Nyéléni 2007
Déclaration des femmes pour la Souveraineté
Alimentaire
Déclaration de l’Assemblée
des femmes de Nyéléni réunies les 25 et 26
février 2007 à Sélingué au Mali.
Nous
femmes en provenance de plus de 86 pays, de divers peuples autochtones,
d’Afrique, des Amériques, d’Europe, d’Asie,
d’Océanie et de divers secteurs et mouvements sociaux
sommes réunies à Sélingué (Mali) dans
le cadre de Nyéléni 2007 pour participer à
la construction d’un nouveau droit : le droit à la
souveraineté alimentaire. Nous réaffirmons notre volonté
d’agir pour changer le monde capitaliste et patriarcal qui
priorise les intérêts du marché avant le droit
des personnes.
Les femmes, créatrices
historiques des connaissances en agriculture et en alimentation,
qui continuent de produire jusqu’à 80 % des aliments
dans les pays les plus pauvres et qui sont aujourd’hui les
principales gardiennes de la biodiversité et des semences
fermières, sont particulièrement affectées
par les politiques néolibérales et sexistes.
Nous subissons les conséquences
dramatiques de ces politiques : pauvreté, insuffisance de
l’accès aux ressources, brevets sur le vivant, exode
rural et migration forcée, guerre et toutes les formes de
violences physiques et sexuelles. Les monocultures, dont celles
consacrées aux agrocombustibles, ainsi que l’utilisation
massive de produits chimiques et d’organismes génétiquement
modifiés ont des effets négatifs sur l’environnement
et sur la santé humaine, notamment sur la santé de
la reproduction.
Le modèle industriel
et les transnationales menacent l’existence de l’agriculture
paysanne, de la pêche artisanale, du pastoralisme, ainsi que
de la préparation artisanale et du petit commerce des aliments
en milieu urbain et rural, secteurs où les femmes jouent
un rôle important.
Nous voulons voir l’alimentation
et l’agriculture sortir de l’OMC et des accords de libre
échange. Plus encore, nous rejetons les institutions capitalistes
et patriarcales qui conçoivent les aliments, l’eau,
la terre, les connaissances des peuples et le corps des femmes comme
une simple marchandise.
Inscrivant notre lutte dans
celle pour l’égalité entre les sexes, nous ne
voulons plus subir ni l’oppression des sociétés
traditionnelles, ni celles des sociétés modernes,
ni celles du marché. Nous voulons saisir cette opportunité
de laisser derrière nous tous les préjugés
sexistes et de développer une nouvelle vision du monde bâtie
sur les principes de respect, d’égalité, de
justice, de solidarité, de paix et de liberté.
Nous sommes mobilisées.
Nous luttons pour l’accès à la terre, aux territoires,
à l’eau et aux semences. Nous luttons pour l’accès
au financement et aux équipements agricoles. Nous luttons
pour de bonnes conditions de travail. Nous luttons pour l’accès
à la formation et à l’information. Nous luttons
pour notre autonomie et pour le droit de décider pour nous-mêmes,
ainsi que de participer pleinement aux instances de prise de décision.
Sous l’œil de Nyéléni,
femme d’Afrique qui a défié les règles
discriminatoires, qui a brillé par sa créativité
et ses performances agricoles, nous trouverons l’énergie
pour la mise en œuvre du droit à la souveraineté
alimentaire porteur de l’espoir de construire un autre monde.
Cette énergie nous la puisons dans notre solidarité.
Nous porterons ce message aux femmes du monde entier.
Nyéléni, 27 février
2007