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Dix réponses à dix mensonges *

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*This briefing is also available in Portuguese

Table de matièrs:

Mensonge Nº 1:
Les plantations forestières sont des "forêts plantées"

Mensonge Nº 2:

Les plantations forestières améliorent l’environnement
Mensonge Nº 3:
Les plantations permettent d’alléger la pression sur les forêts
Mensonge Nº 4:

Les plantations permettent valoriser et d’améliorer les sols dégradés
Mensonge Nº 5:
Les plantations servent à lutter contre l’effet de serre
Mensonge Nº 6:
Les plantations sont nécessaires pour faire face à la consommation croissante de papier
Mensonge Nº 7:
Les plantations sont beaucoup plus productives que les forêts
Mensonge Nº 8:
Les plantations créent des emplois
Mensonge Nº 9:
Les impacts négatifs des monocultures forestières industrielles peuvent être évités ou mitigés au moyen d’une bonne gestion
Mensonge Nº 10:
Les plantations ne peuvent pas être jugées de façon isolée


 

Planter des arbres peut être une très bonne chose, mais également quelque chose de très mauvais. Cela dépend de l’objectif visé, de l’échelle à laquelle cela se fait, de l’emplacement choisi, des bénéfices ou des préjudices qui s’ensuivent et qui concerneront les populations locales. Les plantations sur une grande échelle d’espèces à croissance rapide, telles l’eucalyptus ou le pin, sont celles qui entraînent les impacts les plus négatifs sur la société et sur l’environnement. En raison desdits impacts, ce genre de plantation a donné lieu à des luttes généralisées à leur encontre. Les entreprises et les promoteurs de ce modèle de plantation s’acharnent à démentir l’existence de ces impacts, ainsi qu’à élaborer et diffuser une publicité mensongère en vue d’obtenir le soutien des secteurs de la population non ou mal informés. Parmi les fausses affirmations diffusées en faveur des monocultures forestières sur une grande échelle on compte les dix mensonges suivants :

Mensonge Nº 1:
Les plantations forestières sont des "forêts plantées"

Les techniciens aussi bien que les entreprises insistent dans le fait de dénommer les plantations: des "forêts plantées". Cette confusion qui se créé entre une culture (d’arbres) et une forêt est le point de départ de la publicité en faveur des plantations. Dans un monde qui a pris conscience de la gravité du problème créé par le déboisement, l’activité de «planter des forêts» est généralement perçue comme quelque chose de positif. Pourtant, une plantation n’est pas une forêt, et la seule chose qu’elles ont en commun est le fait que l’élément prédominant dans toutes les deux sont les arbres. Leur similarité ne va pas plus loin que ça. Une forêt contient:

  • de nombreuses espèces d’arbres et d’arbrisseaux de différents âges
  • une grande quantité d’espèces végétales, sur le sol mais également sur les arbres eux-mêmes ainsi que sur les arbrisseaux (plantes grimpantes, épiphytes, parasites, etc.)
  • une énorme variété d’espèces de faune, qui y trouvent leur abri, leurs aliments et des possibilités de reproduction

Cette diversité de flore et de faune établit une interaction avec les autres éléments existants, tels les nutriments du sol, l’eau, l’énergie solaire et le climat, de façon à assurer leur auto-régénération et la conservation de toutes les composantes (flore, faune, eau, sol) de l’écosystème.

Les communautés humaines font également partie des forêts étant donné que de nombreuses populations y habitent et trouvent dans ces forêts l’ensemble des biens et de services qui assurent leur survie.

A la différence de la forêt, une plantation commerciale sur une grande échelle est composée:

  • d’une ou de peu nombreuses espèces d’arbres à croissance rapide, plantés en blocs homogènes du même âge
  • de rares espèces de flore et de faune qui réussissent à s’installer dans les plantations

Les plantations commerciales nécessitent une préparation du sol, la sélection de plantes à croissance rapide ayant les caractéristiques exigées par l’industrie, fertilisation, élimination des mauvaises herbes au moyen d’herbicides, plantation avec un espacement régulier, moisson en rotation courte.

Par ailleurs, non seulement les communautés ne peuplent pas les plantations commerciales mais par-dessus le marché, leur accès leur est interdit car elles sont perçues en tant que danger vis-à-vis de celles-ci. Dans les meilleurs des cas, elles seront considérées en tant que main d’œuvre bon marché au moment de la plantation et de la moisson à effectuer quelques années plus tard.

