accord les services environnementaux a été particulièrement inquiétante. Beaucoup d’ONG et d’OPA s’y opposent, car cette inclusion mènera à une plus forte marchandisation des valeurs de la forêt, ce qui aura des conséquences adverses pour les peuples autochtones et autres populations qui en dépendent pour leur subsistance.
Pour plus d’informations visitez les sites : http://www.itto.or.jp ou http://www.unctad.org.

Calendrier de réunions sur les forêts

Vous trouverez des informations supplémentaires sur les rencontres intergouvernementales sur le site : http://www.iisd.ca/linkages.
• La Conférence ministérielle sur l’application des législations forestières et de la gouvernance en Europe et en Asie du Nord aura lieu du 22 au 25 novembre à Saint-Pétersbourg, Russie.
• La onzième réunion de l’Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, technologiques et techniques de la Convention sur la diversité biologique se tiendra du 28 novembre au 2 décembre à Montréal, Canada. Voir aussi l’article de Vladimir Bocharnicov et Miguel Lovera. Pour plus d’informations visitez le site : http://www.biodiv.org/meetings.
• La première réunion des parties au Protocole de Kyoto et la onzième session de la Conférence des parties à la Convention cadre sur le changement climatique aura lieu du 28 novembre au 9 décembre à Montréal, Canada. Voir aussi Ex Silvis par Miguel Lovera, et les articles d’Assitou Ndinga et Rully Syumanda. Pour plus d’informations visitez le site : http://unfccc.int.
• La sixième conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce se tiendra du 13 au 18 décembre à Hong-Kong. Voir aussi l’article de Sandy Gauntlett. Pour plus d’informations, visitez le site : http://www.wto.org.
• La quatrième réunion du groupe de travail spécial sur l’Article 8j (connaissances traditionnelles) de la Convention sur la diversité biologique se tiendra du 23 au 27 janvier 2006 à Granada, en Espagne. Elle sera suivie par la quatrième réunion du groupe de travail sur l’accès et le partage des avantages, qui aura lieu du 30 janvier au 3 février. Ces réunions incluront des négociations sur un régime international en matière de biopiraterie. Pour plus d’informations visitez le site : http://www.biodiv.org.
• La quatrième session de la Conférence de l’ONU pour la négociation d’un accord devant succéder à l’Accord international sur les bois tropicaux aura lieu du 16 au 20 janvier 2006 à Genève, en Suisse. Pour plus d’informations visitez le site : http://www.unctad.org.
• La sixième réunion du Forum de l’ONU sur les forêts aura lieu du 13 au 24 février à New York, États-Unis. Cette réunion visera à trouver des réponses aux nombreuses questions encore non résolues concernant l’avenir du FNUF. Pour davantage d’informations visitez le site : http://www.un.org/esa/forests.
• La 8e Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique aura lieu du 20 au 31 mars 2006 à Curitiba, au Brésil. Les débats porteront sur de nombreuses questions, dont le régime international en matière de biopiraterie, un rapport du groupe de travail pour l’évaluation de la mise en oeuvre du programme forêts de la Convention, et l’initiative ‘Business and the Biodiversity’. Pour davantage d’informations visitez le site : http://www.biodiv.org.

Cette lettre a été publiée grâce au soutien financier de l’Institut néerlandais de coopération.

 


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