La course à l’énergie a laissé de profondes cicatrices dans les forêts. La production d’énergie à grande échelle, destinée à satisfaire la demande insatiable des entreprises, progresse sur tout ce qui se trouve sur son passage. « Énergies propres », matières premières pour la soi-disant « transition énergétique », ou production de combustibles fossiles : peu importe pour les Peuples dont les territoires sont sacrifiés en leur nom ; tout cela est synonyme de destruction de leurs modes de vie. Il ne leur reste qu’un sillage de dévastation et de conflits. Dans le capitalisme, la production d’énergie sera toujours destructrice.
L’énergie est essentielle au fonctionnement du capitalisme colonialiste. Elle alimente les usines, les machines industrielles, les avions de guerre et les tracteurs qui déboisent pour faire place à de nouveaux projets immobiliers. D’innombrables guerres sont encore menées aujourd’hui pour le contrôle des ressources énergétiques, notamment du pétrole.
Les sociétés capitalistes possèdent une caractéristique qui étonne les autres sociétés avec lesquelles elles partagent le monde : une soif insatiable d’accumulation et de « croissance ». Or, la source d’énergie qui correspondait à cet esprit capitaliste était le combustible fossile. La puissance de sa combustion et son abondance ont permis aux sociétés capitalistes de croître et d’accumuler sans entrave. Par conséquent, l’idée, vendue par ces sociétés, d’une transition en cours qui conduirait le monde à abandonner ce combustible et à le remplacer par des sources d’« énergie propre » n’est que pure propagande. Les acteurs du secteur des combustibles fossiles le savent pertinemment. (1)
La « transition énergétique » n’existe pas dans le capitalisme. Les chiffres sont là et parlent d’eux-mêmes. Les combustibles fossiles représentent encore 87 pour cent du mix énergétique mondial, et leur consommation ne cesse d’augmenter (2). Les plus grandes banques mondiales continuent de financer massivement l’industrie des combustibles fossiles. Depuis l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris en 2016, et alors que la réduction des émissions de gaz à effet de serre est devenue un engagement pris par les gouvernements signataires, ces banques ont financé ce secteur à hauteur de la somme impressionnante de 8 700 milliards de dollars nord-américains. Rien qu’en 2025, elles ont alloué 906 milliards de dollars aux entreprises du secteur, soit une augmentation par rapport à l’année précédente. (3)
Quant à la soi-disant « énergie propre » produite par la logique du capital, elle sera toujours entachée par la destruction qu’elle engendre pour les forêts et les populations locales. Les barrages hydroélectriques qui submergent les forêts modifient le cours des rivières et empêchent les populations de perpétuer leurs traditions ancestrales. D’innombrables arbres sont abattus et des forêts dévastées pour fabriquer des pales d’éoliennes. De vastes zones minières sont ouvertes en forêt pour extraire les matières premières nécessaires à la fabrication de panneaux solaires, de batteries pour voitures électriques et d’autres produits associés aux « énergies vertes » et à la « transition énergétique ».
Par ailleurs, le vernis écologique qui justifie la recherche de ces matières premières sert également de prétexte aux gouvernements et aux entreprises pour poursuivre des intérêts moins reluisants. La course mondiale aux minéraux stratégiques, bien que présentée comme une course à la « transition énergétique », recèle bien des secrets. Il s’agit aussi d’une course aux armements, car une grande partie de ces minéraux est essentielle à l’industrie militaire. Selon les estimations de la Banque mondiale, d’ici 2050, il faudrait extraire 3 milliards de tonnes de minéraux et de métaux pour prétendument mettre en œuvre la « transition énergétique ». Cela représenterait une augmentation de 500 pour cent de la demande pour certains de ces minéraux (comme le graphite, le lithium et le cobalt) et un investissement projeté de 1 700 milliards de dollars. Mais ce que cette institution a omis de mentionner, c’est qu’en réalité, 47 pour cent de ces minéraux seraient utilisés dans des activités sans lien avec la « transition énergétique », comme le développement de technologies militaires. (4) Les dégâts qu’un pillage minier de cette envergure laissera sur les territoires sont d’une ampleur difficilement imaginable.
Dans le Bulletin WRM n° 275, nous avons débattu de la notion même d’« énergie » et présenté les témoignages de communautés aux visions du monde différentes du modèle capitaliste, qui utilisent des formes d’énergie non destructrices. (5) Dans ce Bulletin, nous approcherons les projets énergétiques capitalistes qui ouvrent de profondes plaies dans les forêts et à leurs communautés. Les témoignages présentés ici démontrent que la soi-disant « transition énergétique » et l’idée d’« énergie propre » sont un mensonge bâti sur une consommation massive d’énergies fossiles et le sacrifice de territoires appartenant à des communautés du Sud. Tant que le capitalisme existera, la production d’énergie sera inévitablement liée à l’effondrement social et environnemental de la planète.
Notre premier article présente un aperçu des impacts de la production de pétrole et de gaz sur les zones forestières et diverses communautés du delta du Niger, au Nigéria, qui abrite l’une des plus importantes réserves de pétrole d’Afrique. Ces dernières décennies, de nombreux accidents liés à l’exploitation des énergies fossiles dans cette région, d’une immense richesse environnementale et culturelle, ont conduit les communautés à se mobiliser contre des géants de l’industrie tels que Shell.
Le second article offre un aperçu des impacts de l’extraction de terres rares (ou presque) dans la région du Mékong, l’une des plus touchées par ce type d’exploitation, prétendument au service de la production de matières premières pour l’« énergie propre ». Le cortège de destruction et de contamination laissé derrière lui par les communautés locales soulève une question poignante : « Transition verte pour qui ? ».
Un troisième article présente les impacts d’un projet énergétique présenté comme « propre », mais qui menace le peuple Shuar et son territoire en Équateur. Le barrage hydroélectrique de Santiago, qui devrait être le plus grand du pays, est en construction dans le sud de l’Amazonie équatorienne. Le projet inondera 3 000 hectares, principalement de végétation indigène, et affectera plus de 91 000 personnes. Les communautés Shuar de Yuquianza et de La Unión pourraient être entièrement submergées et leur territoire ancestral détruit.
Le quatrième article offre un aperçu de divers projets énergétiques en Asie du Sud-Est. Nombre d’entre eux sont motivés par la « transition énergétique » et sont extrêmement destructeurs pour la forêt et ses habitants. L’article dénonce également l’absurdité des programmes de conservation des forêts qui ignorent la destruction de ces dernières causée par ces projets dévastateurs et les industries alimentées par cette énergie, tout en blâmant les communautés qui dépendent de la forêt et en font un usage traditionnel.
Enfin, une mise en garde sur les risques liés aux investissements lourds que les gouvernements réaliseront dans la production et les infrastructures gazières dans les années à venir au profit d'intérêts privés au nom de la soi-disant « transition énergétique ». L’article explique que c’est exactement ainsi que le gouvernement brésilien augmente la production de ce combustible fossile et inclut dans ses plans un projet de gazoduc qui menace d’avoir un impact sur des centaines de kilomètres de forêt amazonienne et sur plusieurs communautés sur son passage.
Bonne lecture !
Références :
(1) OPEC, 2025. World Oil Outlook
(2) Energy Institute Statistical Review of World Energy 2025
(3) BOCC, 2026. Banking on Climate Chaos: Fossil Fuel Finance Report 2026
(4) Oakland Institute, 2025. Climatewash - the World Bank’s fresh offensive on land rights
(5) WRM, 2025. L’énergie en débat