L’objectif de ces plantations commerciales est de produire de gros volumes de bois et, ce, dans un laps de temps le plus réduit que possible, ce qui veut dire que les caractéristiques de ces cultures sont les mêmes que celles de n’importe quelle autre culture agricole. Il ne s’agit donc pas d’une «forêt» mais d’une culture et cette vérité est même admise très souvent comme telle par les entreprises forestières elles-mêmes quand on les questionne à ce sujet.

Bref, une plantation n’est pas une «forêt plantée» puisque à tout ce qui a été dit précédemment, on pourrait rajouter que bien évidemment il est impossible de planter ni la diversité de flore et de faune qui caractérise une forêt, ni l’ensemble des interactions existantes entre les éléments vivants et les éléments inorganiques présents dans une forêt.

Mensonge Nº 2:
Les plantations forestières améliorent l’environnement

Présentées comme des «forêts plantées», on dit que les plantations sont utiles en vue de protéger et d’améliorer les sols, de régler le cycle hydrologique et de conserver la flore et la faune locales. Tout cela est vrai quand il s’agit de forêts, mais ce n’est plus vrai quand il s’agit de plantations. En effet, les plantations sur une grande échelle non seulement n’améliorent pas l’environnement mais, de surcroît, leurs impacts sont négatifs sur:

Les sols. Ce genre de plantations a tendance à dégrader les sols par accumulation d’une série de facteurs:

  • l’érosion, en particulier, car le sol reste nu pendant les deux premières années de la plantation ainsi que pendant les deux années qui suivent la moisson, ce qui favorise l’action érosive de l’eau et du vent;
  • la perte de nutriments, aussi bien en raison de l’érosion que des volumes élevés de bois extraits régulièrement;
  • le déséquilibre qui se créé en ce qui concerne le recyclage des nutriments. Comme il s’agit d’espèces exotiques, les organismes locaux de décomposition ont d’énormes difficultés à décomposer la matière organique qui tombe des arbres (feuilles, branches, fruits), ce qui fait que les arbres doivent attendre très longtemps pour être capables de réutiliser les nutriments qui tombent sur le sol. Dans le cas des pins aussi bien que dans celui de l’eucalyptus, les feuilles mortes s’accumulent sur le sol sans être décomposées;
  • le compactage du sol, dû à l’utilisation de matériel lourd, rend plus difficile la pénétration de l’eau de pluie et favorise l’érosion;
  • une difficile reconversion: les impacts précédemment cités, auxquels s’ajoutent encore d’autres qui n’ont pas été signalés, font que, dans la plupart des cas, ce sera très difficile de réutiliser ces terres pour l’agriculture.

L’eau. Cet élément vital est touché aussi bien en terme de quantité que de qualité:

  • au niveau du bassin versant, le volume d’eau disponible a tendance à diminuer lors de la mise en place des plantations en question. Dans des contextes aussi variables que ceux du Chili, du Brésil, de l’Afrique du Sud ou de la Thaïlande, on constate que le régime hydrique souffre des changements négatifs importants à cause des plantations de grandes surfaces de pins et d’eucalyptus à croissance rapide. Ceci est dû à de nombreux facteurs, mais le plus important d’entre eux est la forte consommation d’eau de la part de ces espèces. En vue de leur croissance, les végétaux attirent les nutriments du sol vers les feuilles où se produit la photosynthèse. L’eau est le véhicule qui achemine ces nutriments vers les feuilles. Pour une croissance plus rapide, davantage de nutriments sont nécessaires ce qui veut dire une plus grande consommation d’eau pour les transporter vers les feuilles. Etant donné qu’il s’agit de très grandes surfaces de plantations à un rythme de croissance accéléré, les impacts sur l’eau deviennent de plus en plus graves, et parfois même les sources et les cours d’eau disparaissent;
  • pour rajouter à la confusion, les promoteurs des plantations disent que certaines espèces d’arbres (en particulier, l’eucalyptus) produisent davantage de biomasse par unité d’eau consommée et que, en conséquence, elles sont plus efficaces que les arbres natifs. Mais cette affirmation ne tient pas compte du fait e que les plantations d’eucalyptus sont clairement «inefficaces» en ce qui concerne la production d’aliments, fourrage, médecines, fibres végétales, fruits, champignons et autres produits utilisés par la population locale. Par ailleurs, il n’est pas pertinent de définir l’efficacité d’une plantation d’eucalyptus mise en place en vue de produire du bois avec une quantité déterminée d’eau, si de toute façon elle consomme davantage d’eau que celle que la région en question est capable de produire;
  • les espèces couramment utilisées dans les plantations (eucalyptus et pins) rendent plus difficile l’infiltration de l’eau dans le sol, et ceci, en plus de l’augmentation constatée de la consommation d’eau, aggrave les impacts au niveau du bassin versant;
  • la qualité de l’eau est également mise en question, aussi bien en raison de l’érosion que de l’usage généralisé des produits agrochimiques qui provoquent sa contamination.

La flore. Les impacts sur la flore locale sont multiples et graves à cause de l’extension de ces plantations qui se réalisent sur une grande échelle et concernent une grande quantité d’habitats:

  • dans de nombreux cas, les plantations constituent un facteur de déboisement puisque leur mise en place est précédée par la coupe ou par l’incendie de la forêt préexistante, ce qui arrive souvent dans les régions tropicales et, en particulier, en Indonésie. Dans ces cas-là, l’impact est énorme;
  • dans la région tempérée, la richesse et l’abondance de la flore de l’écosystème de prairie diminuent quand des plantations sont mises en place sur celle-ci;
  • dans la zone de la plantation, la plupart de la flore locale est exterminée en vue d’éviter la concurrence avec les arbres plantés et uniquement quelques espèces réussissent à s’installer à l’intérieur des plantations. Mais même les espèces qui réussissent à s’y installer sont éliminées périodiquement lors de la taille de la plantation, quant on applique des herbicides en vue d’éliminer la concurrence avant de renouveler la plantation;
  • parmi la flore qui disparaît à l’intérieur de la plantation, il est important de souligner en particulier la flore du sol dont le rôle est fondamental pour maintenir la fertilité du sol à long terme;
  • l’impact sur l’eau qui a déjà été cité a également une influence négative sur la flore locale, même à une grande distance de l’emplacement de la plantation.

La faune. Les impacts sur la faune.

  • pour la plupart des espèces de la faune locale, les plantations constituent des déserts alimentaires et donc elle a tendance à disparaître. Les peu nombreuses espèces qui réussissent à s’adapter sont ou exterminées (parce qu’elles sont considérées comme des «fléaux» vis-à-vis de la plantation) ou voient disparaître leur habitat chaque fois que la plantation est taillée pour vendre le bois;
  • quand la plantation est précédée par le déboisement, l’impact sur la faune locale atteint le maximum de gravité;
  • de même qu’en ce qui concerne la flore, le déboisement qui précède la plantation ainsi que les changements liés à l’eau et au sol, ont un impact négatif sur un large éventail d’espèces de la faune;
  • les déséquilibres biologiques provoqués par ces plantations sont très souvent à l’origine de l’apparition de fléaux qui vont nuire aux productions agricoles limitrophes.

Mensonge Nº 3:
Les plantations permettent d’alléger la pression sur les forêts

On dit que du moment qu’il y a plus de bois disponible en raison de l’existence des plantations, on devra extraire moins de bois des forêts naturelles. Malgré l’apparente logique de cette affirmation, la réalité est, elle, bien différente. Il a été constaté que les plantations constituent encore un autre facteur de déboisement, car:

  • dans beaucoup de pays, les plantations se mettent en place en éliminant au préalable la forêt existante. Dans certains cas, cette élimination est réalisée au moyen d’énormes incendies provoqués artificiellement tandis que dans d’autres cas, la taille de la forêt et la vente du bois ainsi obtenu servent de financement à la future plantation. Dans d’autres cas, on justifie le déboisement en utilisant l’argument de la plantation à venir, en disant que la coupe de certaines grandes surfaces d’arbres ne peut pas être considérée en tant que déboisement puisqu’elle va être suivie d’une nouvelle plantation. Parfois, la campagne publicitaire engagée par les entreprises forestières pour investir dans une région déterminée est à l’origine d’une vague spéculative qui comprend l’achat et la dégradation de nombreuses régions boisées afin de les destiner à la plantation d’arbres au bénéfice des entreprises en question;
  • le processus précité implique souvent la migration (volontaire ou forcée) des habitants de la région, obligés de se déplacer vers d’autres régions boisées où ils recommencent un processus de déboisement en vue de pourvoir à leurs besoins de base. Ce qui veut dire que dans ces cas-là, le déboisement provoquée par la plantation est double;
  • le bois produit par les plantations ne saurait remplacer en aucun cas les espèces de grande valeur de la forêt tropicale, étant donné que leurs marchés seront différents. Tandis que la plupart du bois des plantations est destiné à la production de papier et de bois de médiocre qualité, la plupart du bois extrait des forêts (en particulier des forêts tropicales) est transformé en produits de qualité supérieure;
  • Par ailleurs, la consommation de bois ne constitue pas l’unique cause de déboisement. De nombreuses régions boisées sont souvent éliminées en vue d’utiliser le sol à des cultures d’exportation, à de l’élevage extensif, ou à construire de gigantesques barrages hydroélectriques; des régions couvertes de mangliers sont éliminées dans le but d’installer une production industrielle de crevettes, l’exploitation pétrolière et minière détruisent de vastes étendues boisées, et ainsi de suite. En aucun cas, ces processus destructifs ne sont en relation avec l’étendue des monocultures forestières, ce qui implique que l’affirmation selon laquelle ils «allègeront la pression» sur les forêts est clairement fausse.

Malgré l’essor croissant des plantations forestières, la surface boisée de la planète diminue toujours, ce qui prouve que le soi-disant allègement de la pression sur les forêts est uniquement de la publicité intéressée.

Mensonge Nº 4:
Les plantations permettent valoriser et d’améliorer
les sols dégradés

Soutenu par les grandes entreprises forestières, cet argument est totalement faux étant donné que les plantations commerciales sur une grande échelle s’installent rarement sur des sols dégradés. Et pour une raison très simple: sur ce genre de sol, les arbres ne poussent pas correctement, ce qui veut dire qu’une plantation ne serait donc pas rentable.

Il est important de mettre au point certains aspects car c’est un sujet sur lequel la confusion est grande. Il faudrait en effet définir ce qu’on entend par «sols dégradés» et noter également que certains types de plantations non commerciales se réalisent effectivement sur des sols dégradés et réussissent leur mise en valeur.

Pour le public en général, l’expression «sol dégradé» fait penser à un paysage de type lunaire, où les sols sont fortement érodés et ont très peu ou même pas du tout de végétation. Dans ces cas-là, toute activité visant à la récupération de ces sols, au moyen d’une plantation d’arbres ou par d’autres voies de mise en valeur, peut être considérée comme très positive. Mais l’expression «sol dégradé» peut correspondre tout simplement à une zone boisée qui a été taillée ou à une région d’agriculture de subsistance, ayant pourtant toujours gardé leur potentiel productif. On parle également de «sols sous-utilisés» comme synonyme de dégradés. Bref, ce sont les entreprises forestières qui définissent quand le sol est dégradé ou sous-utilisé et elles justifient ainsi leurs plantations face à l’opinion publique. Mais en général les populations locales ne sont pas d’accord avec le fait que le sol soit considéré comme étant dégradé ou sous-utilisé, et encore moins avec la plantation d’eucalyptus, de pins ou autres espèces commerciales sur les terres en question. Les habitants luttent contre l’appropriation de ces terres, qui sont généralement productives et non «dégradées» ni «sous-utilisées».

Par ailleurs, on ne peut affirmer qu’une plantation commerciale sur une grande échelle d’eucalyptus, ou de pins, présente la même capacité à réhabiliter des sols dégradés que celle de plantations à plus petite échelle d’espèces fourragères, alimentaires ou productrices de bois en vue de l’approvisionnement de la population locale, ou fixatrices d’azote.

Mensonge Nº 5:
Les plantations servent à lutter contre l’effet de serre

C’est un des arguments les plus à la mode ces derniers temps. Il est dit qu’à mesure que les arbres grandissent, ils consomment plus de carbone que celui qu’ils émettent, c’est-à-dire que le bilan concernant la quantité de dioxyde de carbone (le principal gaz de l’effet de serre) présent dans l’atmosphère serait positif. Pourtant, il reste encore à démontrer que les plantations forestières sont effectivement des puits à carbone.

En général, toute surface couverte de plantations, en absence de preuve contraire, devrait être considérée comme une source nette productrice de carbone et non comme un puit à carbone. En premier lieu, parce que dans beaucoup de cas ces plantations remplacent des forêts existantes, ce qui veut dire que les volumes de carbone libérés par le déboisement sont supérieurs à ceux que la plantation dans son processus de croissance pourrait capturer, et ceci même à long terme. Même dans le cas où le déboisement n’interviendrait pas, ces plantations s’installent sur d’autres écosystèmes qui, eux aussi, stockent du carbone (comme les prairies par exemple) qui est libéré dans l’atmosphère lors de la plantation. Mais il y a surtout un deuxième enjeu: ces plantations seront-elles moissonnées ou pas? Dans le cadre de la première hypothèse, elles ne seraient donc que des puits à carbone temporaires: le carbone est stocké jusqu’à la moisson et libéré en quelques années (parfois même en quelques mois) lorsque le papier ou autres produits provenant des plantations sont à leur tour détruits. Dans la seconde hypothèse, si les plantations ne sont pas moissonnées, elles sont en train d’occuper des millions et des millions d’hectares qui pourraient être convertis à des fins beaucoup plus productives, comme par exemple la production d’aliments.

Il existe donc de nombreuses incertitudes en ce qui concerne la supposition que les plantations constituent toujours des puits à carbone, non seulement quand il s’agit de longues périodes de temps mais également pendant la courte période de croissance rapide. Cette supposition basée sur le «sens commun» doit être prouvée au moyen de recherches scientifiques avant d’accepter aussi simplement que les plantations constituent des instruments pour lutter contre l’effet de serre.

Par ailleurs, il est important d’apprécier la question dans sa totalité et d’analyser l’ensemble des impacts que la promotion de grandes monocultures forestières d’espèces à croissance rapide pourrait causer sur d’autres domaines environnementaux et sociaux. Sachant que ces plantations en question ont un impact négatif sur l’environnement (sols, eau, flore et faune) ainsi que sur les communautés locales, il s’avère inacceptable de les promouvoir sur la base d’un argument «environnemental» comme celui de lutter contre l’effet de serre. La solution à ce problème doit plutôt venir du côté de la réduction d’émissions de CO2 (causées par l’utilisation de combustibles fossiles) et de la protection des forêts et non des propositions de coloniser d’énormes surfaces de terre sans avoir analysé au préalable les conséquences.

Mensonge Nº 6:
Les plantations sont nécessaires pour faire face à la consommation croissante de papier

La consommation de papier est généralement perçue comme un fait positif, liée à l’alphabétisation, à l’accès à de l’information écrite et à une meilleure qualité de vie. C’est cette perception de la part du public qui est utilisée par les entreprises forestières pour justifier cette nécessité théorique d’augmenter la production de cellulose à partir de leurs vastes plantations de pins et d’eucalyptus. Ceci exige quelques précisions:

  • une grande partie de la cellulose produite dans le Sud n’est pas destinée à l’approvisionnement de la population de ces pays-là mais à celui des consommateurs du Nord. Tandis qu’au Etats-Unis et au Japon la consommation annuelle de papier par habitant est de 330 et 230 kilos respectivement, les pays exportateurs de cellulose comme le Chili, l’Afrique du Sud, le Brésil et l’Indonésie ont une consommation par habitant de 42, 38, 28 et 10 kilos respectivement;
  • environ 40% du papier produit dans le monde est destiné à des emballages tandis que seulement 30% est destiné à l’écriture et à l’impression. L’argument de l’alphabétisation n’est donc pas aussi pertinent qu’on veut le faire apparaître;
  • par ailleurs, la plupart de la consommation de papier écrit et imprimé est destinée à la publicité. Aux Etats-Unis 60% de l’espace des magazines et journaux est réservé à des annonces publicitaires, et 52 milliards d’unités de différents types de support de publicité sont produits tous les ans, dont 14 milliards de catalogues de ventes par correspondance qui vont très souvent directement à la poubelle. Cette consommation excessive de papier n’est pas le monopole exclusif des Etats-Unis, cela concerne également la plupart des pays du Nord, et on veut même exporter ce modèle de consommation vers les pays du Sud.

Bref, le point central de la question est que la consommation actuelle de papier est insoutenable du point de vue environnemental et que la plupart de cette consommation n’est pas socialement nécessaire. De ce fait, ni les plans d’utilisation des forêts ni les plans d’expansion des plantations forestières ne peuvent prétendre s’auto-justifier en disant que «l’humanité» a besoin davantage de papier.

Mensonge Nº 7:
Les plantations sont beaucoup plus productives que les forêts

Cet argument peut paraître convainquant si l’on observe la vitesse de croissance des arbres dans une plantation de pins ou d’eucalyptus. Pourtant, ceci dépend de ce que l’on entend par «productif» et aussi faudrait-il savoir qui sera le bénéficiaire de cette production.

Une plantation commerciale produit par hectare et par an un gros volume de bois pour l’industrie. Mais sa production s’arrête là. Le bénéficiaire direct de cette production est l’entreprise propriétaire de la plantation.

Une forêt ne produit pas uniquement du bois pour le marché papetier et autres; sa production comprend également autres types d’arbres et de végétaux, des animaux, des fruits, des champignons, du miel, du fourrage, des engrais, du bois de chauffage, du bois à usage local, des fibres végétales, des plantes médicinales et elle favorise par ailleurs la conservation des sols, de la biodiversité, des ressources hydriques et du microclimat.

Quand on dit que les plantations sont beaucoup plus productives que les forêts, on est en train de tenir compte uniquement du volume de bois pour l’industrie qu’il est possible d’extraire, et ce n’est que dans cette comparaison que la plantation apparaît comme gagnante.

Mais si l’on compare la totalité des biens et des services produits par une plantation et par une forêt, il est évident que la forêt est bien plus productive que la plantation. Par ailleurs, dans de nombreux aspects, la production de la plantation est zéro, comme dans le cas des aliments, médecines ou fourrage, et peut même être négative en ce qui concerne l’eau, la biodiversité et le sol qui souffrent d’impacts négatifs.

Tout ceci est clairement ressenti par les populations locales qui souffrent des conséquences de la mise en place de vastes monocultures forestières, puisqu’elles souffrent la perte de la plupart des ressources qui assuraient jusqu’à maintenant leur survie. Pour ces populations, la productivité des plantations en question est nulle ou plutôt affiche un bilan négatif.

Mensonge Nº 8:
Les plantations créent des emplois

C’est encore un des arguments classiques utilisé par les promoteurs des plantations. Pourtant, dans la plupart des cas, cette affirmation est entièrement fausse.

Les grandes plantations sont des sources d’emplois directs principalement pendant les périodes de la plantation et de la moisson. Après la période de plantation, les emplois diminuent substantiellement jusqu’au moment de la moisson ou il est nécessaire d’engager de la main d’œuvre, mais le nombre d’emplois a tendance à diminuer notoirement en raison de la mécanisation croissante de cette opération.

Les rares emplois créés sont en général très peu qualifiés, la plupart d’entre eux ont un caractère temporaire, les salaires sont bas et les conditions de travail mauvaises: mauvaise alimentation, logement inadéquat, non respect de la législation du travail en vigueur. Les accidents et les maladies liés au travail sont fréquents. En général dans le Sud, les entreprises forestières sous-traitent à des sociétés établies de façon irrégulière la réalisation des tâches de plantation et de moisson. Etant donné que les investissements requis sont très réduits, la concurrence entre lesdites entreprises irrégulières est basé principalement sur les faibles prix de la main d’œuvre, ce qui explique les conditions désastreuses de travail et de salaire des employés forestiers. C’est uniquement quand la moisson se fait avec du matériel moderne et coûteux que ces tâches sont effectuées par l’entreprise forestière elle-même qui se voit alors obligée d’offrir de meilleurs conditions de travail.

Dans de nombreux pays, les habitants des zones de plantation perdent alors leurs emplois et moyens de subsistance. Ces plantations sont souvent installées sur des terres destinées au préalable à l’agriculture de subsistance, ce qui veut dire que finalement l’évolution de l’emploi est négative. Par ailleurs, quand la mise en place de la plantation implique la destruction d’une forêt existante, les habitants perdent leurs sources de revenus liées aux ressources de la forêt en question. Dans presque tous les cas, les plantations sont à l’origine de l’expulsion de la population locale, généralement vers les bidonvilles des agglomérations urbaines.

Partout dans le monde on constate que les plantations créent beaucoup moins d’emplois que l’agriculture, et même moins que l’élevage extensif. En ce qui concerne les emplois dans l’industrie, les plantations ne sont pas toujours à l’origine d’industries locales puisque la production est destinée très souvent à l’exportation directe des troncs sans traitement. Et même dans les cas où des industries de pâte à papier et de papier sont créées, leur extrême mécanisation fait que le nombre d’emplois créés est très faible.

Parmi les activités capables de créer des emplois au niveau local, les plantations sont probablement la pire option. L’objectif des entreprises forestières n’est pas de créer des emplois mais d’obtenir des bénéfices pour leurs actionnaires. Elles utilisent pourtant cet argument fallacieux en vue de justifier socialement leur activité.

Mensonge Nº 9:
Les impacts négatifs des monocultures forestières industrielles peuvent être évités ou mitigés au moyen d’une bonne gestion

Il arrive que les promoteurs des plantations acceptent le fait que celles-ci ne sont pas des forêts et qu’elles peuvent entraîner des impacts négatifs, mais ils ajoutent que ces impacts négatifs ont lieu en raison d’une mauvaise gestion et non à cause de l’existence des plantations elles-mêmes. Ils affirment alors que la solution réside dans le domaine technique et qu’il faut employer de bonnes méthodes de gestion.

Pourtant, il ne s’agit pas d’une question technique mais d’une question essentiellement politique, de pouvoir, où il y a des bénéficiaires et des lésés. Les centres de pouvoir prennent des décisions concernant la vie et les possibilités de subsistance des populations locales et conditionnent fortement les décisions des gouvernements, dans le but d’approvisionner le marché global des dérivés du bois qu’il requiert. Les besoins et les aspirations locales ne sont pas prises en compte et c’est là le point de départ des principaux problèmes causés par ce genre de plantations. Il est évident que tout ceci ne peut pas se résoudre avec une «bonne gestion» . On pourrait même ajouter que ladite «bonne gestion» des entreprises forestières s’oriente plutôt et premièrement à convaincre le gouvernement d’autoriser les investissements dans certaines régions du pays, à obtenir des avantages (subventions directes et indirectes) et à réclamer son intervention, si nécessaire, dans le but de réprimer ou déloger la population locale. Dans beaucoup de cas, les différentes formes de pression ou de répression sont le principal outil de la «bonne gestion» qui les aide à résoudre les conflits sociaux soulevés par les plantations.

En ce qui concerne les impacts environnementaux causés par les plantations commerciales, il est également utopique de prétendre qu’ils peuvent être réglés au moyen d’une bonne gestion technique. Les caractéristiques de ce modèle rendent ses bases insoutenables même en adoptant des politiques de conservation ou de suivi, destinées en grande partie à améliorer l’image de l’entreprise face aux potentiels opposants environnementalistes. En effet, le modèle en question est caractérisé par:

  • la grande échelle. L’impact environnemental causé par un eucalyptus ou par un pin n’est pas le même que celui causé par des dizaines ou des centaines de milliers d’hectares concentrées dans une certaine région du pays. La modification de l’espace géographique qui s’ensuit est énorme. Pour dissimuler ce fait, les promoteurs des plantations utilisent des pourcentages et affirment «qu’elles occupent uniquement 1 ou 2% de la surface totale du pays». Malgré tout, on ne peut pas cacher le soleil avec la main. Le fait est qu’il s’agit de grandes concentrations de monocultures forestières et précisément la seule «bonne gestion» possible est de les réduire à des pourcentages.
  • la monoculture d’espèces exotiques. Bien que la plupart des espèces agricoles soient exotiques, dans les cas des espèces utilisées dans les cultures forestières en particulier, ceci entraîne des conséquences fortement négatives. La raison de ce choix est en partie l’inexistence de fléaux et de maladies qui pourraient leur nuire dans les pays dans lesquels elles sont introduites. Ceci s’avère logique du point de vue du planteur mais soulève des problèmes en ce qui concerne la faune locale, étant donné que pour celle-ci ces plantations constituent un désert alimentaire. Tenant compte que tout cela se fait sur une grande échelle, l’impact sur la faune en particulier est énorme. La biodiversité au niveau du sol est également concernée puisque les restes végétaux des pins et des eucalyptus sont toxiques pour la plupart de la flore et de la faune du sol. Le système présente par ailleurs une grande faiblesse intrinsèque puisque dans le cas ou une espèce apparaîtrait, capable de s’alimenter des arbres vivants, elle se transformerait en un fléau capable d’attaquer toutes les plantations similaires de la région.
  • la vitesse de croissance. La logique de ces entreprises compte sur une grande vitesse de croissance pour assurer la rentabilité de l’investissement. La raison de cette vitesse de croissance est, en partie, le sélection des espèces effectuée préalablement, mais aussi l’emploi de fertilisants et herbicides (qui nuisent au sol et à l’eau) et une énorme consommation d’eau qui nuit à l’ensemble de la région. Par ailleurs, la biotechnologie fait aussi des efforts en ce sens et créé des «super arbres» ayant une croissance encore supérieure et résistants aux herbicides ce qui fait que l’impact est double: la consommation d’eau, ainsi que la contamination due à l’utilisation de produits agrochimiques, sont plus grandes.
  • la coupe en rotation courte. Cette même logique du rendement exige que les arbres soient taillés en rotation courte ce qui implique une grande perte de nutriments, des processus d’érosion du sol, ainsi que la destruction de l’habitat des rares espèces locales qui avaient réussi à s’adapter à la plantation.

On peut déduire facilement des exposés précédents qu’il y a très peu de mesures techniques qui puissent être prises, capables d’éviter ou de mitiger la plupart des impacts environnementaux causés par les plantations. Bien que certains aspects peuvent être améliorés (utiliser des produits agrochimiques moins nocifs, préparer le sol en fonction des courbes de niveau, éviter les processus d’érosion lors de la coupe, conserver des zones forestières naturelles comme «rustine» dans le paysage, mettre en place un suivi de l’évolution des sols, de l’eau, de la flore et de la faune au sein de la plantation, etc.), il est impossible d’éviter les impacts négatifs car le modèle lui-même l’interdit: on ne peut pas faire pousser les arbres plus lentement (du point de vue de la rentabilité), ni les faire consommer moins d’eau, éviter l’utilisation de fertilisants, éviter les conséquences négatives sur les sols et la réduction de la biodiversité locale. Bref, le problème est le modèle proprement dit et non l’adoption de mesures adéquates de gestion.

Mensonge Nº 10:
Les plantations ne peuvent pas être jugées de façon isolée

C’est un des arguments les plus récents des promoteurs de plantations. Ils affirment qu’il existe un «système continu» entre une forêt primaire et une «forêt plantée» spécialisé dans la production de bois. C’est-à-dire qu’il y aurait un système appelé «forêt» qui comprend des forêts primaires protégées, des forêts de production, des forêts de protection, des forêts secondaires et des plantations de toutes sortes. Il faudrait donc analyser ce système «forêt» globalement et ne pas isoler un seul de ses composants: la monoculture forestière sur une grande échelle. L’argument est intelligent mais il n’est pas moins fallacieux que les précédents.

D’une part, parce qu’il est basé sur la fausse supposition qu’une plantation est une forêt. Le type de plantation précédemment décrit est une culture spécialisée dans la production de grands volumes de bois dans des délais réduits et sa seule ressemblance avec une forêt repose sur le fait qu’elle est constituée par des arbres, qui ne sont même pas natifs. On ne peut donc pas parler de «système continu» d’éléments intrinsèquement différents. Cela équivaudrait à dire que la faune native et l’élevage de vaches laitières constitue un système continu entre ce qui est naturel et ce qui est spécialisé dans la production de lait et qu’on ne peut pas juger de façon isolée les impacts de l’élevage laitier sans l’analyser dans ce contexte.

D’autre part, parce qu’en général, les plantations commerciales ne complètent pas les forêts mais dans la plupart des cas elles constituent des causes directes ou indirectes de déboisement. Cette affirmation est valable également en ce qui concerne les impacts sur la biodiversité, le sol, l’eau et, en particulier, les populations locales.

En définitive, ce raisonnement prétend justifier que l’on détruise la nature à un endroit déterminé en arguant que sa conservation est assurée ailleurs. En incluant les plantations dans ce système dit « forestier », on cache ou on justifie la destruction sociale et environnementale qui découle des monocultures forestières à grande échelle. Confrontés aux impacts que subit la biodiversité, les idéologues de ce mensonge répondront que le maintien de la biodiversité est assuré par l’existence des aires protégées... bien qu’elles se trouvent à des centaines de kilomètres de distance. Ils diront la même chose à propos du régime hydrologique... quoique les plantations et la forêt soient situées dans des bassins différents. Ils ne diront rien du sol... parce qu’ils n’ont pas d’arguments à ce sujet, et invoqueront la création d’emplois (Mensonge nº 8) pour dissimuler les impacts sociaux des plantations, eux aussi révélateurs de l’écart entre une forêt (où vivent des personnes) et une plantation (d’où les gens sont expulsés).

Le fond de la question est que cet argument vise à légitimer une logique qui divorce la production de la conservation et qui, en plus, se sert de la conservation comme prétexte à la destruction. L’existence d’aires boisées protégées (qui, effectivement, protègent le sol, la flore et la faune et régulent le cycle hydrologique) est présentée comme justification de l’implantation de grandes monocultures (d’arbres dans ce cas) qui détruisent toutes les ressources naturelles, ainsi que les droits et les moyens de survie des populations locales.

Puisque la seule manière d’assurer la durabilité environnementale et sociale consiste à intégrer la conservation aux processus de production (au lieu de les séparer en compartiments étanches), les monocultures d’arbres ne peuvent absolument pas être considérées comme un élément du système forestier et, par conséquent, leurs impacts doivent être analysés à part, comme ceux de n’importe quelle culture agricole.


Traduction: Sylvia Falcao



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